fbpx

Église Tag

 

Malawi — histoire de réussite AED

09.10.2019 in Non classifié(e)

Malawi — histoire de réussite AED

Aide d’urgence après les graves inondations de mars 2019

En mars 2019, plusieurs régions du sud du Malawi — un pays situé à la frontière des régions du sud et de l’est de l’Afrique — ont été frappées par de graves inondations. Pendant des jours, de fortes pluies sont tombées sans interruption ! Près d’un million de personnes ont été touchées dans 16 des 28 districts que compte le pays.

 

 

Les chiffres sont révélateurs de l’ampleur du désastre : près de 80 000 personnes ont perdu leur maison, plus de 500 ont été blessées, et il y a eu près de 60 morts. Des maisons, des champs, des routes et des ponts ont été lourdement endommagés.

 

Le Malawi est un pays qui est déjà touché par la misère ; c’est l’un des pays les plus pauvres du monde. De plus, selon le Haut-commissariat pour les réfugiés des Nations unies ainsi que le dernier rapport sur la liberté religieuse produit par Aide à l’Église en Détresse (AED),  « des milliers de réfugiés sont venus provenant du Mozambique sont venus au Malawi dans les dernières années, fuyant les combats entre les rebelles et le gouvernement. La prise en charge de soins pour les réfugiés est un défi pour les Églises du Malawi et les autres traditions religieuses, en ce qui concerne les approches sociales et pastorales. L’expérience démontrer que les tensions religieuses s’aggravent quand différents groupes de différentes traditions sont dans l’obligation de vivre ensemble dans une situation d’extrême pauvreté. »

 

L’AED entre en action

Malgré cette dure réalité, l’Église catholique a immédiatement proposé d’apporter une assistance spirituelle et morale aux personnes traumatisées. La Conférence épiscopale a également voulu apporter une aide d’urgence matérielle aux personnes touchées, en fournissant de la nourriture, des couvertures, vêtements, bâches, de la vaisselle et des outils de traitement de l’eau.

Nos bienfaiteurs ont offert 30 000 dollars afin qu’il soit possible de les soutenir sans tarder. Un grand merci à tous ceux qui ont contribué et merci de prier pour les efforts visant à soulager la misère au Malawi.

 

AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

03.06.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Amérique du Sud, Venezuela, Voyager avec l'AED

AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

Entrevue et texte par Maria Lozano, ACN International
Adapté par Mario Bard 
Publié sur le web, 3 juin, 2019

Crise au Venezuela : « Une petite lueur d’espoir »

Au Venezuela, il semble qu’un premier pas vers le changement ait été franchi grâce aux premiers entretiens qui se sont déroulés à Oslo, en Norvège entre du 25 au 29 mai, précédés de contacts faits à la mi-mai.

Avec la collaboration du gouvernement de ce pays neutre, ces contacts constituent une première tentative pour résoudre la crise. Il s’agit « d’entretiens exploratoires » entre des représentants du gouvernement de Nicolás Maduro et des représentants de l’opposition, comme l’explique le Père José Virtuoso, recteur de l’Université catholique Andrés Bello à Caracas (Venezuela). Cela fait apparaître « une petite lueur d’espoir » explique le prêtre jésuite dans un entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

 


Êtes-vous optimiste quant aux pourparlers d’Oslo ?

Oui. Nous savions que des rencontres informelles s’étaient déjà déroulées entre l’opposition et le gouvernement de Nicolás Maduro. Il s’agissait plutôt d’entretiens exploratoires – sans aucun engagement. Cette fois-ci, les contacts à Oslo impliquent l’engagement « officiel » d’un gouvernement, en l’occurrence celui de la Norvège. C’est un premier aspect positif. Le deuxième aspect positif est que cela démontre que le gouvernement du président Nicolás Maduro et celui du président Juan Guaidó sont ouverts pour chercher des possibilités d’entente. Il ne faut exclure aucune possibilité permettant de sortir de la crise vénézuélienne.

 

Ces entretiens se situent encore dans une phase très précoce. Est-ce qu’il y a Déjà des mesures concrètes qui en résultent ?

Il n’y a encore rien de concret et la manière de procéder n’a même pas encore été déterminée. Jusqu’à présent, il s’agit d’étapes exploratoires. Toutes les parties présentes – autant le gouvernement norvégien que le gouvernement Maduro ainsi que le président Guaidó – ont évoqué un processus exploratoire. En aucun cas nous ne pouvons parler d’un processus de dialogue ou de négociation. Nous sommes encore dans un processus de recherche de solutions.

 

Est-ce que ces tentatives de rapprochement sont en lien avec l’action de Juan Guaidó qui, le 30 avril dernier, a appelé l’armée à le soutenir ?

Je pense que depuis le 30 avril, nous sommes clairement dans une impasse : ni le gouvernement Maduro – qui souhaite écraser ses ennemis – ni le président par intérim Guaidó – qui veut mettre un terme à l’usurpation du pouvoir – n’ont bougé. Pour sortir de cette impasse qui est devenue manifeste le 30 avril dernier, nous devons chercher d’autres issues, nous devons explorer d’autres possibilités.

Quelle est l’attitude adoptée par l’Église ? Il y a presque deux ans, l’Église a participé à des tentatives de dialogue. Mais, se sentant instrumentalisée, elle s’est retirée…

Les tentatives précédentes, que ce soit les entretiens auxquels le Vatican a participé au début ou plus tard avec le processus entre le gouvernement et l’opposition à Saint-Domingue, ont échoué. Je pense que ces rencontres n’étaient pas bien préparées et ont été mal développées. Considérons l’exemple de la Colombie : là-bas, les entretiens et les accords entre le gouvernement colombien et les FARC reposaient sur un processus très long et très bien préparé, qui n’a été entamé qu’au moment où il existait déjà une véritable volonté de négociation. Au Venezuela, cette volonté n’existe pas encore véritablement. Elle doit d’abord être construite et renforcée. Il ne faut pas aller trop vite, parce que le processus pourrait être abandonné. Je pense que c’est ce qui s’est passé lors des tentatives précédentes. Nous devons essayer de trouver une voie stable pour parvenir à un accord éventuel. C’est pourquoi je dis que ce sera un processus lent et difficile. Mais je pense qu’au final, les Vénézuéliens le veulent.

Comparer aux tentatives antérieures, croyez-vous que cette fois sera différente, parce que Nicolás Maduro a compris que ça ne pouvait pas continuer ainsi ?

Je pense que, non seulement l’opposition, mais tous les Vénézuéliens ont des doutes considérables et surveillent avec défiance les avancées de ces processus. Le gouvernement reste déterminé à ne pas reconnaître l’opposition et la possibilité d’un accord. Pour cette raison, nous continuons d’entrevoir les choses avec un certain scepticisme. Mais d’une manière ou d’une autre, nous nous engageons sur cette voie. Comme il y a là une petite lueur d’espoir, nous devons essayer de l’entretenir afin qu’elle ne s’éteigne pas, mais qu’au contraire, elle devienne encore plus claire. Par ailleurs, l’ONU soutient ce processus, les pays du groupe de Lima le voient positivement ainsi que les pays de l’Union européenne. Je crois que la communauté internationale, y compris les États-Unis qui ont adopté une position plus dure, s’accorde pour dire qu’une solution sans violence est préférable à une solution violente. Et c’est évidemment la position de l’Église : faciliter, soutenir, créer les conditions d’une solution pacifique au conflit vénézuélien.

Évoquons maintenant la situation de la population. Les médias du monde entier ont parlé des coupures d’électricité durant plusieurs jours sur l’ensemble du Venezuela. Qu’en est-il actuellement de cette situation ainsi que du ravitaillement en denrées alimentaires dans le pays ?

L’approvisionnement énergétique s’est normalisé dans les grandes villes, en particulier dans le centre du pays, comme à Caracas et dans d’autres villes importantes du centre. En revanche, dans les régions frontalières, c’est un véritable drame. Dans l’État du Zulia, à la frontière de la Colombie, la situation est déplorable. C’est l’État le plus peuplé, comptant la deuxième plus grande ville du pays, mais l’alimentation électrique y reste toujours très irrégulière. La situation est similaire dans les deux États frontaliers de Táchira et de Mérida, à l’ouest du pays, où vit une très grande partie de la population. Ainsi, ce problème s’est résolu dans certaines parties du pays et dans d’autres, c’est toujours le même drame. C’est terrible !

 

Nicolás Maduro a maintenant permis à la Croix-Rouge d’entrer pour fournir de l’aide humanitaire. Est-ce que c’est une solution ?

En réalité, l’aide humanitaire est fortement réduite. Ainsi, certaines fournitures médicales et des groupes électrogènes ont été livrés à des hôpitaux, ce qui est une bonne chose. Mais, on a l’impression que beaucoup de pays aimeraient coopérer de manière plus active en envoyant à la population du matériel médical, des médicaments et des denrées alimentaires, mais qu’on ne leur en donne pas la possibilité.

En qualité de recteur de l’université, vous êtes particulièrement préoccupé par la question de l’éducation. Comment se présente la situation dans ce domaine ?

Je suis très inquiet à cause du système éducatif qui se détériore au Venezuela. Les enfants et les jeunes ne peuvent venir régulièrement en classe à cause des problèmes de transport ou d’alimentation. Tous nos établissements scolaires, nos lycées et nos universités souffrent des terribles conséquences de l’émigration des enseignants et des professeurs. Étudier au Venezuela devient presque un exploit.

 

 

Il y a presque deux ans que nous parlons de la situation au Venezuela. Le moment pourrait arriver où les gens diront : « Eh bien, on ne peut rien faire ! » Comment ne pas perdre courage ?

Le Venezuela a un besoin urgent de l’aide du monde entier. Après la Deuxième Guerre mondiale ainsi que dans les terribles années 1950, durant les années de la reconstruction, beaucoup d’Européens sont venus s’établir au Venezuela. Je suis moi-même fils d’un immigrant européen, d’un Italien venu de Sicile. Beaucoup de Vénézuéliens sont des enfants ou des petits-enfants d’immigrants qui ont beaucoup apporté au pays. L’Europe devrait rendre le soutien que le Venezuela lui a donné à d’autres époques. Il s’agit là d’un soutien solidaire et d’un soutien économique qui peuvent être fournis de nombreuses façons. Je voudrais encourager à persévérer dans ce soutien, car il engendre un sentiment de solidarité très important.

Nicaragua : une Église aux côtés de son peuple

16.04.2019 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, AED, Aide à l'Église en détresse., Nicaragua, PAIX, Voyager avec l'AED

Nicaragua : une Église aux côtés de son peuple

« Nous portons un petit bout de la Croix du Christ. Nous ne pourrions pas la porter en entier. Il nous y aide ».

Par Ines San Martin, ACN-International Révision canadienne-française : Mario Bard Mise en ligne : 16 avril 2019

Le Nicaragua est aujourd’hui un pays coincé entre deux identités : d’une part une nation dirigée par un gouvernement qui représente à bien des égards un long passé dictatorial, à l’image de la dynastie des Somoza qui gouverna le pays pendant près de six décennies au cours du 20e siècle.

D’autre part, c’est aussi un pays dont la population a exprimé son exaspération. Un pays qui est sorti de sa léthargie et qui veut aller de l’avant, avec une Église catholique dirigée par dix évêques qui n’ont pas peur de guider leurs ouailles et d’être cette Église « en sortie » que demande le pape François, qui ouvre les portes des cathédrales pour être littéralement un « hôpital de campagne ». Sans drapeaux politiques et sans faire de distinction dans l’attention portée aux blessés, l’Église soutient ceux qui souffrent et nourrit les affamés tant physiquement que spirituellement.

« Vous êtes venus à un moment compliqué… où les gens souffrent beaucoup, parce qu’ils ont peur de sortir dans la rue », a déclaré un prêtre du diocèse de Matagalpa – qui pour des raisons de sécurité, préfère rester anonyme – à une délégation de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), venue en visite dans le pays à la fin du mois de novembre pour manifester sa solidarité, compte tenu de la situation que traverse le pays.

 

Population sous tension

Malgré les affiches municipales qui parlent d’une Matagalpa « chrétienne, socialiste et solidaire », la tension est palpable, avec des policiers et des forces paramilitaires dans les rues pour dissuader la population civile de manifester, en grande partie pacifiquement. Ces manifestations ont commencé en avril 2018, mais dans le cas de Matagalpa, les forces de l’État ont même interdit à un groupe de femmes d’honorer la mémoire de leurs enfants tués lors de la guerre civile, alors que ça fait près de 20 ans qu’elles mènent cette marche.

« Je suis l’un des chanceux; beaucoup de prêtres ont dû fuir », dit-il. « Mais on ne peut pas rester les bras croisés quand des gens font irruption dans l’église pendant la messe parce qu’on essaie de les tuer. En effet, les militaires et les policiers ne leur jetaient pas des bonbons. Ils tiraient sur eux pour les tuer, en visant la tête, le cou et la poitrine ».

« L’Évangile nous enseigne que nous devons ouvrir les portes à ceux qui sont persécutés, et c’est ce que nous avons fait. Nos églises sont devenues des refuges, et non des maisons de planification, comme le gouvernement le prétend ».

Et le prêtre sait de quoi il parle : le 15 mai 2018, dans une voiture du diocèse surnommée « l’ambulance », il a sauvé 19 manifestants blessés qui avaient été touchés par des balles d’AK-47. Sur ordre du régime, les hôpitaux publics n’ont pas été autorisés à aider les blessés, en grande partie des étudiants.

« Ces jours-là, les gens assis sur les bancs de nos églises n’écoutaient pas l’Évangile, ils le vivaient », dit-il avec émotion.

L’Église défend le droit de manifester pacifiquement

Depuis septembre, et avec l’aide d’organismes internationaux, l’Église diocésaine a ouvert cinq bureaux pastoraux de Droits de l’homme, où elle vient en aide aux familles qui ont perdu des enfants pendant les manifestations, ainsi qu’aux personnes qui sont aujourd’hui persécutées pour avoir manifesté. Une cinquantaine de personnes sont actuellement emprisonnées sans procès équitable, et il y a des centaines de « disparus », tandis que 30.000 personnes se sont exilées au Costa Rica, et autant dans d’autres pays.

« Nous avons été accusés de cacher des armes, ce que nous n’avons jamais fait », déclare le prêtre. « Notre seule arme, c’était Jésus dans l’Eucharistie ».

Le nombre de personnes qui dépendent aujourd’hui de l’Église pour leur survie a triplé depuis le mois d’avril.

« Nous portons un petit bout de la Croix du Christ », dit-il. « Nous ne pourrions pas la porter en entier. Il nous y aide ».

La situation des évêques et de nombreux religieux au Nicaragua n’est pas simple. Leur attitude qui a consisté à ouvrir les portes des églises pour s’occuper des blessés, tant des étudiants que des policiers, ainsi que leur volonté de collaborer à un processus de dialogue national qui a échoué, a conduit à ce que beaucoup d’entre eux soient qualifiés par le parti au pouvoir de « putschistes » et de « terroristes ».

L’un d’eux est le Cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua, la capitale du pays. En dépit des difficultés, il n’a perdu ni son sourire ni sa foi.

Et, malgré son sourire, Mgr Brenes ne peut cacher son inquiétude pour l’avenir du Nicaragua, un pays qui a connu suffisamment de révolutions pour savoir que nombre des grandes idées qui convainquent les masses, tôt ou tard, finissent par être brisées par les abus de pouvoir d’une minorité.

La dernière révolution a commencé le 18 avril, même si beaucoup de Nicaraguayens s’accordent à dire que ça n’a été rien de plus que « l’étincelle qui a déclenché un feu qui couvait depuis longtemps ».

« L’Église accompagne le processus de dialogue mis en place après les manifestations, mais comme un service rendu au pays », affirme Mgr Brenes. « Ce qui nous intéresse, ce n’est pas le pouvoir, mais accompagner les efforts sans en attendre autre chose que le bien de la patrie. Lorsque les affrontements entre les forces nationales et les manifestants ont eu lieu, nous avons protégé tout le monde ».

Plus d’une fois, le cardinal a dû servir de médiateur entre le gouvernement et les manifestants, tant pour secourir les policiers qui avaient été enlevés, que pour que demander aux militaires qu’ils cessent de tirer sur les étudiants.

« Nous ne leur avons jamais demandé à quel camp ils appartenaient, nous avons simplement aidé tous ceux qui nous demandaient de l’aide », a-t-il dit, reconnaissant toutefois qu’ils auraient pu dénoncer l’usage de la violence par certains manifestants.

« À un moment, les deux parties ont fait preuve de violence, mais le gouvernement a fait un usage disproportionné de la violence », déclare-t-il. « La police antiémeute avait des fusils, tandis que les jeunes avaient des lance-pierres et des explosifs fait maison ».

Prier le Rosaire pour la paix

Le défi consiste maintenant à œuvrer à la réconciliation nationale, ce qui pourra prendre des générations, c’est pourquoi il ne s’attend pas à en être témoin. « Mais nous devons en jeter les bases ».

Malgré le défi, Mgr Brenes décide de s’accrocher à sa foi au lieu de perdre espoir, en étant de plus en plus convaincu du prophétisme de la phrase prononcée par le Pape Pie X qui a dit : « Donnez-moi une armée qui prie le rosaire tous les jours et nous changerons le monde ».

« Moi, je prie tous les jours. Le premier mystère pour le Nicaragua, le second pour la conversion du gouvernement, le troisième pour les mères qui ont perdu leurs enfants ou dont les enfants sont en prison, le quatrième pour les prisonniers politiques, et le cinquième pour le clergé ».

« Si nous croyons que la foi peut déplacer des montagnes, la prière du chapelet peut convertir les cœurs à la vraie réconciliation, guérir les cœurs blessés et chercher le bien de tous », dit Mgr Brenes. « Pouvez-vous prier pour le Nicaragua? »

Cameroun – L’Église continue à parler malgré les menaces – AED-Entrevue

15.02.2019 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, By Thomas Oswald, Cameroun, Cameroun, Entrevue AED, Maria Lozano, Mario Bard, Voyagez avec AED

Cameroun 

La parole de l’Église n’est pas la bienvenue

Les zones anglophones du Cameroun sont continuellement secouées par le conflit qui oppose les groupes séparatistes anglophones au gouvernement central francophone. Dans ce contexte de lutte fratricide, l’Église tente de renouer le dialogue entre les parties. Mgr Emmanuel Abbo, 49 ans, évêque de Ngaoundéré, francophone, et Mgr Michael Bibi, évêque auxiliaire de Bamenda, anglophone, témoignent de la situation de leur pays. Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est entretenue avec eux. Propos recueillis par Thomas Oswald.

Photo plus haut : séminariste tué le 4 octobre dernier Akiata Gerard Anjiangwe sans aucun autre motif que celui de faire peur à l’Église et de la taire dans son désir d’aide à pacifier le pays.

*** 

Mgr Emmanuel Abbo: « Les nouvelles ne sont pas rassurantes ».

AED : Peut-on parler de « guerre civile » dans les zones anglophones ?

Mgr Michael Bibi : Les élections du mois d’octobre 2018 auraient dû permettre aux populations de cette région de s’exprimer par la voie démocratique. Dans les faits, les choses sont plus compliquées, car il y a un très grand nombre de déplacés internes, et que très peu de Camerounais ont pu effectivement voter. Les conditions ne sont malheureusement pas réunies pour un exercice démocratique apaisé. Or, c’est pourtant par le dialogue franc, inclusif, que nous pourrons sortir de cette crise. Pour le moment, on n’entend que les autorités religieuses !

Mgr Emmanuel Abbo : Je ne suis pas sur place, mais les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas rassurantes. Nous recevons vraiment des informations très variées donc on ne peut pas se prononcer objectivement.

 

AED : À plusieurs reprises, l’Église camerounaise a tiré la sonnette d’alarme pour avertir de la situation des clercs, prêtres et religieux, qui se situent dans ces zones anglophones. Quel rôle peut-elle jouer ? 

Mgr Michael Bibi : L’Église est en première ligne. Un prêtre et un séminariste ont été abattus en région anglophone. Concernant ce dernier, ce fut une véritable exécution, mise en scène devant son église, en présence des paroissiens. Et ces deux cas ne sont malheureusement pas isolés. Je reçois des nouvelles inquiétantes de beaucoup de religieux qui se font tirer dessus, kidnapper et rançonner. J’ai moi-même été arrêté, mais ils m’ont relâché quelques heures après.

Je peux témoigner que le clergé qui demeure en zone anglophone est particulièrement menacé. Pourtant, nous parlons vrai : nous disons la vérité ! Nous disons aux jeunes de rester à l’école et de ne pas rejoindre les milices, que cela ne mène à rien, et les milices nous accusent de faire le jeu du gouvernement. Nous dénonçons aussi l’action de l’armée gouvernementale, nous demandons à ce que la région soit démilitarisée, et du coup nous sommes catalogués comme prorebelles par les autorités ! Notre parole de vérité n’est pas la bienvenue dans ce conflit fratricide. La vérité c’est que les deux camps tuent, et ne font qu’ajouter de la violence à la violence.

Mgr Emmanuel Abbo : L’Église apporte une contribution pour la résolution des conflits et pour le maintien de la paix. La conférence épiscopale prend des initiatives, mais nous préférons opérer en silence pour approcher les parties en conflit et trouver des solutions adaptées, car la médiatisation risque de nuire à la réussite de ces initiatives.

 

AED : Comment se porte l’Église dans votre pays ?

Mgr Michael Bibi : Grâce à Dieu, la foi des Camerounais est puissante. La messe dominicale est suivie avec ferveur, et nous avons des vocations sacerdotales. Il faudrait à présent que nos dirigeants soient, eux aussi, illuminés par cette foi.

Mgr Michael Bibi: « Or, c’est pourtant par le dialogue franc, que nous pourrons sortir de cette crise. »

Mgr Emmanuel Abbo : Mon diocèse a été évangélisé il y a à peine soixante ans. Les Oblats de Marie Immaculée, d’origine française, sont arrivés dans les années 50. Trois éléments donnent à espérer. Les prêtres de mon diocèse sont très jeunes, très dynamiques, avec qui j’entretiens une excellente collaboration ; nous avons une présence religieuse qui partage nos préoccupations pastorales et, malgré la pauvreté ambiante, nous avons des fidèles qui sont prêts à faire ce dont ils sont capables pour que notre Église aille de l’avant.

 

Nous rencontrons des défis énormes. Sur le plan pastoral, le diocèse ne dispose pas de suffisamment de prêtres – j’ai donc fait appel à des prêtres fidei donum – et nous n’avons pas assez de ressources humaines et matérielles. Sur le plan social, nous souhaitons reconstruire nos écoles et centres de soins, en dur. Sur le plan du développement, nous souhaitons accompagner notre population, très pauvre, en organisant des associations, ou des coopératives. Une des priorités du plan pastoral est la construction d’un centre pastoral diocésain, destiné à abriter les formations que nous souhaitons organiser pour former nos 343 catéchistes et 57 prêtres.

 

AED : Que souhaitez-vous dire à nos bienfaiteurs ?

Mgr Michael Bibi : Nous avons besoin des prières de l’Aide à l’Église en Détresse. Nous avons aussi besoin d’une aide concrète pour les victimes du conflit de la région anglophone, conformément à la parole de Jésus : « J’avais faim, vous m’avez nourri, j’étais nu, vous m’avez vêtu ».

Mgr Emmanuel Abbo : Je veux leur dire merci pour leur générosité, ils nous sont d’un grand soutien dans nos diocèses, particulièrement au Cameroun, car l’AED nous soutient beaucoup dans nos projets pastoraux. Soyez encore plus généreux, car nos soucis et nos préoccupations sont croissants.

*** 

Une belle nouvelle de l’AED pour un autre évêque, Mgr Georges Nkuo: 

Ayant été informé de notre décision de financer différents projets dans son diocèse de Kumbo, Mgr George Nkuo nous écrit un message de remerciement :

« Vous avez attribué des bourses pour nos 110 grands séminaristes, pour notre bureau responsable de la pastorale des familles, pour les novices des Sœurs Tertiaires et pour les Frères de Saint-Martin de Porres. Je tiens à vous remercier sincèrement de votre aimable considération.

Ces subventions arrivent à un moment où l’Église de notre province ecclésiale traverse une période très difficile et où notre revenu local a été sérieusement affecté à cause de la guerre qui sévit dans nos régions. Aussi, vous pouvez imaginer le soulagement que votre aide a apporté à nos diverses communautés.
Je m’empresse d’écrire en leur nom pour vous dire « Merci ! ».

Encore une fois merci et que Dieu continue à vous bénir, vous et nos bienfaiteurs.

+George »


 

Projet de la semaine de l’AED : Ethiopie

08.11.2018 in Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Équipement, Ethiopie, Pères Capucins, PROJETS AED, Religieux

Éthiopie

Une machine à relier les livres pour les Capucins à Addis-Abeba

 

L’Institut de philosophie et de théologie des Capucins d’Addis-Abeba est le seul établissement d’enseignement supérieur catholique du centre et du sud de l’Éthiopie. Tous les diocèses et toutes les communautés religieuses de ce pays d’Afrique de l’Est envoient leurs séminaristes étudier là-bas.

Le frère Daniel Assefa est recteur du l’Institut Capucin et Franciscain de philosophie et de théologie d’Addis-Abeba, Éthiopie.

L’établissement comprend également le « Centre de recherche et de retraite des Capucins », qui propose aux religieux et aux laïcs une formation religieuse pour adultes, un accompagnement spirituel et des retraites. Les événements sont également ouverts aux participants orthodoxes et protestants. Toutes les deux semaines, un séminaire œcuménique est organisé sur divers sujets dans le domaine de l’art religieux, de la philosophie ou de la littérature. Par ailleurs, des conférences nationales sont organisées quatre fois par an et un congrès international se tient tous les trois ans.

 

Le centre publie également des livres. D’une part, les classiques spirituels des langues indo-européennes sont traduits en amharique, et d’autre part les interventions ayant eu lieu lors de conférences sont également publiées afin d’être accessibles à la communauté scientifique et à un public plus large. À l’heure actuelle, les livres sont imprimés par le Centre, mais ils doivent être envoyés à l’extérieur pour les relier. En plus de paraître avec beaucoup de retard, cette situation fait en sorte d’augmenter considérablement le prix des livres. Cependant, le centre, qui ne fait pas de profits, voudrait offrir les livres à des prix abordables.

Les Capucins nous ont donc demandé de l’aide. Nous avons promis 27 000 dollars pour une machine à relier les livres.

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

Vous désirez soutenir ce projet ou tout autre projet semblable ? Cliquez sur le bouton ci-dessous, et sélectionner ‘Projet de la semaine’.

Projet de la semaine de l’AED : Aide à la formation pour 50 jeunes religieuses

01.11.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Formation, PROJETS AED, Religieuses

Brésil

Aide à la formation pour 50 jeunes religieuses

 

Il y a à peine trente ans, la congrégation des Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matarà était fondée en Argentine. Elle est maintenant présente partout dans le monde : 160 monastères situés dans 35 pays, et ce, sur les cinq continents. Et ce n’est qu’un début!

 

La congrégation est particulièrement marquée par l’amour de l’Eucharistie, de la Mère de Dieu et du Saint-Père. Les activités des religieuses sont multiples : elles aident les prêtres dans les paroisses, organisent des retraites spirituelles, font la catéchèse, enseignent dans les écoles et s’occupent de la pastorale de la jeunesse. Elles se dévouent également dans les orphelinats, les maisons pour enfants handicapés, les foyers pour personnes âgées et les hôpitaux. Elles aident aussi les femmes enceintes qui vivent des situations conflictuelles et les aident à garder leur enfant. Certaines d’entre elles travaillent également à la publication de livres de théologie.

La congrégation attire beaucoup. Au Brésil seulement, les vocations sont particulièrement nombreuses. Au pays où la samba est née, on compte 50 jeunes femmes qui sont actuellement en formation. Afin qu’elles soient bien préparées à la vie religieuse et à l’apostolat nous voudrions soutenir leur formation en donnant un montant de 17,145 $.

 

Merci !

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

Vous désirez soutenir ce projet ou tout autre projet semblable ? Cliquez sur le bouton ci-dessous, et sélectionner ‘Projet de la semaine’.

Actualités de l’AED – Pakistan Asia Bibi : acquittée!

31.10.2018 in ACN International, adaptation : Mario Bard, AED-Canada, Par John Pontifex et John Newton

Pakistan

Asia Bibi : acquittée!

 

Montréal, mercredi 31 octobre – l’acquittement d’Asia Bibi est « le moment le plus merveilleux » dans la vie de la famille de cette mère de famille pakistanaise qui vient d’être reconnue non coupable d’un crime de blasphème. Son mari et sa fille ont confié à nos collègues britanniques qu’ils remercient Dieu pour cet acquittement que plusieurs n’attendaient plus.

 

Ce mercredi 31 octobre, la Cour suprême du Pakistan a renversé la condamnation à mort qui pesait sur cette jeune mère de famille et simple ouvrière du Punjab, qui en 2010, est devenue la première femme du Pakistan à être condamnée à mort pour blasphème.

 

La fille d’Asia Bibi, Eisham Ashiq, 18 ans, a dit à l’Aide à l’Église en Détresse : « Je suis si heureuse! Je veux remercier Dieu. »

Quelques minutes après l’annonce, la fille d’Asia Bibi, Eisham Ashiq, 18 ans, affirmait à l’Aide à l’Église en Détresse : « Je suis si heureuse! Je veux remercier Dieu. » Parlant grâce à l’aide d’un interprète, elle a aussi déclaré : « C’est le moment le plus merveilleux. J’ai hâte de serrer ma mère dans mes bras  et de célébrer avec ma famille. Je suis reconnai

ssante envers Dieu qu’il ait écouté nos prières. » Le mari, Asiq Masih a déclaré : « Nous sommes très heureux. C’est une merveilleuse nouvelle. Nous remercions Dieu qu’il ait entendu nos prières et les prières de tant de gens qui ont travaillé à la libération d’Asia Bibi pendant toutes ces années de souffrance et d’angoisse. »

 

Un proche ami de la famille, Joseph Nadeeme a indiqué que lorsque la famille a appris la nouvelle, elle a « dansé de joie ». Il a ajouté : « Il y a eu tant de larmes – des larmes de joie. »

La directrice du bureau national de l’Aide à l’Église en Détresse au Canada AED) , Marie-Claude Lalonde, a réagi : « C’est un jour très émotif pour moi. Je suis vraiment très, très heureuse de sa libération. C’est un grand jour pour la justice, ça donne de l’espoir. » Maintenant qu’elle sera libérée, sa préoccupation première est sa sortie du pays. « Elle ne peut pas rester au pays. J’espère que tout a été planifié pour sa sécurité et aussi pour la sécurité des juges.»

Une situation confirmée par le père Emmanuel Yousaf, directeur national de la Commission pour la Justice et la paix, qui soutient les personnes accusées de blasphème grâce à l’aide de différentes organisations, dont l’AED. « Je suis heureux que justice ait été rendue », a-t-il affirmé à l’AED, ajoutant : « Dans la présente situation et les manifestations de groupes extrémistes, que Dieu nous bénisse et  protège Asia et sa famille, et qu’il garde en sécurité nos frères et sœurs chrétiens  au Pakistan. »

 

La décision de la Cour suprême renverse celle de 2010 qui condamnait à mort Asia Bibi pour insulte au prophète Mohammed, un crime punissable de peine de mort, selon l’Article 295-C du code pénal pakistanais, appelé loi du blasphème. Les accusations contre elle ont été soulevées à la suite d’une altercation avec des collègues de travail musulmanes. Ces dernières avaient d’abord affirmé que cette chrétienne avait contaminé le puit commun parce qu’elle y avait bu directement, contrairement aux habitudes en vigueur.

C’est le 8 octobre dernier que le dernier appel possible avait été entendu par la Cour suprême du pays située à Islamabad, capital du Pakistan.

« Merci à tous nos bienfaiteurs qui ont prié pour elle au fil des ans, cette journée reste pour moi un grand bonheur! », a conclu Mme Lalonde.

 

 

Pour tout informations, merci de communiquer avec Mario Bard, 514-932-0552 poste 224

Directrice National, Marie-Claude Lalonde disponible pour des entretiens – veuillez lui contacter à la poste 223.

AED-Nouvelles – Pakistan : appel à prier pour le Pakistan

26.04.2018 in ACN International, Asie, Attentat, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, John Pontifex, liberté religieuse, Mario Bard, Pakistan, Persécution, Prière, Voyagez avec AED

Photo : une prière interreligieuse pour la paix en 2017, avec le grand mufti de Lahore et Mgr Sebastian Shaw

Pakistan

Appel à prier après des attaques contre les chrétiens

Un évêque pakistanais appelle à prier pour les chrétiens de Quetta qui ont subi leur troisième attaque en cinq mois. Deux chrétiens – Rashid, Khalid et Azhar Iqbal – ainsi que trois autres ont été blessés après l’assaut lancé par quatre personnes à moto qui ont commencé à tirer sur les gens près d’une église dans le quartier chrétien d’Essa Nagri, à Quetta.

Cette attaque, survenue le dimanche 15 avril dernier, s’est passée près de deux semaines après qu’une famille de quatre catholiques de Lahore ait été abattue près de chez un parent auquel elle rendait visite pour Pâques.

Selon ce qui est rapporté, les défunts – dont les noms sont Parvaiz, Kamran, Tariq et Fordous – étaient sortis pour acheter de la crème glacée quand ils ont été pris pour cible.

Selon un groupe missionnaire au Pakistan, les agresseurs ont déposé un pamphlet sur les lieux du crime.  Ils y ont qualifié le meurtre de « premier épisode du génocide des chrétiens ».

L’État Islamique a revendiqué la responsabilité des deux attaques.

Dans un entretien accordé à l’Aide à l’Église en Détresse », Œuvre de bienfaisance catholique qui soutient les chrétiens persécutés et souffrants, Mgr Sebastian Shaw, archevêque de Lahore, a déclaré : « Les fidèles de Quetta sont profondément préoccupés et inquiets. [Mais], Toutes ces souffrances et cette douleur peuvent être surmontées grâce à la foi. C’est pourquoi je lance à chacun un appel, à travers l’AED, à prier pour la paix et l’harmonie afin que les gens de toutes les religions puissent vivre au Pakistan en paix et en harmonie. »

Mgr Sebastian Shaw : « « Quand nous sommes tentés de perdre espoir, nous nous rappelons qu’à travers votre compassion et vos prières, vous êtes avec nous, à nos côtés ».

L’archevêque, qui a accordé l’entretien au cours d’une visite au siège international de l’AED à Königstein, en Allemagne, a déclaré : « Quand nous voyons ces atrocités se produire les unes après les autres, alors nous dépendons beaucoup de la communion spirituelle que nous avons avec nos amis et bienfaiteurs de l’AED ».

Il a ajouté : « Quand nous sommes tentés de perdre espoir, nous nous rappelons qu’à travers votre compassion et vos prières, vous êtes avec nous, à nos côtés ».

L’archevêque a demandé une protection accrue de la police. Il a déclaré : « Le gouvernement devrait assurer une meilleure sécurité afin que tous les gens puissent vivre côte à côte en toute sécurité ».

Les chrétiens de Quetta avaient été ciblés en décembre dernier lorsque deux kamikazes avaient pris d’assaut une messe de Noël bondée dans l’église méthodiste Bethel de la ville, faisant 11 morts et plus de 50 blessés.

En octobre dernier, des miliciens avaient lancé une grenade dans une église protestante dans le quartier de Quetta Arbab Karam Khan Road, mais personne n’avait été blessé car les fidèles avaient déjà quitté le bâtiment.

Le Pakistan a été identifié comme un pays où la persécution s’aggrave dans le rapport de l’AED Persécutés et oubliés ? 2015-17, un rapport sur les chrétiens opprimés pour leur foi, publié tous les deux ans par l’Œuvre de bienfaisance, qui examine les parties du monde qui sont un sujet majeur de préoccupation pour les fidèles menacés de violations de la liberté religieuse.

 

Le Pakistan est un pays prioritaire pour l’AED,
qui travaille dans plus de 140 pays à travers le monde.
Si vous  voulez contribuer à un projet au Pakistan,
vous pouvez donner en cliquant sur le bouton ci-dessous.

MERCI 


 

Philippines – Marawi : reconstruire « prendra des années ».

13.04.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Entrevue, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Marawi, Marawi, Persécution, Philippines, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines

« La reconstruction de la ville de Marawi prendra des années »

 

Reinhard Backes s’est rendu dans la ville de Marawi aux Philippines pour l’œuvre de charité Aide à l’Église en Détresse (AED). La minorité chrétienne locale y a été opprimée par les islamistes pendant des mois. Entretien sur les relations entre chrétiens et musulmans dans la région et les conséquences du conflit. Propos recueillis par Maximilian Lutz, en collaboration avec l’hebdomadaire allemand Die Tagespost.

 

 

Que s’est-il passé à Marawi au cours des derniers mois ?

La ville est un centre de la foi musulmane à Mindanao, deuxième plus grande île des Philippines. Si 90 % de la population de cette île est musulmane, la proportion est inversée dans le reste du pays, à majorité chrétienne. Tout a commencé le 23 mai 2017. L’armée philippine avait prévu une opération en vue d’arrêter les dirigeants de Daesh dans la région. Les extrémistes ont devancé les militaires et occupé le centre historique de Marawi jusqu’au milieu du mois d’octobre.  Le conflit s’est finalement résolu par la force. L’armée a bombardé massivement le centre de la ville, tuant selon des sources officielles 920 extrémistes, 165 soldats et 45 civils.

 

 

S’agissait-il plutôt d’une attaque spontanée ou l’occupation était-elle prévue depuis longtemps ?

 

Les attaquants étaient manifestement bien préparés et bien informés au sujet de l’opération militaire prévue. Il se peut même qu’ils aient été avertis par des militaires, mais ce sont là des spéculations, étant donné que l’on ne dispose toujours pas d’informations détaillées sur le déroulement de l’attaque de Marawi. Lors de ma visite début mars, on m’a expliqué qu’une grande partie des extrémistes étaient des Indonésiens. Mindanao est facilement accessible par la mer depuis l’Indonésie. Contrôler la voie maritime était et reste évidemment difficile pour les militaires. Les observateurs pensent que l’armée n’était absolument pas préparée à une telle menace.

Ce qu’il reste du centre de la ville de Mindanao, Philippines, mars 2018.

 

Les islamistes ont-ils bénéficié du soutien de la population ?

 

Effectivement, ils ont eu un certain appui de la part de la population. Ainsi, les extrémistes ont utilisé un système de tunnels à l’intérieur duquel ils pouvaient se déplacer sous terre. Et ce genre de choses ne s’improvise pas du jour au lendemain.

 

 

Les médias ont rapporté que des chrétiens, dont un prêtre, ont été pris en otage ?

 

Beaucoup de personnes ont été prises en otage, pour la majeure partie des chrétiens. L’une des premières cibles des extrémistes dans la ville a apparemment été la cathédrale catholique Sainte-Marie. Ils voulaient probablement prendre en otage l’évêque de Marawi, Edwin de la Pena, mais il n’était pas en ville à ce moment-là. Ils ont capturé à sa place le vicaire général, Teresito Suganob, et d’autres fidèles. Mais les islamistes ont également pris en otage des musulmans, les accusant de collaborer avec les chrétiens.

 

 

La cathédrale Sainte-Marie a-t-elle fait l’objet de profanations ou de sacrilèges ?

 

Oui, l’église a été entièrement détruite, y compris toutes les statues de la Vierge et les crucifix. J’ai vu une statue de la Vierge décapitée. La tête a sans doute été brûlée. Il ne restait plus que le corps vêtu. D’un point de vue architectural, la cathédrale est plutôt sobre, c’est une sorte de halle. Marawi étant majoritairement musulman, une église chrétienne trop voyante n’était pas souhaitable. Du reste, la communauté catholique locale ne compte que mille membres, désormais dispersés.

Mars 2018 : image aux accents bucoliques sur l’Île de Mindanao, Philippines, si ce n’était que ces deux jeunes hommes ont tous les deux été enlevés pendant des semaines par les extrémistes. Ils en gardent encore des séquelles. L’AED soutient des projets qui, nous l’espérons, les aiderons à passer à travers. 

 

 

Quelles étaient les relations entre chrétiens et musulmans avant l’assaut des islamistes ?

 

Comme dans d’autres pays, comme le Pakistan, où les chrétiens ne sont qu’une petite minorité parmi les musulmans, ils s’efforcent d’avoir de bonnes relations avec leurs voisins musulmans. C’est du moins ce que je sais du côté catholique. En règle générale, les chrétiens entretiennent donc aussi des contacts étroits avec les autorités musulmanes, et il n’en allait pas autrement à Marawi. Les choses étaient probablement semblables du côté des musulmans, car la grande majorité voulait tout simplement cohabiter en paix avec ses voisins. Les relations étaient donc la plupart du temps amicales. Maintenant, il règne une certaine méfiance.

 

 

Comment l’évêque de Marawi, Edwin de la Pena, fait-il face à la situation ?

Monseigneur de la Pena s’efforce autant que possible de trouver un équilibre. La reconstruction de la cathédrale n’a donc aucune priorité pour lui. À ses yeux, le plus important est de renforcer le sentiment d’appartenance communautaire et de rétablir les relations interreligieuses.

 

 

Y a-t-il des projets spécifiques pour atteindre ces objectifs ?

 

Le diocèse a lancé quelques initiatives, parmi lesquelles un centre de réadaptation offrant de l’aide à plus de 200 personnes qui ont été retenues captives pendant des mois et qui ont subi des violences physiques et psychiques. Ce centre prend en charge tout aussi bien des chrétiens que des musulmans. Les femmes, de même que les jeunes filles et adolescentes qui ont été violées, sont traitées dans des thérapies de groupe, mais aussi dans le cadre d’entretiens individuels. Comme les hommes qui ont subi des violences et ont été battus – et jusqu’aux enfants qu’il faut ramener à la vie normale après ces expériences épouvantables.

 

 

Et vous avez évoqué un autre projet…

 

Ce projet s’appelle « Youth for Peace », ou « Jeunesse pour la paix », et est également une initiative de l’église locale. Ces 184 étudiantes et étudiants, principalement musulmans et provenant de la Mindanao State University, se rendent dans les camps de réfugiés dans le cadre de ce projet. Des milliers de personnes ont fui le centre de la ville à la suite du conflit et vivent à présent dans des camps aux alentours. « Youth for Peace » s’est donné pour mission d’aider ces réfugiés, de leur montrer que les jeunes sont là pour eux et qu’ils veulent leur permettre de retrouver ce qu’ils avaient autrefois, à savoir une coexistence pacifique : tel est l’objectif des étudiants. Peu importe que les réfugiés soient chrétiens ou musulmans.

La cathédrale catholique de Marawi, complètement détruite par les islamistes qui ont tenu assiégé Marawi pendant des mois l’année dernière.  

Sous quelle forme Aide à l’Église en Détresse soutient-elle ces projets ?

 

L’AED avait déjà fourni une aide d’urgence aux réfugiés durant le conflit.  Maintenant nous voulons aider afin de permettre au centre de réadaptation de continuer à fonctionner. Nous soutenons également le programme « Duyog Marawi » – Corridor de paix de l’église locale dont fait également partie le mouvement « Youth for Peace ». Nous avons fourni jusqu’ici deux véhicules : une ‘van’ et une camionnette. D’autres aides sont prévues. Nous étudions en outre les moyens de prêter assistance pour l’hébergement des réfugiés qui vivent sous des tentes depuis des mois. Les températures tropicales de plus de 30° qui y règnent sont très difficiles à supporter. Puis il se remet à pleuvoir, parfois violemment. Les tentes ne sont donc pas une solution durable. On envisage à la place de construire de petites maisons provisoires qui devraient suffire dans un premier temps. L’AED pourra fournir une contribution.

 

 

Y a-t-il un espoir réaliste de reconstruire la ville dans les prochaines années ?

 

Une chose est sûre, la reconstruction durera de nombreuses années. Je n’ai encore jamais vu un centre-ville aussi détruit que celui de Marawi. Et il ne s’est pas passé grand-chose depuis la fin des combats en octobre de l’année dernière. L’armée dit qu’il faut d’abord retirer tous les engins explosifs non éclatés, les restes de munitions et les pièges que les extrémistes pourraient y avoir laissés.

 

 

Quelle conclusion tirez-vous de votre voyage ?

 

D’une part, il est dramatique de voir comment les islamistes ont exploité et détruit toute une ville et une culture bien établie ; c’est là que mène l’aveuglement idéologique. D’autre part, les habitants de Marawi m’ont beaucoup étonné. Leur situation est certes catastrophique, mais ils ont de l’espoir et ils font face aux difficultés. J’ai découvert combien la foi chrétienne-catholique compte pour eux, le concept altruiste de l’amour du prochain qui se manifeste dans l’aide concrète apportée aux victimes. Et les jeunes volontaires, musulmans comme chrétiens, font preuve d’une grande ouverture dans leurs relations, ce qui est très encourageant. Ils ont dit presque unanimement que leur engagement commun les a amenés à mieux comprendre les convictions des autres, tout en les confortant dans leur propre identité.

Certes: reconstruire la ville de Marawi. Mais surtout, reconstruire les coeurs. 


 

Congo-Brazzaville – une Église pleine d’espérance et de force

12.04.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Congo, Congo, Entrevue AED, Voyagez avec AED

Congo-Brazzaville

une Église pleine d’espérance et de force

Longtemps sous un régime communiste, la République du Congo – voisine la RDC – a mis sa foi de côté pendant de nombreuses années. Maintenant, l’Église y reprend des forces afin de surmonter ses problèmes – nombreux – et aller de l’avant. Kinga von Poschinger, responsable des projets pour le Congo-Brazzaville à l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED), s’est rendue dans ce pays d’Afrique centrale afin d’évaluer la situation. Elle a accordé un entretien à Monica Zorita pour parler des défis auxquels les Congolais font face, et des futurs projets d’aide que désire soutenir l’AED.

 

Quelles ont été les principales raisons de ce voyage ? 

La visite au Congo-Brazzaville constitue une priorité pour l’AED, et ce pour différentes raisons. Pendant de nombreuses années, le pays ayant été sous la domination d’un régime communiste ; la foi de sa population y est donc passée complètement au second plan. Maintenant, il y a un besoin de revenir à elle, de la faire sortir de l’ombre et de la raviver. La précédente visite d’un membre de l’AED dans ce pays remonte à 2002. En 20218, par le présent voyage et les nouveaux projets qui vont être réalisés, nous espérons donner une grande impulsion à son Église et sa société.

Petit garçon durant la messe à Sainte-Brigitte, Epéna, diocèse de Impfondo, Congo.

Quelle est la situation actuelle de ce pays, également connu sous le nom de petit Congo ?

Comme beaucoup d’autres nations africaines, le Congo-Brazzaville traverse une situation économique très difficile. Les gens y vivent pauvrement alors que le pays détient de nombreuses richesses. Ainsi, la région où se trouve le diocèse d’Impfondo, dans le nord, est enclavée au milieu de la jungle. Beaucoup de maisons sont bâties en terre glaise. C’est une zone très fluviale dont la végétation exubérante rend la mobilité difficile, sauf si l’on est en canoë ou parfois en voiture, quand les routes le permettent. C’est la zone la plus pauvre. Par contre, dans la région sud – très précisément à Pointe-Noire – il y a beaucoup de pétrole, mais la diminution du prix du baril et la corruption ont plongé le pays dans une crise profonde qui a des conséquences sur tous. Cette situation crée évidemment un sentiment d’inquiétude, mais l’espérance propre au peuple congolais l’emporte, en particulier dans les régions catholiques où règnent une atmosphère très familiale et un esprit d’entraide.

Quelles sont les religions majoritaires au Congo-Brazzaville ?

Avant la construction d’un nouveau presbytère, l’ancien prêtre de la paroisse vivait dans cette hutte. Mort il y a quelques années, ses écrits sont toujours là. 

Bien que la République du Congo soit officiellement un État laïc, une grande partie de la population pratique une religion chrétienne ; une autre grande partie est adepte des croyances animistes locales, et enfin, il y a une minorité de musulmans. La majorité de la population chrétienne appartient à des communautés évangéliques pentecôtistes, et les catholiques représentent de 30 à 35% de la population. Les catholiques congolais ont une foi très vivante et joyeuse. Par rapport à d’autres pays africains, leurs cérémonies sont plus calmes. C’est un point sur lequel insiste beaucoup l’évêque du jeune diocèse de Dolisie, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, qui rappelle aux fidèles l’importance de la prière intérieure et du silence.

 

L’Église du Congo-Brazzaville compte actuellement neuf diocèses, dont deux ont été créés en 2013. Il est par ailleurs prévu d’en ériger d’autres dans les années à venir, car ils ont de trop grands territoires et il est très difficile de les couvrir avec si peu d’évêques.

Quels sont les principaux défis auxquels l’Église congolaise est confrontée ?

Ils sont nombreux ! D’abord, il y a la pauvreté. Puis, il y a une forte augmentation de groupes à caractère sectaire.  Aussi, beaucoup de croyants animistes locaux éprouvent peu de respect – avec leurs fétiches – envers la religion catholique.  Il y a aussi le fait que les paroisses sont tellement éloignées les unes des autres. De ce fait, beaucoup de prêtres se retrouvent très solitaires et risquent parfois de perdre le sens de leur vocation et de leur mission. C’est pourquoi l’AED soutiendra différentes retraites spirituelles et des projets dédiés à la formation des religieux ayant peu d’années de sacerdoce, afin de les fortifier et de leur montrer des modèles dont ils ont besoin.

Quels autres projets avez-vous définis à la suite de ce voyage au Congo ?

Dans l’unique grand séminaire du pays, nous voulons réaliser des projets qui soient dédiés au discernement de l’authenticité des vocations.

Nous avons également vu le manque de moyens pour l’évangélisation qui se reflète à la fois par l’absence de littérature religieuse (par exemple les missels) et de moyens de transport – dans ce cas-ci, de bateaux – pour atteindre toutes les populations. Il est également nécessaire de rénover certaines des maisons des prêtres et des religieux. Beaucoup vivent dans des conditions déplorables ou n’ont pas accès à l’eau potable.

Farrell, 27 ans: « Je ne veux pas que mon petit frère ne puisse rencontrer, comme moi, un prêtre avant l’âge de 11 ans! » Le jeune homme est en pleine formation pour devenir prêtre.

Dans le cadre de l’année liturgique, nous venons de vivre la résurrection du Christ. Quel message pascal d’espérance ramenez-vous de votre voyage ?

Nous avons vu le travail, la lumière, la bonté et l’espérance de gens comme Mgr Manamika Bafouakouahou. Ce dernier est plein de force pour aider son pays à aller de l’avant, à surmonter un par un tous les problèmes auxquels il est confronté. Sa foi est très profonde et ses idées très claires. Il sort volontiers dans la rue pour parler aux gens et a l’habitude d’organiser des Semaines d’évangélisation qui déplacent des milliers de personnes désireuses de l’écouter.

Quel a été l’un des moments les plus émouvants ou passionnants du voyage ?

Nous avons vécu une très belle expérience dans le diocèse d’Impfondo où était célébrée la première messe de trois nouveaux prêtres, ordonnés le 6 janvier dernier. Ils ont fait une cérémonie traditionnelle, puis ils ont dansé et chanté avec une joie exceptionnelle. Les prêtres avaient des colliers faits de plantes autour du cou et de la taille, et le reste des fidèles étaient vêtus de costumes traditionnels et dansaient avec un balai fait avec des branches, symbole d’unité, de flexibilité et de résistance. En dépit de tant de difficultés, la joie et la fierté de ce peuple d’avoir trois nouveaux prêtres étaient impressionnantes.

Soeur Roberta est la directrice de l’école primaire catholique du diocèse de Gamboma. Les religieuses ont peint les murs avec des couleurs joyeuses et elles utilisent les images données par Aide à l’Église en Détresse pour la catéchèse aux enfants (au-dessus d’elle sur la photo). Les religieuses s’occupent également des enfants les plus pauvres, certains arrivant à l’école sans même avoir déjeuné. Le samedi, certains de ces enfants viennent aider les religieuses au jardin.