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Asie

 

Inde : Rencontre de l’AED — Un chrétien libéré après 11 ans de prison

02.03.2020 in adaptation : Mario Bard, Adaptation Mario Bard, AED États Unis, Asie, Inde, liberté religieuse, Persécution, Voyagez avec AED

Inde
Un chrétien libéré après 11 ans de prison
Les accusations sont mensongères

Propos recueillis par Anto Akkara, ACN USA
Adaptation au Canada : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 2 mars, 2020

BHASKAR SUNAMAJHI  (43 ans) est l’un des sept chrétiens accusés à tort et condamnés pour le meurtre en août 2008 d’un dirigeant hindou dans le district de Kandhamal, dans l’État indien d’Odisha, qui s’appelait à l’époque Orissa. Le meurtre a déclenché la pire vague de persécution antichrétienne de l’histoire récente de l’Inde. Près de 100 chrétiens ont été tués, tandis que 300 églises et 6000 maisons ont été détruites. En décembre 2019, après 11 ans de prison, Bhaskar, avec six autres accusés chrétiens, a été libéré sous caution.

Bhaskar et son fils Daud

Bhaskar, qui est membre d’une Église pentecôtiste, s’est confié à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

 

« Je jouais aux cartes avec mes amis dans le village de Kotagarh lorsque la police est arrivée dans ma maison au toit de chaume vers midi, le 13 décembre 2008. Je n’ai pas été surpris. En tant que gram rakhi (protecteur du village), j’étais habitué à ce que la police débarque, même à des heures bizarres, en me demandant de l’accompagner pour les besoins de son enquête ou autres choses.

“Venez maintenant. Vous pourrez rentrer demain”, m’a dit la police. Sans aucune hésitation, je me suis préparé. Cependant, j’ai été surpris quand ils m’ont dit de prendre de l’argent pour mes dépenses. C’était il y a 11 ans. Aujourd’hui, je suis heureux et ravi d’être de retour chez moi.

La prière, seul réconfort

Au début, je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle on me jetait en prison. C’était comme si je me trouvais en pleine obscurité. Peu à peu, j’ai fait la connaissance des six autres chrétiens qui avaient été arrêtés comme moi. Nous avons décidé de prier ensemble en faisant confiance au Seigneur, car nous n’avions rien fait de mal.

Au départ, d’autres prisonniers (hindous) nous ont traités comme des meurtriers et se sont montrés hostiles envers nous. C’était une situation désespérée. Nous étions tellement affligés que la prière était notre seul réconfort. En plus de nos prières communes, je commençais chaque journée par une prière et je terminais par une prière.

Certains soirs, j’étais en larmes et tellement désemparé ! Je continuais donc à prier tard dans la nuit jusqu’à ce que je m’endorme. Mais sans prière, j’aurais été une épave mentale.

La seule chose positive qui me soit arrivée en prison, c’est d’apprendre à écrire correctement. Je n’avais jamais été à l’école — comme la plupart des gens de notre région éloignée. En prison, j’ai utilisé mon temps libre pour apprendre à écrire.

En plus de lire la Bible, j’écrivais dans un carnet des hymnes que nous utilisions pendant les prières. J’écrivais dans une couleur différente chaque strophe de ces hymnes de piété.

Un long chemin tissé d’actes solidaires

Chaque mois, je ressentais un grand soulagement quand ma femme Debaki me rendait visite. Il lui fallait une journée entière de voyage pour atteindre la prison de Phulbani à partir de notre village, éloigné de 160 km, en changeant plusieurs fois de bus. Elle atteignait la porte de la prison le matin et attendait “l’heure des visites”, qui était souvent l’après-midi.

Un homme heureux d’être enfin libre!

Lorsque notre fils unique Daud a eu quatre ans, Debaki a décidé de le laisser chez un pasteur, à Phulbani, où plusieurs autres enfants se réfugiaient. Comme il n’y avait pas d’école près de notre village, nous ne voulions pas que notre fils soit analphabète comme nous. Parfois, elle emmenait Daud avec elle dans la prison. Ces jours-là, j’étais ravi. Daud n’avait que six mois quand j’ai été mis derrière les barreaux.

Pendant les visites, Debaki fondait souvent en larmes, parce qu’elle était seule et déprimée. Au fil des ans, elle a commencé à me dire à quel point de bons samaritains avaient aidé nos familles. À partir de 2014, elle a commencé à paraître plus optimiste. Elle parlait avec enthousiasme des travailleurs sociaux et d’autres personnes qui venaient visiter nos villages et rassembler des témoignages, y compris de voisins hindous.

En 2015, j’ai été ravi que certaines de ces personnes qui se consacraient à m’aider viennent me rendre visite en prison. J’étais très heureux et j’ai commencé à prier avec ferveur pour ceux qui travaillaient pour notre libération.

Quelques mois plus tard, Debaki est arrivée avec la bonne nouvelle qu’elle allait à New Delhi en mars 2016, avec les épouses des six autres détenus, pour le lancement de la campagne en ligne de demande de notre libération.

Ça nous a tous excités et remplis d’espérance. Nous avons intensifié nos prières et attendu le grand jour. Nous savions que la liberté faisait son chemin. Mais nous avons dû attendre trois ans de plus.

Lorsque Gornath Chalenseth est sorti en mai 2019, nous étions ravis. Nous savions que Dieu travaillait pour nous. Enfin, le 5 décembre, j’ai été libéré sous caution — avec l’accord de la Cour suprême indienne.

Je me suis senti très heureux lorsque tous les sept, nous avons été libérés, la Bible à la main, la veille de Noël dans notre village natal de Kotagarh. J’ai été tout aussi ravi de constater que mon fils, âgé de 11 ans, était devenu plus grand que moi. Je suis heureux d’être de retour auprès de ma femme Debaki, de mes proches et des habitants de mon village. Je remercie Dieu pour la liberté.

J’exhorte tout le monde à prier pour nous sept. Nous ne sommes en liberté que sous caution. Nous continuons d’être reconnus coupables d’un meurtre que nous n’avons pas commis. Nous prions pour que la Haute Cour d’Odisha annule le verdict de condamnation afin que nous puissions vivre en paix ».

Pakistan – Récit : enlèvement de deux jeunes filles chrétiennes

25.11.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Enfants, Entrevue AED, Pakistan, Par Tabassum Yousaf, Voyagez avec AED

Pakistan – Récit
enlèvement de deux jeunes filles chrétiennes

 

Samra n’a pas été revue par ses parents depuis son enlèvement et son mariage forcé.

Ceci est l’histoire de Samra Munir (13 ans) et Neha Pervaiz (14 ans). Ces jeunes filles, toutes deux catholiques, ont été enlevées chez elles par des musulmans. Samra a été forcée de se marier et de se convertir à l’Islam. Sa famille ne l’a pas revue depuis. Nehah a été agressée sexuellement, mais elle a pu échapper à son ravisseur. Ce ne sont là que deux exemples d’enlèvement de jeunes filles chrétiennes mineures au Pakistan et de la pratique du mariage forcé et de la conversion forcée à l’Islam. Ce type de crimes est en forte augmentation.

 

Récit écrit par Tabassum Yousef, ACN International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada

 

Samra aide sa famille  : elle aime cuisiner et donne un coup de main pour les tâches ménagères. Malheureusement, elle n’a fait que trois années d’école primaire, sa famille ne vivant que de salaires journaliers et ses parents n’ayant pas les moyens de payer les frais de scolarité.

 

Le 16 septembre 2019, Samra a été enlevée. Elle était seule à la maison ; ses parents étaient au travail et ses frères et sœurs étaient au marché. Elle a été jetée de force dans une voiture et emmenée. Shahzad, le frère de Samra, a vu la voiture s’éloigner. Il a couru, mais n’a pas pu la rattraper. Les parents de Samra ont signalé, et ce, à plusieurs reprises, l’enlèvement de leur fille, mais la police locale a soutenu avec insistance qu’elle n’avait pas été enlevée, mais qu’elle s’était plutôt enfuie de chez elle. On a même dit à ses parents de ne pas inventer d’histoires.

 

Mariée de force : la police de fait rien

 

Un certain temps s’est écoulé avant que la famille ne reçoive des nouvelles. Ils ont appris que Samra s’était mariée et s’était convertie à l’Islam. Sur son certificat de mariage, il était indiqué qu’elle avait 19 ans, bien qu’elle en ait 13. La police a ordonné à ses parents de ne pas revenir les voir. Ils ont aussi reçu des menaces indiquant que leur autre fille, Arooj, subirait un sort similaire.

 

Pourtant, la famille a insisté. Ils ont emprunté 40 000 roupies (environ 260 $) pour avoir de l’argent à donner aux agents à chaque fois qu’ils se rendaient au poste de police, et ce, dans l’espoir que l’argent inciterait la police à agir. Ils ont vendu leur machine à coudre ainsi que leurs téléphones. Chaque dollar qu’ils ont gagné a été consacré à la recherche de Samra ; mais jusqu’à présent, leurs efforts n’ont rien donné.

 

Sa sœur Arooj a déclaré : « Ma vie n’est pas facile. Samra nous manque, nous n’avons pas d’appétit et nous dormons mal. Je ne vais pas à l’école parce que nous n’avons pas les moyens. Pourtant, je sais que Dieu ne nous a pas abandonnés. Jésus est avec moi. Je porte un chapelet avec moi tout le temps et je prie Marie notre Mère de continuer à nous protéger.

 

Cette région n’est pas sûre pour nous. Mes amis musulmans me traitent bien, mais leurs mères ne m’aiment pas. Elles pensent que je suis impure, je ne peux utiliser que certaines assiettes et certains verres. J’aime mon pays, mais je veux vivre dans un endroit où nous soyons tous respectés. Je demande humblement aux dirigeants du monde de travailler pour notre sécurité et pour la paix. Les gens oublient d’être
gentils ».

 

Neha Pervaiz retenue captive pendant sept jours.

 

Maintenant, voici l’histoire de Neha Pervaiz. Contrairement à Samra, elle est capable de raconter sa propre histoire puisqu’elle a réussi à s’échapper des griffes de ses ravisseurs. Voici ce qu’elle a raconté l’Aide à l’Église en Détresse.

«À bien des égards, je suis une fille normale. J’aime dessiner et courir, j’adore jouer avec ma meilleure amie Madiha et mes trois jeunes frères et sœurs. Mais je suis également chrétienne, et j’ai beaucoup souffert à cause de cela.


Ma tante, alors que je m’étais occupée de ses enfants, a permis que je sois violée et enlevée. Pendant que nous étions chez elle, mon frère et moi avons été enfermés dans des pièces séparées et battus. Un homme nommé Imran m’a violée et m’a forcée à réciter le Coran. J’ai d’abord refusé, mais ils ont frappé mon frère plus fort à cause de cela. Pour qu’il le laisse en paix, j’ai cédé.

 

Puis, pendant sept jours, j’ai été retenue captive chez Imran, jusqu’à ce qu’une de ses filles me libère. Une des filles de ma tante m’a accueillie et a réussi à me cacher. Elle m’a prêté une Burka et 500 roupies (environ 3,50 $) pour que je puisse retourner en toute sécurité dans ma famille. Mais mes parents ne m’ont pas crue quand je leur ai dit ce qui s’était passé.

 

Je vis maintenant sous la protection de l’Église, mais je ne suis pas en sécurité. Je ne peux aller nulle part seule, car je pourrais être attaquée à nouveau, et je ne peux pas pratiquer librement ma religion. Je n’ai ni sécurité ni protection juridique. Pourtant, je ne veux pas quitter mon pays. C’est chez moi. Je voudrais étudier le droit pour protéger d’autres jeunes filles de crimes similaires. J’espère également que les dirigeants de la planète soutiendront une législation qui garantisse la sécurité des femmes et empêche la conversion et le mariage forcés.

Dieu m’a protégée et je me suis échappée. Je porte fièrement une croix partout où je vais».

 

L’Aide à l’Église en Détresse publie tous les deux ans le rapport Pesécutés et oubliés? qui permet de faire le point sur la persécution religieuse dont sont victimes les chrétiens dans le monde. Le rapport 2017-19 est maintenant disponible en version PDF à l’adresse suivante : https://acn-canada.org/fr/persecutes-et-oublies/


 

Projet de la semaine : Pakistan Soutenez la construction d’une église à Issanagri

02.05.2019 in Asie, Pakistan

Pakistan

Soutenez la construction d’une église à Issanagri

Issanagri est l’un des villages qui font partie de la paroisse de l’Assomption de Chak 7, dans le diocèse de Faisalabad. La paroisse compte au total quelque 6 000 fidèles. À Issanagri, il y a environ 300 familles catholiques, soit près de
1 500 catholiques.

Le village se trouve à 10 kilomètres du centre de la paroisse. Malgré la courte distance, le trajet pour se rendre à l’église paroissiale est long. Et bien qu’il y ait déjà une chapelle à Issanagri, elle est devenue beaucoup trop petite pour les nombreux fidèles.

C’est pourquoi ils eux-mêmes entrepris la construction d’une plus grande église. Pour cela, ils ont fait de grands sacrifices ; ils ont rassemblé de l’argent bien qu’ils soient eux-mêmes pauvres ; ils ont travaillé dur sur le site alors qu’ils doivent déjà, au quotidien, accomplir un dur labeur pour nourrir leurs familles. Et, malgré tous leurs efforts, ils n’ont réussi à construire qu’une partie de l’église.

La messe a donc toujours lieu à ciel ouvert, entre des murs déjà partiellement dressés, sans que les fidèles soient protégés du soleil brûlant, des pluies ou du froid qui, même au Pakistan, peut être rigoureux en hiver.

Le Père Waseem Walter, curé de la paroisse, a demandé de l’aide à l’Aide à l’Église en Détresse pour que les travaux puissent enfin s’achever. Il écrit : « La construction de l’église est d’une urgente nécessité ». Nous lui avons promis notre aide. Les fidèles ont été ravis d’apprendre que nous ne les laisserions pas tomber.

Qui apportera sa contribution pour que les 16 500 dollars nécessaires soient bientôt réunis ?

Philippines – Amitié entre chrétiens et musulmans « mise à rude épreuve » – AED-Infos

25.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, Asie, Dialogue interreligieux, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines


Amitié entre chrétiens et musulmans « mise à rude épreuve »

 

Le 27 janvier 2019, deux bombes ont explosé dans la cathédrale de Jolo, dans l’archipel des Sulu, entre Mindanao et Bornéo, tuant 23 personnes et en blessant 112 autres. Cette tragédie a été suivie d’un attentat à la grenade, le 30 janvier, dans la mosquée de Zamboanga à l’ouest de l’île de Mindanao. Le père Sebastiano d’Ambra, missionnaire de l’Institut pontifical des missions étrangères (PIM) qui œuvre depuis 40 ans pour le dialogue interreligieux dans le sud des Philippines, explique à l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse quelle est la situation dans ce pays du continent asiatique qui a le plus grand nombre de catholiques.

***

AED : Père d’Ambra, vous êtes prêtre à Zamboanga, non loin de l’île de Jolo. Pourriez-vous nous décrire la situation sur place, après l’attentat du 27 janvier ?

Père d’Ambra : Cela nous a tous profondément choqués, en raison de la violence de cette attaque, bien entendu, mais aussi parce qu’elle touchait un lieu sacré. Malheureusement, cette violence s’inscrit dans un contexte d’augmentation des tensions. Depuis ces quelques dernières années, il y a de plus en plus de radicalisme. Mais la petite minorité chrétienne de l’île de Jolo (1% de la population totale de 120 000 personnes de l’île de Jolo, NDLR) n’en est pas la seule victime. J’entends des musulmans qui viennent me voir et me disent : « Père nous aussi nous sommes menacés parce que nous ne sommes pas le même genre de musulmans qu’eux ! ».

AED : Trois jours après l’attentat de la cathédrale, l’explosion d’une grenade dans une mosquée à Zamboanga, où vous habitez, a fait deux morts. Craignez-vous un conflit interreligieux ?

Père d’Ambra : Je ne crois pas qu’il faille connecter les deux attentats. Je n’imagine pas des chrétiens allant venger leurs morts en attaquant un lieu de culte musulman. Je crois au contraire qu’il faut à nouveau y voir l’œuvre de ces groupes extrémistes qui ajoutent toujours plus de violences et de confusions. Ils veulent séparer les chrétiens des musulmans. Ils veulent profiter de la situation et provoquer le chaos dans tout le pays pour remettre en cause son équilibre. Un équilibre qui repose en bonne partie sur les relations entre les fidèles des différentes religions.

AED : Pourtant, selon les autorités, la guerre contre le terrorisme islamique est en voie d’être gagnée. Partagez-vous cette analyse ?

Père d’Ambra : Pas du tout, non. Malheureusement, la tension interreligieuse est bien là. Ce n’est pas parce que des chefs de groupes extrémistes ont été exécutés qu’il faut croire que le gouvernement philippin gagne la guerre. C’est une erreur ! Je sais bien que l’armée fait ce qu’elle peut pour contrôler ces groupes, mais je ne crois pas que cela soit suffisant. Les groupes comme Daech, Maute ou Abu Sayyaf, ont un désir commun de semer le trouble dans le pays. Ils peuvent revenir en force dans les temps qui viennent. Je ne dis pas qu’il faut vivre dans la peur, mais il faut être réaliste, je ne les vois pas déjà défaits ! Je crois que notre amitié avec nos voisins musulmans va être mise à l’épreuve.

N’ayez pas peur ! Croyez bien que l’amour est plus fort que la haine.

AED : Vous-même, avez-vous le sentiment que votre vie est en danger ?

Père d’Ambra : Oh, vous savez, cela fait 40 ans que je suis ici. J’ai bien eu le temps d’être ciblé, et ce, à plusieurs reprises. Une fois de façon tout à fait claire, quand j’ai été pris dans une embuscade. La balle qui m’était destinée a tué l’un de mes amis. À cette époque, j’étais négociateur auprès des rebelles musulmans. C’était une expérience inhabituelle, un prêtre, parmi ces groupes pendant presque trois ans. Nous avions établi de bonnes relations de respect mutuel, et je suppose que l’idée qu’un seul prêtre pouvait être plus efficace qu’un millier de soldats, pour faire la paix, a dû frapper ceux qui ne voulaient pas la fin du conflit. Cette attitude se retrouve de nos jours. Certains musulmans nous disent que nos programmes de dialogues entre chrétiens et musulmans ne sont pas du goût des extrémistes.

AED : Avez-vous un message final à confier ?

Père d’Ambra : N’ayez pas peur ! Croyez bien que l’amour est plus fort que la haine. Je remercie l’AED pour être si proche des chrétiens en difficultés dans le monde et je demande à tous les chrétiens de promouvoir, à leur niveau, le dialogue, pour échapper à la logique du conflit.

 

 

***

Le père Sebastiano d’Ambra est fondateur du Mouvement Silsilah qui travaille au dialogue, et dont l’Aide à l’Église en Détresse est un partenaire régulier, que ce soit par le soutien de son travail médiatique (Silsilah Media Centre for Dialogue and Peace), ou encore par le soutien à la publication ainsi qu’aux initiatives de paix et d’harmonie qui sont lancées régulièrement dans la population de cette partie des Philippines. (25-02-2019)

 


 

Inde – Soutenir la formation de 15 novices – Projet AED de la semaine

20.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, Asie, Formation, Formation, Formation religieuse, Inde, PROJETS AED, Religieuses, Voyagez avec AED

Inde

Soutenir la formation de 15 novices des Sœurs du Saint-Esprit

 

La Congrégation des Sœurs du Saint-Esprit a été fondée en Allemagne en 1950. Elles travaillent principalement à la pastorale, dans le but d’aider les prêtres. Dès le début, le souhait de leur fondateur a été que les religieuses reçoivent une éducation théologique de base afin de pouvoir accomplir cette mission. 

 

Les religieuses enseignent la catéchèse, préparent les enfants, les adolescents et les adultes à recevoir les sacrements, et organisent des réunions de prière. Elles rendent également visite aux malades et aux familles et sont à leurs côtés dans leurs détresses.

 

En Atmadhara et Jeevadhara, deux provinces indiennes où la communauté est présente, il y a au total 207 religieuses qui travaillent dans sept États fédéraux. Dans l’État fédéral d’Odisha, qui s’appelait Orissa jusqu’en 2011 et qui en 2008 a été le théâtre de violentes attaques contre les chrétiens, les religieuses tiennent un dortoir pour 40 écolières dont le domicile est situé trop loin de leur école. Ces jeunes filles appartiennent à différents groupes ethniques et confessionnels.

 

Visite d’une famille par une religieuse du Saint-Esprit.

Les religieuses transmettent aux élèves des valeurs chrétiennes tout en leur enseignant le respect mutuel, car les jeunes filles qui vivent au dortoir ne sont pas toutes de cette confession. Le dortoir contribue donc à la coexistence pacifique des différentes religions et groupes ethniques.

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Les Sœurs du Saint-Esprit ont actuellement 15 novices. Aide à l’Église en Détresse a promis 6 750 dollars pour la formation de ces jeunes religieuses. Merci de les aider dans cette étape cruciale de leur vie religieuse! 

Pakistan – Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde – AED-Informations

16.02.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Chrétiens Catholique, Informations, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, liberté religieuse, Maria Lozano, Pakistan, Par Marta Petrosillo, Persécution, Voyagez avec AED

Pakistan : « Mon mari est innocent ! »

La Colony Jospeh. En mars 2013, plus de 3000 personnes ont détruit près de 300 maisons et deux églises. Elles étaient en colère après l’accusation de blasphème contre Sawan Masih.

 Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde

Au Pakistan, 224 chrétiens ont été victimes de la loi contre le blasphème depuis son adoption en 1986. C’est ce qu’a déclaré Cecil Shane Chaudhry, directeur exécutif de la Commission nationale Justice et Paix du Pakistan (NCJP), à une délégation de l’Aide à l’Église en Détresse en visite au Pakistan.

Par Marta Petrosillo et Maria Lozano, ACN-International 

Alors qu’’Asia Bibi, une mère chrétienne accusée de blasphème, a définitivement été libérée le 29 janvier, une étude de la commission présentée à l’AED indique qu’il y aurait actuellement 25 cas de chrétiens qui souffrent encore en prison. Et 23 chrétiens ont également été tués pour blasphème entre 1990 et 2017.

Les deux paragraphes B et C de l’article 295 du Code pénal pakistanais constituent la Loi contre le blasphème. Le paragraphe 295B stipule la peine d’emprisonnement à perpétuité pour ceux qui diffament le Coran ; en vertu de l’article 295C, la peine de mort sanctionne toute profanation du nom du prophète Mahomet.

« Pour les fondamentalistes, la loi contre le blasphème constitue une arme puissante afin d’exercer le pouvoir, utilisée au dépend des minorités, et elle est souvent utilisée à des fins de vengeance personnelle » explique Cecil Chaudhry. « Et lorsque c’est un chrétien qui est accusé, les conséquences concernent l’ensemble de la communauté. »

Cecil Chaudhry, Directeur de la Commission nationale pour la justice et la paix du Pakistan. 

C’est exactement ce qui s’est passé en mars 2013 dans le quartier chrétien Joseph Colony à Lahore. Le jeune chrétien Sawan Masih avait été accusé d’avoir offensé le prophète Mahomet. « Après la prière du vendredi 9 mars, une foule en furie composée de 3 000 musulmans a incendié et brûlé tout le quartier, détruisant presque 300 habitations et deux églises », raconte le Père Emmanuel Yousaf, président du NCJP à la délégation de l’AED lors de sa visite du quartier. Entre-temps, grâce à l’aide du gouvernement, le quartier a pu être reconstruit et restitué aux chrétiens.

Alors que les 83 meneurs de l’incendie criminel ont tous été acquittés et remis en liberté, Sawan Masih a été condamné à la peine de mort en 2014 et attend toujours son audience e

n appel. « Les audiences sont sans cesse repoussées à plus tard », déclare l’avocat Me Tahir Bashir. « La dernière audience avait été fixée au 28 janvier, mais le juge n’est simplement pas venu. Maintenant, la prochaine audience est prévue le 27 février. »

Comme dans l’affaire Asia Bibi, nombreuses sont les irrégularités dans le cas de Sawan Masih. Les accusations portées contre lui ont été faites par un de ses amis musulmans, Shahid Imran, suite à une dispute entre les deux hommes. Ce n’est que deux jours plus tard que deux témoins ont comparu, qui n’étaient même pas présents au moment de la prétendue offense envers Mahomet. « Les accusations contre Sawan Masih sont instrumentalisées », affirme le Père Yousaf  à l’AED. « En vérité, il s’agit d’évincer les chrétiens de ce quartier très prisé de la ville, apprécié parce qu’il est à proximité des aciéries. »

Des membres de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP), créée en 1985 par la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. Elle fournit des services dans le domaine de la défense des droits de l’homme. Depuis 1990, la Commission défend les cas de blasphème contre les musulmans, les chrétiens et les hindous et fait campagne pour l’abolition des lois sur le blasphème. L’équipe de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP).

Entre-temps, Sobia, l’épouse de Sawan Masih, élève ses trois enfants toute seule. « Je ne sais pas pourquoi ils accusent mon mari », dit-elle à l’AED. « Tout ce que je sais, c’est que l’homme qui a porté plainte contre lui était de l’un de ses amis, avec lequel il s’était disputé. Sawan est innocent ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Philippines – L’Église de Jolo combat les forces du mal – Aide à l’Église en Détresse

11.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, AED Canada, Asie, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Maria Lozano, Maria Lozano, Mario Bard, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines

L’Église de Jolo combat les forces du mal

« Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser».


Une petite ville isolée militairement. Une guerre totale qui se déroule dans la municipalité voisine contre des extrémistes violents. Des familles endeuillées après avoir enterré leurs morts et des blessés en train de se rétablir dans différents hôpitaux, dont certains d’entre eux ont dû être amputés. Et une Église locale, celle du vicariat apostolique de Jolo, qui fait tout son possible pour insuffler de l’espérance à la minorité chrétienne, tandis que les musulmans rassemblent leurs membres pour manifester leur fermeté et redire leur solidarité avec la minorité chrétienne. Le tout, dans un climat de peur et de douleur.

Le plafond suspendu de la cathédrale a été endommagé par la force de l’explosion.

C’est le bilan dressé par la délégation de l’Aide à l’Église en Détresse-Philippines, venue en visite dans la capitale de l’île de Jolo, cette ville appauvrie de la province de Sulu. L’AED a voulu exprimer sa solidarité aux victimes, neuf jours après le double attentat à la bombe dans la cathédrale Notre-Dame du Carmel [27 janvier] dont le bilan final est de 23 morts et de 112 personnes blessées.

Découragement

La nouvelle de l’arrestation des auteurs présumés ne parvient pas à remonter le moral des habitants. Ainsi, le rassemblement préparé pour rendre hommage aux victimes n’a réussi, malgré sa bonne organisation et le haut niveau de sécurité, qu’à rassembler une petite partie de ceux à qui il était destiné, beaucoup de gens ayant préféré rester à la maison. Certaines familles pensent sérieusement quitter Jolo pour toujours, car les attentats sont « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Leur résistance est à bout, après des années de menaces, d’enlèvements, de meurtres et de harcèlement, perpétrés par ce qu’ils appellent « les forces du mal ».

Les « forces du mal », ce sont des extrémistes musulmans, la plupart d’entre eux partisans d’Abou Sayyaf, qui terrorisent les minorités chrétiennes depuis des années. Parmi leurs crimes, il y a l’assassinat de Mgr Benjamin de Jésus en février 1997 dans la cathédrale, celui de deux autres prêtres, le Père Clarétain Roel Gallardo, enlevé, torturé et assassiné en 2002, et le Père Rey Roda, Oblat de Marie Immaculée (OMI), en 2008. Les victimes de la violence ne sont pas seulement des chrétiens ; les terroristes enlèvent aussi des musulmans dans l’intention d’obtenir des rançons pour financer leurs actions.

Des sources interrogées par l’AED désignent comme auteurs du dernier attentat perpétré au siège du Vicariat apostolique de Jolo, des membres d’une faction d’Abu Sayyaf, composée de narcotrafiquants: Ajang Ajang.

Toutefois, le message de l’armée, du gouvernement local, des chefs traditionnels, ou des partenaires laïcs auxquels l’AED rend visite est toujours le même : « la persécution n’est pas commise par des musulmans, mais par une petite minorité d’extrémistes violents ».

Chrétiens et musulmans : rester unis face à la violence

« Aucune balle ou bombe ne peut détruire la relation harmonieuse entre musulmans et chrétiens à Jolo », a déclaré le Père Romeo Saniel, OMI, qui vit sur l’île depuis 18 ans et qui a été nommé administrateur apostolique du Vicariat apostolique de Jolo il y a quelques semaines. En tant que pasteur d’une petite minorité (1% d’une population totale de 120 000 habitants), il est vénéré et admiré par le peuple pour son engagement à assurer une éducation de qualité et un avenir à la jeune génération des Tausugs (groupe ethnique local de Sulu), et pour son courage et sa détermination à toucher le cœur des anciens combattants du Front islamique de Libération Mora.

« La seule façon de parvenir à une paix durable est que les musulmans et les chrétiens restent unis. Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser et de nous isoler du reste du pays », a déclaré Datu Sakul Tan, considéré comme l’homme le plus influent de tout Jolo, patriarche d’un puissant clan politique. L’homme a étudié dans une école catholique et est convaincu de l’importance et de la qualité de l’éducation offerte par l’Église aux habitants.

Le directeur de l’AED-Philippines Jonathan Luciano et le vicaire apostolique Père Romeo Saniel, Oblat de Marie Immaculée (OMI).

Les besoins sont clairement formulés par le clergé et les laïcs. Et même si les forces armées philippines tentent d’éliminer le groupe Abou Sayyaf par la force, tout le monde s’accorde à reconnaître que cela ne peut garantir la paix, car ceux qui meurent seront simplement remplacés par la jeune génération.

Trouver des solutions contre l’extrémisme

Le Père Saniel et Datu Sakul Tan convient qu’il est nécessaire à long terme d’offrir aux jeunes des programmes de prévention de l’extrémisme violent par le biais de l’éducation formelle, de campagnes de sensibilisation, du développement du sport et de la création d’emplois permettant aux jeunes d’assurer leurs moyens de subsistance.

D’autre part, le Père Jeff Nadua, OMI, recteur de la cathédrale, souligne la nécessité de renforcer tout d’abord la communauté chrétienne, avant de réparer la cathédrale. « Nous devons aider nos chrétiens à se remettre de ce traumatisme et à voir tout cela dans la perspective de la foi. Ensuite, nous pourrons concentrer nos énergies sur la reconstruction de la cathédrale qui est gravement endommagée par le double attentat ».

Le directeur national de l’AED aux Philippines, Jonathan Luciano, a effectué une visite de solidarité au vicariat apostolique de Jolo les 4 et 5 février 2019. Il a visité la cathédrale Notre-Dame du Carmel, gravement endommagée, et a parlé avec l’administrateur apostolique, le Père Romeo Saniel, OMI, ainsi qu’avec quelques proches des victimes.

Texte : Frère Reynaldo Bardino et Maria Lozano.

 


 

Projet de la semaine – Kazakhstan – des livres pour la formation

07.02.2019 in ACN Canada, Adaptation Mario Bard, Aide, Formation, Formation, Kazakhstan, PROJETS AED, Séminaristes, Voyagez avec AED

Kazakhstan

Des livres pour le séminaire de Karaganda

La formation des séminaristes requiert des livres de base qui soit à la hauteur.

 

Le Kazakhstan est un vaste pays dont le territoire de 2,7 millions de kilomètres carrés équivaut à plus d’un quart du territoire des États-Unis ! Pourtant, le pays n’a que 18 millions d’habitants. Depuis 1991, cette ex-République soviétique est indépendante. La population est musulmane à 70 pour cent et chrétienne à 25 pour cent, la majorité appartenant à l’Église orthodoxe russe. Les catholiques ne forment qu’une minorité de 300 000 fidèles, éparpillés sur tout le territoire. La plupart d’entre eux sont d’anciens déportés ou leurs descendants. Ils ont des racines polonaises, allemandes, baltes ou ukrainiennes.

 

Le Kazakhstan est un exemple particulièrement beau de coexistence amicale entre catholiques et orthodoxes. Il y a régulièrement des rencontres et des initiatives conjointes. Tout récemment, à l’occasion du Noël orthodoxe qui a été célébré le 7 janvier, le Président de la Conférence épiscopale catholique du Kazakhstan, Mgr José Luís Mumbiela Sierra du diocèse de la Sainte Trinité, dont le siège est à Almaty, a rencontré le Métropolite orthodoxe russe Aleksandr pour lui adresser ses meilleurs vœux de Noël au nom des autres évêques catholiques, des prêtres et des fidèles catholiques. Des cadeaux ont été échangés et les discussions ont porté sur différents problèmes importants auxquels les deux Églises sont actuellement confrontées.

 

Les défis auxquels les chrétiens sont aujourd’hui confrontés concernent également les douze jeunes hommes qui se préparent en ce moment au séminaire de Karaganda – le seul séminaire catholique du pays – à être ordonnés prêtres. Il y a actuellement un peu moins de 100 prêtres catholiques dans les quatre diocèses catholiques du pays. Afin de pouvoir bien former les futurs prêtres, le séminaire nous demande de l’aide pour compléter sa bibliothèque. Nous avons promis 2,250 dollars.


 

Entrevue – Pakistan – La loi sur le blasphème détruit des vies

01.02.2019 in ACN Canada, ACN International, Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, Asie, Dialogue interreligieux, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Mario Bard, Pakistan, par Tobias Lehner, Voyagez avec AED

Pakistan 

« La loi interdisant le blasphème détruit des vies »

Le Père dominicain James Channan est engagé depuis des années en faveur du dialogue entre les chrétiens et les musulmans au Pakistan, un pays qui ne cesse d’être le théâtre d’exactions contre sa très petite minorité chrétienne. Dans ce pays de 192 millions d’habitants où seulement 2 % des habitants sont chrétiens, une loi interdisant le blasphème permet d’appliquer des punitions draconiennes contre des personnes qui aurait critiqué l’islam ; Asia Bibi n’est malheureusement pas un cas unique.  Le Père James Channan dirige le « Peace Center » (Centre pour la paix) dans la ville pakistanaise de Lahore.

À l’occasion d’une visite au siège de l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), il s’est entretenu avec Tobias Lehner au sujet de la loi interdisant le blasphème, des évolutions encourageantes dans le monde islamique et des perspectives d’avenir d’Asia Bibi.

***

Tobias Lehner – À travers le sort d’Asia Bibi, l’opinion publique a découvert le danger mortel qui caractérise la situation de nombreux chrétiens au Pakistan. Condamnée à mort et écrouée, Asia Bibi a été acquittée fin octobre 2018 de l’accusation de blasphème envers l’islam et remise en liberté. Que savez-vous de la situation actuelle ?

Père James Channan – La situation des chrétiens au Pakistan est alarmante. Ils vivent dans la peur et l’insécurité. Cette situation persiste depuis les années 1970, quand la charia est devenue la source de la législation du Pakistan. Les musulmans radicaux abusent en particulier de la loi controversée sur le blasphème pour régler leurs comptes personnels. Chaque fois que des chrétiens sont accusés de blasphème présumé, tous les chrétiens de la région sont inculpés avec eux. Cela conduit souvent à des actes de violence contre les chrétiens.

C’est exactement ce qui est arrivé dans le cas d’Asia Bibi. Accusée de prétendu blasphème, elle a été condamnée à mort et écrouée pendant neuf ans. Même après avoir été acquittée, elle n’est toujours pas en sécurité. Des islamistes radicaux tentent de la trouver et de la tuer. Elle se trouve donc sous la protection de l’État. Nous espérons qu’elle pourra maintenant quitter le pays et vivre en liberté.

Le cas d’Asia Bibi n’est pas unique. Que savez-vous du sort des chrétiens qui ont également été accusés de blasphème ?

Un rapport de la conférence épiscopale du Pakistan fait état de 224 autres cas de chrétiens accusés de blasphème depuis 1984. Parmi eux, il y a notamment les époux Shafqat Masih et Shagufta Bibi. Ils ont été condamnés à mort. Je leur ai rendu visite en prison. Ils sont accusés d’avoir envoyé des SMS blasphématoires, ce qu’ils contestent. Leurs perspectives d’avenir sont plutôt sombres. Même s’ils étaient acquittés, eux et leurs enfants ne pourraient pas continuer à vivre au Pakistan. Des musulmans fanatiques tenteraient de les tuer. La loi interdisant le blasphème brise la vie des accusés, mêmes s’ils échappent à l’exécution de la sentence de mort.

Après l’acquittement d’Asia Bibi, nous avons vu des images d’une foule hostile qui continuait d’exiger son exécution. Dans ce contexte, les chrétiens du Pakistan auront-ils jamais la possibilité de vivre librement leur religion ?

Ces images ont donné l’impression qu’à tout moment un groupe de musulmans militants pouvait paralyser le pays tout entier. Cependant l’islamisme militant n’est pas majoritaire au Pakistan. Il y a environ 10 à 15 pour cent d’islamistes radicaux qui incitent la population à la violence. La majorité des musulmans ne suivent pas ces agitateurs, mais s’engagent en faveur de la liberté de religion, y compris pour les chrétiens. Tant les chrétiens que les musulmans ont été extrêmement soulagés lorsque les forces de sécurité pakistanaises ont récemment arrêté plus de 1000 islamistes. Le gouvernement a eu raison de sévir contre l’extrémisme. Et j’espère que cela va continuer.

Aide à l’Église en Détresse collabore depuis de longues années avec vous. D’un point de vue européen, les possibilités de changer la situation semblent limitées. Est-ce que ce soutien constitue malgré tout une différence pour les chrétiens du Pakistan ?

Le soutien accordé par Aide à l’Église en Détresse contribue grandement à ce que l’Église du Pakistan puisse proclamer la foi et poursuivre le dialogue. Grâce à cette aide, nous sommes parvenus à bâtir de nombreux ponts entre les chrétiens et les musulmans. Nous voulons montrer que les différentes religions n’ont aucune raison d’avoir peur les unes des autres. Au Centre pour la paix à Lahore, il y a beaucoup de religieux musulmans, dont le grand imam de la deuxième plus grande mosquée du Pakistan, qui s’engagent régulièrement au sein de notre programme et qui sont des amis très proches. Je suis convaincu qu’un avenir bon et pacifique réside dans le dialogue entre chrétiens et musulmans.

En septembre 2018, Amanda Griffin et Mario Bard du bureau de l’AED-Canada rencontraient le père Channan.


 

Libération définitive d’Asia Bibi – l’AED-Canada enchantée!

29.01.2019 in ACN Canada, AED Canada, Asie, Communications, Communiqué, Informations, Mario Bard, Pakistan, Voyagez avec AED, Vues D'ailleurs

Communiqué de presse – Libération d’Asia Bibi

« Un triomphe des droits de l’homme »

 

Montréal, mardi 29 janvier 2019 – « Il s’agit d’un grand jour pour le respect des droits de l’homme, pour la liberté religieuse et la justice. Le gouvernement pakistanais ne s’est pas laissé influencer par les extrémistes qui sont descendus dans les rues avec violence », déclare Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’Aide à l’Église en Détresse Canada (AED).

 

L’organisme international de charité catholique, qui informe régulièrement sur la question de la liberté religieuse dans le monde, et particulièrement sur la question des chrétiens persécutés à cause de leur foi, est en fête aujourd’hui.

 

« La décision d’aujourd’hui est un triomphe des droits de l’homme sur l’intolérance religieuse, une victoire sur les haines des fanatiques – et surtout un bonheur personnel et une grande joie pour Asia Bibi et sa famille », a pour sa part indiqué le Secrétaire général de l’AED-International, Philipp Ozores.

 

« Maintenant, je souhaite que la famille passe de beaux moments ensemble et savoure la liberté retrouvée », indique encore Mme Lalonde. Elle rappelle que, tout au long des neuf années de détention, de nombreux bienfaiteurs de l’AED ont prié pour sa libération. « Beaucoup ont prié pour elle et voilà qui démontre que la foi peut vraiment soulever des montagnes », déclare-t-elle, très émue par les événements. « Le plus important est que Mme Bibi soit libre, et qu’elle puisse enfin être réunie avec ses proches. »

 

Au moins 224 chrétiens accusés depuis 1984

Si Asia Bibi est enfin libre, il y a toujours 25 autres chrétiens pakistanais accusés de blasphème sont toujours en prison, dont certains attendent leur exécution.

« L’AED va continuer à prier et travailler pour eux avec d’autres organisations et partenaires de projet au Pakistan. Il faut espérer que la décision du tribunal modifiera enfin le gouvernement et que les lois sur le blasphème seront assouplies ou mieux respectées », indique pour sa part le Secrétaire général de l’AED Philippe Ozores.

 

« Au Pakistan, on peut accuser son voisin pour régler une dispute qui n’a rien à voir, en invoquant la loi sur le blasphème », se désole Marie-Claude Lalonde. « Espérons que le signal donné avec le jugement de la Cour Suprême pakistanaise est un pas dans la bonne direction. »

 

Le Pakistan fait partie de la triste liste des 38 pays identifiés dans le Rapport abrégé 2018 sur la liberté religieuse de l’AED comme un pays où les violations à la liberté religieuse sont importantes, la situation ayant même empirée pour les minorités religieuses en 2018, le président de la conférence des évêques catholiques
du pays décrivant « une augmentation alarmante de la violence, de l’intolérance et de l’extrémisme.»*

 

 

Le Pakistan compte 2 % de chrétiens qui vivent dans un pays à majorité musulmane.

Résumé de l’histoire d’Asia

Asia Bibi est une catholique maintenant âgée de 51 ans. À l’automne 2009, elle est au champ avec d’autres femmes en train de procéder aux récoltes. Lors d’une pause, elle boit dans le même puits que les autres femmes, mais celles-ci considèrent qu’Asia vient de le souiller puisqu’elle n’est pas musulmane. Asia réplique, le tout dégénère et des collègues de travail l’accusent de blasphème. Après un procès, elle est reconnue coupable de blasphème selon les lois en vigueur au Pakistan. En 2010, le tribunal la condamne à la pendaison. Grâce à l’obstination de la communauté chrétienne du pays, de ses avocats et d’organisations internationales qui dénoncent cette situation, Asia Bibi est finalement acquittée par la Cour Suprême du Pakistan le 31 octobre 2018. Un groupe fondamentaliste veut faire appel de cette décision, ce qui force Asia Bibi à demeurer au pays, cachée pour sa protection. Finalement le 29 janvier 2019, la Cour Suprême rejette définitivement la demande d’en appeler et Asia Bibi est finalement libre.

 

*Page 38, Rapport abrégé sur la liberté religieuse dans le monde, disponible à l’adresse https://files.acn-canada.org/2018/11/ACN-20180920-76952_CAN-FR_Final_WEB.pdf