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Info AED – Covid-19, une occasion de paix manquée

29.06.2020 in Amélie de la Hougue, liberté religieuse, MONDE, PAIX, Pape François

AED Information
Covid-19, une occasion de paix manquée

Par Amélie de la Hougue, AED France
Mise en ligne le 29 juin, 2020

Il y a plus de deux mois, l’Onu lançait un appel pour un cessez-le-feu mondial, visant à se concentrer sur la lutte contre la COVID-19. Six jours après, le pape reprenait cet appel.  L’Aide à l’Église en Détresse (AED) a contacté des responsables d’Église sur le terrain des pays en conflit pour savoir ce qu’il en était. Bilan : en dépit de la COVID-19, la guerre et de la terreur continuent. Tour d’horizon au Cameroun, en Syrie, aux Philippines, en Ukraine, au Nigeria, en Irak, au Mexique et en Centrafrique.

Philippines – 2018

« La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie » déclarait le 23 mars 2020 Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Onu. « L’heure est venue de laisser les conflits armés derrière nous pour concentrer nos efforts sur le véritable combat de nos vies », a-t-il déclaré. Espérant que confrontés à une maladie qui frappe indistinctement toutes les nations, les hommes en prendraient conscience. Reprenant cet appel dimanche 29 mars,
le pape François demandait « la création de couloirs pour l’aide humanitaire, l’ouverture à la diplomatie et l’attention envers ceux qui se trouvent dans une situation de grande
vulnérabilité ».

 

Ukraine de l’est

Une opportunité pour retrouver la paix ?

« Chez nous, le conflit continue » déplore Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda, au CAMEROUN. Certes, plusieurs chefs du camp sécessionniste en région anglophone, conscients des enjeux, ont accepté de signer un cessez-le-feu global, mais « ils n’ont pas beaucoup d’influence sur les combattants sur le terrain » reconnait l’évêque.

 

Père Sebastian D’Ambra

Même constat au nord de la SYRIE, dans la région d’Hassaké, où « les avions de guerre continuent de remplir le ciel et les attaques ne s’arrêtent pas » selon Mgr Nidal Thomas, vicaire de l’Église chaldéenne à Al-Jazeera : « Nous n’avons eu que deux ou trois jours consécutifs de calme depuis l’apparition du coronavirus. » La pandémie surprend le pays dans un état de grande fragilité après neuf ans de guerre. La Syrie a perdu 60% de ses médecins et seul un quart des structures hospitalières est en état de marche. Elle subit aussi la crise économique du Liban voisin touché par une pénurie de dollars, et souffre des sanctions internationales qui pèsent lourd sur son économie.

 

Idem aux PHILIPPINES, où le cessez-le-feu entre le gouvernement et le NPA (New People’s Army) n’a pas tenu. Selon le Père Sebastian D’Ambra, missionnaire sur place, « il y a encore des escarmouches d’Abu Sayyaf [ndlr : organisation terroriste islamiste] à Jolo et dans la région de Cotabato », au sud du pays. Pourtant, le prêtre reconnait « qu’il y maintenant plus de retenue car les deux camps ont peur du coronavirus et d’une présence plus visible de militaires. »

 

Tragédie dans la tragédie

Même si elle ne fait plus les titres des journaux, la guerre continue dans la région du Donbass, en UKRAINE, rappelle Mgr Pavio Honcharuk, évêque de Kharkiv, dont le diocèse est partiellement en zone de conflit. Et l’arrivée du coronavirus révèle combien « le système des oligarques a fragilisé le réseau sanitaire ukrainien, en particulier dans les campagnes. La pandémie met à nu la corruption généralisée des dirigeants, conséquence de l’Histoire du pays. Pendant les 70 ans de communisme, la famille et les valeurs traditionnelles ont été sapées par le gouvernement. » La perte des solidarités met en danger les personnes les plus pauvres.

Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja

 

En Afrique, au NIGERIA, c’est aussi la pauvreté qui inquiète l’Église. « Le principal danger associé à la Covid-19 pour le pays, c’est qu’elle risque de provoquer des famines parmi les plus pauvres. Elle déstabilise une économie déjà fragile » explique Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja. Le prélat soulignant que « le pays est encore en proie à des cas sporadiques d’attaques terroristes de Boko Haram, en particulier au Nord-Est du pays, depuis l’avènement de la pandémie. »

 

Patriarche chaldéen Louis Raphaël I Sako

En IRAK, si Daech a officiellement été éradiquée en 2017, il semblerait que des terroristes soient encore présents dans les régions de Kirkuk et Saladin. Et l’arrivée de la Covid révèlent des services sociaux en crise. « Ils ne se sont jamais relevés de l’effondrement du régime de Saddam Hussein en 2003 », analyse le Patriarche chaldéen Louis Raphaël I Sako : « Il y a beaucoup de problèmes – pas d’argent, pas assez d’hôpitaux, de médecins ou d’équipements – et le confinement est contraire à la culture locale, surtout pour les hommes. » Pourtant, avec 5000 cas de malades du coronavirus, « les gens doivent rester à la maison. C’est le seul moyen d’être en sécurité. »

 

 

 

Une Église aux portes ouvertes

 « La violence de notre société n’a pas diminué », regrette Mgr Carlos Garfias Merlos, vice-président de la Conférence des évêques du MEXIQUE. Les narcotrafiquants n’ont vraisemblablement pas reçu le message du pape François. Mais dans de telles circonstances, l’Église continue plus que jamais à « ouvrir ses portes aux victimes d’agressions », rapporte l’archevêque. En ces temps de confinement, l’Église doit être une « Église en sortie », selon l’expression du pape François.

 

Mgr Bertrand Guy Richard Appora-Ngalanibé, évêque coadjuteur de Bambari

Les groupes armés qui sévissent en RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE n’ont également pas reçu le message du cessez-le-feu, dénonce Mgr Bertrand Guy Richard Appora-Ngalanibé, évêque coadjuteur de Bambari. « Hélas ! Dans certaines zones de la République Centrafricaine, les groupes armés se livrent à des combats stratégiques, dans le but d’étendre leur suprématie et continuer à piller les ressources naturelles du pays », déplore-t-il. Cependant, des initiatives interreligieuses démontrent que cette crise peut être une occasion de resserrer les liens entre les concitoyens : « Avec le concours de nos frères protestants et musulmans, réunis au sein de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique, à Bambari, nous nous évertuons à faire des campagnes de sensibilisation sur cette pandémie dont beaucoup minimisent encore la portée et la dangerosité. »

 

Face à ces conflits qui durent, ACN veut rappeler que les guerres continuent pendant la pandémie et ne peut qu’encourager les dirigeants au cessez-le feu, priant pour que la communauté internationale s’engage au-delà de la rhétorique.

 

COVID-19 : L’Église en détresse a toujours besoin de vous  – En lire plus!

Nouvelles AED – Mozambique – des carmélites témoignent de la « barbarie »

22.06.2020 in Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Mozambique

Mozambique
des carmélites témoignent de la « barbarie »

Trois jours d’attaques djhadistes dans la ville de Macomia 

Propos recueillis 
Paulo Aido & Christophe Lafontaine, AED International
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 22 juin, 2020

À la fin du mois de mai, des groupes terroristes ont sévi dans la ville de Macomia dans la province gazière de Cabo Delgado au nord-est du Mozambique. Les Carmélites Thérèsiennes de saint Joseph, présentes dans la ville depuis 16 ans, y accomplissent un travail remarquable dans le domaine de l’éducation. Quelques jours après l’attaque, elles sont revenues sur les lieux et racontent ce qui s’est passé. L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) qui leur avait rendu visite en 2015 et les a soutenues au travers de plusieurs projets, exprime aujourd’hui sa consternation face à ce qui s’est passé.

 

L’attaque a commencé à l’aube du 28 mai.  « Elle a été violente, cruelle et a duré trois
jours », explique sur sa page Facebook, sœur Blanca Nubia Castaño, du carmel de Macomia.

Elle et les autres religieuses, conscientes « du risque » qu’elles prenaient, ont abandonné le siège de leur mission quelques jours avant l’attaque.Celui-ci comprend une école et un pensionnat.

« Depuis deux ans et demi », écrit sœur Blanca, la région de Macomia et toute la province de Cabo Delgado sont « terrifiées » par les attaques cruelles de groupes armés djihadistes. Leurs motivations, selon les experts, pourraient être liées à la découverte de riches gisements sous-marins de gaz au large des côtes de cette province. Leurs opérations se sont intensifiées depuis le début de l’année. Ils sèment la terreur parmi la population, brûlent les villages, s’attaquent aux civils le long des voies de communication et dans les transports publics.

 

Le jeudi 4 juin, « bien que les risques ne soient pas complètement écartés », les religieuses ont décidé de retourner à Macomia pour voir  l’ampleur des dégâts causés par les terroristes. Mais elles ont aussi voulu « visiter, encourager et aider au moins [les] employés et leurs familles. »

 

Selon les mots de sœur Blanca Nubia Castaño, la destruction a été violente. « À la suite de cette barbarie, la zone urbaine a été complètement démolie, la plupart des infrastructures de l’État ont été endommagées et la zone commerciale réduite en cendres. »

Outre la destruction matérielle, le bilan humain reste à déterminer. « Nous ne connaissons toujours pas le nombre de victimes civiles ni celles des forces [de sécurité]. Le 3 juin, les gens ont commencé à retourner lentement dans leurs maisons, qui pour certaines ont été brûlées, d’autres pillées… Souvenez-vous qu’il y a seulement un an, nous subissions le passage destructeur du cyclone Kenneth… » Cette dépression tropicale a en effet particulièrement touché la province de Cabo Delgado causant des dégâts considérables.

 

Lors de l’attaque de fin mai, la mission des Carmélites Thérèsiennes de saint Joseph a été épargnée, semble-t-il, uniquement parce qu’elle est située relativement en dehors de la zone attaquée par les terroristes. « Notre mission a été sauvée parce qu’elle se trouve dans les hauteurs, à côté d’une base militaire. » Pour des raisons de sécurité, elles ont dû retourner le jour même dans l’autre mission où elles avaient fui ne pouvant rester à Macomia.

 

Crise méconnue, ignorée par la communauté internationale

Depuis fin 2017, les violences dans la région ont fait plus de 1 100 morts, dont 700 civils, selon l’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled). Les violences ont provoqué le déplacement de 200 000 personnes, depuis fin 2017, selon l’Organisation des Nations unies. D’après les mêmes sources, la dernière opération contre la ville de Macomia, qui accueillait déjà 30 000 déplacés, a causé un nouvel exode.

Le pape a attiré l’attention du monde sur cette crise méconnue lors de son message Urbi et Orbi en avril dernier, pour le dimanche de Pâques.

En 2015, une délégation de l’Aide à l’Église en Détresse s’était rendue chez les carmélites de Macomia, à qui l’œuvre internationale de charité avait fourni une voiture pour soutenir leur travail pastoral. « Je suis profondément désolé de la situation à Macomia surtout que j’ai fait la connaissance personnellement des religieuses lors de mon dernier voyage au
Mozambique », a déclaré Rafael d’Aqui, responsable des projets au Mozambique à l’AED. Le travail des religieuses l’a particulièrement impressionné et il explique que « leur engagement ne s’étend pas seulement au pensionnat qu’elles dirigent, mais aussi à l’ensemble de la population environnante ». Outre les élèves dont elles s’occupent, elles sont attentives aux familles et aux professeurs. Il y a aussi un programme d’aide pour apprendre aux mères l’allaitement et pour procurer les soins de base à leurs bébés.

COVID-19 en Afrique : les radios catholiques, porteuses d’espoir !

17.04.2020 in Média, PROJETS AED, Voyager avec l'AED

COVID-19 en Afrique
les radios catholiques, porteuses d’espoir !

En Afrique, plus de 14500 cas ont été déclarés positifs au Covid-19. Le virus a déjà coûté la vie à près de 800 personnes. Les lieux publics comme les églises et les écoles ont fermé dans de nombreux pays du continent. Beaucoup d’Africains n’ont ni Internet ni la télévision, et la radio reste le meilleur moyen pour l’Église d’accompagner et de rejoindre ses fidèles. Prenant au sérieux son rôle d’«Église en sortie»*.

Par Christophe Lafontaine, AED International
Adapté par Mario Bard, AED Canada
Mise en ligne 17 avril, 2020

« En ce temps de confinement, la radio est un espace de vie dont beaucoup
ont besoin » a indiqué à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) le père Apollinaire Cibaka Cikongo, concernant la situation vécue en République Démocratique du Congo (RDC), pays également touché par la Covid-19. Le père Apollinaire du diocèse de Mbujimayi a fondé la station de radio Ditunga, basée à Ngandajika dans le diocèse de Mbujimayi, situé au centre du pays. Le média a été fondé il y a dix ans grâce à l’aide de l’AED.

« Depuis la fermeture des églises pour les raisons sanitaires que nous connaissons, Radio Ditunga a adapté sa programmation, accordant plus d’espace à la célébration de l’Eucharistie, à la prière et aux méditations animées par les prêtres de Ngandajika », explique le prêtre. Il souligne d’autre part que tous les exercices spirituels et toutes les célébrations liturgiques sont diffusés en direct. Ce fut ainsi le cas pour celles du Triduum pascal.

 

 

La station de radio diffuse dans une aire d’écoute habitée par environ cinq millions d’habitants. Cette année, le temps de silence traditionnel du Samedi saint n’a pas été observé. « Face à la concurrence d’autres communautés de croyants qui utilisent d’autres radios et qui font circuler des messages mensongers, certains d’entre eux attribuant au pape et à l’Église catholique la responsabilité spirituelle de la maladie du coronavirus, nous avons pensé — affirme le père Apollinaire — qu’un temps de silence mènerait nos auditeurs vers les chaînes concurrentes, avec tous les dangers de manipulation que cela comporte ».

 

Nouveau défi : l’école en direct sur les ondes

En outre, avec la fermeture des écoles depuis le 19 mars, les responsables de la radio ont décidé d’organiser l’école sur ses ondes. Ils veulent ainsi maintenir le lien entre professeurs et élèves. « C’est une expérience totalement inédite dans notre milieu », avoue le père Apollinaire. « Nous avons commencé à travailler avec Le Centre Éducatif Catholique La Robertanna. Comme nous avons un total de 153 familles avec des enfants chez nous, nous avons acheté et remis un petit poste de transistor à chacune de ces familles. D’autres familles sont intéressées et pourront participer à l’expérience, parce que la radio est ouverte à tous. Deux heures de cours par jour sont organisées ».

Ainsi, les professeurs viennent à la radio. Il y a ensuite trente minutes de questions et réponses en direct pendant les enseignements du soir. » L’un des enjeux est de
« s’assurer de l’implication des parents, surtout ceux qui sont analphabètes ». L’autre défi est financier, explique le père Apollinaire, « parce que les écoles étant fermées, il est difficile que les parents paient spontanément ».

 

Messagers d’espérance

Le média qu’est la radio s’avère un carrefour crucial pour les chrétiens en cette période de crise sanitaire et pas seulement en RDC. De nombreux partenaires de projet de l’AED utilisent actuellement la radio pour soutenir les efforts de la société pour contrer les effets du virus.

 

En Guinée-Bissau, la station de radio Sol Mansi, pour ne citer qu’elle, a aussi renforcé ses programmes. Non seulement pour sensibiliser la population sur les mesures concernant le Covid-19, mais aussi, et plus que jamais, pour que continue son travail d’évangélisation en assurant la transmission des messes, des catéchèses, et les différents moments de prières, déclare sœur Alessandra Bonfanti, directrice adjointe de la radio lusophone. « En cette période, dit-elle, nous avons le rôle de messagers d’espérance pour la société qui a peur de la pandémie. Il nous faut aider à maintenir la flamme de la foi dans l’espérance que si chacun collabore, le monde pourra revenir à la normale ».

 

L’Aide à l’Église en Détresse soutient plusieurs stations de radio en Afrique. Au cours des cinq dernières années, outre la Guinée-Bissau et la République démocratique du Congo, l’œuvre pontificale de charité a soutenu des radios en Angola, au Burkina Faso, au Cameroun, au Kenya, au Libéria, à Madagascar, au Malawi, au Mozambique, en Ouganda, en République centrafricaine, en Tanzanie, au Togo, et en Zambie. ACN a soutenu le financement de 35 projets dédiés à de nouveaux équipements techniques et de cinq projets pour la production de nouveaux programmes.

 

Ensemble, continuons de donner pour soutenir nos frères et sœurs qui souffrent. En ces temps de crise, nous devons être encore plus solidaires, puisque les besoins sont criants. Pour offrir vos dons ou vos prières, visitez notre site web au www.acn-canada.org/fr/covid-19-fr

 

*Pape François, dans un discours le 17 juin 2016.

 

 

 

 

Synode sur l’Amazonie : « Les peuples autochtones ont Dieu avec eux depuis longtemps »

11.10.2019 in Amazonie, Par Rodrigo Arantes, Vatican

Synode sur l’Amazonie

« Les peuples autochtones ont Dieu avec eux depuis longtemps »

Par Rodrigo Arantes, ACN-International
Révision française: Mario Bard, AED-Canada

Le Synode sur l’Amazonie se tient du 6 au 27 octobre au Vatican. Il s’agit d’un Synode qui attire l’attention non seulement des catholiques, mais aussi du monde entier. Mgr Neri José Tondello est évêque du diocèse du Mato Grosso et l’un des 18 membres du Conseil présynodal. Lors d’un entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse, il raconte l’histoire récente de l’Église en Amazonie, ainsi que l’expérience de l’Évangile avec les peuples autochtones. Il clarifie également le rôle consultatif du Synode.

 

Vous avez fait partie du Conseil présynodal. Le Synode attire l’attention non seulement au sein de l’Église, mais aussi dans tous les médias. À quoi attribuez-vous tant d’intérêt pour ce Synode ?

 

Le Synode sur l’Amazonie a une longue histoire. Il est clair qu’il finit par susciter un grand intérêt, parce qu’il traite d’une écologie intégrale. Cela s’étend aux peuples autochtones qui vivent en Amazonie, en particulier aux peuples autochtones, qui sont les premiers et légitimes propriétaires de l’Amazonie. Mais il y a aussi les habitants des rives des fleuves, les quilombolas (descendants des anciens esclaves africains), les colons et tous ceux qui vivent dans la région et qui sont à la recherche d’une vie meilleure. L’écologie intégrale cherche à étudier la maison commune dans son ensemble, et la Panamazonie est une réalité qui bénéficie à la planète entière.

Mgr Dom Neri Tondello célèbre la messe dans une chapelle de chaume.

Cette région, dans le contexte de l’idée de la maison commune, est affectée par les problèmes qui causent des impacts importants et dramatiques. J’y ajoute désormais les incendies criminels qui sont un grave problème et une menace. Auparavant, on ne prêtait pas une grande attention à l’impact des incendies. Mais après tout incendie, il y a la déforestation et l’exploitation illégale de la forêt, l’agro-industrie. Les rivières sont empoisonnées, ce qui tue les poissons. Les barrages hydroélectriques et l’exploitation minière — qui utilise des produits toxiques tels que le mercure — tuent également les poissons. Nous parlons ici des aliments de base des peuples autochtones. Tout cela finit par compromettre la biodiversité de la Panamazonie.

 

Nous avons ici le contexte général dans le cadre duquel la question ne s’est pas limitée au débat interne à l’Église, mais de fait, finit par impliquer le monde entier, parce que l’Amazonie n’est pas séparée du reste du monde. Tout est interconnecté, tout est relié : il y a donc des retombées mondiales. Le Pape François se demande aussi ce que le monde peut faire pour sauver l’Amazonie.

 

Qu’est-ce que le Synode sur l’Amazonie pour vous ?

 

Je peux dire que le Synode est un Kairós1. Je sais que le monde a déjà beaucoup parlé de la question, et que la diffusion du Synode prend de nombreuses formes. Et, même si les gens en parlent en mal, condamnent et disent des choses horribles sur le Synode, la grande majorité voit de manière positive cette assemblée spéciale pour la région panamazonienne et pour toute l’Église. Quand on est au centre du processus de préparation, on le sent. Celui qui n’aime pas critique, mais en général le Synode est un Kairós pour l’Église. Nous allons demander de prier beaucoup pour que nous puissions avoir le don du discernement.

 

Nous avons tendu l’oreille à la réalité amazonienne et aux clameurs des peuples qui ont exprimé leurs lamentations. Pendant la célébration du Synode, nous écouterons les scientifiques et surtout nous entendrons ce que l’Esprit saint a à dire aux Églises qui se trouvent en Amazonie.

 

 

Il est important de se rappeler que le Synode n’est pas délibératif. De par son règlement, il est consultatif. Mais ne manquons pas de courage pour proposer de nouvelles voies pour l’Église et pour une écologie intégrale. Puisse ce grand événement aider le Pape François à prendre les décisions nécessaires, et à nous donner une direction sûre qui réponde à cette merveilleuse réalité qu’est notre Amazonie bien-aimée.

 

Que faut-il pour empêcher que l’Église ne soit « qu’en visite » en Amazonie ?

 

Photo: Projet soutenu par l’AED – Achat d’un système de génératrice alimenté à l’énergie solaire pour le bateau « Itinerante », dirigé par père Gino Alberati

Nous importons des processus d’évangélisation d’hommes et de femmes qui sont venus de l’extérieur, qui ont donné leur vie et dont beaucoup d’entre eux sont des martyrs de l’Amazonie. Et, bon nombre des projets importés n’ont pas toujours été les meilleurs. Il s’agissait de projets de colonisation, de domination, et ils ne tenaient pas compte du potentiel qu’il y avait ici. En d’autres termes, ils ne tenaient pas compte du visage de l’Amazonie, qui est devenue le protagoniste de son propre projet d’évangélisation à travers l’inculturation de l’Évangile incarné dans la réalité des « graines du verbe » présentes chez les peuples autochtones, les habitants des rives des fleuves, les colonies, et chez tous les habitants de cette région. Par conséquent, pour avoir une Église plus permanente, plus efficace et plus présente, proche des gens, des populations, des groupes, pour la formation religieuse, mais aussi l’organisation de la communauté, il est nécessaire de multiplier les dons, les charismes, les ministères, les présences humaines. Bien sûr, le point de départ de tout est le baptême : une Église baptismale et collégiale, et non une Église cléricale. Je voudrais dire à ce sujet que le document Instrumentum laboris (instrument de travail) met sur la table du Pape une ouverture à cet appel.

Le célibat2 ne s’éteindra jamais, car il sera toujours un don fait à l’Église. Mais je crois aussi que l’Église peut penser à partir de la théologie de la spiritualité, de la pastorale, de l’exigence d’autres nouvelles manières d’assurer une présence plus continue auprès du Peuple de Dieu, qui aille au-delà de cette idée de l’Église « en visite ». Nous devons être plus proches, et pour cela nous devons valoriser les idées qui ont été élaborées sur une longue période. Par exemple, l’idée d’un « prêtre communautaire », de quelqu’un qui ait le visage de la communauté, un visage amazonien, quelqu’un qui vive ici, qui connaisse tous les membres de la communauté, et qui puisse faire en sorte que le processus d’évangélisation soit beaucoup plus efficace.

 

Colniza, l’une des villes de votre diocèse, est l’une des municipalités du pays qui souffre le plus des incendies. Quelle est la situation aujourd’hui ?

 

Les incendies ont été terribles. Ils ont toujours eu lieu [depuis des années], mais cette année ils ont été déchaînés. La région de Colniza et Guariba sont des localités où, statistiquement, ils se sont produits le plus souvent cette année. Je ne comprends pas la raison de cette culture du feu pour nettoyer les pâturages. Je pense que nous ne pouvons admettre que le feu devienne quelque chose de culturel, parce qu’il est beaucoup plus destructeur que bénéfique. J’ai vécu dans le Mato Grosso pendant dix-sept ans, et j’ai pu constater que cette année, la situation a été bien pire que les autres années. Beaucoup d’incendies sont criminels, d’autres étaient accidentels mais ont causé de grandes pertes dans la région. Il existe même « le jour du feu », organisé par un groupe de criminels.

Août 2019, Brésil : un champs brûlé dans la forêt amazonienne.

Les responsables de la région craignent maintenant des représailles dans le cadre des relations commerciales internationales. Nous essayons de développer une prise de conscience en collaboration avec le personnel de l’IBAMA (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables), avec le personnel du syndicat forestier et avec les pompiers qui développent sans cesse des campagnes de sensibilisation pour prévenir les incendies. Nous nous associons à eux. Nous utilisons aussi notre force évangélisatrice pour attirer l’attention sur la responsabilité de ce risque grave qu’est la destruction de la nature par le feu.

 

L’AED soutient l’utilisation de sources d’énergies alternatives vertes

 

L’AED soutient des projets pastoraux en Amazonie depuis plus de 40 ans. Parmi les diocèses qui reçoivent de l’aide, il y a aussi le vôtre, Juína. Quels sont les avantages de ces projets que vous constatez dans votre village ?

 

Ce diocèse a grandement bénéficié des projets auxquels l’AED a collaboré. Par exemple la formation catéchétique, la pastorale des familles, de la jeunesse, des enfants, les campagnes de distribution de 2.000 Bibles, le matériel d’évangélisation, les chapelets pour enfants et l’aide au projet d’énergie solaire. Après tout, le Synode amazonien ne peut pas penser uniquement à la destruction de la forêt et à la construction de barrages hydroélectriques pour disposer d’énergie. Il est nécessaire de créer des sources d’énergies alternatives, et l’énergie solaire en est une. L’AED a également beaucoup aidé en ce sens.

Projet soutenu par l’AED : Construction de quatre bateaux en aluminium pour le travail pastoral dans le diocèse de Tefé. Le logo de la prélature de Tefé : une Bible qui voyage le long de la rivière Tefé.

 

En ce qui concerne l’importance de la formation, nous avons eu récemment quelques cours d’éthique avec le groupe de l’école de formation, dans l’idée d’avoir bientôt des diacres permanents. Nous avons déjà 10 diacres qui exercent leur ministère. Les élèves de cette école sont d’origines mixtes : nous avons plus de 20 autochtones et 15 personnes qui ne sont pas autochtones. Au sein de l’école de formation, nous avons des agents qui sont en lien avec les peuples des rives des fleuves et les dirigeants de nos communautés. Grâce à l’aide de l’AED, nous nous sommes immergés dans cette réalité amazonienne et nous avons ressenti ce soutien, en étant aidés par des projets d’évangélisation et en même temps des projets qui cherchent à construire et à former des évangélisateurs pour la région.

 

  1. Moment d’intervention divine dans l’histoire de l’humanité.
  2. L’un des points principaux soulevés par les critiques de l’instrument de travail.

Maroc – Entretien AED L’Église y est « bonne Samaritaine ! »

29.03.2019 in ACN International, AFRIQUE, Maria Lozano, Maria Lozano, Morocco

Maroc
Entretien de l'AED
L'Église est une "bonne Samaritaine"

Apprenons à mieux connaître le pays où le Pape François se rendra fin mars

À l’occasion d’une émission télévisée produite par Aide à l’Église en Détresse (AED), María Lozano a interviewé Mgr Cristóbal López Romero, évêque de Rabat. Salésien de Don Bosco, Mgr López Romero raconte ce que cela signifie de vivre et de travailler dans cet État d’Afrique du Nord.

L’universalité de l’Église catholique est visible en de nombreux endroits où le christianisme est minoritaire, par exemple au Maroc, un pays qui compte 37 millions d’habitants, avec 99,9% de musulmans et seulement 0,08% de catholiques.

Là-bas, une Église petite en nombre, mais grande dans ses activités assume son travail pastoral pour les fidèles catholiques. Mais surtout, elle s’engage en faveur de la frange la plus défavorisée de la population marocaine et des milliers de jeunes d’Afrique subsaharienne qui traversent le désert à la recherche d’un avenir dans une Europe qu’ils idéalisent. C’est là, à la lisière entre l’Afrique et l’Europe, que se rendra Sa Sainteté le pape François les 30 et 31 mars sur invitation du roi Mohamed VI et des évêques du pays qui l’ont convié à Rabat et à Casablanca.

 « L’Église catholique existe bien au Maroc », affirme l’évêque dans un élan de fierté tout au début de l’entretien. « C’est une Église vivante et jeune, riche en grâces et empreinte du désir fervent de témoigner. » Ce pays du Maghreb a deux cathédrales, dont l’une se trouve à Tanger, et l’autre à Rabat. La première date de l’époque du protectorat espagnol, la seconde de celle du protectorat français. L’évêque poursuit dans sa narration : « Dans nos églises, il y a plus de personnes jeunes que de personnes âgées, plus d’hommes que de femmes et plus de Noirs que de Blancs. » Au Maroc, l’Église se compose principalement de fidèles étrangers originaires de plus de cent pays différents. Ils travaillent généralement dans des entreprises qui ont des succursales au Maroc.

Par ailleurs, nombre d’entre eux sont originaires de pays subsahariens, comme le Congo, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Ces chrétiens viennent au Maroc pour y faire des études et trouvent dans l’Église catholique le « cocon spirituel » qu’ils recherchent. Les religieux catholiques qui travaillent dans le pays viennent également de plus de quarante nations différentes. À ce sujet, Mgr López Romero explique « qu’être catholique signifie être universel ». Cette universalité implique que les êtres humains laissent de côté leurs particularités individuelles et se concentrent sur leurs points communs : « Nous nous focalisons sur ce qui est important, ce qui est essentiel. Les différences nous enrichissent, nous nous ouvrons les uns aux autres, et nous percevons les différences comme autant de chances, et non comme des problèmes. »

L’Église est une « bonne Samaritaine »

Questionné sur les raisons pour lesquelles les jeunes gens fuient l’Afrique, Mgr López Romero explique que la majorité des jeunes migrants sont principalement motivés par des raisons économiques. Ils fuient la pauvreté et le chômage, mais beaucoup d’entre eux fuient également la guerre, les combats, les persécutions ou les catastrophes naturelles. Selon l’évêque de Rabat, le problème de la migration des Africains sera difficile à résoudre tant que, « en Europe, on continuera à jeter à la poubelle 30% des denrées alimentaires produites et de vivre dans l’abondance et le luxe » tout en exigeant en même temps que ceux « qui vivent dans la misère se soumettent à leur sort sans rien entreprendre », et tant que la société ne prendra pas conscience de ce comportement. « L’Europe qui protège ses frontières pour ne pas devoir partager ce qui appartient à tous et que l’Europe s’est appropriée, ce qui relève d’un comportement peu chrétien, et même inhumain », s’indigne le religieux. Il rappelle aussi les paroles du Pape François : « Le capitalisme tue ». « Au lieu d’apporter de l’aide, nous devrions payer pour les matières premières que nous exploitons. Faisons le nécessaire pour que les groupes multinationaux payent leurs dettes fiscales ». Il demande que l’Afrique ne soit pas aidée « par des miettes, mais par la justice et des plans de développement ». « Sans amour, nous ne sommes rien, et sans justice, nous sommes encore moins. »

L’évêque revient sur son sujet précédent et poursuit : « Le jeune Marocain est emprisonné dans son propre pays ». En raison de sa situation géographique, le Maroc souffre du fait qu’il n’y a pas de sortie réaliste du pays. Au sud, il y a l’immense désert du Sahara, à l’ouest, l’Océan Atlantique, à l’est, l’Algérie – et la frontière de ce pays est fermée à cause de la guerre. Quant au nord, il y a l’Europe. « Beaucoup de jeunes gens marocains demandent en désignant l’Espagne : Pourquoi peuvent-ils venir ici, et moi je n’ai pas le droit d’y aller ? »

La liberté de culte existe-t-elle au Maroc ?

C’est une vraie question à laquelle sera confronté le Pape François lors de son voyage. Comme le constatait l’AED dans son édition 2018 du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde, le Royaume du Maroc est un État musulman souverain en vertu de sa Constitution. L’article 3 de la Constitution marocaine stipule que « L’Islam est la religion de l’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes. »

Cependant, la Constitution elle-même interdit aux partis politiques d’apporter des modifications législatives ou constitutionnelles contraires à l’islam. En ce qui concerne la liberté de culte, le Parlement européen reconnaît que celle-ci est certes ancrée dans la Constitution marocaine, mais que « les chrétiens et surtout les musulmans qui se sont convertis au christianisme font face à de nombreuses formes de discrimination et ne sont pas autorisés à mettre les pieds dans une église. » En vertu du Code pénal marocain, il est interdit aux non-musulmans de convertir des musulmans ou « d’ébranler leur foi ». La distribution de publications religieuses non islamiques est également soumise à des restrictions de la part des autorités.

 

Par Mónica Zorita et Maria Lozano, ACN-International. Révision française au Canada : Mario Bard, AED-Canada.

29 mars 2019

Mozambique : Aide à l’Église en Détresse envoie de l’aide d’urgence

22.03.2019 in ACN International, ACN-International, Citra Abbott, Voyager avec l'AED

Mozambique

Aide à l’Église en Détresse envoie de l’aide d’urgence
« Personne n’a entendu les victimes appeler à l’aide alors qu’elles étaient emportées par les inondations »

 

Un prêtre du Mozambique décrit de façon détaillée l’impact dévastateur du cyclone, tandis que certains rapports avancent déjà le chiffre de près de 1 000 morts. Aide à l’Église en Détresse (AED) annonce qu’elle va travailler avec l’Église locale dans la ville portuaire de Beira, cœur économique du pays et détruit selon certains rapports à 90 %, en fournissant une aide d’urgence.

 

Dans un entretien accordé à l’œuvre catholique de charité Aide à l’Église en Détresse (AED), le Père Sandro Faedi, administrateur apostolique de Tete, a décrit comment les gens criaient à l’aide alors qu’ils étaient submergés par les eaux.

 

 

Le Père Faedi a ainsi déclaré à l’AED : « Beira n’est plus une ville. Elle a été presque entièrement détruite ». Et il ajoute : « Vue d’avion, la ville ressemble à un grand lac d’où émergent des bâtiments sans toiture. On n’aperçoit ni les rues, ni les maisons, ni les champs. Beaucoup de gens ont perdu la vie. Perchés sur des maisons ou sur des arbres, beaucoup de gens demandaient de l’aide, sans que personne n’entende. Ils ont été emportés par les rivières en crue qui s’engouffraient dans la ville ».

 

Le Père Faedi a expliqué à l’AED que la région, actuellement en grande partie sous les eaux, n’avait « ni le téléphone, ni moyens de communication, ni eau potable », car des vents de 200 km à l’heure, de fortes pluies et des rivières en crue continuaient de détruire les infrastructures du pays.

 

Alors que l’on s’attend à une augmentation du nombre de victimes, il affirme : « Pour l’instant, nous ne pouvons que prier, en étant prêts à donner notre contribution le moment venu ». Le Pape François a déclaré : « À ces personnes qui me sont chères, j’exprime ma douleur et ma proximité ».

 

Mercredi 20 mars, le Mozambique a commencé trois jours de deuil pour les victimes. Les inondations et les vents se sont écrasés sur Beira, « poumon économique » du Mozambique, avant de continuer leur route vers le Malawi et le Zimbabwe, affectant plus de 2,5 millions de personnes.

 

Mgr Claudio Dalla Zuanna, archevêque de Beira, a déclaré à l’AED : « L’aide de l’AED sera utile, car elle permettra de raviver la présence ecclésiale en faisant face aux dépenses immédiates telles que l’acquisition et la distribution de bâches plastiques et de produits divers (seaux, verres, assiettes, etc.), et la logistique en matière de transport.

 

« Une fois de plus, nous vous remercions de votre générosité et nous vous tiendrons informés ».

 

Propos recueillis par Citra Abbott, ACN-International

 

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

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Irak – La Lamborghini du pape pour reconstruire ! – AED-Infos

26.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, Communications, Communiqué, Construction, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Irak, Moyen-Orient, Pape, Pape François, Par Marta Petrosillo, PROJETS AED, Voyagez avec AED

Aide à l’Église en Détresse en Irak

La Lamborghini du pape pour reconstruire

Montréal, 26 février 2019 – Grâce au don de 300 000 dollars reçu à la suite de la vente aux enchères de la Lamborghini offerte au Pape François, Aide à l’Église en Détresse (AED) pourra financer deux nouveaux projets au profit des familles chrétiennes et d’autres minorités revenues s’installer dans la plaine de Ninive.

Par Marta Petrosillo pour ACN-International et Mario Bard, AED-Canada

« Il est heureux que le pape François ait choisi de redistribuer les profits de ce qui est d’abord un cadeau. Bien sûr, notre organisme est honoré de participer à la redistribution des fruits de la vente », indique Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED-Canada. « Ce projet pour le retour des chrétiens dans la plaine de Ninive était audacieux il y a deux ans, car l’insécurité était encore très grande. Finalement, l’AED a eu raison d’aller de l’avant avec d’autres partenaires, afin d’assurer ce retour des chrétiens en Irak : ils reviennent de plus en plus nombreux. »

Le 15 novembre 2017, le Saint-Père a décidé de faire don à l’AED d’une partie du montant de la vente de la Lamborghini Huracan qui lui avait été offerte par le constructeur automobile. Aujourd’hui, l’AED permet au geste du pape François de se concrétiser à travers le financement de la reconstruction de deux bâtiments de l’Église syro-catholique qui avaient été détruits par la guerre : le jardin d’enfants « Vierge Marie » et le centre polyvalent de la paroisse du même nom.

La destruction du centre paroissial a été totale.

Le 15 novembre 2017, le Saint-Père a décidé de faire don à l’AED d’une partie du montant de la vente de la Lamborghini Huracan qui lui avait été offerte par le constructeur automobile. Aujourd’hui, l’AED permet au geste du pape François de se concrétiser à travers le financement de la reconstruction de deux bâtiments de l’Église syro-catholique qui avaient été détruits par la guerre : le jardin d’enfants « Vierge Marie » et le centre polyvalent de la paroisse du même nom.

Les deux bâtiments sont situés à Bashiqa, à seulement 30 kilomètres de Mossoul. Le village a été gravement touché par la guerre, mais la communauté chrétienne est revenue en grand nombre. De fait, 405 des 580 habitations détruites ont déjà été réparées, et 50 % des chrétiens sont revenus, soit 1 585 personnes.

Les deux opérations financées grâce au produit de la vente de la Lamborghini bénéficieront également aux autres minorités de la ville, car le centre polyvalent, capable d’accueillir plus de 1 000 personnes, sera utilisé pour les mariages et les fêtes religieuses des différentes communautés. Ce sera le plus grand centre de la région, et il sera à la disposition de plus de 30 000 personnes, appartenant à différentes ethnies et confessions.

Le retour : un succès inespéré !

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Un peu plus de deux ans après la libération des villages de la plaine de Ninive, le nombre de chrétiens ayant pu rentrer chez eux a dépassé les prévisions les plus optimistes. Le 11 janvier dernier, le nombre de familles ayant regagné leurs villages s’élevait à 9 108, soit près de 46 % des 19 832 familles qui y vivaient en 2014 avant l’arrivée de l’État islamique. Cela est dû à l’immense travail de reconstruction – largement financé par l’AED – qui a jusqu’ici permis de reconstruire ou de réparer 41 % des 14 035 habitations détruites ou endommagées par l’État islamique.

L’œuvre pontificale de charité ainsi que les Églises locales ont été à l’avant-garde de cette opération qui a trouvé dans le Saint-Père un bienfaiteur assidu. En 2016, le Pape François avait déjà financé à hauteur de 150 000 dollars la clinique Saint-Joseph d’Erbil, qui donne une assistance médicale gratuite.

Ce don supplémentaire du Saint-Père permettra aux chrétiens de vivre leur foi et d’assurer un avenir en Irak à leurs enfants. Il constituera en même temps un message fort et une invitation à une coexistence pacifique entre les religions, dans une région où le fondamentalisme a malheureusement détérioré les relations interreligieuses.

Depuis 2014, l’AED a déjà fait don de plus de 60 millions de dollars pour soutenir les chrétiens irakiens. Dans la plaine de Ninive, l'espoir est plus que jamais présent!  Merci de continuer à nous aider à soutenir l'Église en Irak dans ses efforts de reconstruction!

Irak : enfin, une porte ouverte vers l’espérance!


Émirats arabes unis – visite historique

04.02.2019 in ACN Canada, ACN International, Adaptation Mario Bard, AED Canada, By Oliver Maksan, Émirats arabes unis, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, liberté religieuse, Mario Bard, Moyen-Orient, Voyagez avec AED

Abu Dhabi – AED Informations

« Une visite historique »

Le pape François est à Abu Dhabi jusqu’à demain, 5 février. Bien que cet émirat soit plus tolérant que les autres États musulmans de la région envers les chrétiens, la pleine liberté religieuse n’existe pas aux Émirats arabes unis.

Mgr Paul Hinder : « L’essentiel, c’est que nous-mêmes, les chrétiens, soyons des témoins crédibles du message de Jésus-Christ. Cela signifie également de supporter dans l’humilité que nous ne jouions pas un rôle de premier plan au sein de cette société. Parfois, il suffit de bien jouer son simple rôle secondaire pour enthousiasmer les autres ! »

Dans une entrevue accordée à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) peu avant la visite de Sa Sainteté le pape François à Abu Dhabi, l’Église locale souligne le soutien dont elle bénéficie de la part des musulmans. L’évêque Mgr Paul Hinder, vicaire apostolique de l’Arabie du Sud, a évoqué une visite « historique » et déclaré : « C’est la première fois qu’une célébration eucharistique se déroulera dans un domaine public mis à disposition à cet effet par le gouvernement ». Mgr Hinder, Capucin suisse, espère qu’environ 130 000 fidèles vont se réunir pour la messe célébrée le 5 février par le pape François dans la capitale des Émirats arabes unis, au dernier jour de sa visite, débutée le dimanche 3 février.

Dans l’histoire de l’Église, il s’agit de la toute première visite d’un pape dans la péninsule arabique. Mgr Hinder poursuit : « J’ai reçu plusieurs demandes venant de musulmans, qui voulaient savoir comment ils pourraient nous aider lors des préparatifs. Nombreux sont ceux qui ont manifesté leur intérêt d’assister à la messe. Le gouvernement fait aussi tout ce qui est en son pouvoir pour que le plus grand nombre possible de nos fidèles puissent voir le pape.»

Les Émirats arabes unis sont considérés comme étant relativement ouverts et tolérants envers les non-musulmans. Le rapport sur la liberté religieuse de l’AED évoque l’initiative du prince héritier d’Abu Dhabi de rebaptiser la mosquée Sheik Zayed en mosquée Marie mère de Jésus. Le prince héritier souhaitait que cette décision renforce les liens humains entre les croyants de différentes religions. « Cela fait quinze ans que je vis à Abu Dhabi et je n’ai encore jamais perçu d’hostilité », déclare Mgr Hinder et il ajoute : « Bien entendu, nous savons que dans tous les pays islamiques, les non-musulmans – et pas seulement les chrétiens – doivent se soumettre aux règles sociales de l’islam. D’un autre côté, je vois aussi au sein de la population locale un grand respect pour les chrétiens. C’est ce que nous ressentons particulièrement maintenant, à l’approche de la visite du Pape.»

Alors qu’en Arabie Saoudite, comme l’explique l’évêque, les offices religieux sont uniquement tolérés dans un cadre privé et avec des groupes relativement petits, il existe aux Émirats arabes unis des églises où des milliers de fidèles se rendent régulièrement pour assister à la messe. En fait, presque un million de catholiques de différents rites vivent aux Émirats arabes unis ! Ils sont presque tous des travailleurs immigrés qui séjournent dans le pays pour une période limitée. Nombre d’entre eux sont originaires d’Inde, des Philippines ou du Sri Lanka. Ils sont accueillis dans neuf paroisses. Mgr Hinder espère qu’il y aura d’autres constructions d’églises. « Il serait souhaitable d’avoir plus d’églises, car le nombre de paroisses dont nous disposons est encore insuffisant par rapport au nombre de fidèles qui vivent ici. »

Voyage du pape : répondre à l’Esprit même de l’Évangile

Le rapport sur la liberté religieuse publié en 2018 par l’AED souligne que l’islam est la religion d’État aux Émirats. La charia, la loi islamique, est l’une des sources principales de la législation. Le rapport dit littéralement que « seuls les musulmans sont autorisés à faire du prosélytisme; les adeptes d’autres religions qui sont pris en flagrant délit de vouloir convertir des musulmans peuvent être punis. Les non-ressortissants sont également menacés de retrait de leur permis de séjour et d’expulsion ». Selon ce rapport, les églises chrétiennes n’ont pas le d

 

roit d’avoir des clochers ni d’être décorées avec des croix. La conversion de musulmans au christianisme est interdite. À ce sujet, Mgr Hinder explique : « Je ne connais aucun pays musulman où la liberté religieuse est totale. Même là où la conversion d’un musulman à une autre religion n’est pas sanctionnée par le droit pénal local, l’environnement social – et surtout la famille – réagit par l’ostracisme et même la violence physique. Comme je l’ai dit, la liberté de culte est plus ou moins grande selon les pays.»

Le vicaire apostolique espère surtout que la visite papale aura un effet sur l’ambiance générale : « J’espère que la visite du Pape changera positivement l’ambiance générale. Néanmoins, nous ne devons pas attendre trop de miracles d’une telle visite. L’essentiel, c’est que nous-mêmes, les chrétiens, soyons des témoins crédibles du message de Jésus-Christ. Cela signifie également de supporter dans l’humilité que nous ne jouions pas un rôle de premier plan au sein de cette société. Parfois, il suffit de bien jouer son simple rôle secondaire pour enthousiasmer les autres !»

Le Père Andrzej Halemba, responsable de cette région au sein de l’AED, est d’accord avec Mgr Hinder : « La visite du Saint-Père constitue un grand encouragement pour les chrétiens qui travaillent dans le Golfe d’Arabie. Ils éprouvent ici la solidarité de l’Église universelle ». Le Père Halemba considère comme particulièrement importante la rencontre interreligieuse du pape avec les représentants de l’islam qui se déroule aujourd’hui. « En tendant la main aux musulmans, le Pape répond à la mission de l’Évangile, car il s’agit d’un dialogue de Dieu avec les hommes, qui se poursuit comme un dialogue de personne à personne. »


 

Union de prière avec Pape François pour les petits enfants de la Syrie

03.12.2018 in Adaptation Mario Bard, PAIX, Pape, Pape François, Par Marta Petrosillo, Prière

 Initiative de l’AED
50 000 bougies pour la paix en Syrie !

Aide à l’Église en Détresse (AED) lance pour Noël une campagne de prière, de solidarité intitulée des « Bougies pour la paix en Syrie ». La campagne a commencé ce dimanche 2 décembre, premier dimanche de l’Avent, par l’allumage symbolique d’une bougie par le Saint-Père à la fin de l’Angélus.

Ces derniers jours, cette initiative a permis l’implication de plus de 50 000 enfants de différentes religions, originaires de nombreuses villes syriennes fortement touchées par la guerre, dont Alep, Damas, Homs, Marmarita, Hassaké, Tartus et Lattaquié. Les enfants ont prié et peint des dessins sur le thème de la paix pour décorer leurs bougies : des croix, des colombes et des messages d’espérance à travers lesquels les petits Syriens, qui sont les premières victimes du conflit encore en cours, ont adressé au monde leur appel à la paix.

 

L’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse invite toute personne dans le monde à répondre au cri de paix des enfants de Syrie en allumant une bougie, comme l’a fait le Saint-Père, et ce, afin de répandre le message des petits Syriens et d’insuffler de l’espérance pendant le temps de l’avent.

 

La bougie que le Saint-Père a allumée a été fabriquée par un artisan du quartier de Bab Touma, dans la vieille ville de Damas, et comporte des photos d’une quarantaine d’enfants, originaires d’Alep pour la plupart, le logo de la campagne (une colombe dont les ailes ont la forme d’une main d’enfant, avec l’inscription « la paix pour les enfants – Syrie 2018 [Peace for the Children Syria 2018] ») et le logo de l’AED.

L’AED avait déjà donné la parole aux petits Syriens en 2016, en apportant leurs dessins pour la paix au Parlement européen.

 

Canada : une réponse de prière et de petits gestes solidaires

« Au Canada, les bienfaiteurs qui reçoivent le Bulletin pourront faire directement un cadeau de Noël pour la Syrie », indique Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED. « Nous les invitons plus spécialement à prier afin que les familles de Syrie puissent pleinement goûter à la joie d’un Noël pacifique. Nous espérons que les Noëls à venir se vivent aussi dans la paix. » Aide à l’Église en Détresse a déjà fait parvenir 22,5 millions de dollars pour la reconstruction en Syrie, qui s’ajoutent aux 44 millions de dollars déjà donnés depuis le début du conflit en 2011.

De plus, depuis deux ans à Montréal, une activité permet d’amasser des fonds pour le programme La goutte de lait.

Article de fond – Récit en Colombie

10.08.2018 in Adaptation Mario Bard, by Martha Suárez, Colombie

Article de fond – Récit


De Colombie : une histoire de pardon sans limites

Pastora Mira García est l’une des femmes de foi chrétienne les plus connues dans son pays. Ses gestes d’amour chrétiens et de pardon, s’opposant ainsi à la haine et à la violence impressionnent et inspirent.

Pastora Mira García est devenue l’une des croyantes les plus connues de Colombie, grâce à son exemple de charité chrétienne et de pardon face à la haine et à la terreur que vit le pays après des décennies d’une violence impitoyable. Au cours des 60 dernières années, le pays a souffert de luttes armées entre les guérilleros marxistes, les troupes gouvernementales et les milices d’extrême droite.

En 2016, un accord de paix controversé a été conclu avec le groupe de guérilleros le plus important. Selon des estimations, il y aurait déjà eu jusqu’à maintenant près de 900 000 personnes tuées et sept millions de Colombiens déplacés à cause du conflit. La violence et l’hostilité persistent dans beaucoup de cœurs. En septembre 2017, lorsque le Pape François a visité le pays, Pastora a été choisie pour témoigner de son attachement au commandement du Christ de « s’aimer les uns les autres ».

Elle a raconté son histoire à l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse, une organisation qui promeut depuis sa création le charisme de réconciliation et de pardon.

 

En septembre 2017, le pape François s’est rendu en Colombie. La photo montre le rassemblement des prêtres, des religieuses, des séminaristes et leurs familles.

Le 4 avril 1960, mon père, Francisco Mira, a été assassiné par des rivaux politiques. J’avais quatre ans quand ses neuf enfants ont été contraints d’assister à son assassinat. Bousculant ma mère, ils ont abattu mon père puis l’ont décapité devant nous.

En 1999, ma mère a eu une crise cardiaque dont elle est morte, quand des miliciens de l’une des factions rivales ont détruit la porte d’entrée d’un de nos voisins.

Bien que tout le monde ne puisse pas faire des études supérieures, nous suivons tous les cours de « l’Université de la vie »

En 2001, alors que ma fille Paola amenait ma petite-fille de cinq ans dans une école de campagne, elles ont été enlevées par un groupe armé. Deux jours plus tard, ma petite fille a été libérée. La famille a alors connu une nuit obscure, se demandant ce que ma fille Paola était devenue. Ce n’est qu’au bout de sept ans que nous avons réussi à récupérer son corps, après avoir traversé des champs et escaladé et descendu des montagnes. J’avais même insisté pour que nous emportions du matériel de déminage afin d’être en mesure de mener à bien notre recherche en toute sécurité.

Mon jeune frère a également été enlevé sur une route : nous ne l’avons jamais plus revu, ni lui ni les gens qui voyageaient avec lui.

 

Apprendre à revivre

Le 4 mai 2005, un groupe armé illégal a enlevé mon fils de 18 ans et l’a séquestré pendant 15 jours. Puis, ils l’ont assassiné et ils ont abandonné son corps sur la route. À ce moment, j’ai dit : « Seigneur, je te le rends ». Bien que tout le monde ne puisse pas faire des études supérieures, nous suivons tous les cours de « l’Université de la vie ».

Avant la mort de ma mère, je suis allée travailler dans une ville où j’ai entendu le nom du meurtrier de mon père. J’ai demandé à ma mère s’il s’agissait de l’homme qui avait tué papa, et elle a répondu : « Oui, ma fille, mais nous n’avons pas le droit de lui faire du mal ». Il m’a fallu un certain temps pour enquêter, et quand je suis enfin arrivée à son domicile qui était très éloigné, je n’ai pas trouvé un homme, mais une ruine, un être humain brisé.

J’ai compris que la culpabilité était pire que la douleur.

Compte tenu de ses conditions de vie, Il aurait été très facile de lui donner un peu de pain empoisonné ou d’utiliser un autre stratagème pour mettre fin à ses jours. Mais grâce à Dieu, j’avais en tête le message de ma mère. Sur le chemin du retour, je me suis assise pour pleurer, et j’ai pris la décision de lui rendre visite fréquemment, avec quelques personnes qui rendaient visite aux malades, afin de l’aider à guérir, lui apporter de la nourriture et des vêtements. Nous l’avons fait pendant longtemps.

Un jour, j’ai appris une leçon très importante quand la mère du meurtrier de mon père lui a demandé : « Sais-tu qui est cette personne qui s’occupe de toi ? C’est l’un des nombreux orphelins que tu as faits. C’est la fille de Pacho Mira ». Il n’a pas été capable de me regarder à nouveau dans les yeux. J’ai compris que la culpabilité était pire que la douleur.

Le 19 mai 2005, avant l’enterrement de mon fils dans un caveau funéraire, j’ai ressenti le besoin de regarder vers les airs, et j’ai vu une sculpture représentant la « pietà » de Michel-Ange. J’ai dit à la Vierge : « Bonne Mère, pardonne-moi de pleurer pour mon fils, alors que je devrais rester calme parce que j’ai eu la bénédiction d’être mère ».

Trois jours plus tard, sur le chemin du retour, j’ai vu un jeune homme qui faisait partie de l’un des groupes armés illégaux. Il était blessé et pleurait de douleur. Nous l’avons emmené à la maison. Il avait faim alors je lui ai donné de la nourriture et un café, puis un pantalon court et une chemise qui avait appartenu à mon fils. Une amie infirmière est venue, et nous avons soigné sa plaie.

J’ai supplié le Bon Dieu de m’aider pour que mon cœur de mère ne reprenne pas le dessus

Le garçon s’est allongé sur le lit de mon fils. Voyant ses photographies sur le mur, il a demandé : « Pourquoi as-tu des photos de ce type que nous avons tué il y a quelques jours ? » Mes filles et moi, nous avons toutes été choquées; le jeune homme a commencé à pleurer tout en parlant. J’ai supplié le Bon Dieu de m’aider pour que mon cœur de mère ne reprenne pas le dessus, et qu’ainsi, je ne regarde pas ce garçon avec de la haine.

 

Seigneur, guéris-moi

En fin de compte, j’ai dit : « Ici, c’est ton lit et c’est ta chambre ». Il pleurait et criait comme s’il avait été tabassé. Je lui ai passé le téléphone et lui ai dit : « Il y a une mère qui s’inquiète pour toi quelque part; s’il te plaît, appelle-la ».

Je suis allée parler à mes filles, et elles m’ont dit : « Maman, c’est un meurtrier, il ne peut pas sortir d’ici vivant ! ». Je leur ai répondu : « Dites-moi ce que vous voulez que je fasse. La seule chose que je vous demande en retour, c’est que si je dois devenir un assassin comme lui, je m’assure que cela fasse revenir mon fils, et qu’il puisse de nouveau s’asseoir ici avec nous ». Elles ont compris que ce ne devrait pas être œil pour œil, dent pour dent.

Seigneur, celui qui m’a blessée, pardonne-lui. Guéris-moi

Je suis retournée voir le jeune homme et je lui ai dit : « Tu ne peux pas rester plus longtemps ici, va à l’hôpital ». Il est parti, et la même année, en août, il est revenu, démobilisé et désarmé. Quand il venait me voir, il avait l’habitude de dire :  Maman. En décembre de la même année, il est mort d’un incident lié à la drogue. Sa mère est venue chercher le corps et j’ai eu l’occasion de l’aider à transporter le cadavre dans sa commune. Il existe un principe fondamental : aimez-vous les uns les autres. Seigneur, celui qui m’a blessée, pardonne-lui. Guéris-moi de sorte que, à travers ton pardon, je puisse le regarder dans les yeux comme un être humain qui a le droit de faire des erreurs et de savoir que dans ses erreurs, c’est lui qui est tombé ».

 

Des jeunes manifestent leur désir de paix en Colombie. Une église, qui deviendra un sanctuaire dédié aux victimes de la guerre civile, sera construite dans la paroisse San Antonio Maria Claret.

Aujourd’hui, Pastora se consacre à CARE, le Centre de rapprochement pour la réconciliation. Elle l’a fondée il y a 13 ans afin de découvrir différentes façons de promouvoir la réconciliation entre les victimes et les assassins. Pastora est convaincue que la meilleure façon de réussir la réinsertion sociale, c’est que tous les Colombiens sachent ce qui s’est passé. C’est le fondement d’une véritable guérison émotionnelle et spirituelle.

L’AED soutient des projets de réconciliation dans différentes parties du monde. En Colombie, l’organisme international vient d’approuver le projet de reconstruction d’une église à Aquitania, un village dont l’église et la maison paroissiale ont été détruites par les guérilleros. Son emplacement et l’épaisseur de la jungle ont permis à la violence d’être intense.

C’est pourquoi beaucoup de gens sont morts lors des affrontements ou à cause des champs de mines que les groupes de guérilleros hors la loi laissaient derrière eux. Finalement, le village a été abandonné. Cependant les gens sont revenus, au fur et à mesure que la région était déminée et que le gouvernement reprenait le dessus. La population n’a retrouvé que des ruines et une église en très mauvais état. Pour que Aquitania revienne à la vie, le nouveau curé a demandé de l’aide pour la reconstruction de l’église dédiée à Notre-Dame du Carmel. L’AED apportera une aide de 30,200$.