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Irak

 

Entrevue de l’AED – tentative de radicalisation du système judiciaire en Irak

20.09.2019 in Entrevue AED, Irak

Irak
tentative de radicalisation du système judiciaire

Les chrétiens craignent l’instauration d’une théocratie, à l’heure où les parlementaires tentent de présenter des changements à la Cour suprême fédérale, qui interprète la Constitution et détermine la constitutionnalité des lois et des règlements.

Entrevue réalisée en août dernier par Xavie Bisits, ACN-International

Dans un pays où les chrétiens sont aux prises avec des attentats à la bombe ciblés, des enlèvements et des discriminations, leurs leaders sont confrontés à une nouvelle  crise : une tentative de donner aux religieux islamiques le droit de vote à la Cour suprême fédérale.

Cette décision, qui n’a pas encore été prise, rapprocherait l’Irak d’une théocratie semblable au régime iranien où les non-musulmans sont contraints de vivre sous la charia, la loi islamique. Par exemple, en Iran les chrétiennes sont forcées de porter le voile, et l’alcool est complètement interdit.

Le changement inclurait la présence de quatre juristes islamiques parmi les 13 membres qui votent à la Cour suprême fédérale du pays. Toutes les décisions nécessiteraient le soutien d’au moins trois de ces quatre juristes, ce qui radicaliserait de manière drastique le système judiciaire du pays.

Irak, Karamlesh (Karamles), juillet 2019 – édifices touchées par Daesh

Droits de l’homme menacés

En août dernier, Muna Yako, professeure et militante chrétienne irakienne experte en droit constitutionnel, a expliqué à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que bien que la Constitution se réfère à l’Islam comme fondement du droit, elle fait également référence à l’importance de la démocratie et des droits de l’homme.

 

Ce changement à la Cour suprême fédérale signifierait probablement que la loi islamique ait toujours préséance : « La Cour est nécessaire pour interpréter la Constitution. Actuellement, lorsqu’une affaire est portée devant la Cour suprême fédérale, j’espère qu’elle accorde parfois la priorité aux droits de l’homme et à la démocratie. Mais si ces juristes islamistes rejoignent la Cour, nous n’aurons plus aucune chance de donner la priorité à la démocratie ou aux droits de l’homme ».

 

Cela signifierait également la fin de toute tentative d’abroger les lois qui discriminent les minorités religieuses et qui les traitent comme des citoyens de seconde classe. Par exemple, la loi actuelle dit que les non-musulmans peuvent se convertir à l’Islam, mais l’inverse ne peut pas avoir lieu. De même, les chrétiens ne sont pas autorisés à épouser des femmes musulmanes sans se convertir à l’Islam, ce qui est une « discrimination anticonstitutionnelle ».

 

« Le gouvernement irakien nous a déçus jusqu’à présent, mais j’espère toujours qu’il y aura un changement. Toutefois, si cette loi est adoptée, je n’aurai plus aucun espoir. Cela fera de l’Irak une théocratie, parce que toutes les lois seront fondées sur la religion, par exemple les règles sur l’habillement et l’alcool ».

 

Muna Yako craint qu’à la suite d’un tel changement – « terrifiant » -, davantage de chrétiens quittent le pays : « Nous ne serions plus qu’un souvenir, tout comme les juifs ». La plupart des chrétiens font partie de groupes autochtones présents dans le pays depuis des milliers d’années.

 

Mgr Sako à Rome – 2018

Dans une lettre adressée au Président du Parlement irakien, le Cardinal Raphaël Sako I, Patriarche de l’Église catholique chaldéenne, a fait part de sa préoccupation en ce qui concerne cette proposition, faite « après toutes les souffrances que nous avons endurées, comme le terrorisme, les déplacements de population, les pillages, les meurtres et les vols ». Il a exprimé sa crainte que cette proposition ne menace l’avenir des chrétiens dans le pays, en appliquant la loi islamique aux chrétiens dans des domaines personnels comme le droit des successions.

 

Cet avis est partagé par d’autres juristes. Le Dr Majida Sanaan-Guharzi, dans le journal Kurdistan 24, estime que ce changement « pourrait modifier considérablement la fonction de la Cour, en promouvant un État de plus en plus théocratique dans lequel les règles religieuses sont premières sur le système juridique actuel, principalement laïque ».

 

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient d’importants projets en Irak. L’organisme international a principalement contribué à apporter une aide d’urgence aux chrétiens touchés par le groupe État islamique (ÉI). Elle se concentre maintenant surtout sur la reconstruction des bâtiments ecclésiaux qui ont été délibérément attaqués au cours des trois années d’occupation.

Novembre 2018, église de Qaraqosh, maintenant en reconstruction

Récit de l’AED – Irak

10.07.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, by Xavier Bisits & Maria Lozano, Irak, persécution

Récit de l’AED – Irak

Mossoul, libéré depuis deux ans…
mais les chrétiens ont toujours peur d’y revenir

Il y a exactement deux ans, le 10 juillet 2017, le gouvernement irakien déclarait officiellement la défaite du groupe État islamique (ÉI). La libération de Mossoul a eu lieu trois ans après que la ville ait été soumise à une stricte charia, impliquant des conversions forcées, des exécutions de masse et la réapparition de l’esclavagisme.

 

 par Xavier Bisits & Maria Lozano, ACN International
adapté par Mario Bard pour AED-Canada
publié le 10  juillet 2019

 

Lorsque la ville a été libérée, « personne ne croyait que les chrétiens retourneraient à Mossoul », a expliqué en entrevue à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) le prêtre syro-catholique Amanuel Adel Kloo.

 

Le Père Kloo a décidé de revenir. Actuellement, il est le seul prêtre de Mossoul. Il sent que sa mission est de « servir sous la croix » et de « maintenir et sauver l’héritage historique du peuple chrétien », notamment des églises datant de plus de 1 200 ans. Dans le cadre de cette mission, il est en train de reconstruire l’église de l’Annonciation, qui sera la première église à être reconstruite à Mossoul.

 

Le nombre de chrétiens qui sont retournés à Mossoul est d’environ 30 ou 40 personnes. Mais il existe une communauté beaucoup plus importante de voyageurs « itinérants ». D’une part, il y a environ 1 000 étudiants chrétiens qui se rendent chaque jour à l’université de Mossoul à partir des villes voisines. À cela, s’ajoutent plusieurs centaines de travailleurs, dont beaucoup travaillent pour le gouvernement à la réparation du réseau d’approvisionnement en eau et du réseau électrique de Mossoul, qui sont encore très endommagés. Le Père Kloo espère que certains de ces chrétiens finiront par retourner à Mossoul.

 

 

En 2003, la communauté chrétienne de Mossoul comptait environ 35 000 fidèles. Au cours des onze années qui ont suivi le début de la guerre contre Saddam Hussein, leur nombre a chuté tragiquement, les meurtres et enlèvements de chrétiens étant quasiment quotidiens. Beaucoup d’églises chaldéennes ont fermé avant même l’invasion du groupe ÉI. Par exemple, un grand nombre de personnes ont quitté Mossoul après les meurtres du père Ragheed en 2007 et celui de Mgr Faraj Raho, évêque chaldéen, en 2008. En 2014, il restait 15 000 fidèles de différentes Églises dans la ville : Église chaldéenne, syro-orthodoxes, syro-catholiques et quelques familles arméniennes. Avec l’arrivée des djihadistes, les cloches qui sonnaient à Mossoul depuis près de deux mille ans ont cessé de sonner. Des milliers de chrétiens ont immédiatement fui la ville. Ceux qui ne s’étaient pas échappés ont été forcés de se convertir ou ont été exécutés.

Renaissance du christianisme dans son berceau d’Irak

Aujourd’hui, bien qu’il n’y ait pratiquement plus de chrétiens dans la ville l’instant, Mossoul reste le siège « nominal » de deux évêchés importants en Irak. Les deux diocèses ont été consolidés ces derniers mois par la nomination de nouveaux évêques : en janvier, Mgr Najeeb Michaeel Moussa, à la tête de l’archevêché catholique chaldéen de Mossoul, et en juin, Mgr Nizar Semaan, archevêque coadjuteur de Mgr Petros Mouché, de l’archéparchie syro-catholique de Mossoul.

 

… « l’église et les autres bâtiments seront ouverts, les gens se sentiront en sécurité… et beaucoup de gens reviendront »

Le Père Kloo espère construire ensuite un complexe comportant des logements pour les étudiants ainsi que pour les personnes dans le besoin. Selon lui, la chose la plus urgente est de construire une école, car étant donné que la quasi-totalité du million d’habitants de Mossoul est de confession musulmane, aucune école chrétienne n’est disponible dans la ville. C’est un point décisif pour le retour des familles.

 

 

 

Ce prêtre syro-catholique espère que l’église de l’Annonciation sera prête dans trois mois. Et il espère encore plus que cela déclenchera une renaissance du Christianisme dans cette ville historique. « Les gens ont encore peur. Cependant, lorsque l’église et les autres bâtiments seront ouverts, les gens se sentiront en sécurité… et beaucoup de gens reviendront ».

 

À la suite de l’invasion de Mossoul et des plaines de Ninive au cours de l’été 2014, l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) a fourni de la nourriture, des abris, des médicaments et une éducation aux chrétiens déplacés et aux autres personnes arrivant à Erbil (capitale du Kurdistan irakien) et ailleurs. Quand les communautés ont commencé à rentrer chez elles après l’expulsion de l’ÉI, l’organisme de bienfaisance a entrepris de reconstruire des maisons, des couvents, des églises et d’autres structures.

Les bienfaiteurs de l’AED ont versé près de 64 millions de dollars d’aide en Irak, de 2014 à Mai 2019.

AED-Nouvelles : l’appel du patriarche chaldéen Sako pour que les droits des minorités soient garantis en Irak

27.05.2019 in adaptation : Mario Bard, AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Irak, Moyen-Orient, persécution

 Irak

Une « discrimination constante et l’incertitude » poussent les chrétiens à quitter l’Irak

 

Le chef de l’Église chaldéenne interpelle le gouvernement irakien à mettre en place et à faire respecter les lois « qui garantissent aux chrétiens et aux autres minorités religieuses… la pleine citoyenneté et la liberté de pratiquer leurs religions sans équivoques ».

Montréal, le 24 mai 2019 – « L’absence de mesures sérieuses » pour protéger les droits des religions minoritaires dans le pays, estime le cardinal Louis Raphaël Sako dans une déclaration dont Aide à l’Église en Détresse (AED) a obtenu copie, « poussera le reste des chrétiens et les minorités à choisir l’émigration ».

Les chrétiens et les minorités « ont joué un rôle important en enrichissant la diversité culturelle, sociale et économique de l’Irak, en faisant de précieuses contributions à l’éducation, à la santé, à l’administration publique et aux services sociaux », estime le cardinal. Sans eux, l’Irak deviendrait « un pays uniformisé [qui] pourrait s’isoler du monde et [qui] pourrait engendrer une sorte de radicalisme [et] de fanatisme ethnique et sectaire ».

 

Dans sa déclaration, le patriarche Sako énumère un certain nombre de facteurs qui poussent les chrétiens et les autres minorités à quitter le pays. Il s’agit notamment de la « fragilité de la situation en matière de sécurité » et de la « faiblesse institutionnelle de l’Irak en matière de justice », de l’incapacité de l’État à protéger les non-musulmans contre la discrimination dans les domaines de « l’éducation, l’emploi et la vie sociale », ainsi qu’au niveau politique. Le cardinal déplore que des chrétiens exceptionnellement compétents au niveau professionnel se voient refuser des postes, uniquement à cause de leur foi. Ce sont « la qualification et la compétence », insiste le cardinal, et non la religion d’un individu, qui devraient être des « critères d’embauche ».

 

Les chrétiens privés de sièges au parlement 

De plus, le patriarche fait observer que les chrétiens sont privés de leur quota légitime de cinq sièges au Parlement irakien. Il en appelle à la mise en place d’un « droit civil pour tous les Irakiens », plutôt qu’à la soumission des chrétiens et des autres minorités religieuses « à un Tribunal islamique en ce qui concerne les questions spirituelles, religieuses, de mariages, de successions, etc. ».

Le patriarche Sako propose également un certain nombre de « mesures concrètes » supplémentaires pour lutter contre « les injustices et la discrimination » subies par les minorités religieuses. Il appelle les dirigeants irakiens et les « pouvoirs politiques » à combattre « l’extrémisme religieux qui fait usage de la violence » et à prendre des mesures pour « désarmer les milices, assurer la sécurité et la stabilité, lutter contre l’extrémisme, la discrimination, le terrorisme et la corruption ».

Dans sa déclaration, le cardinal insiste pour que les dirigeants politiques irakiens promeuvent des « valeurs de citoyenneté » au soutien du bien commun, en s’inspirant des « principes de liberté, de dignité, de démocratie, de justice sociale et de véritable relation entre tous les citoyens irakiens, indépendamment de leurs affiliations religieuse, culturelle et ethnique ». De telles politiques apporteront aux minorités religieuses irakiennes une « coexistence harmonieuse avec les musulmans ».

Enfin, le patriarche appelle à l’adoption de lois qui contribuent à créer « de bonnes conditions qui garantissent aux chrétiens et aux autres minorités religieuses… la pleine citoyenneté et la liberté de pratiquer leurs religions sans équivoques, de préserver leur patrimoine, les monuments archéologiques et historiques comme une partie intégrante de la civilisation irakienne, afin de leur permettre de continuer à vivre dignement ».

Par Joop Koopman pour ACN-International
et Mario Bard, AED-Canada
Publié lundi le 27 mai, 2019

 

L’Irak aspire à des temps meilleurs pour son Église et sa population

12.04.2019 in Adaptation Mario Bard, Aide à l'Église en détresse., Entrevue AED, Irak, Moyen-Orient

Mgr Petros Mouche est l’archevêque syro-catholique de Mossoul, deuxième plus grande ville d’Irak. Elle avait été capturée par le groupe État islamique à l’été 2014. Aujourd’hui, le groupe État islamique (ÉI) ayant quitté Mossoul et les plaines de Ninive, les communautés chrétiennes reviennent lentement à la vie. Des milliers de fidèles Irakiens, qui ont passé plus de trois ans en exil au Kurdistan, se sont réinstallés dans leurs anciens foyers, villages et villes. Lors d’un entretien accordé à l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse, Mgr Mouche, qui supervise également l’Église syro-catholique à Kirkouk et au Kurdistan, fait le point sur la situation :

Texte et entretien par Ragheb Elias Karash, pour ACN International

Date de publication au Canada: Vendredi le 14 avril, 2019

Des changements positifs se sont produits dans notre région, personne ne peut le nier. Les choses n’ont peut-être pas encore atteint le niveau souhaité, mais il y a des signes très clairs et concrets de progrès. Cependant, ce n’est pas grâce à l’État : c’est grâce aux organisations confessionnelles et humanitaires qui se sont précipitées pour nous soutenir.

Nous manquons toutefois toujours de fonds pour achever la reconstruction de toutes les maisons qui ont été très gravement endommagées ou complètement détruites ; nous attendons et espérons que des gouvernements, tels que ceux du Royaume-Uni et de Hongrie, interviennent et nous aident sur ce front.

Les problèmes ne se termineront pas tant que la cupidité prévaudra

Quant à la création d’emplois, il y a très peu d’initiatives ; nous avons fait de nombreuses demandes à plusieurs entreprises américaines, britanniques, françaises et même saoudiennes pour lancer des projets majeurs dans la région, afin que notre peuple puisse survivre, et surtout, que nos jeunes puissent trouver du travail, mais nous attendons toujours. Le gouvernement irakien a fait de nombreuses promesses, mais peu de projets ont été mis en œuvre. Notre confiance dans l’État est faible. Nous sommes convaincus que, si de bonnes occasions se présentaient, beaucoup d’entre nous retourneraient à Qaraqosh — s’ils pouvaient y vivre dans la paix et la stabilité.

Les problèmes ne se termineront pas tant que la cupidité prévaudra; tant que seuls les forts prévaudront et que les droits des pauvres soient écrasés aussi longtemps que l’État restera faible et que la loi ne sera pas appliquée. Mais notre espérance est en Dieu et nous prions pour que le groupe État islamique ne revienne jamais. Pour leur sécurité et leur bien-être général, les chrétiens dépendent de l’État de droit et de l’intégrité du gouvernement, c’est cela qui peut garantir notre sécurité et celle de l’Église.

L’Église dans son ensemble, ses évêques, ses prêtres et ses laïcs, ne ménagent pas ses efforts pour revendiquer les droits de sa communauté et pour que soit sécurisée une région où nous puissions vivre dans la dignité et la paix. Les responsables de l’Église font de leur mieux pour répandre la confiance et l’espérance dans notre communauté, mais sans forcer quiconque à revenir, rester ou se déplacer. Il appartient à chaque famille de prendre pour elle-même cette décision, la décision qui garantira sa dignité, son avenir, et en particulier l’avenir de ses enfants.

Voici mon message aux chrétiens qui ont quitté Qaraqosh, où qu’ils soient, toujours en Irak ou déjà dans des pays étrangers :

» Qaraqosh est la mère qui vous a nourris de l’amour pour Dieu, l’amour pour l’Église et de l’amour pour la terre. Qaraqosh restera votre mère, malgré la tristesse que votre absence lui cause. Cette ville est votre cœur, elle reste attachée à vous et ses yeux observent chacun de vos pas. Elle est heureuse quand vous êtes heureux, elle s’inquiète de votre destin quand vous n’êtes pas heureux. Ses portes vous restent ouvertes. Qaraqosh est prête à tout moment à vous accueillir à nouveau — Qaraqosh vous demande de rester fidèles au lait pur dont elle vous a nourris ! »

Mgr-Petros-Mouche

Depuis 2014, Aide à l’Église en Détresse a été à l’avant-garde du soutien des chrétiens irakiens avec des projets s’élevant au total à plus de 40 millions de dollars, dont l’aide humanitaire aux fidèles ayant fui vers le Kurdistan pour échapper au groupe État islamique, la réparation et la reconstruction de maisons de chrétiens dans les plaines de Ninive, et, actuellement, la reconstruction et la réparation des infrastructures ecclésiales dans le nord de l’Irak.

Irak – La Lamborghini du pape pour reconstruire ! – AED-Infos

26.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, Communications, Communiqué, Construction, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Irak, Moyen-Orient, Pape, Pape François, Par Marta Petrosillo, PROJETS AED, Voyagez avec AED

Aide à l’Église en Détresse en Irak

La Lamborghini du pape pour reconstruire

Montréal, 26 février 2019 – Grâce au don de 300 000 dollars reçu à la suite de la vente aux enchères de la Lamborghini offerte au Pape François, Aide à l’Église en Détresse (AED) pourra financer deux nouveaux projets au profit des familles chrétiennes et d’autres minorités revenues s’installer dans la plaine de Ninive.

Par Marta Petrosillo pour ACN-International et Mario Bard, AED-Canada

« Il est heureux que le pape François ait choisi de redistribuer les profits de ce qui est d’abord un cadeau. Bien sûr, notre organisme est honoré de participer à la redistribution des fruits de la vente », indique Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED-Canada. « Ce projet pour le retour des chrétiens dans la plaine de Ninive était audacieux il y a deux ans, car l’insécurité était encore très grande. Finalement, l’AED a eu raison d’aller de l’avant avec d’autres partenaires, afin d’assurer ce retour des chrétiens en Irak : ils reviennent de plus en plus nombreux. »

Le 15 novembre 2017, le Saint-Père a décidé de faire don à l’AED d’une partie du montant de la vente de la Lamborghini Huracan qui lui avait été offerte par le constructeur automobile. Aujourd’hui, l’AED permet au geste du pape François de se concrétiser à travers le financement de la reconstruction de deux bâtiments de l’Église syro-catholique qui avaient été détruits par la guerre : le jardin d’enfants « Vierge Marie » et le centre polyvalent de la paroisse du même nom.

La destruction du centre paroissial a été totale.

Le 15 novembre 2017, le Saint-Père a décidé de faire don à l’AED d’une partie du montant de la vente de la Lamborghini Huracan qui lui avait été offerte par le constructeur automobile. Aujourd’hui, l’AED permet au geste du pape François de se concrétiser à travers le financement de la reconstruction de deux bâtiments de l’Église syro-catholique qui avaient été détruits par la guerre : le jardin d’enfants « Vierge Marie » et le centre polyvalent de la paroisse du même nom.

Les deux bâtiments sont situés à Bashiqa, à seulement 30 kilomètres de Mossoul. Le village a été gravement touché par la guerre, mais la communauté chrétienne est revenue en grand nombre. De fait, 405 des 580 habitations détruites ont déjà été réparées, et 50 % des chrétiens sont revenus, soit 1 585 personnes.

Les deux opérations financées grâce au produit de la vente de la Lamborghini bénéficieront également aux autres minorités de la ville, car le centre polyvalent, capable d’accueillir plus de 1 000 personnes, sera utilisé pour les mariages et les fêtes religieuses des différentes communautés. Ce sera le plus grand centre de la région, et il sera à la disposition de plus de 30 000 personnes, appartenant à différentes ethnies et confessions.

Le retour : un succès inespéré !

signature

Un peu plus de deux ans après la libération des villages de la plaine de Ninive, le nombre de chrétiens ayant pu rentrer chez eux a dépassé les prévisions les plus optimistes. Le 11 janvier dernier, le nombre de familles ayant regagné leurs villages s’élevait à 9 108, soit près de 46 % des 19 832 familles qui y vivaient en 2014 avant l’arrivée de l’État islamique. Cela est dû à l’immense travail de reconstruction – largement financé par l’AED – qui a jusqu’ici permis de reconstruire ou de réparer 41 % des 14 035 habitations détruites ou endommagées par l’État islamique.

L’œuvre pontificale de charité ainsi que les Églises locales ont été à l’avant-garde de cette opération qui a trouvé dans le Saint-Père un bienfaiteur assidu. En 2016, le Pape François avait déjà financé à hauteur de 150 000 dollars la clinique Saint-Joseph d’Erbil, qui donne une assistance médicale gratuite.

Ce don supplémentaire du Saint-Père permettra aux chrétiens de vivre leur foi et d’assurer un avenir en Irak à leurs enfants. Il constituera en même temps un message fort et une invitation à une coexistence pacifique entre les religions, dans une région où le fondamentalisme a malheureusement détérioré les relations interreligieuses.

Depuis 2014, l’AED a déjà fait don de plus de 60 millions de dollars pour soutenir les chrétiens irakiens. Dans la plaine de Ninive, l'espoir est plus que jamais présent!  Merci de continuer à nous aider à soutenir l'Église en Irak dans ses efforts de reconstruction!

Irak : enfin, une porte ouverte vers l’espérance!


Histoire de la semaine : Prions ensemble pour le Moyen Orient

06.07.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED Espagne, Irak, Jordanie, Moyen-Orient, par by Raquel Martin & Maria Lozano, Prière

Irak et Jordanie

On ne peut concevoir un Moyen-Orient sans chrétiens
Le nonce apostolique en Irak et en Jordanie

Le Nonce apostolique en Irak et en Jordanie, Mgr Alberto Ortega, a rendu visite, mercredi dernier, au bureau espagnol de l’Aide à l’Église en Détresse. Lors de sa visite à l’œuvre pontificale dans sa ville natale, Madrid, Mgr Ortega a souligné l’importance de cette grande manifestation de prière et de réflexion que le Pape François va célébrer demain, samedi 7 juillet, à Bari en Italie, avec les Patriarches des Églises orientales. À cette occasion sera abordée la situation complexe des chrétiens dans la région.
C’est un geste pour « regarder vers l’orient », a-t-il expliqué, « le lieu où la foi est née, où la paix devrait être vécue et où, pourtant, il y a des conflits. C’est un endroit où les chrétiens sont appelés à jouer un rôle important ».

Pour le Nonce apostolique en Irak et en Jordanie, « l’organisation de cet événement est quelque chose de très beau de par la valeur de la prière qu’il porte, qui est-ce qu’il y a de mieux, et qui plus est, une prière conjointe : les catholiques, les orthodoxes, tous les chrétiens… vont prier ensemble, et indirectement, vont attirer l’attention de la communauté internationale pour soutenir la paix et le développement de ces pays ainsi que la présence chrétienne comme un bien qui bénéficie à tous ».


« Un Moyen-Orient sans chrétiens ne peut se concevoir. Ce ne serait pas le Moyen-Orient, ce serait autre chose, et il est très important de maintenir ce geste qui prouve que des groupes qui ne partagent pas la même foi peuvent vivre ensemble, se respecter et construire un pays ensemble » a ajouté Mgr. Ortega.
Au Moyen-Orient, les chrétiens ont toujours eu la mission « d’être des instruments de paix et de réconciliation, d’unité et de développement. Être des témoins silencieux est une mission, parce que là-bas ils ne peuvent pas prêcher ouvertement la présence du Seigneur ».
Mais « cette mission très simple et très discrète transforme la réalité et touche les cœurs », a-t-il souligné, « et se manifeste à travers les diverses activités de l’Église : écoles, dispensaires, hôpitaux, action caritative de l’Église ».

Un nouveau cardinal: de la joie aussi pour les musulmans

 

Patriarche chaldéen Louis Sako à Rome pour la conférence ‘Retour au racines’ à Rome, Septembre 2017 Photo: Christian Gennari

Mgr Ortega vient de rentrer de Rome après avoir participé au consistoire de création des nouveaux cardinaux, dont le Patriarche chaldéen Louis Sako.
Selon lui, ce geste du Pape François est « un soutien aux chrétiens d’Irak, de tout le Proche-Orient et de toute la région », et la nouvelle de ce geste a été reçue avec beaucoup de gratitude et de joie.
« La nouvelle a été très bien accueillie, non seulement par les chrétiens, mais aussi par les musulmans. De nombreux signes de reconnaissance et de proximité ont été adressés au Patriarche par des musulmans, à commencer par le président irakien, le premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, de nombreuses personnalités ainsi que des gens simples qui ont vu dans cette nomination un geste de proximité du pape envers leur pays et les chrétiens ».

Le nouveau cardinal Louis Sako aura désormais une voix « plus forte, qui porte plus, avec une plus grande autorité morale » pour soutenir et défendre les chrétiens dans son pays, a-t-il déclaré.
Plaine de Ninive : près de la moitié des chrétiens sont déjà revenus
Le nonce apostolique en Irak a affirmé que la situation dans le pays s’était maintenant « un peu améliorée » et que les chrétiens étaient peu à peu en train de rentrer dans leurs foyers de la plaine de Ninive, « grâce à l’aide d’organisations telles que l’Aide à l’Église en Détresse » et d’autres, ainsi que de certains gouvernements ».

Procession à Qaraqosh pour le dimanche des rameaux, Mgr Alberto Ortega Martin Photo: Iban de la Sota.

« Près de la moitié des chrétiens sont rentrés chez eux, et c’est une bonne nouvelle. À Karakoch, la ville qui compte le plus grand nombre de chrétiens, plus de 5 000 familles sont revenues. Peu à peu, dans certains villages chrétiens, la vie retrouve son apparence normale », explique-t-il.
Le nonce apostolique en Irak a toutefois ajouté que « beaucoup reste à faire », et il attend « que les aides continuent d’affluer, car les gens peuvent revenir s’ils ont leur maison, s’ils trouvent du travail, et pour cela il est essentiel que l’aide internationale, l’aide de l’Église, continue, parce que les chrétiens ont tout perdu à cause de

leur foi ».

 

Une mère et sa fille de retour à la maison à Quaraqosh, reconstruit grâce aux bienfaiteurs de l’AED.

En fin de compte, les chrétiens d’Irak veulent « qu’on les reconnaisse de plus en plus en tant que citoyens, avec les mêmes droits et les mêmes obligations que le reste de la population, et que le travail qu’ils font pour le bien de tous soit apprécié. Ce sont souvent les musulmans eux-mêmes, leurs voisins, qui disent qu’ils veulent qu’ils restent et qui demandent qu’ils ne s’en aillent pas, car c’est mieux avec eux ».
Pour le nonce en Irak, les chrétiens d’Irak ont donné deux leçons à l’ensemble de l’Église universelle : « la valeur de leur foi et de leur union au Seigneur, parce qu’ils ont tout perdu sans y réfléchir à deux fois, et parce qu’ils ont renoncé à leur maison et à leur emploi… »

 

Ils ont également donné une « leçon spectaculaire du pardon. Entendre ces chrétiens qui pardonnent et qui prient pour ceux qui les ont persécutés est un témoignage de l’action du Seigneur. Il est humainement très difficile de pardonner à celui qui vous a jeté hors de chez vous, qui a fait en sorte que vous perdiez tout ou qui a assassiné un de vos proches ».

De 2011 à juin 2018, L’AED a fourni plus de 60,5 millions de dollars pour des projets pastoraux et d’aide d’urgence en Irak. Seulement en 2017, ACN a donné 14,3 millions de dollars. Aide à l’Église en Détresse est l’organisation qui fournit le plus d’aides dans la plaine de Ninive.

 


La Lamborghini du pape François soulage les chrétiens d’Irak

14.05.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Aide d'urgence, Irak, Pape François

Pape François – AED

La Lamborghini du pape François soulage les chrétiens d’Irak
L’AED reçoit une part du montant

Donnée au pape François en novembre dernier par le prestigieux constructeur italien de voitures de course et de luxe Lamborghini, l’automobile de marque Hùracan a été vendue en fin de semaine à l’encan, à Monaco, pour une rondelette somme de plus d’un million de dollars canadiens (715 000 euros).

Aide à l’Église en Détresse (AED) recevra une partie du montant de la vente puisque l’œuvre pontificale de charité fait partie des organismes de charité désignés par le Saint-Père pour recevoir les fruits de la vente. Avec ce qu’elle recevra, l’AED continuera la reconstruction de maisons, de lieux de culte et de couvents chrétiens en Irak.

En effet, le pape François voulait qu’une partie du montant soit utilisé afin de soulager les besoins de la communauté chrétienne en Irak, spécialement ceux de la plaine de Ninive (nord-est), qui ont été tragiquement touchés par l’invasion du groupe État islamique en août 2014. La défaite militaire de ce groupe à l’automne 2016 permet aujourd’hui la reconstruction des villes et villages chrétiens, une opération dans laquelle Aide à l’Église en Détresse est largement impliquée depuis le printemps 2017. Sans le Comité de reconstruction de la plaine de Ninive – constitué de l’AED et de différentes Églises –, l’organisme international craint que les chrétiens d’Irak ne disparaissent complètement de ce pays, eux qui y sont présents depuis les débuts du christianisme. Jusqu’à maintenant, le comité estime qu’environ 44 % des familles chrétiennes de la plaine de Ninive sont revenues.

Lire l’article de novembre dernier, sur le site de Présence Info : 
Le pape vendra sa nouvelle Lamborghini au profit d’œuvres de charité

 

 

 


 

Irak – « Si les familles ne rentrent pas chez elles, le christianisme disparaîtra »

03.04.2018 in AED Espagne, Déplacés, Entrevue AED, Génocide, Irak, Josué Villalon, Messe pour les chrétiens persécutés, Moyen-Orient, Voyagez avec AED

Père Salar Kajo

« Si les familles ne rentrent pas chez elles, le christianisme disparaîtra d’Irak ».

 

En août 2014, le Père Salar Kajo a accompagné les plus de 120 000 chrétiens qui ont dû fuir leurs foyers face à l’invasion du Groupe État islamique (ÉI). Ces trois dernières années, ils ont vécu comme des réfugiés dans leur propre pays, l’Irak. Le père Kajo a été le premier à revenir lorsque les troupes de l’armée irakienne ont réussi à repousser les djihadistes. Par l’intermédiaire du Comité de reconstruction de Ninive, le jeune prêtre coordonne les travaux de reconstitution de neuf villages sur la plaine de Ninive.

 

« L’Église est la seule qui travaille avec les chrétiens d’Irak et les autres minorités afin qu’elles retrouvent leur vie. Si les familles ne rentrent pas chez elles, le christianisme disparaîtra d’Irak », déclare-t-il avec insistance lors de sa visite au siège espagnol de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse.

Irak : une image désacralisée de Notre-Dame, dans la cour intérieure de l’église Saint-Addai à Batnaya, petite ville de la plaine de Ninive, située à  une quinzaine de kilomètres de Mossoul. Avant l’invasion de l’ÉI, environ 850 familles vivaient ici. La ville a été libérée en octobre 2016. 

 

Actuellement, quelle est la situation dans les villages de la plaine de Ninive ?

Dans la partie nord de la plaine de Ninive, quelque 1 000 familles ont déjà pu rentrer chez elles. Tout cela a été possible grâce à l’Église qui nous a permis de revenir. Mais nous devons continuer de travailler pour que tout le monde rentre.

 

Comment vivent ceux qui ont pu rentrer chez eux ?

Maintenant, le grand défi pour ces gens est souvent de trouver du travail. Ils pensaient ne jamais pouvoir retourner chez eux, ils avaient perdu espoir : mais pas leur foi en Jésus. Un exemple de leur profonde foi est qu’ils ont pu pardonner à l’État islamique et à leurs voisins qui ont collaboré avec les djihadistes. Ils croient fermement que seul le pardon sera en mesure de changer le cœur de ces gens qui ont commis tant de violence contre eux.

 

Vous avez été l’un des premiers à revenir dans ces localités. Qu’y avez-vous trouvé ?

Le jour même de la libération de villages tels que Telleskuf, près de Mossoul, je suis arrivé avec un groupe de jeunes gens. À Batnaya, la première chose que j’ai faite a été de visiter l’église, et j’ai vu que tout y était détruit. Des Bibles et des lectionnaires brûlés récemment se trouvaient par terre. Avant de quitter le village, les miliciens de l’ÉI se sont tout spécialement acharnés sur les églises. Ensuite, nous avons visité plusieurs maisons du voisinage. Nous n’avons pas pu en visiter plus, parce que le village était plein de mines. Nous avons prié un Notre Père en araméen et fait sonner les cloches : elles sonnaient pour la première fois depuis trois ans.

 

Qu’avez-vous pensé en voyant les églises et les maisons détruites ?

J’ai ressenti une grande douleur. Nous avions beaucoup de souvenirs de nos villages et de nos églises. Dans le passé, nous avions travaillé dur pour donner aux églises un aspect décent. Mais je me disais : « Merci, Seigneur, parce que, si nous n’avons pas pu préserver l’église en tant que bâtiment, la foi du peuple s’est maintenue ».

 

La foi des chrétiens d’Irak est-elle maintenant plus forte que jamais ?

Je pense que oui. Nous voyons maintenant les fruits de cette foi, comme la charité avec ceux qui ont tout perdu, y compris les voisins d’autres religions, par exemple les musulmans d’autres villages. Et aussi, comme je l’ai déjà mentionné, le pardon des chrétiens aux gens qui étaient leurs voisins et qui ont aidé l’État islamique à occuper leurs maisons, à voler et brûler les villages.

 

Comment est-il possible de pardonner après avoir tout perdu ? Est-ce un vrai pardon ?

 

Le 19 décembre 2016, sur le balcon du presbytère, le père Salar Soulayman Bodagh. 

Au nom de Jésus-Christ, tout est possible. Pendant les trois années qu’ils ont passées au Kurdistan irakien, les gens ont beaucoup souffert d’être réfugiés ; ils y ont connu de nombreuses difficultés. Mais ils ont une foi qui leur permet de tout surmonter, non sans difficulté. Cette foi permet aussi que le pardon soit vécu en vérité.

 

Avez-vous un exemple ?

La première chose que les familles ont faite en revenant dans leurs villages a été de rendre visite à leurs voisins musulmans. Pour leur demander comment ils allaient. Et ils leur ont dit qu’ils voulaient revenir pour vivre en paix et retrouver la coexistence pacifique. C’est quelque chose d’humainement impossible, mais dans une logique de foi, c’est possible.

 

Quels sont vos besoins ?

Il est urgent que chacun puisse revenir dans son village. Cela n’est possible que grâce à l’aide des organisations, parce que les gouvernements ne nous aident pas. Après une année de reconstruction, le seul canal d’aide a été l’Église. Nous voulons revenir, retrouver notre dignité, travailler et vivre comme avant l’État islamique. C’est notre terre, c’est notre identité.

 

Personnellement, comment votre vie a-t-elle changé après tant de destructions ?

La crise [provoquée] par l’ÉI a fait grandir ma vocation sacerdotale. Le Seigneur nous emploie comme prêtres pour que nous soyons plus proches du peuple en ces temps difficiles, dans tous les domaines de la vie, et pas uniquement pour les questions pastorales. Cela a renforcé les relations entre l’Église et les fidèles. Il est important que les chrétiens restent en Irak. Ils ont la responsabilité morale de faire la paix et de transformer les cœurs de leurs concitoyens. Ils se sentent comme des artisans de paix au Moyen-Orient.

Décembre 2016, Batnaya, plaine de Ninive : petite ville détruite par l’ÉI ainsi que par les bombardements qui ont servi à déloger le groupe terroriste. 

 

Aide à l’Église en Détresse continue son travail de reconstruction
dans la plaine de Ninive, au nord de l’Irak.
Merci de votre don pour ceux et celles
qui reviennent sur la terre de leurs ancêtres! 

Irak – Visite de Mossoul, 2e et dernière partie

20.02.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Irak, Jaco Klamer, Moyen-Orient, Voyagez avec AED

Irak – Visite de Mossoul, 2e et dernière partie

L’espoir fragile des chrétiens

La semaine dernière, nous avons présentés Nadia et Yohanna, deux habitants de Mossoul qui reviennent à Mossoul après un exil forcé, provoqué par les djihadistes de Daech en juillet 2014. Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir la maison de Nadia trois ans après son départ, ainsi que d’autres personnes qui ont été victimes de la barbarie et de la violence de Daech. Mossoul, la capitale administrative de la province de Ninive et la plus grande ville chrétienne de cette région. Notre collaborateur Jaco Klamer a eu la chance d’être témoin de ce retour.

Nadia et Yohanna roulent à travers la ville détruite de Mossoul. Ils se rendent à la maison de Nadia. Ils passent devant un entrepôt de l’ONU, dont il ne reste que les murs extérieurs. « Jusqu’en 1996, je travaillais à Mossoul pour l’ONU, pour le Programme alimentaire mondial », raconte Nadia. « Le monde a adopté des sanctions contre l’Irak, mais nous avions le droit d’échanger du pétrole contre des denrées alimentaires et des médicaments. À l’époque, j’étais responsable de l’approvisionnement alimentaire de Mossoul. »

 

En entrant dans le jardin de sa maison, Nadia a du mal à contenir son émotion. Sous une chaleur de 48c, le figuier sec semble réclamer à grand cri de l’eau et les rosiers manquent cruellement de soins. « Tu voulais t’occuper du jardin », reproche-t-elle à Mothes. « Tu me l’avais promis. »

 

Mothes est l’homme à qui Nadia loue présentement sa maison. Ils inspectent les dommages : certains des rosiers n’ont pas survécu à son absence. Elle nous raconte que, lorsqu’elle est revenue à Mossoul, elle et sa mère n’ont pas reconnu la maison en la revoyant pour la première fois, après la libération de la ville du joug de Daech. « Notre maison était endommagée et sale : tous nos biens étaient éparpillés partout. Un magnifique tableau de Joseph, Marie et Jésus a été détruit. Comme nous ne voulions pas rester longtemps à Mossoul, nous avons convenus avec nos voisins qu’ils rangeraient la maison. Dès que je pourrai, je la vendrai. Ma mère et moi déciderons en décembre de ce que nous en ferons. »

Irak : une famille hébergée dans l’église. 

 

Actuellement, c’est une famille musulmane qui loue la maison. Elle est composée de Mothes (40 ans) et de son épouse Zahra (33 ans) et de leurs enfants Ufram (18 ans), Razak (15 ans) et Ibrahim (10 ans). Durant l’occupation par Daech, la famille s’était enfuie à Basra. Ils ne peuvent pas retourner dans leur propre maison, qui a été détruite.

 

Mothes était officier dans l’armée irakienne. Il nous raconte comment il a déserté après une attaque d’Al Qaïda. « J’ai quitté l’Irak et j’ai finalement atterri en Suède, après un périple par Samos, en Grèce, par l’Allemagne et le Danemark. Ma femme est restée en Irak. Je n’ai pas obtenu l’autorisation de la faire venir en Suède. Après avoir vécu un an là-bas, je suis revenu en Irak. Je souhaite vivre à Mossoul. Mais dès que les troubles recommenceront ici, je partirai à l’étranger. »

Une « Arche de Noé » comme logement

 

Nadia et Yohanna se rendent aussi à l’impressionnante église du Saint-Esprit. Depuis la libération en avril, l’église dont la forme évoque l’Arche de Noé, sert de logement pour quatre familles originaires de Zummar, une localité située au nord de l’Irak. Chaque famille vivait dans une pièce séparée de l’église, qui a fait la une des médias en 2010 lorsque l’évêque a été enlevé et des prêtres et leurs gardes du corps assassinés. Un troisième prêtre avait pu s’échapper, et pendant des années, il s’est rendu sur les tombes de ses collègues, de son père et de ses frères. Il s’en est occupé jusqu’à ce qu’il émigre en Australie. Les murs de l’église portent encore le slogan de Daech : « Vive le califat ! » On dirait un grand cri menaçant qui résonne encore dans ces murs.

 

Les nouveaux habitants de l’église ont abandonné leurs maisons il y a trois ans, lorsque la violence exercée par Daech s’est accrue, même contre les musulmans. Abdullah, Mohammed, Muntaha, Nawaf, Raha, Raeid, Saher Yassur et Wassif courent tout excités à travers la grande nef vide de l’église. « À cause de la guerre, nos enfants n’ont pas pu aller à l’école pendant trois ans », soupire Khalil Hassan Mahammed (36 ans). « Nous ne savons pas combien de temps cette situation sans avenir durera encore. »

 

Alors que son épouse Helala Ali Saleh, 35 ans, prépare le repas, Khalil nous explique qu’ils sont musulmans et qu’ils ont dû survivre longtemps sous le régime imposé par Daech. « Nous ne pouvions plus rester dans nos propres maisons, et nous avons dû passer un an et demi dans un camp de réfugiés. Depuis janvier, il n’y a plus de distribution de denrées alimentaires : au cours des derniers mois, il n’y a eu qu’une seule livraison de nourriture. »

Une « Arche de Noé » vandalisée par Daech

 

Maintenant, les hommes tentent de pourvoir aux besoins de leurs familles.
« Quelquefois, je vends des bouteilles d’eau, mais j’ai du mal à travailler parce que ma jambe est paralysée », dit Khalil. « Parfois, je peux aider à la reconstruction de maisons détruites. Cela me permet de gagner un peu d’argent pour ma famille. »

 

Khalil et Helala n’ont aucune idée du moment où ils pourront quitter l’église et retourner dans leurs villages. « Les Kurdes ont conquis notre région, mais nous avons entendu dire qu’ils ont pillé nos maisons et les ont détruites au bulldozer. La guerre contre Daech est terminée, mais nos libérateurs ne nous ont pas encore donné la permission de retourner dans notre région. Nous ne savons même pas si nous pourrons à nouveau vivre un jour à Zummar. »

 

« Se faire extorquer ou payer de sa vie »

 

« Je n’en crois pas mes yeux quand je vois ce que Daech a infligé à mon église », murmure Nadia, qui refoule ses larmes en entrant dans l’église syriaque orthodoxe de Mor Afraïm. « Je me rappelle encore très bien comment j’étais assise ici, au milieu de mes amis, alors que le prêtre présidait la messe. Je me rappelle des moments où j’étais dehors sur le parvis, avec tous les membres de l’Église, et comment nous étions rassemblés dans les pièces : les femmes dans les pièces à gauche, et les hommes à droite. En y repensant, je suis profondément triste. »

 

« Après le tournant du millénaire, la situation s’était déjà détériorée pour les chrétiens de Mossoul », se souvient Nadia. « En 2008 et en 2009, des chrétiens ont été menacés, enlevés et tués à cause de leur croyance. Une fois, j’ai reçu une lettre d’extorsion me disant que je devais payer, ou que je paierai de ma vie. Un prêtre connu a été enlevé et massacré. On a retrouvé son cadavre démembré. »

 

« À présent, les combattants de Daech ont pillé toutes les églises, les ont détruites et les ont vandalisées avec leurs inscriptions. Les plaques de marbre ont été arrachées du sol, les murs et les arcs sont détruits, le matériel emporté. Pour accéder aux armatures en métal, ils ont même démantelé les différents sols. Je ne suis pas certaine que mon église sera complètement restaurée », soupire Nadia. « Même dans les installations sanitaires, des objets ont été arrachés et sortis du bâtiment pour être vendus. La reconstruction de cette église coûtera beaucoup d’argent et d’énergie. Et pour qui allons-nous la reconstruire ? Tous les chrétiens ont quitté Mossoul. »

 

« Tout à l’heure, en levant les yeux, j’ai soudain ressenti une impression de bonheur immense. J’ai vu que la coupole bleue avec l’image de Jésus avait à peu près bien résisté à l’occupation par Daech. Et même s’il ne reste plus grand-chose de son ancienne beauté, cette image montre malgré tout comment mon église était belle. Les djihadistes ne sont parvenus qu’à détruire les bords de l’image. Apercevoir Jésus au-dessus de moi, dans cette église détruite, m’emplit d’une immense joie. »

 

Comme œuvre de bienfaisance catholique internationale et œuvre pontificale, Aide à l’Église en Détresse (AED) s’engage actuellement en faveur du retour des chrétiens dans leur ancienne patrie en Irak. À travers la campagne Retour aux terres ancestrales, l’AED contribue à la reconstruction des maisons et des églises de chrétiens déracinés originaires de la plaine de Ninive, non loin de Mossoul. La campagne récolte d’ailleurs un certain succès – déjà, un peu plus d’un tiers des chrétiens de cette région vivant en exil sont retournés dans leurs maisons de la plaine de Ninive (environ 35 000 personnes).

Merci de donner pour la reconstruction en Irak


 

 

Irak – visite de Mossoul (1ère partie)

15.02.2018 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, Construction, Irak, Jaco Klamer, Moyen-Orient, PROJETS AED, Voyagez avec AED

Irak – Visite de Mossoul, 1re partie

Au cœur de la destruction


Voici la première de deux parties d’un article qui s’intéresse au retour des chrétiens à Mossoul en Irak. Notre collaborateur Jaco Klamer a pu accompagner une jeune chrétienne assyrienne, Nadia Younis Butti, alors qu’elle redécouvre les rues de la ville qu’elle habitait avant l’invasion de Daech (groupe état islamique), en juillet 2014. Elle fait partie des familles – une soixantaine selon le patriarche Louis Raphaël Sako 1er – qui ont choisies de revenir à Mossoul, la capitale de la province de Ninive et plus grande ville chrétienne de cette région. Voyage douloureux au cœur de la destruction.

 

Citrons, pamplemousses, oranges et figues croissent en grand nombre dans les trois jardins appartenant à la maison de Nadia à Mossoul. Ses parents l’ont construit eux-mêmes et Nadia s’est toujours réjouie du jardin qu’on y trouve, plein d’une végétation luxuriante, d’arbres et de fruits succulents. Elle se souvient avec délice des moments où elle y était assise, dans sa chaise berçante, au milieu de buissons parfumés et en fleurs. Mais le 17 juillet 2014, tout a basculé. Nadia a été obligée d’abandonner sa maison précipitamment : Daech (Groupe état islamique) envahissait la ville : « Le cœur meurtri, je suis partie. »

 

Après la libération de Mossoul l’été dernier, Nadia est rentrée dans sa ville natale. « C’est toujours extrêmement dangereux à Mossoul », soupire Nadia. « Je viens juste de parler à un policier qui a perdu un collègue cette semaine, à proximité du monastère de Saint Georges. Il a été abattu par balles dans la nuit. Pendant trois ans, de nombreux habitants de Mossoul ont collaboré avec les djihadistes. Dans quelques familles, des parents ou des proches appartenaient peut-être même à Daech. Il y a beaucoup de sunnites qui ont soutenu Daech. La ville a été libérée par l’armée irakienne qui, pour sa part, bénéficie du soutien de nombreux chiites iraniens. À Mossoul, on éprouve une grande méfiance envers eux : on ne les considère pas comme des alliés. À mes yeux, la ville n’est pas redevenue sûre après la reconquête. »

 

Une période sans souci

 

« L’État islamique restera toujours en Irak ». C’est le message qu’un djihadiste a gribouillé en lettres noires sur un mur du célèbre monastère de Saint Georges (Mar Gurguis) à Mossoul. Nadia parle sans retenue en parcourant du regard les ruines du célèbre monastère, entièrement détruit par les extrémistes. « À chaque printemps et à chaque automne, des fidèles et des moines chrétiens se rassemblaient ici trois jours durant », raconte-t-elle. « Il y avait différentes activités et nous pouvions passer la nuit ici. Quand je repense à cette époque sans soucis, je suis pleine de joie. »

Une croix endommagée sur le Monastère Saint-Georges (Mar Gurguis), semble surplomber la ville.

 

Yohanna Youssef Towaya a lui aussi beaucoup de beaux souvenirs des années où les chrétiens pouvaient se rassembler librement au monastère Saint Georges, qui date du XVIIe siècle. Yohanna habitait Mossoul et travaillait comme professeur à l’université. Lorsque l’institution s’est dotée d’un bâtiment supplémentaire à Qaraqosh, autre ville chrétienne de la plaine de Ninive, il y est déménagé.

 

Nadia et Yohanna regardent la coupole inclinée et traversent les couloirs impressionnants du monastère, dont les magnifiques plaques de marbre ont été arrachées du sol, des murs et des arcs. Les djihadistes ont volé ce marbre précieux, ne laissant que de petits débris, dispersés dans le bâtiment. Ils ont aussi décapité une statue vieille de huit siècles ; elle est toujours dans sa niche. Finalement, preuve ultime de leur irrespect total, ils ont détruit l’autel.

 

Prier dans le chaos

Dans une autre niche, Nadia et Yohanna trouvent des cartes-prières, un livret avec le Nouveau Testament, et des livres de prières de l’Église catholique chaldéenne, qui ont souffert des rudes conditions climatiques. On y trouve cette très belle prière du matin : « Notre Seigneur et Dieu, en cette heure matinale, nous T’implorons, accorde la rédemption aux opprimés, la libération aux prisonniers, la convalescence aux blessés, la guérison aux malades, le retour à ceux qui sont très loin de nous, la protection aux proches, le pardon aux les pécheurs, l’expiation aux descendants, l’élévation aux justes, l’aide aux nécessiteux (…) Agis dans Ta bonté et Ta miséricorde, maintenant et pour les siècles des siècles. »

« Amen », murmure Nadia dans le monastère vide où plus aucune prière n’a été prononcée depuis trois ans.

Nadia découvre les dommages qui ont été infligés au monastère Saint-Georges  (Mar Gurguis)

 

« Les moines sont partis dans un monastère à Alqosh. C’est là que le prophète Nahum a écrit ses prophéties sur la ville de Ninive, située tout près de là », explique le professeur Yohanna. « Nous ne sommes pas certains que les moines vont revenir à Mossoul, qui est à côté des ruines de Ninive. »

 

Enfin, sur les murs du monastère, une flèche indique la direction de la Mecque, permettant aux combattants de Daech de faire leur prière cinq fois par jour. Durant l’occupation par les djihadistes, même les sépultures du monastère n’ont pas été épargnées : les pierres tombales ont été systématiquement détruites.

 

C’était la première partie de cette visite unique dans certaines parties de la ville chrétienne de Mossoul en Irak. Le mois prochain, nous découvrirons d’autres parties, dont une église détruite dans laquelle habitent des familles.

Comme œuvre de charité catholique internationale et œuvre pontificale, Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est engagé depuis près d’un an en faveur du retour des chrétiens dans leur ancienne patrie en Irak. À travers la campagne Retour sur les terres ancestrales, l’AED est impliquée très activement dans un vaste programme de reconstruction des maisons et des églises de chrétiens originaires de la plaine de Ninive et qui ont été déracinés de leur terre par Daech, non loin de Mossoul. Jusqu’à présent, un peu plus du tiers des chrétiens vivant en exil – principalement à Erbil, capitale du Kurdistan irakien – sont retournés dans leurs villes et villages (près de 35 000).

 

Donné pour la reconstruction en Irak :