Venezuela : les évêques demandent des élections libres et l’abrogation des lois qui restreignent les ONG

Dans une exhortation pastorale publiée fin octobre dernier, l’épiscopat affirme que le Venezuela traverse « l’une des périodes les plus complexes de son histoire » et souligne « l’urgence d’une reconstruction intégrale de la nation ».

Les évêques du Venezuela ont demandé la tenue d’élections libres et transparentes, l’indépendance des principales institutions électorales et judiciaires du pays, ainsi que l’abrogation des lois qui restreignent l’action des organisations non gouvernementales (ONG).

Dans une exhortation pastorale publiée le 23 octobre, à l’issue de la 126e Assemblée plénière ordinaire de la Conférence épiscopale vénézuélienne et transmise à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), les évêques dressent une analyse approfondie de la situation politique, économique et sociale du pays et proposent une série de mesures visant à contribuer à sa reconstruction.

Été 2026 :Mgr Pablo Modesto, évêque du diocèse de La Guaira, montre les dégâts subis par l’église Saint-Sébastien de Maiquetía, l’une des églises les plus gravement touchées par le tremblement de terre du 24 juin 2026.

Le document, intitulé « Seigneur, dans ta lumière nous voyons la lumière », paraît à un moment de profonde transformation politique au Venezuela.

En janvier 2026, Nicolás Maduro a été arrêté lors d’une opération menée par les forces américaines et transféré aux États-Unis. La vice-présidente de l’époque, Delcy Rodríguez, a ensuite assumé la présidence à titre intérimaire. Mme Rodríguez a affirmé que des élections seraient organisées et des discussions sur des réformes institutionnelles en vue de futurs scrutins sont actuellement en cours, mais aucune date ni aucun calendrier électoral n’ont encore été fixés. À ce contexte s’ajoute le retour au Venezuela, dans la nuit du 25 octobre, de la dirigeante de l’opposition María Corina Machado.

Des travailleurs et des équipes de secours se tiennent près de l’hôtel Edward à Macuto, dans la province de La Guaira, quatorze jours après le tremblement de terre du 24 juin au Venezuela.

Des élections libres et des institutions indépendantes

Les évêques décrivent la situation actuelle comme « l’une des périodes les plus complexes de son histoire » et réitèrent « l’urgence d’une reconstruction intégrale de la nation ».

Dans ce contexte, l’épiscopat estime que le climat politique du pays continue de se détériorer, marqué, selon le document, par « la polarisation, le manque d’institutionnalisation et la restriction des garanties démocratiques. »

Les évêques formulent une demande précise :

« Le pays a besoin d’élections libres et transparentes, avec un Conseil national électoral (CNE) impartial et un Tribunal suprême de justice (TSJ) indépendant, afin de garantir le respect des procédures légales, la fin des inhabilitations politiques et le respect des droits politiques de tous les citoyens. »

L’exhortation aborde également la situation des prisonniers politiques, civils et militaires. Les évêques considèrent les libérations intervenues comme un signe d’espérance, mais estiment que ce processus « doit se poursuivre afin que personne ne soit détenu pour avoir des opinions différentes. »

Parmi les autres signes positifs, ils mentionnent « une plus grande liberté d’expression pour les médias », la diminution de nombreux postes de contrôle – « dont beaucoup étaient le théâtre de pratiques d’extorsion » — ainsi qu’une reprise progressive de l’industrie pétrolière. Ils avertissent toutefois que « de nombreuses mesures restent encore à prendre pour rétablir les droits des citoyens. »

Abroger les lois qui restreignent les ONG

Un autre des appels les plus concrets de l’épiscopat concerne les organisations de la société civile, en particulier dans le cadre de la réponse aux tremblements de terre qui ont frappé le Venezuela le 24 juin dernier, causant la mort de milliers de personnes et d’importants dégâts humains et matériels.

Dans le document reçu par l’AED, les évêques demandent « l’abrogation des lois qui restreignent l’action des ONG afin que celles-ci puissent s’intégrer pleinement aux processus visant à mieux assister les personnes touchées par les récents tremblements de terre », ajoutant que « la réponse à la crise requiert l’effort conjoint du gouvernement et de la société civile. »

L’Église appelle également les responsables politiques, économiques, académiques et de la société civile à dépasser les logiques de polarisation et à s’engager en faveur d’« un accord national fondé sur la vérité, le pardon, la justice et la réconciliation. »

Été 2026, Venezuela : des gens attendent en ligne pour recevoir de l’aide.

Une crise aggravée par les tremblements de terre

L’exhortation replace les conséquences des récents séismes dans un contexte social déjà profondément dégradé. Les évêques dénoncent « l’appauvrissement généralisé », les violations des droits humains, les difficultés d’accès aux soins de santé, la crise structurelle du système éducatif et la perte du pouvoir d’achat de la population.

Ils mettent également en garde contre la détérioration du tissu social et familial, qui a provoqué « l’abandon des enfants, le désespoir de la jeunesse et le manque d’attention envers les personnes âgées », une situation qui, soulignent-ils, a été « aggravée par les récents séismes. »

Venezuela, été 2026 : des gens reçoivent de l’aide d’urgence après les séismes du 24 juin.

Après les tremblements de terre, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) a lancé une campagne d’aide d’urgence pour soutenir l’Église locale et les communautés affectées. Une délégation de l’AED Internationale s’est ensuite rendue dans le pays pour visiter certaines des zones sinistrées, rencontrer les communautés locales et connaître directement leurs besoins. L’œuvre de charité participe actuellement à un programme de reconstruction des structures ecclésiales endommagées afin d’aider l’Église locale à poursuivre sa mission auprès de la population.

C’est précisément à cette mobilisation consécutive aux tremblements de terre que les évêques font référence dans leur exhortation. L’épiscopat remercie « l’aide coordonnée des habitants, de Caritas et des autres organismes de l’Église catholique et des Églises sœurs, des ONG, des équipes de secours et des institutions nationales et internationales après les tremblements de terre » et affirme que cette réponse « a démontré que la souffrance unit la communauté en un seul peuple solidaire. »

Dans le même temps, les évêques avertissent que les dégâts subis exigent « une évaluation approfondie de la qualité des constructions, des études de sols et du contrôle public afin d’éviter de nouvelles pertes humaines. »

Venezuela, été 2026 : des gens participent à une messe en plein air.

« Un grand plan national de reconstruction »

Au-delà des conséquences des tremblements de terre, l’épiscopat présente la reconstruction comme une tâche qui concerne l’ensemble du pays. Parmi les mesures proposées figurent le renforcement de la protection des droits humains, la promotion d’espaces de rencontre et de dialogue, ainsi que le travail en faveur de la réconciliation et du renouveau éthique des institutions.

« Nous appelons tous les Vénézuéliens à nous rejoindre dans un grand plan national de reconstruction : une voie intégratrice, démocratique et éthique qui nous conduira vers une paix durable », concluent les évêques.