Nord du Mozambique : des djihadistes cherchent à instaurer un califat, affirme un évêque

Note de publication : L’article qui suit a été rédigé en juin. Les dates et les références qu’il contient correspondent au moment de sa rédaction.

Malgré leur diversité religieuse, les habitants de Cabo Delgado vivaient autrefois en harmonie. Aujourd’hui, toutefois, la religion est devenue un facteur de division, rapporte Mgr António Juliasse.

Les djihadistes qui mènent une insurrection dans la province septentrionale de Cabo Delgado, au Mozambique, cherchent à instaurer un califat sur le modèle de l’État islamique, affirme Mgr António Juliasse, évêque de Pemba.

Dans un message transmis à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), Mgr Juliasse explique que « tous les signes le montrent. Ils parlent ouvertement d’un califat. Lorsqu’ils rencontrent des gens, lorsqu’ils enlèvent des victimes, c’est ce qu’ils disent : qu’ils œuvrent à l’établissement d’un califat. »

Les attaques djihadistes à Cabo Delgado ont commencé en 2017. Au départ, les insurgés s’en prenaient principalement aux installations militaires et aux édifices gouvernementaux. Toutefois, au cours des dernières années, leurs attaques ont pris une tournure plus explicitement antichrétienne dans cette région du Mozambique à majorité musulmane. Plus de 300 catholiques ont été assassinés, dont plusieurs ont été décapités, et au moins 117 édifices religieux ont été détruits, notamment des chapelles ainsi que d’importantes églises historiques, comme celle de Saint-Louis-Marie de Montfort, fondée en 1946 et entièrement incendiée à la fin d’avril.

L’église catholique historique Saint-Louis-de-Montfort a été détruite par des militants affiliés à l’État islamique. Crédit : Aide à l’Église en Détresse (ACN)

Selon Mgr António Juliasse, cette vague de violence et la rhétorique antichrétienne qui l’accompagne commencent à avoir des répercussions sur l’ensemble de la population. « Ce qui m’inquiète, c’est le discours de haine qui accompagne toute cette violence. Pendant longtemps, la religion a été l’un des facteurs qui favorisaient la coexistence, mais elle est aujourd’hui en train de devenir un obstacle; elle commence à diviser les communautés. Dans les villages de Cabo Delgado, les chrétiens assistaient autrefois aux funérailles des musulmans, et les musulmans à celles des chrétiens. Aujourd’hui, cette pratique est remise en question, et cela ne vient pas des chrétiens. »

« C’est une situation qui devrait préoccuper le gouvernement et l’ensemble de la société avant qu’il ne soit trop tard », conclut-il.

Le silence n’est pas la solution, mais la force ne l’est pas davantage

Mgr António Juliasse a confié à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que, si « le silence peut être un signe de prudence », il peut aussi être interprété comme un « manque d’intérêt » à l’égard des souffrances de la population de Cabo Delgado. « Le silence est toujours dangereux, insiste-t-il. Il est difficile à interpréter et il entretient la confusion. C’est pourquoi j’ai toujours dit que nous devons faire face à la situation, prendre la parole, guider la population, lui expliquer ce qu’il faut faire, à quoi elle peut s’attendre et ce que nous pouvons accomplir ensemble. Nous devons avoir cette discussion en tant que nation, mais je ne crois pas que nous nous y prenions de la bonne façon. »

Mgr António Juliasse Ferreira Sandramo, évêque de Pemba. © Aide à l’Église en Détresse.

Toutefois, l’Église au Mozambique a également clairement indiqué que le recours à la force militaire ne peut constituer l’unique solution. « Nous avons récemment publié une note pastorale pour dénoncer la situation à Cabo Delgado, tout en proposant d’autres avenues », explique Mgr Juliasse dans son message.

« Je ne crois pas que l’option militaire soit la seule solution. Nous devons explorer d’autres voies, notamment celle que le Mozambique connaît déjà : la voie du dialogue. Les Mozambicains doivent dialoguer afin que cette guerre prenne fin. »

Cette démarche est d’autant plus importante pour assurer une coexistence pacifique à l’avenir, puisque « beaucoup de ceux qui combattent dans les forêts sont des Mozambicains. Ce sont des fils de cette terre; ils en font partie. Il y a peut-être quelques étrangers, mais nous devons dialoguer et avoir le courage de faire face à cette réalité. »

Les neuf années d’insurrection dans le nord du Mozambique ont profondément éprouvé le pays, déjà l’un des plus pauvres au monde. Depuis octobre 2017, les combats ont fait plus de 6 300 morts et forcé plus d’un million de personnes à fuir leur foyer. « Cette situation nous fait énormément souffrir, mais nous ne devons pas perdre espoir », a déclaré à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) l’évêque de Pemba.

L’Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient l’Église au Mozambique dans ses efforts pour relever ce défi en fournissant une aide d’urgence, un soutien psychologique et social, ainsi qu’une assistance à la reconstruction des infrastructures endommagées.