Bien que les relations entre l’Église et l’État se soient améliorées au cours du siècle dernier, les évêques dénoncent le « gouvernement parallèle » des cartels, qui entrave la liberté religieuse au Mexique. (Photo de bannière : en 2022, funérailles des pères jésuites Joaquín Mora et Fr Javier Campos, assassinés par des membres présumés d’un cartel.)
Les évêques catholiques du Mexique ont commémoré le centenaire de la « loi Calles », qui imposait de sévères restrictions à la vie de l’Église et plaçait le ministère sacerdotal sous le contrôle de l’État, par un message intitulé « Les cloches des églises se sont tues ; leur sang a parlé », sous-titré « En mémoire de nos martyrs, pour la liberté religieuse et la construction de la paix ».

La loi est entrée en vigueur le 31 juillet 1926. Comme le rappellent les évêques mexicains, « face à l’impossibilité d’exercer librement leur ministère », leurs prédécesseurs décidèrent de suspendre le culte public dans toutes les églises du pays. « À l’aube du 1er août 1926, le Mexique s’est réveillé sans messes publiques : les églises restaient ouvertes et silencieuses, gardées par les fidèles eux-mêmes. C’est ainsi qu’a commencé l’un des chapitres les plus douloureux de notre histoire », expliquent-ils.
Le texte rend hommage au témoignage des martyrs qui sont morts en pardonnant à leurs bourreaux et souligne qu’ils ont appris « à un prix très élevé » que « la liberté religieuse n’est pas un privilège du clergé, mais un droit de tout être humain, et sa négation finit toujours par se payer dans le sang. ».

Tout en reconnaissant les réformes législatives et les avancées positives réalisées depuis cette époque, les évêques affirment que le Mexique ne jouit toujours pas d’une pleine liberté religieuse. Selon eux, « des restrictions incompatibles avec une démocratie mature subsistent encore ». Ils citent notamment « les limitations à la pratique religieuse ordinaire en dehors des lieux de culte, l’impossibilité pour les associations religieuses d’obtenir des licences de radio et de télévision, les atteintes à la liberté des parents de choisir l’éducation religieuse de leurs enfants face à l’imposition de modèles éducatifs non consensuels, ainsi qu’une attitude de la classe politique qui n’a pas pleinement intégré la nouvelle culture constitutionnelle de la liberté religieuse et qui entretient un climat de méfiance empêchant les croyants de défendre et de vivre leurs convictions dans l’espace public ».
Toutefois, ajoutent-ils, « il est encore plus grave que l’État permette au crime organisé de devenir un gouvernement parallèle contrôlant des territoires où tous les droits humains sont bafoués : il enlève, extorque, assassine et déforme la conscience des jeunes. Ce climat de violence généralisée touche l’ensemble de la société et empêche également certaines communautés de pratiquer librement leur foi.Le sang des prêtres assassinés alors qu’ils exerçaient leur ministère, notamment nos frères jésuites de Cerocahui, le père Marcelo Pérez à San Cristóbal de las Casas et d’autres encore, montre que la liste des martyrs ne s’est pas arrêtée en 1929 », affirment-ils.
Cette inquiétude rejoint les conclusions du Rapport 2025 sur la liberté religieuse dans le monde, publié par l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), qui met en évidence une augmentation des discriminations religieuses au Mexique liées au crime organisé.
« Des prêtres ont été assassinés pour avoir dénoncé la violence ou refusé de collaborer avec des groupes armés », souligne le rapport.

Entre 2023 et 2024 seulement, trois prêtres ont été assassinés et cinq autres ont été victimes d’agressions graves. Au cours du mandat présidentiel d’Andrés Manuel López Obrador, entre décembre 2018 et septembre 2024, dix prêtres ont été tués et dix autres ont subi des violences.
Durant cette même période, près de 900 actes d’extorsion — comprenant des enlèvements, des vols et des intimidations — ont été enregistrés contre des membres de l’Église catholique. En outre, une moyenne de 26 attaques et actes de profanation contre des lieux de culte a été recensée chaque semaine.
Selon le rapport, « en l’absence d’une action efficace de l’État, dans les régions dominées par le crime organisé, les responsables religieux dénoncent la violence et assument un rôle de protection de leurs communautés. Cela fait d’eux des cibles, dans le but d’instaurer la peur et de réduire au silence les habitants de ces localités, permettant ainsi aux groupes criminels de poursuivre leurs trafics d’armes et de drogue ».
La promotion et la défense de la liberté religieuse constituent l’un des axes fondamentaux de l’action de l’AED. L’œuvre soutient l’appel des évêques mexicains auprès des autorités du pays. L’AED mène actuellement une campagne intitulée « Protéger le droit de croire : un appel mondial en faveur de la liberté religieuse », adressée aux dirigeants du monde entier, afin de renforcer la protection et la promotion de ce droit humain fondamental.
Le texte intégral de la pétition peut être consulté en ligne et les personnes qui le souhaitent peuvent également la signer.






