Terre sainte : attaques sur un village chrétien

Des responsables d’Églises demandent aux autorités israéliennes de faire cesser les attaques contre les chrétiens de Cisjordanie.

Des leaders chrétiens de Terre sainte réunis le 14 juillet pour dénoncer les attaques sur Taybeh.

Des colons juifs radicaux s’en prennent avec une violence croissante à la ville chrétienne de Taybeh, tandis que l’armée et la police israéliennes ignorent les appels à l’aide.

Les chefs des principales Églises chrétiennes de Terre sainte dénoncent la complicité des autorités israéliennes face à l’escalade des attaques menées par des colons juifs radicaux contre la ville de Taybeh, en Cisjordanie.

Dans ce montage photo fourni par l’Église locale, on voit l’ampleur des attaques sur le village chrétien de Taybeh.

Taybeh est la dernière ville entièrement chrétienne de Terre sainte. Depuis plusieurs semaines, des groupes de colons extrémistes y harcèlent la population et s’en prennent à des lieux emblématiques. Ils ont notamment essayé d’incendier l’église historique Saint-Georges, datant du Ve siècle.

Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est entretenue avec le curé de la paroisse latine de Taybeh, le père Bashar Fawadleh, qui a décrit la montée de l’agressivité que subit la communauté.
« Chaque matin, pendant près d’un mois, un colon est venu faire paître un grand troupeau de vaches dans nos oliveraies, célèbres pour leur qualité. Ici, les gens vivent essentiellement de la vente de l’huile d’olive. Les vaches détruisent les arbres et ruineront la saison des récoltes, prévue en octobre. Sans récolte, il n’y a pas de vie dans la ville. »

« Un jour, nous avons été très surpris de voir plus de dix colons armés attaquer la très sainte et importante église Saint-Georges — ou Al-Khadr, comme nous l’appelons en arabe. Ils ont allumé un feu à côté de l’église, laquelle remonte au Ve siècle, derrière le cimetière. Nous étions sous le choc, mais plus de vingt jeunes m’ont accompagné sur place et nous avons réussi à éteindre les flammes, tandis que les colons restaient là, sans bouger », raconte-t-il à l’AED.

Dans le village chrétien de Taybeh, les attaques sont de plus en plus violentes.

Le prêtre poursuit : « Ils ont aussi bloqué certaines rues avec leurs voitures, nous empêchant d’y circuler, tandis que les routes principales menant à Taybeh restent bloquées par des barrages de l’armée et des postes de contrôle. »

Ces incidents ont suivi des attaques similaires contre le village musulman voisin de Kafr Malik, qui ont fait trois morts parmi de jeunes Palestiniens. Et si les intentions des colons n’étaient pas encore claires, ils ont récemment installé un panneau destiné aux habitants de Taybeh, sur lequel on pouvait lire : « Vous n’avez pas d’avenir ici. »

Interrogé par l’AED pour savoir si les autorités avaient été contactées, le père Bashar a acquiescé. « Nous avons appelé à deux reprises le centre de coordination entre le gouvernement palestinien et le gouvernement israélien. Ils ont dit qu’ils viendraient, mais ne sont jamais venus. Ils ne nous ont pas protégés, ils n’ont pas arrêté les colons, car ils les protègent. Beaucoup de soldats viennent des colonies, et ils sont encouragés par les éléments fanatiques du gouvernement. »

Courte vidéo prise lors d’une attaque.


Appel à une enquête immédiate et transparente

Dans une déclaration publiée le lundi 14 juillet, le Conseil des Patriarches et des Chefs des Églises de Jérusalem a affirmé :

« Le Conseil des Patriarches et des Chefs des Églises demande que ces radicaux soient tenus pour responsables par les autorités israéliennes, qui facilitent et permettent leur présence autour de Taybeh. Même en temps de guerre, les lieux sacrés doivent être protégés. Nous demandons une enquête immédiate et transparente sur la raison pour laquelle la police israélienne n’a pas répondu aux appels d’urgence de la communauté locale et pourquoi ces actions abominables restent impunies. »

Ils poursuivent :

« Les attaques perpétrées par des colons contre notre communauté, qui vit en paix, doivent cesser, ici à Taybeh comme ailleurs en Cisjordanie. Cela fait clairement partie des attaques systématiques contre les chrétiens que nous observons dans toute la région. »

Et ils concluent :

« En outre, nous demandons aux diplomates, politiciens et responsables d’Église du monde entier d’élever une voix priante et forte pour notre communauté œcuménique à Taybeh, afin que sa présence soit sécurisée et qu’elle puisse vivre en paix, prier librement, cultiver sans danger et vivre dans une paix qui semble bien trop rare. »

Le Conseil s’unit enfin aux prêtres locaux pour réaffirmer leur espérance :

« La vérité et la justice triompheront ultimement. »
Et de rappeler les paroles du prophète Amos :
« Que le droit jaillisse comme les eaux, et la justice comme un torrent intarissable. »

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Lire la déclaration complète sur le site web du Patriarcat latin de Jérusalem : https://www.lpj.org/fr/news/statement-of-the-patriarchs-and-heads-of-the-churches-in-jerusalem-dur