Témoignage du prêtre nigérian, le père Alphonsus Afina, qui a passé 51 jours en captivité et a été libéré le 21 juillet 2025.

MON EXPÉRIENCE DE CAPTIVITÉ

Je me rendais de Mubi (État d’Adamawa, Nigeria) à Maiduguri (État de Borno) pour un atelier du JDPC le 1er juin 2025, accompagné de deux autres membres du personnel qui assistaient au même atelier. Trois heures après le début du trajet, peu de temps après le poste de contrôle militaire de Limankara, nous avons rencontré un explosif. Immédiatement après, nous avons entendu des coups de feu. Des hommes armés sont sortis des buissons en bord de route en tirant sur nous. Dans la confusion du moment, j’ai abandonné mon véhicule sur la route et j’ai couru à reculons. D’autres véhicules de transport public ont également été abandonnés, et les passagers ainsi que les conducteurs se sont enfuis dans toutes les directions. J’ai couru quelques minutes vers le poste de contrôle militaire que j’avais dépassé plus tôt. D’autres véhicules, plus éloignés derrière nous, ont fait demi-tour et sont retournés dans la zone d’échange de tirs entre l’armée et les hommes armés.

Les hommes armés nous ont poursuivis à moto. Ils m’ont approché et m’ont ordonné de m’arrêter en me braquant une arme. Je me suis arrêté et j’ai levé les mains en signe de reddition. Ils ont pris mes deux téléphones et m’ont demandé le mot de passe. Je leur ai montré le schéma de déverrouillage. Ils ont pris ma montre, fouillé mes poches et pris l’argent que j’avais sur moi. Ils m’ont ordonné de monter sur la moto. Je suis monté et me suis assis entre le conducteur et un autre homme armé. Ils m’ont ramené à mon véhicule, qui avait déjà été vandalisé. Ils ont fouillé la voiture et pris tous les objets qui s’y trouvaient. Les objets les plus importants emportés étaient : des valises contenant des vêtements, des chaussures, des effets personnels, de l’argent, une boîte de messe et un missel romain, un routeur, trois ordinateurs portables (le mien et ceux des deux autres membres du personnel), ainsi que des accessoires (disque dur externe de 1 To, clavier/souris sans fil, deux batteries externes), etc.

En arrivant au véhicule, les hommes armés ont commencé à me battre, ce qui m’a causé une blessure à l’œil, avec du sang coulant de mon visage dans mon œil et le long de mon épaule. Mon œil était enflé et a sécrété du liquide pendant trois semaines.

L’un des hommes armés a conduit ma voiture dans la brousse jusqu’au pied de la montagne de Gwoza, en compagnie de trois autres véhicules transportant des captifs. Un homme armé conduisait ma voiture, un autre était assis à l’avant, tandis que deux captifs et moi étions assis à l’arrière. D’autres hommes armés étaient assis sur le coffre du véhicule pendant que nous roulions vers le pied de la montagne. Une fois arrivés, les hommes armés ont eu un nouvel échange de tirs avec l’armée, après quoi les véhicules ont été incendiés.

Pour éviter d’être tués pendant les combats et pour assurer notre captivité, certains hommes armés nous ont rapidement emmenés en haut de la montagne. Ce jour-là, 14 d’entre nous ont été faits prisonniers, d’autres ont réussi à s’échapper, et certains ont été tués (l’un de nos membres du personnel faisait partie des victimes). Pendant ma captivité, je dormais dans la même pièce que quatre autres captifs, sous la surveillance d’hommes armés.

Trois semaines après le début de ma captivité, une opération militaire a eu lieu avec des frappes aériennes et des bombardements d’artillerie sur le lieu où nous étions détenus. Depuis, j’ai du mal à dormir par peur d’être tué. C’est toujours le cas au moment où j’écris ces lignes.

À mon retour dans le diocèse après ma libération le 21 juillet 2025 vers 17h, le diocèse catholique de Maiduguri m’a conduit à l’hôpital pour un examen médical. Je suis actuellement sous traitement pour diverses maladies et je porte des lunettes en attendant une opération chirurgicale à l’œil, à la suite de la blessure subie lors de ma capture.

Je suis reconnaissant envers tous nos partenaires, les prêtres/religieux/laïcs du diocèse de Maiduguri, le diocèse de Fairbanks en Alaska/résidence en Alaska, les résidents d’Alaska, les amis, tous ceux qui m’ont soutenu à travers le monde, et ceux qui ont contribué à ma libération. J’ai ressenti les effets des prières faites pour moi dans le monde entier à travers la manière dont les hommes armés (Jama’at Ahl al Sunna li Da’awa wal Jihad [JASDJ]) m’ont traité par la suite.

Je suis avant tout reconnaissant envers Dieu d’avoir épargné ma vie à travers cette expérience terrifiante.

Père Alphonsus Afina
Diocèse catholique de Maiduguri, Nigeria

(Traduit de l’anglais par l’AED Canada)