Évêques du Nigeria, « Une paix durable ne peut être obtenue par le silence ou le délai »

Les évêques catholiques du Nigeria mettent en garde contre l’escalade de la violence et appellent à une action urgente pour protéger la vie et la liberté religieuse. (Photo de bannière : en 2023, des femmes déplacées par la violence.)

Aide à l’Église en Détresse (AED) relaie l’appel pressant de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria (CBCN), qui prévient contre l’aggravation de la crise sécuritaire dans le pays et de son impact dévastateur sur les communautés chrétiennes et d’autres groupes vulnérables.

Dans leur déclaration intitulée Peace in Nigeria, Moving from Fragility to Stability, (Paix au Nigeria, passer de la fragilité à la stabilité), publiée le 25 novembre, les évêques dénoncent une violence persistante qui a coûté d’innombrables vies, détruit des maisons et déplacé des familles, en particulier dans les régions du Nord et du Middle Belt (Région centrale du pays) :

« La situation sécuritaire déplorable dans notre nation, le Nigeria, et le discours en cours qui échauffe le fragile climat social et religieux de la nation sont vraiment inquiétants. […] Alors que des groupes meurtriers continuent de déchaîner la terreur sur des citoyens sans défense, nous condamnons fermement ces atrocités qui ont apporté une angoisse indicible à de nombreuses communautés. »

Ils soulignent que ces attaques ont profondément touché les zones à majorité chrétienne :

« Il est extrêmement préoccupant que plusieurs communautés à prédominance chrétienne, en particulier dans les régions du Nord et du Middle Belt du pays, aient été soumises à des attaques répétées et brutales, entraînant de lourdes pertes et la disparition tragique de nombreuses vies chrétiennes. »

La CBCN appelle le gouvernement nigérian à agir

Les évêques insistent pour que les autorités fédérales et régionales remplissent leur devoir constitutionnel de protéger la vie et d’assurer la responsabilité :

« Le gouvernement possède à la fois la responsabilité et les moyens de mettre fin à cette violence et ne doit plus permettre que l’impunité prévale. […] Une paix durable ne peut pas être obtenue par le silence ou le retard. Elle exige la justice, le courage et un engagement ferme envers la sainteté de la vie humaine. »

Au cours des derniers mois, les récits médiatiques et les discussions internationales concernant la violence au Nigeria ont parfois minimisé la gravité de la situation ou alimenté la polarisation, transformant une tragédie humaine nationale en interprétations contradictoires plutôt qu’en une attention portée à la souffrance des victimes.

Les évêques répondent à ce débat en appelant à plus de clarté et d’équilibre dans la description de la crise :

« De telles conditions prolongées et insupportables ont donné du crédit aux allégations de “génocide” dans certains milieux. Pourtant, conscients de la dignité sacrée et de la valeur inestimable de chaque vie humaine, nous sommes tout aussi profondément préoccupés par le fait que des musulmans et de nombreux autres citoyens innocents de diverses origines ethniques ont également été victimes de cette même cruauté qui continue de profaner notre humanité commune. »

De récentes tragédies illustrent l’ampleur de la crise, l’enlèvement de 265 élèves et enseignants à Papiri, dans l’État du Niger, l’enlèvement de 25 jeunes filles au Kebbi et de 13 agricultrices dans le Borno, ainsi que le massacre de plus de 70 personnes dans le sud du Taraba et le déplacement de milliers d’habitants, entre autres. Ces événements, joints à l’assassinat du brigadier général Musa Uba et de plusieurs membres des forces de sécurité, révèlent à quel point la criminalité s’est enracinée dans la vie nationale.

La CBCN appelle le gouvernement nigérian à remplir son devoir constitutionnel de protéger la vie et les biens de tous les citoyens, à enquêter sur les accusations de lenteur dans les réponses sécuritaires et à assurer le retour sain et sauf des personnes enlevées et des familles déplacées.

Discrimination à l’encontre des chrétiens

Les évêques expriment leur inquiétude face aux violations des droits des minorités chrétiennes dans plusieurs États du Nord :

« Le refus de terrains pour la construction d’églises, en particulier au sein des institutions fédérales, et la destruction de lieux de culte chrétiens, surtout au plus fort de l’insurrection de Boko Haram, sont des questions qui exigent une action gouvernementale urgente et décisive. L’excès de pouvoir des tribunaux de la charia dans certains États soulève de graves préoccupations constitutionnelles, car il menace le caractère laïc du Nigeria et porte atteinte aux droits des minorités chrétiennes. »

Ils évoquent l’assassinat de Deborah Samuel Yakubu à Sokoto en 2022, pour lequel ils continuent de réclamer justice, et notent que les groupes d’application de la morale basée sur la charia, comme la Hisbah, ont harcelé tant des chrétiens que des musulmans :

« Nous demandons une fois de plus justice pour elle, car l’impunité dans de tels cas sape l’état de droit et met en danger les droits de tous les citoyens. »

Un appel à l’unité

Les évêques insistent sur le fait que les Nigérians ne doivent pas entrer dans une compétition de souffrances, mais se tenir ensemble pour défendre la vie :

« Plutôt que de nous engager dans des arguments diviseurs sur qui a subi le plus de pertes, nous devrions nous tenir ensemble pour défendre le caractère sacré de chaque vie humaine et protéger les personnes vulnérables. . . La paix n’est pas la responsabilité d’un petit nombre. C’est le devoir de tous. »

Aide à l’Église en Détresse (AED) se joint à cet appel et exhorte la communauté internationale à ne pas rester indifférente à cette tragédie. La protection des communautés chrétiennes et la sauvegarde de la liberté religieuse sont essentielles pour la stabilité et l’avenir du Nigeria.

Pour lire et télécharger la déclaration originale, en anglais :