« Nous ne pouvons pas dire qu’il y ait un endroit sûr au Liban. »

Monseigneur Jules Boutros, du Liban, confie à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que, même si les attaques israéliennes sont censées viser le Hezbollah, elles touchent en réalité tous les Libanais.

Alors qu’Israël continue de frapper plusieurs sites au Liban, un jeune évêque local a déclaré à l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED) que la situation ne peut être décrite que comme catastrophique pour ce petit pays.

Mgr Jules Boutros durant un voyage en Slovaquie, pour témoigner de la situation au Liban, lors du Mercredi Rouge 2025.

S’exprimant depuis Beyrouth, l’évêque syriaque catholique Jules Boutros, 43 ans, critique l’idée selon laquelle les forces armées israéliennes ne viseraient que des sites liés à la milice Hezbollah, soutenue par l’Iran.

« Nous avons récemment subi deux attaques contre des hôtels à Beyrouth, dont l’un se trouve dans un quartier majoritairement chrétien. Et bien sûr, n’importe qui peut séjourner dans un hôtel. Je ne peux pas savoir si un militant du Hezbollah a loué l’appartement au-dessus du mien, ou si un citoyen libanais a loué une maison avant de la céder à une personne iranienne. C’est une inquiétude pour tout Libanais vivant dans un immeuble avec plusieurs appartements, ou dans un grand quartier populaire. Le risque est donc partout. »

« Ce matin encore, j’étais dans la zone portuaire où le Saint-Père a célébré une messe pour la paix, en présence non seulement de chrétiens, mais de tous les Libanais, et maintenant, après seulement trois mois, nous comptons plus d’un million de réfugiés », déplore-t-il.

Les situations les plus dramatiques se trouvent toutefois près de la frontière avec Israël. « Ils ont attaqué des villages chrétiens dans le sud, et ont même tué un prêtre, le père Pierre El-Raï (photo). Ils ont peut-être été visés parce qu’une maison avait accueilli une famille chiite, ou parce qu’un militant du Hezbollah y est passé. Ils frappent n’importe qui, n’importe où. Nous ne pouvons pas dire qu’il existe un endroit sûr au Liban. »

Mars 2026 – Le sud du pays ressemble de plus en plus à un champ de ruines.

Une grande partie de la population du sud a fui, même si certains chrétiens ont choisi de rester. « Ils ont vidé tout le sud du Liban. Nous parlons de centaines de villages. Cela me touche personnellement, car ma famille y a une maison, ma mère vient d’un village chrétien. Ils n’ont pas encore été forcés de partir, mais cela signifie beaucoup pour nous, car tous nos beaux souvenirs s’y trouvent. Ceux qui sont partis ne savent pas s’ils pourront un jour revenir, et cela est catastrophique. Nous sommes très attachés à notre terre. Nos ancêtres ont construit ces maisons, en ont pris soin, ont planté les oliviers, et tout cela est aujourd’hui menacé », explique l’évêque Jules Boutros.

Interrogé sur l’impact de la guerre sur les relations entre les différentes communautés religieuses libanaises, l’évêque affirme que la situation est contrastée. « Avant, nous n’entendions jamais des membres de la communauté chiite critiquer le Hezbollah, mais aujourd’hui, c’est le cas. Récemment, le mufti de la communauté chiite a été interrogé sur l’ouverture de bâtiments religieux pour accueillir des réfugiés, et il a répondu que non, que c’était la responsabilité du gouvernement. Cela a provoqué une indignation, notamment parmi les chiites eux-mêmes, qui ont fait remarquer que les chrétiens avaient ouvert leurs églises et leurs monastères. »

« Par ailleurs, les communautés sunnite, druze et chrétienne sont unies contre cette guerre », poursuit-il. « Nous ne voulons pas de la guerre. Si nous avons des différends avec Israël, nous devons négocier. Nous ne voulons pas nous battre », explique-t-il à l’AED.

En ce qui concerne l’accueil des personnes déplacées, les chrétiens se sont particulièrement mobilisés. Les diocèses à travers tout le pays ont ouvert les portes de leurs églises, monastères et autres bâtiments pour héberger les personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Dans de nombreux cas, les besoins sont immenses et urgents, et varient selon les situations. « Certains ont besoin de carburant pour les générateurs ; d’autres ont besoin d’un accompagnement psychospirituel ; certains demandent des machines à laver pour nettoyer les vêtements des déplacés ; d’autres ont besoin de télévisions ; certains sollicitent un accès à Internet ; d’autres encore demandent un four pour cuisiner. »


Il existe aussi des familles qui ont accueilli des proches et qui échappent ainsi aux circuits officiels d’aide. « Un prêtre de Tyr est en contact avec environ 120 familles dans le sud, et il affirme que la seule et meilleure manière de les aider est financière, car il est trop dangereux de se rendre sur place pour leur apporter une aide matérielle. Même le nonce apostolique, qui s’est récemment rendu dans le sud pour les funérailles du père Pierre El-Raï, a dû voyager en convoi armé, avec des chars. »

L’Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient l’Église au Liban depuis plusieurs années et suit de près les développements récents grâce à ses équipes sur le terrain, afin d’apporter l’aide nécessaire.

« Depuis le Liban, nous voulons remercier l’AED pour votre générosité, pour tout ce que vous avez fait pour aider nos enfants, nos familles, en particulier les déplacés et les réfugiés en ces temps de guerre et de peur », conclut l’évêque Jules, ajoutant : « Mais nous avons encore besoin de davantage ! Tant que nous aidons les personnes déplacées, les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées, même la plus petite offrande représente énormément pour beaucoup. »

En août 2025, les bienfaitrices et bienfaiteurs de l’AED avaient soutenu la population qui fuyait les bombes (photo). Aujourd’hui encore, votre soutien demeure essentiel. Merci !

bb