Burkina Faso : deux diocèses frappés par une nouvelle vague d’attaques

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) exprime sa vive inquiétude et sa profonde tristesse face à la recrudescence du terrorisme dans les diocèses de Nouna (nord-ouest) et de Fada N’Gourma (sud-est), au Burkina Faso. Ces trois dernières semaines, les violences ont à nouveau touché des civils et des membres de l’Église. Elles interviennent après plusieurs mois d’espoir pour la population et les personnes déplacées, qui commençaient à retourner dans leurs villages. Les sources locales de l’AED, tenues anonymes pour leur sécurité, font état d’une situation qui se dégrade malgré les efforts des forces de défense et des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP).

Photo d’illustration : dans une église paroissiale du district de Zekuy-Doumbala, une statue du Christ décapitée. L’église a été attaquée par des terroristes en août 2024.

Le 6 octobre 2025, le diocèse de Nouna a été la cible de deux assauts meurtriers. Dans la paroisse de Djibasso,  à la commune frontalière de Madouba, trois adolescents de retour du Mali pour la rentrée scolaire, ont été sortis d’un bus et exécutés. Des rumeurs persistantes planaient dans ce sens et certains villages de la zone avaient été inquiétés ces dernières semaines par des menaces terroristes.

Quelques heures plus tard, sur l’axe Nouna–Dédougou, un bus de passagers, pour la plupart originaires de la paroisse de Solenzo, et d’autres personnes circulant sur la voie, a été la cible de tirs, faisant au moins 15 morts.

Le même jour, dans le diocèse de Fada N’Gourma, un catéchiste du village de Kouala a été enlevé en pleine messe dominicale. « Il a été spécifiquement visé par les terroristes. L’intention est de semer la peur chez les chrétiens, qui tantôt se voient autorisés à prier, tantôt subissent des exactions pour les faire fuir », confie une des sources locales de l’AED. Selon les informations reçues par l’œuvre, il a été libéré par la suite.

Quelques jours plus tôt, le 21 septembre, dans ce même diocèse, un autre catéchiste de Saatenga a été assassiné dans une embuscade alors qu’il rentrait d’une réunion pastorale à Diabo. Selon les informations recueillies par l’AED, les routes de cette région demeurent dangereuses et les groupes armés circulent désormais en effectifs réduits pour des raisons qui restent à élucider. « De nombreux chrétiens choisissent de prendre le risque de rester malgré des menaces de plus en plus pesantes dans certaines parties de ce diocèse », confie la source locale, « mais la peur s’est installée de manière durable au sein de la population civile ».

Mai 2024 – Dans un camp de personnes déplacées internes où vivent des chrétiens persécutés.

L’œuvre invite tous ses bienfaiteurs et amis à prier pour les victimes, leurs familles, la population, et pour le retour de la paix et de la sécurité au Burkina Faso. L’AED réaffirme son engagement à soutenir l’Église et ses communautés chrétiennes dans le maintien de l’espérance et de la solidarité, apportant secours matériel et spirituel face aux défis posés par le terrorisme.

Dans son Rapport sur la liberté religieuse dans le monde publié le 21 octobre 2025, l’AED alerte sur la situation au Burkina Faso, où, depuis 2015, les attaques djihadistes d’Al-Qaïda et de l’État islamique ont causé plus de 20 000 morts et fait plus de 2 millions de déplacés internes. En 2024, le pays représentait un cinquième des décès liés au terrorisme mondial, avec 1 532 morts recensés. Ces violences ont aussi entraîné la mort ou l‘enlèvement de dizaines de chefs religieux, ainsi que la fermeture d’une trentaine de paroisses. Près de la moitié du territoire est désormais contrôlée par des groupes armés. Chrétiens et musulmans sont menacés.

Printemps 2024 – Un camp de personnes déplacées, essentiellement composé de chrétiens persécutés.