Les Églises tirent la sonnette d’alarme après des attaques de colons contre un village chrétien et des diplomates étrangers (Photo de la bannière : en juillet 2025, attaque contre Taybeh).
Les responsables des Églises de Jérusalem ont condamné des attaques « odieuses » menées par des colons israéliens masqués contre les habitants de Taybeh, le dernier village entièrement chrétien de Cisjordanie, ainsi que contre des diplomates étrangers en visite dans la région.
Les Patriarches et Chefs des Églises de Jérusalem (PHCJ) ont publié cette déclaration à la suite d’incidents survenus les 16 et 17 octobre, alors que les habitants participaient à la récolte annuelle des olives.

Dans leur communiqué, les responsables religieux ont déclaré :
« Au cours des dernières semaines, les villages palestiniens de Cisjordanie ont été exposés à une campagne de terreur à grande échelle menée par des colons. Celle-ci atteint son paroxysme pendant la période de la récolte des olives, lorsque les familles se rendent sur leurs terres pour recueillir ce dont elles ont besoin pour vivre et pour renouveler le lien qui les unit à cette terre depuis des générations. »
Selon plusieurs médias, une photographe américaine a été blessée le 16 octobre alors qu’elle documentait le travail de récolte des olives effectué par des Palestiniens près de Taybeh. Elle a été transportée à l’hôpital pour y recevoir des soins.
Le lendemain, des diplomates français, belges et polonais, accompagnés d’un maire français et de l’archevêque de Cambrai, auraient été attaqués par des colons masqués dans une autre partie de la Cisjordanie. Un véhicule diplomatique belge a également été endommagé.
Bernard Baudoux, maire d’Aulnoye-Aymeries, dans le nord de la France, a déclaré à Reuters qu’il participait à la récolte des olives près de Taybeh en signe de solidarité avec la population locale lorsqu’il a été « violemment attaqué. »
« J’ai été jeté à terre », a-t-il affirmé.
Les responsables des Églises ont souligné :
« Cette attaque brutale contre le village chrétien de Taybeh et sa population pacifique n’est pas un incident isolé. »
Les PHCJ ont également critiqué une récente décision religieuse du rabbin Dov Lior, figure influente du mouvement sioniste religieux israélien, qui aurait soutenu que les Juifs israéliens pouvaient prendre les olives provenant de terres appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie.
Selon cette décision, la terre appartiendrait en définitive au peuple juif selon la loi religieuse juive, et les Palestiniens ne disposeraient d’aucun droit légitime de propriété.
Les responsables des Églises ont déclaré :
« Nous considérons la décision religieuse récemment publiée, qui autorise les Juifs à prendre les olives des Palestiniens, comme infondée, très préoccupante, dangereuse et absolument inacceptable.
Nous apprécions grandement le fait que plusieurs rabbins et voix juives l’aient rejetée publiquement. »
Le 19 octobre, les autorités israéliennes ont arrêté plusieurs suspects lors d’une opération menée avant l’aube. Ils sont soupçonnés d’implication dans des actes de violence, de violation d’un ordre militaire de zone fermée et de constructions illégales. Ils ont été placés en détention.
Tout en saluant les déclarations du président israélien Isaac Herzog, qui a condamné les attaques, les responsables des Églises ont averti que la violence continuerait tant que les auteurs ne seraient pas tenus pour responsables de leurs actes.
Ils ont déclaré :
« Malheureusement, les faits sur le terrain montrent que ces attaques se poursuivent en raison de l’impunité dont bénéficient ceux qui les commettent.
Nous reconnaissons les mesures prises par la police israélienne ainsi que les arrestations effectuées à la suite de cette attaque, et nous espérons que cette action se poursuivra de manière sérieuse et cohérente et qu’elle ne restera pas une mesure isolée.
Nous appelons les autorités compétentes à traduire les responsables en justice et nous exhortons la communauté internationale à redoubler d’efforts pour assurer la protection des habitants de Taybeh et de la Cisjordanie, ainsi que de toutes les personnes qui se rendent dans ces régions pour exprimer leur solidarité. »

Le curé de Taybeh, le père Bashar Fawadleh (photo), a déclaré à l’œuvre de charité catholique Aide à l’Église en Détresse (AED) :
« Nous documentons des incursions continues de colons, des actes d’intimidation et des attaques contre des habitations, des propriétés privées et des infrastructures économiques.
Bien que Taybeh ait été déclarée zone militaire fermée, les colons continuent de s’y déplacer librement, laissant notre communauté exposée à une peur et une insécurité croissantes. Notre inquiétude ne concerne pas seulement ce qui s’est déjà produit, mais aussi ce qui pourrait arriver à l’avenir si une protection efficace n’est pas assurée. »

Remerciant l’AED et ses bienfaiteurs pour leur « solidarité et leur engagement à préserver la présence chrétienne en Terre sainte », il a demandé « une attention continue, un engagement diplomatique et des actions concrètes pour protéger Taybeh, ses habitants et leur droit de demeurer en sécurité sur leur terre ».





