Mexique : l’Église demande une enquête après un nouvel assassinat de prêtre

Le père Román a été retrouvé mort au bord d’une route, atteint par balles. La région de Huejutla est fortement marquée par la présence d’organisations criminelles impliquées dans divers trafics, notamment celui de carburant volé.

Un prêtre a été abattu dans une région isolée du Mexique le mardi 15 septembre.

Le père Román de la Cruz en 2022, devant l’église de la paroisse San Pedro, Acoxcatlán.

Le père Román de la Cruz était responsable d’une petite communauté située dans une région où des groupes criminels opèrent et se disputent les routes utilisées pour le trafic de carburant. Depuis 2024, il était curé de la communauté de Santa Cruz, à Huejutla, et coordonnait la Commission diocésaine de la pastorale prophétique.

Son corps a été découvert, abandonné au bord d’une route. Selon la presse, un message de menace aurait été retrouvé à côté du corps du prêtre, bien que son contenu n’ait pas été rendu public.

Dans une déclaration de la Conférence épiscopale mexicaine, transmise à l’œuvre pontificale internationale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED), les évêques expriment leur « indignation et leur tristesse » face à ce crime et demandent aux autorités de mener une
« enquête approfondie » afin de faire toute la lumière sur ce nouvel épisode de violence extrême visant l’Église dans ce pays d’Amérique du Nord.

Selon le Centre catholique multimédia du Mexique, le parquet aurait déjà ouvert une enquête sur cette affaire.

2022 : Mgr José Acosta Beltrán (à droite) et le père Román devant l’église San Pedro Apóstol. L’AED a contribué à sa construction.

Dans un autre communiqué, publié par le diocèse de Huejutla et également transmis à l’AED, Mgr José Acosta Beltrán attire l’attention sur « la situation alarmante de violence » que connaît le Mexique et demande que « justice soit rendue et que ni ce crime ni les autres délits » qui ont touché le pays « ne restent impunis ».

Plusieurs régions du Mexique connaissent depuis des années des niveaux de violence extrême, et l’Église n’a pas été épargnée par les agressions et les assassinats. Plusieurs prêtres ont été tués par des organisations criminelles et des cartels de la drogue.

La région où vivait le père Román se caractérise par la présence d’organisations criminelles rivales qui se disputent les routes du trafic.

Le Mexique dans le Rapport sur la liberté religieuse 2025

Le dernier Rapport sur la liberté religieuse dans le monde publié par l’AED en octobre dernier consacre une importante section au Mexique, même si la situation du pays doit être analysée dans un contexte régional plus large, qui inclut d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes.

« En 2023 et 2024, au moins 13 responsables religieux ont été assassinés au Mexique, en Colombie, en Équateur, au Salvador, au Guatemala et au Honduras », indique le rapport.

« À cela s’ajoutent 16 missionnaires et laïcs tués dans le cadre de leur activité pastorale en Équateur, en Haïti, au Honduras et au Mexique. Il faut également ajouter le décès de neuf autres laïcs au Mexique au début de l’année 2025 », précise le document.

Le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde de l’AED souligne que, même s’il n’existe aucune preuve permettant d’affirmer que « tous ces crimes ont été motivés par la haine de la foi », ils reflètent néanmoins « l’insécurité qui entoure le ministère pastoral dans des zones marquées par des conflits et une forte instabilité ».

Le rapport ajoute :

« Les responsables religieux occupent une place importante au sein de leurs communautés et leur influence fait d’eux des cibles d’attaques et d’intimidations. Il en va de même pour ceux qui osent critiquer des régimes autoritaires. Ils sont perçus comme une menace et peuvent faire l’objet de représailles. »

Au Mexique, des cas d’« extorsion d’Églises et de responsables religieux » ont également été signalés, sous prétexte de paiements destinés à assurer une prétendue « protection » contre des organisations criminelles rivales.