Espérance pascale au milieu des ruines à Gaza

La Semaine sainte a commencé dans un contexte de guerre persistante et de pénuries dans l’enceinte catholique de Gaza. Malgré tout, la communauté entend célébrer pleinement Pâques, soutenue par une prière pour la paix dans tout le Moyen-Orient, comme l’a expliqué le père Gabriel Romanelli à l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED).

Dimanche des Rameaux à Gaza, 29 mars 2026.

À l’approche de la fête de la Résurrection, rien n’est entièrement certain quant à la forme que prendront les différentes célébrations dans la paroisse de la Sainte-Famille. La guerre continue de dicter le rythme de la vie quotidienne à Gaza. Malgré ces incertitudes, la paroisse s’est mobilisée : « Nous avons préparé avec les servants d’autel la célébration de toute la Semaine sainte avec la liturgie complète », a confié le père Romanelli à l’AED.

Les servants d’autel, 29 mars 2026.

Le programme des célébrations dépendra de la situation sécuritaire. « Nous devrons évaluer le danger chaque jour », a déclaré le curé de la seule paroisse catholique de l’enclave palestinienne. Bien que les bombardements soient désormais moins fréquents, ils n’ont pas cessé. En cas de menace, les célébrations auront lieu à l’intérieur de l’église, mais pour le père Gabriel, l’essentiel « est avant tout de se souvenir de Jésus, de sa souffrance et de son amour rédempteur, afin que nous aussi nous puissions offrir notre souffrance pour la rédemption de tous et pour la paix à Gaza, à Jérusalem, dans toute la Palestine, en Israël, au Liban, en Iran, dans les pays du Golfe et dans tout le Moyen-Orient ».

Une liturgie vivante au cœur de l’épreuve

Le 29 mars, la célébration du dimanche des Rameaux, qui évoque l’entrée de Jésus à Jérusalem, s’est déroulée dans une atmosphère tendue et sous la pluie, selon les informations de l’AED. « Il y avait beaucoup de tirs le long de la ligne jaune [la limite militaire israélienne établie lors du cessez-le-feu d’octobre 2025], avec des éclats d’obus qui sont tombés sur notre toit », a déclaré le père Romanelli. En raison du danger, et après plusieurs tentatives, la paroisse a dû renoncer à décorer la croix surplombant l’église avec des rameaux. La structure qui la soutient porte encore les traces des bombardements, bien que la croix elle-même soit restée intacte. Cela aurait été un symbole fort à l’approche de Pâques. Malgré tout, la procession des Rameaux a pu se dérouler à l’extérieur, dans la cour de la paroisse, avant la messe.

Des participants au dimanche des Rameaux, Gaza, 29 mars 2026.

Les rites du Triduum pascal devraient être maintenus, avec des adaptations imposées par les circonstances. Le Jeudi saint, douze hommes choisis parmi des familles catholiques et orthodoxes participeront au lavement des pieds, signe d’unité œcuménique dans l’épreuve, même si, cette année, les orthodoxes célébreront Pâques une semaine plus tard que les catholiques à Gaza.

Le manque de temps et d’énergie a empêché la reconstitution habituelle de la Passion du Christ le Vendredi saint ; toutefois, une procession funéraire avec la « mise au tombeau du Christ » est prévue après la liturgie de la Passion. Les fidèles se rendront ensuite au petit cimetière situé à côté de l’église, en mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie dans la guerre, en particulier ceux des paroisses orthodoxes et catholiques de Gaza.

La communauté chrétienne de Gaza a payé un lourd tribut au conflit : près de 6 % de ses membres ont perdu la vie, soit 60 personnes. Parmi elles, 23 sont mortes à cause des bombardements ou de tirs de snipers, 23 en raison du manque de soins médicaux, et 14 en raison de leur âge dans des conditions aggravées par la guerre.

Le père Romanelli, mars 2026, avec deux paroissiens, en pleine préparation de la fête du dimanche des Rameaux. En plus de l’utilisation de rameaux, des branches d’oliviers sont aussi utilisées, comme sur la photo.

Le Samedi saint, la Vigile pascale sera célébrée dans toute sa richesse liturgique. Toutefois, les signes matériels de la fête refléteront les pénuries. En l’absence de sachets d’encens traditionnels, de l’eau bénite sera distribuée, ainsi que quelques chocolats que la paroisse tente d’obtenir « à tout prix », comme à Noël, en signe de joie pascale. « Espérons que toute la Terre sainte puisse se réjouir de la Pâque du Seigneur et que le Seigneur nous accorde la fin de cette terrible guerre et l’ouverture des frontières afin que les fournitures médicales puissent être acheminées », a exhorté le prêtre missionnaire dans son échange avec l’AED.

Entre crise humanitaire et signes de résurrection

Par ailleurs, « il reste difficile d’obtenir des livraisons importantes de matériel nécessaire à la reconstruction des habitations : il manque du verre, du bois, du ciment, des câbles, du fer, des installations électriques et des systèmes d’eau », a déploré le père Gabriel.

Aujourd’hui, la plupart des réfugiés chrétiens ont quitté l’enceinte de la paroisse pour tenter de reconstruire leur vie. Les familles sont retournées dans ce qu’il reste de leurs maisons ou ont trouvé refuge dans des logements abandonnés, prêtés ou loués, souvent dans des conditions extrêmement précaires. Pourtant, « le fait qu’ils aient commencé à essayer de vivre en dehors de la paroisse leur donne plus de force », observe le père Gabriel Romanelli.

La paroisse demeure néanmoins le cœur du soutien et de la stabilité : les enfants y viennent le matin pour l’école, puis l’après-midi pour des activités de prière. Et comme des espaces se sont libérés dans l’école après le départ des réfugiés, la paroisse commence à accueillir de nouveau des élèves musulmans, comme elle le faisait avant la guerre dans les écoles du Patriarcat latin de Jérusalem à Gaza.

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