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Visite du Pape du 14 au 18 août : « La Corée du Sud est pleine d’espérance et de joie »

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Sa Sainteté le Pape François était en visite en Corée du Sud du 14 au 18 août. Johannes Klausa, directeur du bureau sud-coréen de l’œuvre internationale de bienfaisance « L’Aide à l’Église en détresse », explique le contexte de ce voyage et les attentes dans le pays.

Propos recueillis par André Stiefenhofer.

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Monsieur Klausa, pourquoi le Pape François a-t-il décidé d’effectuer une visite en Corée du Sud ?

La jeunesse du monde, porte-flambeaux de la foi, est un sujet qui tient tout particulièrement à cœur au Pape, comme il l’a déjà montré en choisissant la Journée Mondiale de la Jeunesse à Rio pour son premier voyage à l’étranger. Pendant la visite du Pape, la jeunesse catholique d’Asie se rassemblera également en Corée à l’occasion de la « Journée de la jeunesse asiatique ». Le Pape François saisit cette opportunité pour s’adresser à la jeunesse de tout le continent depuis la Corée.

La Corée incarne comme presque aucun autre pays asiatique les deux thèmes de la persécution des chrétiens et de la croissance, particulièrement importants pour le Saint Père. Après la fin de la guerre de Corée en 1953, environ 190 000 catholiques vivaient en Corée. Aujourd’hui, seulement 60 ans plus tard, ils sont déjà plus de 5,4 millions !

L’Église coréenne est cependant aussi bâtie sur le sang et le témoignage de près de 10 000 martyrs. Aux XVIIIème et XIXème siècles, les catholiques s’opposaient diamétralement aux rites confucianistes de la dynastie Joseon, tels que le culte des ancêtres ou l’hommage au roi. Lorsque les chrétiens ne renonçaient pas publiquement à leur Dieu, cela leur coûtait en général la vie. Le Pape Jean-Paul II avait déjà canonisé 103 de ces martyrs en 1984. La béatification de 124 autres martyrs coréens, compagnons de Paul Yun Ji-chung, dont un seul était prêtre, est au centre du voyage de cette année. L’Église coréenne est une église laïque. Lorsque le premier prêtre foula le sol coréen à la fin du XVIIIème siècle, il y avait déjà 4 000 catholiques dans le pays.

Enfin, la Corée est comme aucun autre pays asiatique le point de mire de l’opinion publique mondiale. Avec la Terre Sainte, la péninsule coréenne est en effet un autre terrain de conflit de la politique mondiale qui s’embrase avec une régularité effrayante et plonge le monde entier dans l’inquiétude. Il n’est pas exclu que la visite du Pape puisse apporter un nouvel élan aux relations intercoréennes, actuellement gelées.

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©AED/ACN

Comment les gens se préparent-ils à la visite dans le pays ?

Lorsque S.E. le Cardinal Yeom Soo-jung m’a reçu pour un entretien dans son bureau il y a quelques semaines, un coussin orné d’un Pape de bande dessinée a immédiatement retenu mon attention. L’autorité et la représentation comme figure de bande dessinée ne sont en rien une contradiction en Corée. Les politiciens lors des campagnes électorales, et même la police, misent sur cette forme de représentation pour s’attirer des sympathies. Je vois désormais des représentations similaires du Pape dans tout le pays. Il y en a pour tous les goûts, des porte-clés à l’effigie du Pape François jusqu’aux figurines en plastique, foulards et bien sûr des t-shirts du Pape. Je trouve particulièrement intéressant que les t-shirts que les milliers de bénévoles porteront lors des manifestations avec le Pape François aient été fabriqués par des travailleurs de Corée du Nord dans la zone économique spéciale de Kaesong. Ici, des entreprises sud-coréennes emploient près de 50 000 travailleurs nord-coréens. Ces travailleurs savent-ils qu’ils contribuent à préparer la visite d’un Pape ?

38 personnalités coréennes ont par ailleurs enregistré pour la visite du Pape un hymne officiel qui devra être joué lors des différentes manifestations. Ils renoncent bien entendu à leur cachet et les revenus sont directement reversés à un projet social.

Les questions de sécurité figurent également à l’ordre du jour du comité d’organisation. Le Pape a officiellement demandé de ne pas être conduit en ville dans une limousine pare-balles, mais dans une petite voiture coréenne.

Bien entendu, la Corée ne se prépare pas uniquement par des chansons pop et des poupées en plastique, mais aussi dans des groupes de prière, des lectures et une prière spéciale à la visite du Pape. Les prêtres convient leurs paroissiens à se pencher intensément sur la teneur de la biographie et les encycliques du Saint Père, et en particulier sur l’encyclique « Evangelii Gaudium ». Dans les librairies laïques, les tables croulent également sous la quantité de biographies et autres livres sur le Pape François. Tout le pays se réjouit de la visite du Saint Père et y est préparé.

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©AED/ACN

Comment peut-on se représenter la vie de la communauté catholique en Corée du Sud ?

L’appartenance à un groupe social revêt une importance primordiale en Corée. Bien plus grande encore que dans la culture occidentale. Ainsi, la classe d’âge à l’école et à l’université détermine les amis que l’on aura durant toute une vie, c’est le point de départ central de l’identification personnelle.

Durant la vie professionnelle, peu de nouvelles amitiés se nouent et il est très difficile d’entrer dans de nouveaux groupes. Les paroisses constituent l’une des rares exceptions à cette règle. De nombreux catholiques coréens n’ont trouvé la foi qu’à l’âge adulte. Il existe bien entendu aussi des familles qui sont catholiques depuis des générations, mais elles sont aujourd’hui minoritaires. On est accueilli à bras ouverts dans la communauté de foi. C’est pourquoi les paroisses sont des institutions d’accueil pour les personnes de tous âges qui recherchent une communauté.

Les messes coréennes sont très pieuses, émotionnelles et très fréquentées. Ainsi, dix messes sont célébrées le dimanche dans la cathédrale de Myeongdong. Les statistiques publiées par la conférence épiscopale sont également impressionnantes : ainsi, les quelque 5,4 millions de catholiques coréens se sont confessés plus de 4,6 millions de foi en 2013.

Quels seront à votre avis les priorités de la visite du Pape ? Quelles seront les principales préoccupations de François, quels sont les accents et déclarations que nous pouvons attendre ?

Les priorités de la visite du Pape de cette année se révèlent parfaitement dans le programme : sa visite est placée sous le signe du verset d’Isaïe 60.1 : « Lève-toi, et resplendis ! Car ta lumière paraît, et la gloire de l’Éternel s’est levée sur toi ! »  C’est une invitation directe à tous les fidèles.

Lors de la « Journée de la jeunesse asiatique » à Daejeon, le Pape s’adresse spécifiquement à la jeunesse catholique d’Asie. Cette rencontre est placée sous le thème « Jeunesse asiatique, réveille-toi ! La gloire des martyrs vous éclaire ».

Le moment phare de sa visite en Corée est la béatification des 124 martyrs.

Sont également au programme de la visite de cinq jours une rencontre avec des personnalités d’autres communautés religieuses de premier plan et la visite d’un grand projet de l’Église catholique dans le domaine social. Dans une Corée du Sud moderne où l’aspiration aux richesses matérielles et au prestige social sont trop souvent exagérés, ce Pape prendra très certainement partie en faveur des nécessiteux et des faibles et se prononcera clairement contre l’adoration de l’argent et le consumérisme.

Lors de la grande messe au World Cup Stadium de Daejeon, le Pape réconfortera les survivants du naufrage du ferry « Sewol ».  À l’heure actuelle, aucun visiteur de haut rang ne peut se rendre en Corée sans adresser ses condoléances suite à ce terrible accident. On peut en outre s’attendre à ce que le Pape François s’exprime également sur le thème de la traite des êtres humains : à l’exemple du destin atroce des « femmes de réconfort » forcées à la prostitution dans les zones d’occupation japonaises qui ont été totalement passées sous silence par honte jusque dans les années 1990. Quelques-unes des rares survivantes de ces atrocités participeront à la messe pour la réconciliation.

Quelle est le poids de la présence de l’Église catholique dans l’opinion publique sud-coréenne ?

L’Église catholique a très bonne réputation en Corée. Elle est considérée comme tolérante et humble et jouit d’une autorité morale et d’une intégrité dans l’opinion publique.  Dans un sondage coréen actuel posant la question : « Quelle est la religion qui vous semble la plus digne de confiance ? », la foi catholique vient en première place avec 31,7 %.

La raison de cette image positive dans la société est peut-être que l’Église coréenne a toujours été « du bon côté de l’histoire » et que sa foi n’a pas été imposée par des missionnaires étrangers, mais examinée par des érudits coréens qui l’ont jugée bonne, puis apportée dans le pays. Lors des moments les plus sombres de l’histoire coréenne, elle a toujours lutté aux côtés des pauvres et des opprimés, contre l’occupant japonais et plus tard également contre les dictateurs nationaux en faveur de la démocratie et des droits de l’Homme.  Elle a contribué de manière déterminante au système social, fondé des universités, elle est responsable de nombreuses institutions sociales telles que des hôpitaux, maisons de retraite et foyers d’enfants et s’occupe des oubliés ou refoulés de la société.

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©AED/ACN

Quelle est le rôle de la Corée du Sud dans l’avenir de l’Asie de l’Est et quelles sont les intentions de prière spéciales de nos frères chrétiens sud-coréens pour nous ?

L’avenir a commencé depuis longtemps en Corée. Principalement par un développement économique sans précédent. En tant que moteur économique de la région, elle a réussi à rattraper le club des puissances économiques et s’est établie en tant que « poids-lourd » asiatique.

Malgré cette évolution rapide, l’épanouissement de l’individu a été négligé à de nombreux égards. Souvent, la tradition est oubliée, on court après tout ce qui est nouveau, et c’est l’humanité qui souffre la première de cette « société Balli-Balli » (balli-balli = vite-vite). Pour beaucoup, la richesse est venue du jour au lendemain, sans avoir eu le temps d’apprendre à gérer cette richesse. La crainte de perdre son statut social et la pression croissante sont insupportables pour les vainqueurs comme pour les perdants à ce jeu. L’ascension et la chute sociale sont ici souvent très proches l’une de l’autre.

Outre la prière toujours actuelle pour la paix, la réconciliation et la réunification, des intentions de prières importantes de la Corée pourraient concerner des thèmes sociopolitiques moins populaires et parfois même tabous. Une telle prière pourrait concerner le ralentissement et la diminution de la pression intolérable qui est transmise de haut en bas au sein d’une société extrêmement dure. Ou encore le déchirement de la société entre tradition et modernité, pauvreté et richesse, forces progressistes et conservatrices.

« L’Aide à l’Église en détresse » a une longue tradition en Corée du Sud : dès les années 1960, le fondateur de l’œuvre de bienfaisance, le Père Werenfried van Straaten, a visité ce pays encore fortement marqué par la guerre et soulevé une vague de solidarité avec la Corée en Europe. Pouvez-vous un peu nous raconter comment cette aide a évolué depuis lors ?

 

Avant de retourner en Corée en mai, j’ai beaucoup farfouillé dans les archives de Königstein. Dans les centaines de demandes de projets, rapports annuels et bien entendu notre bulletin se trouvent d’innombrables témoignages de l’engagement du Père Werenfried et de « L’Aide à l’Église en détresse » en Corée. Je ne cesse de rencontrer toujours ses traces aujourd’hui encore.

Au moins deux visites  du « Père au lard », en 1961 et 1962, sont attestées. De Séoul, il disait que c’était « la ville de la misère ». Comme les temps ont changé !

C’est cette évolution que reflètent notamment les projets de « L’Aide à l’Église en détresse » en Corée du Sud. Nous avons participé avec des montants relativement importants à quelques projets de construction, tels que la construction du séminaire de Suwon ou l’extension du séminaire de Séoul. J’ai toutefois aussi trouvé dans les dossiers de nombreux projets tels que des aides à la subsistance pour des sœurs et des frères religieux, de l’argent pour des livres, pour des moyens de transport ou encore un soutien régulier d’instituts et de personnes catholiques qui ont contribué, grâce aux dons de nos bienfaiteurs, à construire l’église coréenne d’aujourd’hui. Désormais, l’église catholique de Corée jouit d’une très bonne situation financière. Je n’avais encore jamais vu auparavant autant d’églises et de centres paroissiaux aussi bien équipés et modernes. Les graines que notre œuvre de bienfaisance a également contribué à semer ont porté leurs fruits.

Vous êtes vous-même le dernier « jalon » de cette longue histoire de l’aide. Depuis quand « L’Aide à l’Église en détresse » a-t-elle déjà son propre bureau en Corée du Sud et quels sont vos plans pour l’avenir ?

Ce jalon n’est pas encore tout à fait posé ! En partant de l’histoire de l’Église coréenne, de ses martyrs, de l’expérience personnelle de la douleur, de la pauvreté, de la destruction et de la guerre, mais tout en sachant bien aussi qu’un changement du statu quo et un essor sont possibles, la Corée a développé plus que tout autre pays une compréhension profonde de ce que signifie « L’Aide à l’Église en détresse ». Une compréhension sur laquelle je souhaite désormais m’appuyer pour grandir ici à Séoul.

 

 

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