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TERRE SAINTE – Un Noël triste pour les chrétiens

Malgré la visite pontificale en mai dernier, l’année qui s’achève n’ pas été pas bonne pour les chrétiens de Terre Sainte.

Oliver Maksan, AED International

Adaptation Robert Lalonde

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©Aide à l’Église en Détresse

Musa a plus de 70 ans. Plein de nostalgie, il porte son regard sur la vallée silencieuse où croissent des oliviers centenaires. Cette vallée fertile est aussi propice aux cultures fruitières et aux vignobles, qui donnent un vin réputé.

Durant sa longue vie, ce chrétien orthodoxe de Beit Jala, près de Bethléem, a été témoin de grandes souffrances en Terre sainte, de guerres, d’intifadas, de déplacements et d’expulsions. Jusqu’à présent, rien ne l’a cependant fait souffrir autant que la menace d’expropriation de ses terres. « Si la volonté de l’armée israélienne est exaucée, alors ils pourront me prendre mes terres et y construire leur mur. C’est comme si l’on me poignardait en plein cœur. Ces oliviers appartiennent à ma famille depuis de longues années. Ils nous nourrissent, mais on nous enlève plus que nos terres et nos revenus : on nous prend notre identité. »

Le tracé du mur de séparation

Le sort de Musa est identique à celui de 57 autres familles chrétiennes de Beit Jala, une localité majoritairement chrétienne proche de Bethléem. Directement ou indirectement, ils sont tous concernés par la confiscation des terres, soit parce que le mur de séparation doit être édifié sur leurs terres, soit parce que l’accès à leur propriété leur sera rendu plus difficile, sinon impossible.

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©Aide à l’Église en Détresse

La majorité des quelque 45 000 chrétiens de Palestine vivent dans cette région, le triangle chrétien formé par Bethléem, Beit Jala et Beit Sahour. L’image des localités est marquée par les clochers et les croix, et non par les minarets. La confiscation des terres menace aussi deux monastères catholiques. Cela fait des mois que les négociations sont menées devant la Cour suprême d’Israël à Jérusalem pour déterminer en dernière instance le tracé du mur de séparation. L’armée israélienne persiste à ce que le mur entre Israël et les Territoires palestiniens soit construit selon ce tracé et pas autrement.

Pour des raisons de sécurité, aucun autre tracé ne serait acceptable. Les Palestiniens n’y croient pas. Ils sont d’avis que la seule chose qui compte pour Israël est de s’approprier autant de terres que possible pour la construction de ses colonies. Le verdict de la Cour suprême est attendu sous peu. « Nous prions pour que le choix tombe sur un tracé alternatif, afin que les monastères et les familles puissent conserver leurs terres », explique Mgr Shomali du Patriarcat latin de Jérusalem et responsable des Territoires palestiniens.

Depuis d’innombrables vendredis, les fidèles se rassemblent dans les oliveraies de la vallée de Crémisan, pour y célébrer une messe et prier. Ils ont aussi écrit une lettre au Pape à Rome. « Nous continuons de croire en la justice et espérons le meilleur et je supplie les bienfaiteurs de l’Aide à l’Église en Détresse de prier avec nous pour que nous obtenions justice », renchérit Mgr Shomali.

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©Aide à l’Église en Détresse

Des pertes immenses

Quelques kilomètres plus loin, sur la Place de la Mangeoire à Bethléem, devant la Basilique de la Nativité, l’ambiance n’est pas meilleure. Tous les commerçants qui vendent des croix, des crèches et des rosaires dans leurs boutiques autour de la place se plaignent. Au terme d’une année empreinte de violence en Terre Sainte, les clients manquent à l’appel. « Nous étions pleins d’espérance lorsque le Pape nous a rendu visite ici en mai. Après, le président israélien Shimon Peres, notre président Mahmoud Abbas et le Pape se sont rencontrés à Rome pour prier pour la paix. Mais qu’est-il advenu ensuite ? C’était encore pire qu’avant », déplore George Azenian, un chrétien orthodoxe arménien.

Depuis trois générations, sa famille gère une boutique d’objets de piété près de la Basilique de la Nativité. « Il y a d’abord eu la Guerre de Gaza, puis les violences à Jérusalem. Les gens ont pris peur et ne viennent pas. Par rapport à l’an dernier, nous affichons des pertes immenses. Tous ne sont pas capables de les compenser. Espérons que les affaires marcheront au moins mieux aux alentours des fêtes de Noël. »

Dix-neuf familles chrétiennes surtout orthodoxes ont déjà quitté Bethléem au cours des trois derniers mois pour émigrer en Occident. Elles ne perçoivent aucun avenir pour elles-mêmes et leurs enfants dans la ville du Roi David et de Jésus-Christ.

À Gaza aussi, de plus en plus de chrétiens ont décidé d’émigrer. Au cours des dix dernières années, la moitié des 2 500 chrétiens qui y vivaient sont déjà partis. Aujourd’hui, la population de cette bande de terre le long de la Méditerranée, qui s’élève à plus de 1,8 million de personnes, ne compte plus qu’environ 1 300 chrétiens. Les catholiques y sont minoritaires au sein de la minorité, puisqu’ils sont encore à peine 170 personnes. « La guerre qui a sévi a durement touché notre Église », comment l’archevêque Mgr  Alexios, chef de l’Église grecque orthodoxe à laquelle appartiennent la majorité des chrétiens de Gaza.

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©Aide à l’Église en Détresse

Effectivement, une chrétienne a trouvé la mort lors des bombardements tandis que plusieurs autres personnes ont été grièvement blessées. Le cimetière orthodoxe a été touché, autant que des bâtiments des Églises catholique et orthodoxe. « Mais grâce à l’aide que nous avons apportée aux musulmans qui se sont retrouvés sans toit à cause des bombardements israéliens, nous avons gagné en estime dans la société », poursuit Mgr Alexios.

Toutefois, la situation humanitaire reste tendue dans la région. Des dizaines de milliers de gens n’ont toujours aucun foyer. Les pluies des dernières semaines ont submergé la bande de Gaza. Les Nations unies ont décrété l’État d’urgence. En raison du manque de véritables perspectives, cinq familles chrétiennes ont déjà quitté la zone depuis l’été, notamment pour partir en Belgique.

Les chrétiens d’Israël, quant à eux, ont d’autres soucis que leurs frères des Territoires palestiniens. Environ 160 000 chrétiens, dont quelque 80 % d’Arabes, vivent au sein d’une population totale de plus de huit millions de personnes. Mais le débat actuel sur le caractère d’Israël en tant qu’État juif – le gouvernement sortant de Benyamin Netanyahou veut adopter une loi définissant ainsi le caractère d’Israël – menace d’aliéner davantage la population arabe d’Israël. « Plus encore qu’auparavant, ils seront convaincus d’être indésirables ici », déplore le Père Pierbattista Pizzaballa, prieur franciscain et custode de Terre Sainte dans un entretien avec l’Aide à l’Église en Détresse.

L’année qui s’achève n’a pas été pas bonne pour les chrétiens de Terre sainte. Mais pour Musa, le vieil homme de Beit Jala, le pire peut encore survenir. « S’Ils nous prennent nos terres, ce sera un Noël très triste.

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