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Terre sainte

difficile Noël à Bethléem

 

Joseph et Marie berçaient calmement l’Enfant Jésus. Les bergers les entouraient. Complètement au fond du dédale de chapelles souterraines situées sous l’Église de la Nativité à Bethléem, des enfants costumés représentaient la scène de la naissance du Sauveur. Elle s’est déroulée tout près d’eux, il y a plus de 2000 ans. La grotte où une étoile d’argent marque l’emplacement de la naissance n’est éloignée que de quelques mètres.

Les enfants handicapés vivants à la maison gérée par les Sœurs de l’Institut du Verbe incarné, situé à proximité de l’Église de la Nativité.
Les enfants handicapés vivants à la maison gérée par les Sœurs de l’Institut du Verbe incarné, situé à proximité de l’Église de la Nativité, en pleine reconstitution théâtrale de la Nativité. « Nos enfants ont besoin d’impressions fortes pour saisir les vérités de notre foi.»

 

Les petits comédiens étaient des enfants handicapés venus de Palestine pour représenter la Sainte Famille et les Rois Mages. Ils vivent dans une maison gérée par les Sœurs de l’Institut du Verbe incarné, à proximité de l’Église de la Nativité. « Nos enfants ont besoin d’impressions fortes pour saisir les vérités de notre foi », a expliqué Sœur Marie, qui s’occupe des petits. « Participer au spectacle de la Nativité les aide à comprendre le mystère de Noël. Que Dieu se soit fait petit enfant, aussi faible qu’eux, pour partager notre sort par amour, devient ainsi évident pour eux. »

 

Le vif contraste entre la scène silencieuse et pacifique dans l’Église de la Nativité et la situation générale qui règne en Terre sainte est saisissant. Aucune trace de paix en cette période de Noël. Depuis des mois, une vague de violence ébranle Israël et la Palestine. Fin septembre 2015, plus de vingt Israéliens ont été tués par des assaillants palestiniens. Dans la plupart des cas, avec des couteaux et d’autres armes blanches. Lors de la riposte israélienne, plus de cent Palestiniens ont été tués au cours des violents affrontements et des centaines d’autres ont été blessés.

 

Les violences avaient été déclenchées par des craintes qu’Israël veuille modifier le statu quo sur l’Esplanade des mosquées à Jérusalem, vénérée comme sanctuaire par les musulmans autant que par les juifs. Des observateurs estiment cependant que la raison profonde de ces troubles réside dans l’impasse politique entre Israéliens et Palestiniens. Et, une solution politique et un accord portant sur deux États ne semblent pas être à portée de vue.

 

Des festivités plus sobres et le tourisme en chute libre

 

En 2015, par respect des victimes de la violence, l’administration municipale de la ville de Bethléem a décidé d’organiser des fêtes de Noël plus simples. Vera Baboun, la maire catholique à la tête de la municipalité, a expliqué en quoi cette année se distinguait des autres. « Nous ne voulions pas seulement fêter Noël comme si de rien n’était. Lorsque nous avons dressé le sapin de Noël devant l’Église de la Nativité, nous avons renoncé au feu d’artifice. Au lieu de cela, les cloches des églises de la ville ont sonné. Les cloches d’églises du monde entier se sont jointes à ce carillon pour la paix. En outre, nous avons réduit l’illumination festive. Nous voulions montrer que nous célébrons la naissance du Prince de la paix alors que nous ne vivons pas en paix et que nous portons le deuil de nos morts. »

 

Toutefois, la violence ne s’est pas seulement traduite par la réduction du nombre de festivités religieuses. Le secteur touristique de Bethléem déplore que cette saison soit restée très en deçà des attentes, alors que la période de Noël est décisive pour Bethléem en général, et pour les chrétiens qui l’habitent en particulier. En effet, de nombreux chrétiens vivent de la restauration et de l’hébergement des pèlerins, et de la vente d’objets religieux de piété.

 

« Cette année a été très mauvaise », indique Jack Giacaman dans un entretien avec l’AED. Ce catholique vend des figurines sculptées en bois d’olivier de Bethléem. Sa boutique à proximité de la Grotte du lait, où la tradition veut que la Sainte Vierge Marie ait allaité l’Enfant Jésus, est restée vide. « Depuis la guerre de Gaza, l’an dernier, les gens ont peur de venir en Terre sainte. C’est complètement infondé. Les pèlerins sont en sécurité ici. Et pourtant, beaucoup de gens ont annulé leurs réservations. » La Chambre de commerce de Bethléem a estimé qu’en 2015, durant la saison de Noël, à peine la moitié des nuitées habituelles ont été réservées. Là où, jadis, Marie et Joseph n’avaient pas trouvé d’endroit où dormir, beaucoup de chambres sont restées inoccupées.

 

Des travailleurs palestiniens passent au ''check point'' pour rentrer à la maison.
Des travailleurs palestiniens passent au ”check point” pour rentrer à la maison.

Face aux circonstances économiques et politiques difficiles, de plus en plus de familles chrétiennes décident de quitter Bethléem et la Terre sainte. De plus, et malgré des années de procédures juridiques, près de soixante familles chrétiennes dans la vallée de Crémisan – près de Bethléem – ont perdu leurs terres à cause du mur de séparation construit par Israël.

 

 

 

 

 

 

Une situation qui pèse encore plus sur le moral et fait douter de nombreux chrétiens d’un avenir en Terre sainte. « Récemment encore, d’autres familles sont parties. C’est très douloureux pour nous », regrette le Père Ricardo Bustos en entrevue avec l’AED. Le prêtre est gardien du monastère franciscain à côté de l’Église de la Nativité. En mai dernier, il a pu y accueillir le pape François. Les deux hommes se connaissent depuis l’époque où l’actuel pape œuvrait encore en Argentine.

 

« En tant qu’Église, nous voulons profiter de cette Année de la Miséricorde pour rappeler leur vocation aux chrétiens de Bethléem et pour les renforcer dans leur foi. Ils sont témoins de la paix que Jésus-Christ nous a apportée. Et, même si la paix nous semble encore être tellement lointaine — et que la voie qui y mène soit si rocailleuse —, le fait que Dieu se soit fait homme ici même il y a 2000 ans est un signe d’espérance pour ce pays et sa population. »

 

 

 

 

 

 

Selon le Père Bustos, c’est particulièrement valable durant l’Année de la Miséricorde, proclamée par François. La veille de Noël, avant la messe de minuit, le patriarche latin de Jérusalem a d’ailleurs ouvert une Sainte Porte dans l’église catholique de Sainte Catherine d’Alexandrie, à côté de l’Église de la Nativité. Plein de conviction, le Père Bustos déclare : « Jésus-Christ est la porte qui mène à la paix avec Dieu et entre les hommes », avant d’ajouter, « Dieu est venu pour changer notre histoire. Même si l’Enfant Jésus dans la crèche semble être infiniment fragile, la promesse de Dieu est forte et solide. »

Frère Ricardo Bustos: « Récemment, encore d’autres familles sont parties. C’est très douloureux pour nous ».
Père Ricardo Bustos: « Récemment encore, d’autres familles sont parties. C’est très douloureux pour nous ».

 

Par Oliver Maksan, adaptation par Mario Bard, AED Canada

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