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Syrie – « Regardez mes enfants, ce sont des réfugiés ! »

Eva-Maria Kolmann, AED International

Adaptation Robert Lalonde, AED Canada

« Il était une fois des enfants qui cherchaient un petit endroit sûr. Ils ont trouvé une maison où se cacher. Un petit garçon est sorti parce qu’il avait faim et voulait aller chercher quelque chose à manger. Il a été abattu d’un coup de feu. »

FACEBOOK SYRIE 2Le petit Fedi, âgé de huit ans et originaire de Seir, en Syrie, a écrit cette triste histoire. Déjà à son âge, il a vu beaucoup de gens tués. Un jour qu’il rentrait de l’école, toute la rue devant lui était jonchée de morts. Il y en avait tant qu’il lui a fallu parfois enjamber les cadavres pour continuer son chemin. Il a couru d’une maison à l’autre pour se protéger des bombes et des tirs des snipers. Après, il a dessiné une image avec des crayons de couleur. Elle montrait un soldat de l’armée syrienne et un membre de l’opposition qui se tiraient dessus. Il n’est pas le seul à avoir vécu ces choses-là, même les plus petits enfants syriens sachant à peine parler savent ce que signifie « pan-pan ». Souvent, la nuit, ils pleurent à chaudes larmes.

Rien n’a été épargné à la famille de Fedi. L’un de ses oncles a été enlevé et son cadavre a été découpé à la hache. Les kidnappeurs ont téléphoné à sa veuve avec le portable du mort. « Vous pouvez venir récupérer le cadavre », lui ont-ils dit. Un voisin de la famille a également été kidnappé, assassiné et coupé en morceaux. Presque tous les réfugiés syriens peuvent raconter de telles histoires terribles.

Vivre dans une dizaine de mètres carrés

Une nuit, une bombe s’est abattue sur la maison voisine de Fedi. Avec sa sœur, ils ont commencé à prier la Sainte Vierge à haute voix. « Sainte Mère de Dieu, fais que les combats s’arrêtent », imploraient-ils. C’est à cette époque que la famille a décidé de fuir. Ils ont trouvé refuge dans la ville de Zahlé, au Liban, non loin de la frontière syrienne où trois familles vivent dans un minuscule deux-pièces. Entre-temps, l’une des tantes de Fedi a donné le jour à des jumeaux – un petit garçon et une petite fille. Les bébés n’ont que quelques semaines.

Les enfants ont dessiné une croix avec le cœur de Jésus sur le mur de la chambre. Quelques effigies de saints sont accrochées au-dessus. Sinon, il n’y a rien que quelques vieux fauteuils offerts par des voisins compatissants. Ils paient un loyer de 200 dollars pour cet appartement beaucoup trop exigu. C’est que le gouvernement libanais ne met pas de logements à la disposition des réfugiés. Ils louent donc des garages, de minuscules studios ou même des tentes –  en règle générale, à des prix prohibitifs.

À Beyrouth, les logements sont particulièrement chers. « Ils veulent 1000 dollars par mois », se plaint Rasha, une jeune femme musulmane de 29 ans qui a trouvé refuge dans la capitale libanaise avec ses trois enfants, son mari, la famille de son beau-frère et ses parents. La famille ne pouvait pas se permettre de loyer aussi élevé. Voilà pourquoi treize personnes vivent maintenant depuis six mois sur une dizaine de mètres carrés à peine.

Au début, ils avaient une couverture de laine pour trois personnes.  « Mon père se meurt sous nos yeux et nous ne pouvons rien faire pour lui », raconte Rasha en sanglotant. La famille est originaire d’Alep. Elle s’est enfuie en catastrophe, chassée par des hommes armés qui pillaient la maison familiale. « Nous n’avons rien pu emporter. Les enfants étaient encore en pyjama lorsque ces terroristes sont arrivés et nous ont menacés. Je n’ai même pas pu prendre les documents des enfants », ajoute la jeune femme.

 « …l’Église qui nous aide, bien que nous soyons musulmans. »

Ils ont donc eu des problèmes à la frontière. Le douanier ne voulait pas les laisser entrer au Liban parce que la mère ne pouvait prouver que les FACEBOOK SYRIE 1enfants étaient bien les siens. Au terme d’interminables pourparlers, ils ont enfin pu passer la frontière. Après, la petite Reema est tombée gravement malade, son corps se couvrant d’une éruption cutanée. Le petit Nidal aussi était malade. Il a même fallu l’hospitaliser et la famille a dû payer 300 dollars pour le faire soigner.

L’Église catholique aide autant que possible les réfugiés, en leur fournissant du mazout, des couvertures, des vêtements, des paquets de vivres, des soins médicaux et un soutien financier afin que les familles puissent payer le loyer et les frais scolaires pour leurs enfants.

De nombreuses familles ont honte de dépendre de l’aide d’autrui.  « En Syrie, nous avions une grande maison, nous avions tout ce qu’il fallait. Je n’ai jamais été obligée de demander quoi que ce soit à qui que ce soit », dit Rasha en pleurant. « Il y a peu de temps encore, c’était nous qui aidions les autres. J’ai tellement honte aujourd’hui de demander de l’aide. Je n’aurais jamais cru me retrouver un jour dans une telle situation ». Désespérée, elle s’exclame : « Regardez mes enfants, ce sont des réfugiés. Parfois je regrette d’avoir des enfants. Qu’adviendra-t-il d’eux ? C’est impossible de vivre ainsi. Et il n’y a que l’Église qui nous aide, bien que nous soyons musulmans. »

L’Aide à l’Église en Détresse lance un appel urgent aux dons pour le soutien des réfugiés, car derrière chaque réfugié, il y a un destin bouleversant. Par exemple, celui de Ranja. Sous les yeux de ses cinq enfants, elle a été violée par des soldats alors que la famille voulait passer la frontière.

Peut-être plus d’un million de réfugiés

Pétronille, assistante sociale dans l’infirmerie des Sœurs du Bon Pasteur à Beyrouth où les réfugiés trouvent de l’aide, raconte que son mari a perdu une jambe à cause de l’explosion d’une bombe alors qu’il voulait venir la chercher. Une autre jeune femme, de 18 ans à peine, n’était mariée que depuis quatre jours quand le jeune couple a décidé de fuir au Liban. Lorsque des soldats l’ont saisie pour la violer, son mari a voulu la protéger. Il a été aussitôt abattu.

« La plupart des gens viennent d’abord ici avec des ennuis physiques. Il est difficile pour eux de parler de leurs traumatismes psychiques », affirme l’assistante sociale. « Un adolescent de 15 ans est arrivé avec sa mère. Il ne parlait plus à personne, même pas à sa mère. Il n’arrivait pas à dormir la nuit, il était agité et agressif, il faisait des cauchemars et était pris de tremblements, incapable de rester un moment tranquillement assis. À Alep, il a vu mourir la moitié de ses camarades de classe dans l’explosion d’une bombe. Il est venu à l’établissement scolaire et y a vu des têtes et des membres arrachés. Au début, il ne m’a même pas regardée », raconte Pétronille. C’est un immense défi que de soigner ce genre de traumatisme.

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Le nombre exact de réfugiés déjà entrés au Liban n’est pas clair. Un peu plus de 200 000 d’entre eux sont enregistrés, mais en vérité, il sont considérablement plus nombreux, car plusieurs d’entre eux ont peur et ne font pas confiance à l’ONU. Ils ne se font donc pas enregistrer. S’ajoute à cela le fait que de nombreux Syriens travaillaient de toute manière au Liban depuis longtemps. À présent, ils y accueillent leurs proches chez eux. Des représentants de l’Église estiment donc qu’en réalité, il pourrait déjà y avoir largement plus d’un million de réfugiés.

Les gens venus de Syrie ne souhaitent qu’une seule chose : que la guerre cesse enfin. La plupart d’entre eux ne s’intéressent pas à la politique. Ils veulent un avenir pour eux-mêmes et leurs enfants. Ils veulent que les massacres insensés s’arrêtent. Ils veulent retrouver leur vie d’avant. La majorité des réfugiés préféreraient retourner chez eux plutôt aujourd’hui que demain. D’autres ne croient plus qu’il y ait le moindre espoir pour leur patrie. Ils ont tous besoin d’aide et d’une main tendue vers eux pour ne pas sombrer dans le désespoir. Au nom de toutes les mères syriennes, Rasha montre ses enfants : «  Regardez-les ! »

Demain : « Nombre croissant de réfugiés syriens »

Extrait :    «Si l’on peut profiter de la présence de certains groupes ici au Liban, qu’ils soient partisans ou opposants du régime syrien, il y a toujours des gens qui instrumentaliseront ces pauvres réfugiés.»

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