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Syrie- « Quelque chose s’est brisé en nous »

Eva-Maria Kolmann, AED International

Adaptation Robert Lalonde, AED Canada FACEBOOK SYRIE 9

Élia est un petit monsieur d’un certain âge. Rien ne donne à penser que ce placide ingénieur originaire de la ville de Homs, en Syrie, a vécu une fuite aussi aventureuse que dangereuse. Sa famille avait déjà trouvé refuge au Liban lorsqu’il décida de retourner encore une fois dans sa maison de Homs pour y récupérer quelques affaires. Il ne restait rien des biens de la famille, tout avait été pillé. « Ils avaient tout pris : le lave-linge, le téléviseur, les vêtements de ma fille – tout ! », raconte-t-il.

À présent, il ne pouvait plus partir lui-même à cause des francs-tireurs dissimulés partout. Deux semaines durant, il restait prisonnier de sa propre maison avant d’oser s’en enfuir. Il a sauté par-dessus des murs, cherchant le couvert partout où c’était possible, et est arrivé enfin dans la maison d’un ami propriétaire d’une entreprise de pompes funèbres. Celui-ci l’exfiltra clandestinement de la ville dans un corbillard.

Élia est incapable de retenir ses larmes en nous racontant son histoire : sa femme est très malade, son fils s’est marié récemment et deux de ses neveux ont été tués par des obus. L’un d’eux n’avait que dix-sept ans et est décédé devant la maison de ses parents. Tandis que le frère l’Élia a été enlevé et torturé pendant huit jours. « Les ravisseurs lui ont injecté de l’essence dans les vaisseaux sanguins et l’ont frappé sur la tête. Il a survécu, mais depuis, il est gravement malade », raconte Élia, les larmes aux yeux. Trois cousins de sa femme ont également été enlevés. Ils étaient les frères d’un prêtre et l’un d’eux a été tué en se sacrifiant pour que ses deux frères puissent survivre.

Élia est convaincu que de nombreuses exactions sont menées sciemment contre les chrétiens. Quatre familles chrétiennes vivaient dans un quartier musulman. Leurs magasins ont été incendiés, la moitié d’entre eux assassinés tandis que les autres se sont enfuis. « Les chrétiens ne pourront jamais plus vivre en Syrie », pense-t-il. Il ne veut jamais plus retourner dans sa patrie. Sa fille de 31 ans, quant à elle, voit les choses autrement, préférant rentrer aujourd’hui chez elle plutôt que demain. Tout ce qu’elle avait avant la guerre lui manque. Elle veut enfin retrouver la vie qu’elle menait autrefois.

« Nous n’avons pas le choix de partir »

BRISÉ EN NOUSRita, dans la trentaine, regrette aussi son ancienne vie. « Quelque chose s’est brisé en nous », murmure la jeune femme à l’aspect soigné. À Damas, son mari Nicola, 35 ans, dirigeait une clinique. Celle-ci n’existe plus, ayant été bombardée. Il y a un mois et demi, la famille s’est enfuie à Beyrouth, la capitale libanaise. Marie, leur fillette de quatre ans, a toujours peur lorsque son père s’en va. Elle lui dit alors : «  Papa, fais attention à ce que les méchants garçons ne viennent pas pour te tuer ! »

En effet, Nicola serait la victime idéale de kidnappeurs. Pas seulement à cause de la rançon, mais aussi parce qu’en tant que médecin, on pourrait l’obliger à soigner des blessés dans un camp de rebelles. « Mon cousin a déjà été enlevé. Nous sommes tous chrétiens. Je ne sais pas comment il est parvenu à persuader ses ravisseurs qu’il s’appelait Ahmed et qu’il était musulman. Ils l’ont alors relâché. Je crois qu’ils veulent chasser les chrétiens hors du pays », suppose Nicola. « Au fond, nous autres, chrétiens, ne voulons pas partir, mais nous n’avons pas le choix », ajoute-t-il tristement.

À la fin, à Damas, la jeune famille ne pouvait plus bouger que dans un rayon d’un kilomètre. « Il n’y a plus aucune zone sûre à Damas. Partout, des voitures piégées à la bombe peuvent exploser à tout moment. Il me semble qu’il y a plus d’attentats dans les quartiers chrétiens », estime le jeune médecin. Alors qu’une roquette s’est abattue tout près de leur maison, ils se sont enfuis chez des amis au Liban où le coût de la vie est beaucoup plus cher qu’en Syrie.

La famille épuisa rapidement toutes ses économies. Nicola ne peut pas travailler comme médecin au Liban. Pour y obtenir une autorisation d’exercice, il devrait payer $100 000. « Si j’avais autant d’argent, je n’aurais pas à travailler », dit-il. « Entre-temps, j’accepterais n’importe quel travail pour nourrir ma famille ». Ils n’avaient jamais voulu quitter leur pays, mais maintenant, ils envisagent d’émigrer pour toujours à l’étranger – peut-être aux États-Unis.

ANONYME Comme la plupart des réfugiés syriens, ils paniquent à l’idée que leur nom ou des photos de leur visage puissent être publiés. Nombreux sont ceux qui ont peur de se faire enregistrer auprès des Nations Unies, parce qu’ils craignent que leurs données puissent être transmises à autrui. Beaucoup de chrétiens disent : « Nous ne sommes partisans d’aucun parti. Nous voulons seulement vivre tranquillement et en sécurité. C’est pour cela que les deux côtés se vengent de nous. »

L’Aide à l’Église en Détresse  lance donc un appel urgent pour obtenir des dons pour que l’Église catholique puisse venir en aide sur place aux réfugiés.

Demain : « Les enfants pacificateurs »

 Extrait :  « Il y a quelque temps, l’évêque a rendu visite aux enfants. Ils lui ont présenté des danses et un spectacle avec des scènes bibliques. « Nous sommes les enfants de la paix », lui dirent-ils, ce qui a particulièrement réjoui Sœur Marie-Rose, elle qui travaille aussi avec les parents de ces enfants. »

 

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