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Syrie – La route de la mort

AZIZ

L’exposition photographique qu’Aide à l’Église en Détresse Canada a tenue du 19 février au 3 mars dernier, au Relais Mont-Royal, à Montréal, a donné lieu à de très belles rencontres. Il y a eu notamment celle avec Aziz (nom fictif que nous donnerons à ce témoin de la guerre en Syrie qui préfère garder l’anonymat par mesure de sécurité pour sa famille), un homme d’une quarantaine d’années, originaire de la Syrie. Aziz témoigne de ses six mois, passés en Syrie, entre mai et novembre 2012.

 Robert Lalonde, AED Canada

 Aziz a vécu en Syrie jusqu’à l’âge de 16 ans avant de venir s’installer au Québec avec sa famille. Chaque année, ce Syrien avait l’habitude de retourner dans son pays natal. D’abord pour étudier, puis, peu à peu, par amour, par plaisir et pour retrouver sa famille et ses amis.

En mai dernier, après avoir communiqué avec des amis d’Alep pour connaître la situation en termes de sécurité et après avoir appris que la paix y régnait, il a décidé de partir seul pour deux ou trois mois, question de revoir sa maison et quelques amis autour qu’il fréquentait.

Puis, subitement, quelques semaines plus tard, tout a changé. La guerre est arrivée tel un invité indésirable, bousculant autour d’elle la quiétude de cette ville considérée comme la plus vieille ville habitée au monde. La majorité des 1 693 803 Aleppins s’apprêtaient à voir leur vie transformée de bout en bout. Dorénavant, le bruit fracassant des bombes, conjugué à celui assourdissant des rafales de mitrailleuses, venait enterrer la musique dans les cafés, faire disparaître en fumée les denrées les plus élémentaires et perturber sans pitié tous les moyens de communication.

Tant de fantômes à apprivoiser

« Nous ne pouvions plus nous déplacer librement; le prix de la nourriture s’est mis à grimper de façon drastique et celui de l’essence de façon non moins vertigineuse; et je ne vous parle pas des communications qui faisaient défaut, tout en nous empêchant de rassurer ceux qu’on aime; nous avons aussi été privés d’électricité et d’eau courante pendant de longues périodes »,  nous précise Aziz. Puis, il ajoute :    « Nous devions parfois faire la queue entre 8 et 24 heures pour obtenir de la nourriture tellement la pénurie était importante. »

Lui qui espérait retrouver sa maison et partager un peu d’amitié avec ses voisins, devait maintenant se résigner à partager plutôt de la peur et beaucoup de souffrances. « J’ai vu mourir deux personnes juste derrière moi. J’ai évité de me retourner pour de pas imprimer ces images dans mon esprit, mais je n’en ai pas moins retenu la douleur », raconte-t-il, encore troublé par cette scène.

Nombreux sont les souvenirs qu’il voudrait oublier, mais avec lesquels il doit dorénavant apprendre à vivre. « Quand on se promenait le jour, on apprenait ou on découvrait toutes sortes de choses. Tantôt on rencontrait des enfants qui déambulaient dans les rues, séparés de leur famille qui avait été brisée par des attaques ayant causé la perte de leur foyer, tantôt on voyait des gens camper dans les parcs pour se réfugier ou encore, tantôt on entendait des rumeurs prétendant que telle ou telle personne devait, pour sauver un des leurs, verser une telle rançon que les chances de la rassembler étaient presque nulles. »

Toutefois, par-dessus tout, il y a un épisode qui l’a manifestement plus ébranlé et qui hante de façon persistante sa mémoire : « Je me rappelle cet enfant de sept ans qui dormait sur le trottoir et qui avait perdu toutes traces de sa famille. Nous lui avons donné à manger et ma voisine l’a hébergé pour le protéger. » Tant de fantômes à apprivoiser.

MARTA - AZIZLa décision ultime

Finalement, découragé de n’apercevoir aucune lueur d’espoir quant à un règlement possible après avoir vécu six mois d’angoisse – plutôt que deux ou trois comme il l’avait prévu au départ -, il a décidé de revenir en priant Dieu de l’accompagner. Aziz a donc risqué un départ pour l’aéroport.

« Je savais que je m’engageais sur la route de la mort. J’avais entendu parler de ces quatre Arméniens qui, après avoir pris un taxi pour l’aéroport, s’étaient fait tués avant d’arriver à destination. Je savais aussi que plusieurs Aleppins, après s’être entassés dans des autobus, espérant fuir vers Damas, s’étaient fait kidnapper ou tout simplement tués avant même d’avoir parcouru la moitié du chemin. Mais je ne pouvais imaginer le moment où tout ce chaos cesserait », raconte Aziz avec des trémolos dans la voix.

« Le taxi qui m’avait coûté 2$ à mon arrivée, m’en a coûté 100$ pour ce voyage très risqué, tant pour moi que pour le chauffeur à qui j’avais décidé de faire confiance. Est-ce que je pouvais faire autrement? », conclut-il.

 

Questionné quant à savoir s’il avait pensé mourir, il répond : « Vous savez, nous vivions quotidiennement sous la menace d’obus qui tombaient n’importe où, des tirs des snippers qui tiraient sur n’importe qui et des voitures piégées qui explosaient n’importe quand. Bien sûr, que j’ai eu peur de mourir. Un jour, continue-t-il, j’ai vu un prêtre appuyé sur le bord de sa fenêtre ouverte se faire tirer. Heureusement, la balle l’a raté, mais j’en vois encore la marque sur le mur en chaux. »

Aujourd’hui, marqué profondément par cette expérience, Aziz est heureux d’avoir retrouvé sa famille et de pouvoir enfin se déplacer dans la ville en toute sécurité, tant le jour que le soir, moment pendant lequel il ne pouvait pas sortir quand il était à Alep.

Aziz désire cependant terminer par ce message qu’il juge fondamental en cette année de la foi : « Je souhaite inviter tout le monde à croire que Dieu n’est pas qu’une remorque qu’on utilise en temps de troubles, mais plutôt à croire qu’il est un guide que nous devrions suivre en tout temps. »

 

Demain : « Ne perdez pas espoir »

Extrait:

« Tout le monde a peur, car ils ne savent pas combien de temps il leur reste à vivre. Lorsque quelqu’un va au travail, il ne sait pas s’il en reviendra. La peur marque toute leur vie. »

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