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11 Oct 2019, by Mario Bard in Amazonie, Par Rodrigo Arantes, Vatican

Synode sur l’Amazonie

« Les peuples autochtones ont Dieu avec eux depuis longtemps »

Par Rodrigo Arantes, ACN-International
Révision française: Mario Bard, AED-Canada

Le Synode sur l’Amazonie se tient du 6 au 27 octobre au Vatican. Il s’agit d’un Synode qui attire l’attention non seulement des catholiques, mais aussi du monde entier. Mgr Neri José Tondello est évêque du diocèse du Mato Grosso et l’un des 18 membres du Conseil présynodal. Lors d’un entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse, il raconte l’histoire récente de l’Église en Amazonie, ainsi que l’expérience de l’Évangile avec les peuples autochtones. Il clarifie également le rôle consultatif du Synode.

 

Vous avez fait partie du Conseil présynodal. Le Synode attire l’attention non seulement au sein de l’Église, mais aussi dans tous les médias. À quoi attribuez-vous tant d’intérêt pour ce Synode ?

 

Le Synode sur l’Amazonie a une longue histoire. Il est clair qu’il finit par susciter un grand intérêt, parce qu’il traite d’une écologie intégrale. Cela s’étend aux peuples autochtones qui vivent en Amazonie, en particulier aux peuples autochtones, qui sont les premiers et légitimes propriétaires de l’Amazonie. Mais il y a aussi les habitants des rives des fleuves, les quilombolas (descendants des anciens esclaves africains), les colons et tous ceux qui vivent dans la région et qui sont à la recherche d’une vie meilleure. L’écologie intégrale cherche à étudier la maison commune dans son ensemble, et la Panamazonie est une réalité qui bénéficie à la planète entière.

Mgr Dom Neri Tondello célèbre la messe dans une chapelle de chaume.

Cette région, dans le contexte de l’idée de la maison commune, est affectée par les problèmes qui causent des impacts importants et dramatiques. J’y ajoute désormais les incendies criminels qui sont un grave problème et une menace. Auparavant, on ne prêtait pas une grande attention à l’impact des incendies. Mais après tout incendie, il y a la déforestation et l’exploitation illégale de la forêt, l’agro-industrie. Les rivières sont empoisonnées, ce qui tue les poissons. Les barrages hydroélectriques et l’exploitation minière — qui utilise des produits toxiques tels que le mercure — tuent également les poissons. Nous parlons ici des aliments de base des peuples autochtones. Tout cela finit par compromettre la biodiversité de la Panamazonie.

 

Nous avons ici le contexte général dans le cadre duquel la question ne s’est pas limitée au débat interne à l’Église, mais de fait, finit par impliquer le monde entier, parce que l’Amazonie n’est pas séparée du reste du monde. Tout est interconnecté, tout est relié : il y a donc des retombées mondiales. Le Pape François se demande aussi ce que le monde peut faire pour sauver l’Amazonie.

 

Qu’est-ce que le Synode sur l’Amazonie pour vous ?

 

Je peux dire que le Synode est un Kairós1. Je sais que le monde a déjà beaucoup parlé de la question, et que la diffusion du Synode prend de nombreuses formes. Et, même si les gens en parlent en mal, condamnent et disent des choses horribles sur le Synode, la grande majorité voit de manière positive cette assemblée spéciale pour la région panamazonienne et pour toute l’Église. Quand on est au centre du processus de préparation, on le sent. Celui qui n’aime pas critique, mais en général le Synode est un Kairós pour l’Église. Nous allons demander de prier beaucoup pour que nous puissions avoir le don du discernement.

 

Nous avons tendu l’oreille à la réalité amazonienne et aux clameurs des peuples qui ont exprimé leurs lamentations. Pendant la célébration du Synode, nous écouterons les scientifiques et surtout nous entendrons ce que l’Esprit saint a à dire aux Églises qui se trouvent en Amazonie.

 

 

Il est important de se rappeler que le Synode n’est pas délibératif. De par son règlement, il est consultatif. Mais ne manquons pas de courage pour proposer de nouvelles voies pour l’Église et pour une écologie intégrale. Puisse ce grand événement aider le Pape François à prendre les décisions nécessaires, et à nous donner une direction sûre qui réponde à cette merveilleuse réalité qu’est notre Amazonie bien-aimée.

 

Que faut-il pour empêcher que l’Église ne soit « qu’en visite » en Amazonie ?

 

Photo: Projet soutenu par l’AED – Achat d’un système de génératrice alimenté à l’énergie solaire pour le bateau « Itinerante », dirigé par père Gino Alberati

Nous importons des processus d’évangélisation d’hommes et de femmes qui sont venus de l’extérieur, qui ont donné leur vie et dont beaucoup d’entre eux sont des martyrs de l’Amazonie. Et, bon nombre des projets importés n’ont pas toujours été les meilleurs. Il s’agissait de projets de colonisation, de domination, et ils ne tenaient pas compte du potentiel qu’il y avait ici. En d’autres termes, ils ne tenaient pas compte du visage de l’Amazonie, qui est devenue le protagoniste de son propre projet d’évangélisation à travers l’inculturation de l’Évangile incarné dans la réalité des « graines du verbe » présentes chez les peuples autochtones, les habitants des rives des fleuves, les colonies, et chez tous les habitants de cette région. Par conséquent, pour avoir une Église plus permanente, plus efficace et plus présente, proche des gens, des populations, des groupes, pour la formation religieuse, mais aussi l’organisation de la communauté, il est nécessaire de multiplier les dons, les charismes, les ministères, les présences humaines. Bien sûr, le point de départ de tout est le baptême : une Église baptismale et collégiale, et non une Église cléricale. Je voudrais dire à ce sujet que le document Instrumentum laboris (instrument de travail) met sur la table du Pape une ouverture à cet appel.

Le célibat2 ne s’éteindra jamais, car il sera toujours un don fait à l’Église. Mais je crois aussi que l’Église peut penser à partir de la théologie de la spiritualité, de la pastorale, de l’exigence d’autres nouvelles manières d’assurer une présence plus continue auprès du Peuple de Dieu, qui aille au-delà de cette idée de l’Église « en visite ». Nous devons être plus proches, et pour cela nous devons valoriser les idées qui ont été élaborées sur une longue période. Par exemple, l’idée d’un « prêtre communautaire », de quelqu’un qui ait le visage de la communauté, un visage amazonien, quelqu’un qui vive ici, qui connaisse tous les membres de la communauté, et qui puisse faire en sorte que le processus d’évangélisation soit beaucoup plus efficace.

 

Colniza, l’une des villes de votre diocèse, est l’une des municipalités du pays qui souffre le plus des incendies. Quelle est la situation aujourd’hui ?

 

Les incendies ont été terribles. Ils ont toujours eu lieu [depuis des années], mais cette année ils ont été déchaînés. La région de Colniza et Guariba sont des localités où, statistiquement, ils se sont produits le plus souvent cette année. Je ne comprends pas la raison de cette culture du feu pour nettoyer les pâturages. Je pense que nous ne pouvons admettre que le feu devienne quelque chose de culturel, parce qu’il est beaucoup plus destructeur que bénéfique. J’ai vécu dans le Mato Grosso pendant dix-sept ans, et j’ai pu constater que cette année, la situation a été bien pire que les autres années. Beaucoup d’incendies sont criminels, d’autres étaient accidentels mais ont causé de grandes pertes dans la région. Il existe même « le jour du feu », organisé par un groupe de criminels.

Août 2019, Brésil : un champs brûlé dans la forêt amazonienne.

Les responsables de la région craignent maintenant des représailles dans le cadre des relations commerciales internationales. Nous essayons de développer une prise de conscience en collaboration avec le personnel de l’IBAMA (Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables), avec le personnel du syndicat forestier et avec les pompiers qui développent sans cesse des campagnes de sensibilisation pour prévenir les incendies. Nous nous associons à eux. Nous utilisons aussi notre force évangélisatrice pour attirer l’attention sur la responsabilité de ce risque grave qu’est la destruction de la nature par le feu.

 

L’AED soutient l’utilisation de sources d’énergies alternatives vertes

 

L’AED soutient des projets pastoraux en Amazonie depuis plus de 40 ans. Parmi les diocèses qui reçoivent de l’aide, il y a aussi le vôtre, Juína. Quels sont les avantages de ces projets que vous constatez dans votre village ?

 

Ce diocèse a grandement bénéficié des projets auxquels l’AED a collaboré. Par exemple la formation catéchétique, la pastorale des familles, de la jeunesse, des enfants, les campagnes de distribution de 2.000 Bibles, le matériel d’évangélisation, les chapelets pour enfants et l’aide au projet d’énergie solaire. Après tout, le Synode amazonien ne peut pas penser uniquement à la destruction de la forêt et à la construction de barrages hydroélectriques pour disposer d’énergie. Il est nécessaire de créer des sources d’énergies alternatives, et l’énergie solaire en est une. L’AED a également beaucoup aidé en ce sens.

Projet soutenu par l’AED : Construction de quatre bateaux en aluminium pour le travail pastoral dans le diocèse de Tefé. Le logo de la prélature de Tefé : une Bible qui voyage le long de la rivière Tefé.

 

En ce qui concerne l’importance de la formation, nous avons eu récemment quelques cours d’éthique avec le groupe de l’école de formation, dans l’idée d’avoir bientôt des diacres permanents. Nous avons déjà 10 diacres qui exercent leur ministère. Les élèves de cette école sont d’origines mixtes : nous avons plus de 20 autochtones et 15 personnes qui ne sont pas autochtones. Au sein de l’école de formation, nous avons des agents qui sont en lien avec les peuples des rives des fleuves et les dirigeants de nos communautés. Grâce à l’aide de l’AED, nous nous sommes immergés dans cette réalité amazonienne et nous avons ressenti ce soutien, en étant aidés par des projets d’évangélisation et en même temps des projets qui cherchent à construire et à former des évangélisateurs pour la région.

 

  1. Moment d’intervention divine dans l’histoire de l’humanité.
  2. L’un des points principaux soulevés par les critiques de l’instrument de travail.