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Photo: Enfants dans la camps de déplacés de Riimenze, Sud-Soudan (Janvier 2017)

Soudan du Sud
Une lutte quotidienne pour les citoyens ordinaires

Situé au cœur de l’Afrique, le Soudan du Sud est la plus jeune nation du monde. Elle a acquis son indépendance du Soudan en juillet 2011. Une guerre civile a éclaté deux ans plus tard entre le parti gouvernemental —Armée populaire de libération du Soudan (APLS) — et l’opposition. Depuis, le conflit s’est transformé en guerre tribale d’une très grande brutalité.

En août 2015, les deux parties en conflit ont signé un accord qui n’a apporté qu’une trêve temporaire ; les combats ont repris l’été dernier. Entre-temps, les citoyens ordinaires du Soudan du Sud sont pris entre les fronts et souffrent de faim. Les Nations unies estiment que le pays compte 1,7 million de personnes déplacées, dont 75 % luttent pour survivre dans les trois États les plus durement touchés par les conflits : Unité, Nil supérieur et Jonglei.

L’œuvre internationale de charité catholique Aide à l’Église en détresse (AED) s’est entretenue avec un agent pastoral qui a souhaité conserver l’anonymat. Il a expliqué les origines de la crise et décrit le sort de la population.

 

Sud-Soudan, janvier 2017 : camps de déplacés à Riimenze.

AED : Pourriez-vous décrire la situation politique au Soudan du Sud ?

La frange de l’APLS partisane du président a gagné la bataille contre l’ancien vice-président, qui représente une tribu principale du Soudan du Sud. La situation est très complexe, car plusieurs tribus sont impliquées dans les combats, et l’armée réprime brutalement quelques tribus qu’elle considère comme des « rebelles ». L’armée est responsable de la mort de civils innocents et de la destruction de logements.

L’histoire de cette région est complexe et marquée par de nombreuses guerres. Le Soudan du Sud, où vivent majoritairement des chrétiens, s’est détaché du Soudan, principalement islamique. En outre, les entités traditionnelles tribales locales n’ont pas encore bénéficié des avantages du développement économique, social et politique.

Quel rôle joue la culture tribale dans le conflit ?

Dans les mentalités des tribus, l’unité sociale est l’élément le plus important, et encore aujourd’hui, chaque individu doit se mettre au service des clans en fonction des ordres du Conseil des Anciens. Beaucoup de tribus coexistent au Soudan du Sud, et luttent pour être en possession de bœufs, des symboles de pouvoir et de richesse. Dans ce conflit, il n’a jamais été question de haine ou de génocide. L’origine de tous les combats découle de la quête de richesse. Bref, il manque à la population sud-soudanaise un véritable sentiment d’identité nationale. L’allégeance à la tribu prime sur tout, ce qui mène souvent au conflit.

Janvier 2017: camps de déplacés de Riimenze, Sud-Soudan.

Cependant, aujourd’hui, les chefs des différentes tribus ne se battent pas pour des bœufs, mais pour le pouvoir politique et pour l’argent (par exemple le pétrole, le bois ou les ressources minérales). Ces élites se soucient plus de leur propre avantage que du bien-être des gens, dont beaucoup meurent de faim. L’inflation dans le pays a atteint 800 % !

L’un des pires aspects du conflit est peut-être que les chefs tribaux présentent leur lutte pour l’obtention du pouvoir politique et économique comme un conflit ethnique, ce qui n’est définitivement pas le cas. Les membres des différentes tribus ne se haïssent pas. Ils sont traumatisés par des guerres et des conflits qui n’en finissent plus. Ils veulent une société pacifique, mais l’ambition de leurs chefs est un obstacle à la paix.

Quel est l’impact du conflit sur les citoyens ?

Les gens ordinaires souffrent sous bien des aspects : d’abord, ils doivent abandonner leurs terres quand éclatent les conflits ; ils perdent tous leurs biens, leur bétail, leur maison, leurs terres. Ils deviennent des déplacés ou doivent même fuir leur pays, devenant ainsi des réfugiés. Dans les deux cas, ils sont forcés de vivre dans des camps, où il n’y a ni suffisamment d’eau et de nourriture, ni d’établissements scolaires. En bref, il n’y a pas d’avenir. Il est impossible d’y vivre normalement et les gens sont constamment en mode survie.

La plupart des familles ont perdu des proches à cause des combats. Certains ont été recrutés de force, dont des enfants. Les femmes subissent viols et violences, puis sont stigmatisées parce qu’elles ont été violées. L’inflation est si élevée que les gens ne peuvent presque rien acheter, ce qui les rend complètement dépendants de l’aide internationale, qui elle, s’avère insuffisante ! Il y a notamment une grave pénurie en soins médicaux, et le nombre de décès augmente parmi les personnes âgées, les femmes et les enfants.

Certains ont utilisé le terme de « nettoyage ethnique ». Est-il approprié ?

Je le répète, il n’y a pas de haine ethnique entre les membres des différentes tribus. Mais les actions des dirigeants du pays engendrent des hostilités qui, après tant de souffrances, surgissent parfois aussi par soif de vengeance. Une tribu locale qui subit des attaques de l’armée — sachant que la plupart des soldats appartiennent à une tribu différente — va naturellement réagir et entrer dans ce qui semble alors être un conflit ethnique.

Enfants dans la camps de déplacés de Riimenze, Sud-Soudan (Janvier 2017)

Pourriez-vous décrire des incidents particuliers qui vous ont particulièrement ému ?

Deux travailleurs de l’un de nos projets ont été attaqués parce qu’on disait qu’ils étaient des rebelles. Ils ne voulaient pas être forcés à s’enrôler dans l’armée ni se rendre. Et bien, ils ont été torturés et brûlés vivants dans leurs petits « tukuls » (maison). Cela s’est produit il y a quelques semaines. [Heureusement], Grâce à l’aide d’une Église locale qui nous sert de base, nous soutenons plus de 3 000 personnes qui ont fui leurs maisons afin d’éviter le même sort. Dans une autre communauté, seules les maisons des ressortissants d’une certaine tribu — autre que celle des chefs locaux — ont été pillées et détruites. Leurs propriétaires ont perdu tout ce qu’ils possédaient. Des maisons incendiées et des cadavres sont chose habituelle au Soudan du Sud.

Quelle est votre mission dans ce pays ?

Nous sommes au Soudan du Sud pour encourager les gens et leur permettre de construire une société plus juste et plus pacifique. Nous travaillons avec l’Église catholique locale. Nous assurons donc la formation d’enseignants, d’infirmières, de sages-femmes et d’ouvriers agricoles. Nous formons aussi des agents pastoraux pour les préparer au travail d’évangélisation ainsi que pour œuvrer à la paix et à la réconciliation.

Nous exploitons également des centres d’études. Leurs étudiants appartiennent à différentes tribus, vivent et apprennent pacifiquement ensemble. Cela permet de créer entre eux un sentiment d’unité, un rempart contre la haine ethnique. Ces étudiants font partie de communautés internationales, qui incluent également des religieux et des religieuses ainsi que des personnes des cultures les plus diverses. Le résultat est un témoignage vivant que l’unité et la fraternité sont possibles au Soudan du Sud. Nous proposons non seulement aux étudiants une formation académique et professionnelle, mais aussi une formation humaine et spirituelle qui contribue à engendrer un réel changement dans le pays.

Janvier 2017 : camps de déplacés à Riimenze, Sud-Soudan.

 

Dans quelle mesure le conflit a-t-il affecté votre travail ?

Le conflit nous a affectés de multiples façons : en raison de la situation d’insécurité, nous sommes tous extrêmement stressés. Notre propre communauté a subi des attaques menées par différentes parties du conflit. Il y a même eu un cas de viol. Nous avons été volés et forcés à fermer l’une de nos missions. Il est extrêmement difficile de trouver de la nourriture et d’obtenir de l’argent liquide pour payer des marchandises qui sont devenues très chères. Nous devons accroître les mesures de sécurité en installant un éclairage permanent et en construisant des murs.

Nous organisons les programmes de formation des étudiants de telle sorte qu’ils ne doivent rentrer chez eux qu’une seule fois. Cela leur permet d’éviter les dangers de la route et le coût élevé des déplacements. De plus, il devient plus difficile de remplacer les membres de nos communautés qui nous quittent en raison de tous ces dangers. Mais nous restons fidèles à notre engagement de servir au mieux la population du Soudan du Sud, car c’est notre mission et notre vocation.

Entretien par Maria Lozano, Aide à l’Église en Détresse (AED)
Adaptation française : Mario Bard, AED-Canada.

 

Janvier 2017 : dans le camps de déplacés de Riimenze, Sud-Soudan.

Depuis l’indépendance du Soudan du Sud, Aide à l’Église en Détresse a soutenu dans ce pays des projets à hauteur de six millions de dollars. L’aide a été accordée pour des activités pastorales, des intentions de messe, la construction d’une infrastructure cléricale ainsi que des aides d’urgence et de survie.

 

 

 


 

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