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RWANDA 

Deux époux chrétiens, premières victimes du génocide de 1994

Il y a 25 ans, le 7 avril 1994, Cyprien et Daphrose Rugamba tombaient sous les balles des miliciens hutus. Cyprien était un poète et chorégraphe célèbre qui avait connu une conversion radicale et travaillait pour la réconciliation des ethnies de son pays. Leurs bourreaux ont saccagé le tabernacle qu’ils abritaient chez eux, et ont répandu les hosties consacrées sur le sol.

Texte par Thomas Oswald, ACN International
 Révision canadienne-française : Marie-Claude Lalonde
Mise en ligne : 25 avril 2019

Au Rwanda, tout le monde ou presque connaissait le nom de Cyprien Rugamba, danseur et chorégraphe, qui travaillait pour la réconciliation rwandaise. Avec son épouse, Daphrose, ils avaient introduit la communauté de l’Emmanuel dans leur pays et œuvraient pour l’accueil des enfants des rues, avec des structures qui ne faisaient pas de différences entre Hutu, Twa ou Tutsi. Peu avant d’être exécuté, Cyprien s’était rendu auprès des autorités pour réclamer que les noms des ethnies ne soient plus indiqués sur les pièces d’identité. Cette initiative avait fortement déplu aux agitateurs qui souhaitaient la guerre civile, et lui a probablement valu d’être parmi les premières victimes du conflit.

Conversion radicale

Bien qu’élevé dans la foi chrétienne, Cyprien Rugamba s’était montré par la suite très hostile au christianisme, raconte Laurent Landete  de la Communauté de l’Emmanuel. Il a exigé, par exemple, que les crucifix soient retirés de la chambre de son épouse, lors de l’un de ses séjours à l’hôpital. Cyprien  a également été un époux infidèle, qui n’a porté qu’une oreille complaisante à des calomnies visant sa femme, et alla jusqu’à la répudier. Mais il est tombé gravement malade. Lui qui était un artiste, un intellectuel et un danseur, il ne pouvait plus parler, réfléchir, ni bouger : « Mon orgueil était anéanti par cette épreuve » a-t-il raconté par la suite. Pendant cette maladie, son épouse se dévouait à son chevet, priant pour lui, veillant sur ce mari qu’elle aimait sans apparemment rien recevoir en retour.

Laurent Landete s’est complètement remis- « miraculeusement » affirmait-il par la suite – et a vécu à la suite de cette traversée du désert une conversion radicale. Avec son épouse, ils ont débuté des œuvres de charité. Elle tenait un petit commerce à Kigali, mais des enfants des rues lui volaient des pommes de terre. Cela lui a fait réaliser leur état de pauvreté et elle a décidé de leur venir en aide. L’œuvre qu’elle a mise sur pied porte encore des fruits aujourd’hui sous le nom de CECYDAR (Centre Cyprien et Daphrose Rugamba). Ce centre accueille depuis 20 ans des enfants des rues de Kigali.

« J’entrerai dans le Ciel en dansant »

La conversion de Cyprien Rugamba a joué un rôle considérable dans l’évolution de sa carrière d’artiste : « Il trouvait désormais son centre de gravité dans le Ciel », décrit le père Guy-Emmanuel Cariot. Ce prêtre, recteur de la Basilique d’Argentueil, propose une soirée pendant laquelle le couple Rugamba sera mis à l’honneur. Attention, précise-t-il, il ne s’agit pas de les canoniser par avance. Une procédure de béatification a en effet été entamée au niveau diocésain par l’archevêque de Kigali en 2015. Toutefois, s’il était prématuré de les qualifier de martyrs, ils sont incontestablement des témoins de la foi.

L’un de leurs enfants, présent avec eux lors du massacre a survécu et a rapporté que lorsque les miliciens sont entrés, leur première question à Cyprien a été : « est-ce que tu es chrétien ? » ce à quoi son père à répondu « Oui, très chrétien ! Et j’entrerai dans le Ciel en dansant », il reprenait les paroles d’une chanson de sa main, qui était devenue populaire au Rwanda. Daphrose a alors demandé la grâce de prier une dernière fois devant le tabernacle que la famille hébergeait à son domicile. Pour toute réponse, elle a reçu un coup de crosse, les soldats sont allés mitrailler le tabernacle, puis ont répandu les hosties au sol, comme s’il fallait tuer Dieu avant de pouvoir tuer les hommes. Malmenée, la famille comprenant le couple, six enfants, une nièce et un employé de maison a été rassemblée, puis mitraillée.

La veille de leur mise à mort, de nombreux amis les avaient appelés angoissés, et disent avoir été impressionnés par leur sérénité. Ils n’ont rien tenté pour fuir le pays, préférant jusqu’au bout croire en un Rwanda unifié, capable de faire la paix.

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