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République centrafricaine :

« Nous avons eu à enterrer beaucoup de monde, de diverses religions »

 

Après cinq années de guerre, la situation en République centrafricaine est profondément déchirante. Dans le cadre de la 37ème session ordinaire de la Commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève, Mgr Juan José Aguirre-Muñoz, évêque de Bangassou*, a décrit le pays comme un « État défaillant ».  Depuis l’arrivée du groupe fondamentaliste Seleka en 2013, la République centrafricaine est « sans armée, sans police, sans système judiciaire ». L’absence totale de l’État se manifeste, par exemple, par l’absence totale de réaction de l’État face à la menace constante d’une attaque contre la ville dont il est évêque depuis 17 ans : Bangassou, dans le sud-est du pays.

 

Invité à Genève par l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) le mercredi 7 mars dernier, Mgr Aguirre a été invité à prendre la parole à l’occasion d’un débat portant sur les minorités religieuses dans les conflits armés au Proche-Orient et en Afrique.

 

Dans son intervention, le prélat d’origine espagnole a plaidé pour plus de « contrôle et de sécurité aux frontières », à travers lesquelles passent ces temps-ci « toutes sortes de criminels qui pillent, détruisent et dévastent » le pays « aux mains des mercenaires ». Il a également appelé à une intervention contre la vente d’armes.

 

L’origine de la crise est économique

La République centrafricaine bat un triste record ; celui d’être le dernier pays au monde dans l’indice de développement humain des Nations Unies. La liste des calamités est longue. « Les gens sont fatigués, abandonnés et livrés à eux-mêmes. Des quartiers entiers ont été rasés parce que les mercenaires musulmans ont utilisé le feu comme arme de guerre. Il y a près d’un million de personnes déplacées ou réfugiées au Congo. Plus de la moitié de la population a besoin d’aide alimentaire. La mortalité infantile a considérablement augmenté à cause de la guerre et de la violence. Le système éducatif ne fonctionne plus depuis des années. Le système de santé est inexistant. Dans le nord du diocèse, notre salle d’opération a été détruite, de même que la mission. Il ne reste plus que les fondations ». Devant ces difficultés écrasantes, Monseigneur Aguirre a lancé un appel l’AED : « Nous avons besoin de vos prières pour que le Seigneur nous aide à discerner le chemin que nous devons prendre, et que nous puissions sortir du guêpier dans lequel nous sommes ».

Mgr Juan Jose Aguirre, évêque de Banguassou et Mgr Jesus Ruiz Molina, évêque auxiliaire. 

 

La guerre oubliée au cœur de l’Afrique

En outre, le missionnaire combonien demande à tous les acteurs des médias de communication d’informer sur « la guerre oubliée au cœur de l’Afrique ». Il demande même quelque chose de plus : « S’il vous plaît, appropriez-vous cette guerre oubliée ». Monseigneur Aguirre refuse que cette guerre soit présentée comme une « crise religieuse », parce que ceux qui l’ont vécue depuis le début savent que c’est le résultat d’un « problème purement économique, mais avec des conséquences religieuses ». Le prélat souligne en outre que « l’extraction des diamants, de l’or, de l’uranium et du pétrole, le commerce du bois et le thème complexe de la transhumance sont les véritables raisons de nos disputes ». Il soupçonne des « groupes d’intérêts » d’être derrière la grande manipulation de l’information et fait le triste constat qu’il y a des intérêts commerciaux qui profitent réellement de la crise.

 

Situation critique pour le dialogue interreligieux

Le plus dur et le plus triste pour Mgr Aguirre est la situation dans laquelle se trouve le dialogue interreligieux en ce moment : « Malgré les nombreux efforts que les responsables religieux chrétiens et musulmans ont déployés dans tout le pays, la réalité d’aujourd’hui est très critique. » Non seulement parce que les responsables religieux eux-mêmes ont été attaqués ou menacés, mais aussi parce que « la haine augmente entre les groupes musulmans et non-musulmans, et qu’il y a des réactions d’intolérance religieuse des deux côtés ».

Cinquante personnes (dont femmes et enfants) sont mortes – 30 musulmans dont deux imams et 20 non-musulmans – dans une attaque au coeur du diocèse de Banguassou.  « Au milieu de tant de violence, nous avons eu à enterrer beaucoup de monde, de diverses religions ; et c’est finalement là, dans la fosse commune, qu’ils ont enfin été réunis. En paix ».

 

Mgr Aguirre a aussi parlé de la situation difficile vécue par ses prêtres. Ceux-ci ont accueilli des centaines de musulmans pendant des mois sur les terrains de la cathédrale. Ils ont mis ainsi leur propre vie en danger alors qu’ils tentaient une médiation avec les groupes exaltés et violents dits Antibalaka. « Nous avons tendu la main à ceux qui nous agressent, parce que c’est ce que fait l’Église », a-t-il déclaré.  « Au milieu de tant de violence, nous avons eu à enterrer beaucoup de monde, de diverses religions ; et c’est finalement là, dans la fosse commune, qu’ils ont enfin été réunis. En paix ».

 

Monseigneur Aguirre est convaincu que la seule solution est « de continuer à travailler pour la réconciliation, la justice, la paix et le pardon, afin de désarmer les cœurs ».

 

Aide à l’Église en Détresse accompagne le peuple de République centrafricaine depuis le début de la crise. En 2017, l’œuvre pontificale a soutenu 30 projets d’aide à la pastorale dans ce pays, pour un montant de plus de 936,2000 $.

 

*Âgé de 63 ans, Mgr Aguirre travaille depuis 38 ans en tant que missionnaire en République centrafricaine.


 

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