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République centrafricaine – Espoir pour un pays au bord de l’abîme

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©AED/ACN

Christine du Coudray, responsable pour l’Afrique auprès de l’œuvre internationale de bienfaisance catholique AED, s’exprime sur la situation dramatique dans la République centrafricaine.

 L’interview a été menée par Eva-Maria Kolmann

Vous approuvez la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, qui rend possible une intervention en Centrafrique. Pourquoi ?

Nous sommes très contents qu’il se passe enfin quelque chose. Seule une intervention rapide de la communauté internationale peut libérer le pays du régime de terreur des Séléka. Il est midi moins cinq ! Le pays sombre de plus en plus dans le chaos et la conflagration qui menace risque de déstabiliser toute la région. Ce pays a besoin d’aide, pas seulement de la part des organisations humanitaires, mais aussi de la communauté internationale ! La résolution de l’ONU est la première lueur d’espoir pour un pays qui vacille depuis des mois au bord de l’abîme.

Globalement, l’opinion publique n’accorde que peu d’attention au destin de la République centrafricaine. D’où vient cette indifférence ?

La République centrafricaine est un pays oublié, qui ne joue aucun rôle sur la mappemonde des puissants. Beaucoup de gens ignorent même jusqu’à l’existence de la République centrafricaine ! Pour eux, « Centrafrique » est une notion géographique désignant une zone située quelque part au cœur de l’Afrique. C’est la raison pour laquelle le destin de ce pays n’éveille que peu d’intérêt auprès des médias. C’est extrêmement regrettable.

Le 13 septembre, le président Djotodia avait officiellement dissous la coalition des rebelles Séléka qui l’avait aidé en mars 2013 à accéder au pouvoir. Quelle est votre appréciation de la situation actuelle ?

La situation devient de plus en plus dramatique. Tortures, pillages et assassinats de civils empirent, des villages entiers sont réduits en cendres, des centaines de milliers de personnes se sont enfuies. Nos partenaires sur place évoquent des « scènes d’Apocalypse ». Les anciens rebelles sévissent sans aucune entrave. Même l’accès routier à la capitale de Bangui se trouve encore aux mains des anciens rebelles. C’est absolument inimaginable, compte tenu de leur dissolution officielle. Comment un État peut-il tolérer que des personnes considérées comme « bandits » contrôlent les accès principaux d’une capitale ?

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©AED/ACN

Oui, le 3 octobre, près d’un barrage routier à la sortie de Bangui, un membre de la Séléka pourtant dissoute a ouvert le feu sur l’automobile d’Aurelio Gazzera, un Père Carme italien qui quittait la capitale. De l’autre côté de la route, il y avait des policiers qui n’ont rien entrepris contre l’attaque de ces rebelles Séléka, pourtant déclarés comme criminels. Le ministre responsable de la sécurité dans le pays ne s’est pas excusé de l’incident. Bien au contraire, il a attaqué les victimes et leur a reproché de « s’être comportées de manière provocante ». Pourquoi un ministre de la sécurité prend-il la protection de bandits ? Au cours de la même journée, le missionnaire a été poursuivi par plusieurs voitures, occupées par des anciens rebelles, qui ont tenté de lui couper la route. Certaines circonstances donnent à penser qu’il s’agissait d’une tentative d’enlèvement. Pour le dire en bref : la Séléka continue de sévir sans aucune entrave, et ce, non seulement dans les villages isolés, mais même en plein jour dans la capitale du pays !

Le désarmement annoncé des anciens rebelles semblent surtout se dérouler sur le papier …

Oui, c’est exactement le cas. En l’espace de trois semaines, il semblerait que seules 123 armes aient été confisquées. Ce n’est qu’une seule immense supercherie ! Il y a dans ce pays 25 000 ex-rebelles qui terrorisent la population et le gouvernement n’entreprend absolument rien pour les stopper !

Qu’attendez-vous de l’actuel gouvernement du pays ?

Le gouvernement doit enfin assumer ses responsabilités ! Les établissements scolaires sont fermés, les salaires ne sont plus versés, les recettes de l’État passent aux mains de la Séléka, l’économie est à terre, les tensions augmentent. La vie publique ne fonctionne pas et le pays est de plus en plus dévasté. Comme personne ne semble manifestement vouloir stopper les agissements de la Séléka, la population a partiellement recours à des mesures d’auto-défense qui aggravent encore la situation. Mais les gens sont simplement désespérés et ne savent plus quoi faire. Qui pourrait leur venir en aide ? L’État doit enfin faire son devoir. Déjà par le passé, c’était presque exclusivement l’Église qui s’occupait de la population.

Le chaos qui règne dans le pays est également attisé depuis l’extérieur. Quelles sont les forces qui jouent aussi sur ce tableau ?

La majorité des rebelles de la Séléka est originaire du Soudan ou du Tchad. Beaucoup d’entre eux ne parlent ni le sango, la langue locale, ni le français, mais seulement l’arabe. Une partie des « rebelles » apporte maintenant dans le pays un islamisme qui n’existait pas jusqu’à présent. Jusqu’alors, la coexistence entre chrétiens et musulmans était bonne. Il y a sans cesse eu des initiatives communes en faveur de la paix prises par toutes les confessions religieuses du pays. Les musulmans centrafricains ne veulent pas des islamistes et souffrent eux-mêmes des exactions commises par ces derniers !

Que peuvent entreprendre les chrétiens pour soutenir nos frères et sœurs en Centrafrique ?

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©AED/ACN

Les habitants de la République Centrafricaine ont besoin d’urgence de nos prières ! Le Rosaire surtout peut constituer pour nous tous une occasion de prier pour nos frères et sœurs dans ce pays martyrisé. Nous autres chrétiens n’avons aucune autre arme que la prière ! Prenons le rosaire en main et implorons la paix et la protection pour la population de ce pays. Au cœur même de la souffrance, de la mort et du désespoir, nous décelons aujourd’hui aussi des indices qui montrent que le Seigneur n’a pas oublié ce pays. Mgr Dieudonné Nzapalainga, l’archevêque de Bangui, a récemment procédé à l’ordination sacerdotale de sept jeunes hommes. N’est-ce pas une raison de se réjouir ? Dans son sermon du 29 septembre, il a dit : « Notre foi en Jésus, vainqueur du Mal, exige de nous un témoignage encore plus fort de l’espérance qui vit en nous ». L’Église témoigne aussi de cette espérance concernant le calvaire de ce pays, une espérance en la résurrection, victorieuse de la mort.

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