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Crédit photo du haut: Marcin Mazur

Palestine

« Où pourrions-nous aller? Notre foyer, c’est ici! »

L’espoir des chrétiens de Beit Jala, une ville voisine de Bethléem, s’est encore amenuisé. En effet, la Cour suprême israélienne vient de rejeter la pétition la plus récente soumise par leur avocat. L’objectif de cette pétition était d’obliger l’armée israélienne à révéler l’intégralité exacte du tracé de construction du Mur de séparation prévu dans la vallée de Crémisan – dans la partie de Beit Jala –, et ce avant que les travaux de construction ne commencent.

 

La partie demanderesse, c’est-à-dire les familles chrétiennes et des religieux de congrégations catholiques, comptait ainsi éviter que les habitants de cette région agricole ne soient mis devant des faits accomplis, contre lesquels aucun recours ne serait alors plus possible. La Cour a certes souligné la possibilité de s’opposer à cette construction. Toutefois, à la suite du rejet de la pétition, les travaux sur le tronçon de liaison censé combler une lacune dans le Mur de séparation entre Israël et la Palestine pourront maintenant se poursuivre.

 

« Le rejet de la pétition a affaibli la confiance des gens dans l’équité [de la justice], et poussera certains d’entre eux à vendre leurs terres et à partir », désespère l’évêque auxiliaire de Jérusalem, Mgr William Shomali, dans un entretien accordé à l’organisme international de charité catholique Aide à l’Église en Détresse. L’évêque est responsable des Territoires palestiniens au sein du Patriarcat latin de Jérusalem.

Mgr William Shomali : « Les gens sont extrêmement frustrés et déprimés.
Mgr William Shomali : « Les gens sont extrêmement frustrés et déprimés.

 

« Les gens sont extrêmement frustrés et déprimés. La promesse de permettre aux propriétaires l’accès illimité à leurs terres ne suffit pas. Cela signifie que les propriétaires terriens peuvent exploiter leurs terres pour y cultiver des fruits et des olives. Par contre, il leur est interdit d’y construire une maison. Et l’accès même pourrait leur être refusé à l’avenir, puisque les terrains situés derrière le Mur appartiendront alors à Jérusalem. Pour se rendre à Jérusalem, on a besoin d’un permis, lequel peut être refusé », rappelle l’évêque.

 

Ce litige entre les propriétaires terriens chrétiens et l’armée israélienne perdure déjà depuis 2006. La procédure a été attentivement suivie par les médias, mais aussi par les diplomates de pays du monde entier en poste en Israël. Le pape François s’est également engagé dans cette affaire. Mais, l’année dernière, les désillusions ont emboîté le pas aux quelques petits succès. En dernière instance, la Cour suprême du pays a indiqué que l’armée est en droit de construire le Mur sur les terres palestiniennes. Tôt ou tard, 58 familles chrétiennes perdront donc leurs propriétés à cause du Mur, ou bien ne pourront y accéder que de manière limitée.

 

« Mon cœur saigne »

 

Pour justifier le tracé prévu, Israël avance des raisons liées à la sécurité et à la lutte contre le terrorisme et évoque une mesure temporaire. Toutefois, les Palestiniens considèrent le tracé du Mur comme une appropriation de terrains organisée par l’État. Ils l’appellent le « Mur de l’annexion ». En effet, 80 pour cent de la barrière de séparation qui parcourt plus de 700 kilomètres entre Israël et les Territoires palestiniens empiètent déjà dans ces Territoires, au lieu de suivre la Ligne verte qui les délimite du territoire d’Israël et de sa frontière.

 

Les bulldozers sont arrivés dans la vallée de Crémisan en août 2015. Des oliviers centenaires ont déjà été arrachés. Le mur de béton gris surgit du sol. « Jusqu’à maintenant, j’ai perdu quinze oliviers à cause de la barrière. Ils étaient plusieurs fois centenaires. Mon cœur saigne », déplore M. Nahmi. « Et ils nous prendront plus encore. » Cet homme âgé est un chrétien orthodoxe de Beit Jala. Il est directement concerné par le début de l’édification du Mur.

De la machinerie commence le travail de déracinement des oliviers, Août 2015. (Crédit: Société Saint-Yves).
De la machinerie commence le travail de déracinement des oliviers, Août 2015. (Crédit: Société Saint-Yves).

 

Il n’est pas favorable aux portes agricoles que l’armée veut installer dans le mur pour les agriculteurs. « Ça n’a pas fonctionné jusqu’à aujourd’hui. Ils trouveront bien un prétexte lié à la sécurité pour ensuite empêcher les gens d’accéder aux portes. Indépendamment du fait de savoir s’il leur sera permis d’amener des engins agricoles et des ouvriers sur les champs qui seront situés de l’autre côté du Mur, du côté alors israélien. En fait, nos terres sont perdues », estime M. Nahmi.

 

« Les Israéliens appliquent toujours une loi de l’Empire ottoman. Celle-ci stipule que tout terrain appartenant à des particuliers, et qui est non cultivé dix ans d’affilée, est considéré comme abandonné et revient à l’État. » Son neveu Xavier confirme ses dires. Ce Palestinien né au Chili a décidé de revenir vivre dans la patrie de ses ancêtres. Le jeune catholique affirme : « Pendant quatre ans, tous les vendredis, nous avons célébré la messe dans les oliveraies et nous avons prié pour qu’il nous soit épargné ce qui arrive maintenant. J’ai dit à ceux qui nous critiquent que la prière et la résistance pacifique porteraient leurs fruits. Mais que puis-je leur dire maintenant? »

 

Madame Ilham aussi est une victime du mur prévu ici. « C’est très difficile pour nous. Une catastrophe! », dit cette enseignante de Beit Jala. « Ces terres nous appartiennent depuis des générations. Il ne s’agit pas seulement des arbres fruitiers que nous y cultivons. Il s’agit de notre histoire, de notre attachement à notre patrie. Tout cela nous est enlevé. » Cette septuagénaire comprend que des jeunes gens de Beit Jala envisagent d’émigrer. « Mais où pourrions-nous aller? Notre foyer, c’est ici. Partout ailleurs, nous sommes des étrangers. »

La célébration de la messe dans la Vallée de Crémisan, Août 2015. (Crédit: Société Saint-Yves).
La célébration de la messe dans la Vallée de Crémisan, Août 2015. (Crédit: Société Saint-Yves).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Oliver Maksan, AED international
Adaptation : Mario Bard, AED Canada


 

 

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