fbpx
X
Faire un don

Syrie

Reportage : « Les fruits de votre amour nous consolent »

Father Ibrahim
Père Ibrahim

Malgré le cessez-le-feu, la vie des chrétiens d’Alep reste compliquée. Aide à l’Église en Détresse soutient maintenant un projet destiné à améliorer le quotidien de la population.

En mars, le conflit en Syrie est entré dans sa sixième année. Pour la première fois, le cessez-le-feu et les négociations de Genève entre les belligérants laissent poindre un espoir ténu, que la mort de centaines de milliers de personnes pourrait prendre fin. Toutefois, il n’y a pas de véritable sécurité, ni de paix pour la population. Par exemple Alep, théâtre de violents combats. Le Père Ibrahim, un franciscain qui travaille dans la paroisse catholique romaine de cette ville – ancien poumon économique –, en a récemment parlé dans un entretien avec AED.

« Même si l’on parle beaucoup du cessez-le-feu actuellement, le bombardement des parties d’Alep sous contrôle de l’armée régulière a recommencé dernièrement. Ce sont exactement les quartiers où vivent les chrétiens. » Mais, le Père Ibrahim ne perd pas courage. « Remercions le Seigneur des choses positives qui surviennent, et espérons que le cessez-le-feu, respecté par au moins une partie des milices et des groupes armés, persiste. »

Mais même si les armes se taisaient complètement, le quotidien de la population resterait très difficile. « La situation de nos familles à Alep s’explique simplement. Parmi toutes les familles dans des villes de Syrie, celles d’Alep vivent dans les circonstances les plus pénibles », explique le franciscain, et continue en avançant le calcul suivant : « Selon un récent recensement, chaque famille d’Alep a besoin de 17 000 livres syriennes, l’équivalent d’un peu plus de 100 dollars canadiens. C’est le strict minimum pour payer l’essentiel, donc l’électricité, l’eau et le gaz. »

Mais, cette somme n’est pas accessible à tous. « Sur nos 600 familles, plus de 250 vivent dans la pauvreté absolue, avec des revenus mensuels inférieurs à 25 000 livres syriennes (150 dollars canadiens). » Selon le Père Ibrahim, ces familles sont incapables d’acheter suffisamment de nourriture comme l’exigerait la dignité de tout être humain. Et, dans de nombreux cas, les conséquences sont catastrophiques. « Ces dernières semaines, quinze de nos paroissiens ont dû être hospitalisés pour avoir une transfusion de sang, parce qu’ils étaient en danger de mort à cause de la malnutrition et de ses conséquences. »

 

ACN-20160212-36337

L’électricité : pour éduquer

Le Père Ibrahim assure que peu de gens échappent à la détresse. « Selon nos données, parmi les 600 familles de notre communauté latine, il n’y en a que cinq qui sont vraiment fortunées, tandis que les autres vivent à la limite de la pauvreté. Quant à ceux qui étaient jadis aisés, la plupart d’entre eux se sont appauvris durant les cinq années de guerre et demandent maintenant ouvertement de l’aide. » Les années de détresse ont laissé des traces profondes. « C’est impressionnant de voir des gens qui étaient des industriels et qui bénéficiaient de revenus à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars, maintenant frappés par la pauvreté. Ils ont perdu leurs bureaux et leurs entreprises avec toutes les machines. Il ne leur reste plus que leurs dettes auprès des banques, qu’ils ne peuvent même pas régler. »

D’autres problèmes d’approvisionnement viennent s’ajouter à la malnutrition. « L’électricité compte parmi nos problèmes majeurs. Les maisons ne sont alimentées que grâce aux groupes électrogènes d’entreprises privées, qui vendent les “ampères” à des prix prohibitifs », déplore-t-il. « Il faut au moins deux ampères à une famille ou une personne seule pour faire fonctionner, ne serait-ce que deux ou trois lampes, ou une télévision, ou une radio. Deux ampères ne suffisent même pas pour faire tourner une laveuse ou une pompe, dans les moments exceptionnels où nous avons de l’eau… Deux ampères correspondent à la consommation minimum d’un pauvre ou d’une famille pauvre. » Lorsque la quantité est inférieure, assure le Père Ibrahim, on reste dans l’obscurité. « Nous avons fréquemment observé que cette situation a généré de nombreux troubles psychologiques et le désespoir de beaucoup de gens. »

Le déficit d’électricité touche particulièrement les familles avec des enfants. « Une famille avec des enfants en âge scolaire, au primaire, au secondaire ou bien à l’université, ne peut pas vivre sans électricité, puisque les enfants ne peuvent pas faire leurs devoirs ou étudier [le soir]. Voilà pourquoi nous avons pensé aider les familles pauvres qui sont restées ici, parce qu’elles sont attachées à leur pays ou parce que, par manque d’argent, elles ne peuvent fuir. Nous voulons les aider à vivre dignement. »

Pour cela, le Père Ibrahim a créé le Projet deux ampères pour chaque famille. « C’est notre contribution pour financer les dépenses minimales d’une famille. C’est une aide qui a aussi une valeur psychologique et qui exprime la solidarité. »

 

ACN-20160212-36326

Grâce aux dons provenant de différents pays, l’AED a soutenu le projet pour les chrétiens d’Alep.

Dès à présent, le Père Ibrahim est reconnaissant aux bienfaiteurs d’AED. « Même si les attaques aux tirs de roquettes nous effraient, rendent nos cœurs lourds et tristes, les fruits de votre amour nous consolent. Au nom des chrétiens d’Alep, et particulièrement au nom de la paroisse latine et des Franciscains d’Alep, je vous transmets nos meilleurs vœux pour une sainte voie de la conversion au père riche en miséricorde. »

 

Par Oliver Maksan, ACN International
Adaptation par Mario Bard, ACN Canada

Articles récents