fbpx
X
Faire un don

Bosnie :

« Nous sommes là pour les enfants qui ont besoin de nous. »

 

Aux côtés des sœurs Admirata et Manda, Katarina feuillette les albums photo de ces vingt dernières années. Un sentiment mêlé de joie et de nostalgie plane dans l’air. Car si ces photographies leur remémorent les jours heureux de l’enfance de Katarina, elles annoncent aussi que la période préservée de sa jeunesse prendra bientôt fin. Katarina est la pensionnaire la plus âgée de l’orphelinat « Egipat » de l’ordre des « Servantes de l’Enfant-Jésus ».

 

Ses parents, des réfugiés de la guerre de Bosnie, déracinés et souffrant de traumatismes, n’étaient pas en mesure d’assurer son quotidien. Incapables de s’occuper de Katarina et de son frère aîné Stipo, ils confièrent leurs petits à la grand-mère. « La vieille dame était totalement dépassée par leur éducation », raconte Sœur Admirata, « si bien que nous avons accueilli les deux enfants. » Katarina avait deux ans lorsqu’elle arriva chez les sœurs. Aujourd’hui âgée de 19 ans, elle se prépare à quitter l’endroit qui est devenu son foyer. « Je suis un peu nerveuse à l’idée de vivre en dehors de l’orphelinat », dit-elle. Sœur Admirata donne du courage à sa protégée. Elle sait que « Katarina est bien armée pour faire face au monde des adultes. »

Une peinture du fondateur de l'orphelinat, Mgr Josip Stadler (1843 – 1918). En plus d'être également fondateur de la Congrégation qui s'en occupe, l'évêque s'est fait l'avocat des enfants abandonnés et négligés, et des plus pauvres de son pays.
Une peinture du fondateur de l’orphelinat, Mgr Josip Stadler (1843 –-1918). En plus d’être également fondateur de la Congrégation qui s’en occupe, l’évêque s’est fait l’avocat des enfants abandonnés et négligés, et de tous les plus pauvres de son pays. On l’appelait le « père des pauvres ». 

 

Admirata Lučić est la supérieure provinciale de l’ordre qui a installé un orphelinat et un jardin d’enfants dans l’enceinte de son couvent situé à Sarajevo (Bosnie). Dans l’un des couloirs, un tableau grandeur nature rend hommage à l’archevêque Josip Stadler (1843 – 1918) à qui la congrégation doit son existence et son principe spirituel. J. Stadler fonda l’ordre des Servantes de l’Enfant-Jésus en 1890. Soucieux du sort des enfants abandonnés, il créa également des orphelinats. Dès lors, les religieuses donnèrent à leur couvent le nom d’« Égypte » en mémoire de la fuite de l’Enfant Jésus, loin du tyran Hérode.

 

Les religieuses ont une histoire mouvementée marquée par des temps de bonheur, mais aussi, par la destruction et la haine. Ainsi, sous la République populaire de Yougoslavie à l’époque de la dictature communiste, l’ordre est exproprié. En 1949, le couvent est confisqué, les enfants sont séparés des sœurs et placés dans des établissements publics. « La foi n’avait plus aucune place dans l’éducation des enfants, raconte la sœur Admirata. Il n’était plus permis de leur parler de Dieu. »

 

La démocratie revint et, la Yougoslavie démantelée, la guerre éclate en Bosnie – 1992 – et les militaires serbes bombardent entièrement le couvent. Mais celui-ci va renaître de ses ruines. En 1999, Admirata et les douze religieuses de la congrégation auxquelles Aide à Église en détresse apporte son aide fondent le premier orphelinat de Bosnie après la guerre. Aujourd’hui, le jardin d’enfants accueille 55 petits garçons et petites filles tandis que 19 enfants vivent à l’orphelinat. Ces enfants qui ont perdu leurs parents ou dont le père ou la mère ne sont pas capables de s’occuper ont trouvé ici un foyer. Sœur Admirata précise : « Mais il nous tient à cœur que les petits du jardin d’enfants ne viennent pas uniquement de milieux en difficultés. Ainsi, nous avons également des enfants de diplomates ou de familles bourgeoises. »

 

Stipo, le frère de Katarina, a déjà quitté l’orphelinat. Après une formation en mécanique automobile, il a trouvé un emploi dans un projet agricole géré par l’Église dans la région d’Čardak. Au terme de neuf années d’études, Katarina a passé un diplôme de vendeuse et de décoratrice-étalagiste. « J’espère trouver un bon travail. » Elle a de bonnes chances d’obtenir un emploi. Actuellement, les religieuses aident la jeune femme à dénicher un logement abordable à Sarajevo. Ce n’est pas chose facile. Par contre, Admirata a confiance : « Nous allons trouver une solution. »

 

Les deux derniers enfants arrivés à l’orphelinat sont musulmans. Il s’agit de Melissa, 7 ans, et de son frère aîné Omer, 8 ans. Leur mère est partie en les laissant seuls. Une fois remarié, leur père a confié la garde de ses deux enfants au grand-père. Dépassé par leur éducation, le vieil homme s’est adressé aux Servantes de l’Enfant-Jésus en leur demandant de l’aide. Il a eu raison. Aujourd’hui, Omer et Melissa vont en cours primaire à l’école catholique et s’épanouissent complètement. En acceptant aussi bien les enfants musulmans qu’orthodoxes à l’orphelinat « Egipat », les religieuses agissent dans le sens du fondateur de la congrégation.

 

Melissa, sept ans, et son frère Omer, 8 ans. Tous les deux sont musulmans. Les religieuses dépassent les confessions, comme leur fondateur, pour d'abord s'occuper des plus pauvres.
Melissa, sept ans, et son frère Omer, 8 ans. Tous les deux sont musulmans. Les religieuses dépassent les confessions religieuses, comme leur fondateur, pour d’abord s’occuper de ceux qui sont dans le besoin.

Indépendamment de leur appartenance confessionnelle ou religieuse, les gens considéraient Josip Stadler comme un « père des pauvres ». De même, les Servantes de l’Enfant-Jésus ne font pas de distinction entre les enfants selon leur religion. « Nous sommes là pour les enfants qui ont besoin de nous », explique Sœur Admirata.

Épilogue

Deux jours plus tard, les sœurs et les enfants se sont rendus à la Cathédrale du Cœur-de-Jésus de Sarajevo pour assister à l’ordination sacerdotale de huit jeunes hommes. Ils n’ont pu dissimuler leur joie, car ils ont connu certains des jeunes gens du temps où ils étaient séminaristes.

 

Aide à l’Église en Détresse soutient la formation des novices des sœurs Servantes de l’Enfant-Jésus. L’année dernière, l’œuvre de charité pontificale a également contribué à la rénovation de deux bâtiments de la congrégation qui avaient été très endommagés à la suite à des inondations en Croatie.

 

Juin 2016 : les enfants apprennent par le jeu et les rires, et vivent dans une ambiance d'amour. Nous soutenons les religieuses dans leur formation, afin qu'elles puissent continuer à donner un amour inspiré de l'Évangile.
Juin 2016 : les enfants apprennent par le jeu et les rires, et vivent dans une ambiance d’amour. Nous soutenons les religieuses dans leur formation, afin qu’elles puissent continuer à donner un amour inspiré de l’Évangile.

 

Par Rolf Bauerdick, ACN-International
Adaptation : Mario Bard, Aide à l’Église en Détresse Canada

 

Articles récents