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Jérusalem, Terre Sainte

« Nous nous identifions plus au Vendredi saint qu’à Pâques »

 

Le jour du dimanche des Rameaux, Jérusalem appartient aux chrétiens. En chantant et en priant, un rameau de palmier ou d’olivier à la main, des milliers d’habitants de Jérusalem et des visiteurs venus du monde entier descendent du Mont des Oliviers pour se rendre dans la Vieille Ville de Jérusalem et recevoir la bénédiction du Patriarche latin.

 

Au grand mécontentement des automobilistes, la police israélienne bloque la circulation afin que la procession, longue de plusieurs kilomètres, puisse défiler sans encombre. Dans le quartier chrétien de la Vieille Ville ainsi qu’aux alentours, la fête durera encore longtemps après la procession. La circulation des tramways doit être aussi interrompue provisoirement pour que la parade des groupes de scouts chrétiens puisse passer avec leurs cornemuses.

 

C’est ainsi que les chrétiens palestiniens, autant en Israël qu’en Palestine – ils ne sont qu’une petite minorité –, veulent célébrer l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem. Par contre, c’est également une manière de dire aux juifs et aux musulmans : « Nous existons encore – même si en Israël, nous ne représentons qu’à peine 2 % de la population, et en Palestine, encore moins. »

 

Des délais trop courts

 

Toutefois, la joie est réfrénée cette année. La vague de violence qui ébranle la Terre sainte depuis l’automne a laissé des traces.

Bishop Fouad Twal leads the procession on Palms Sunday 2016.
Mgr Fouad Twal, Patriarche Latin de Jérusalem, en procession, dimanche des Rameaux 2016

À cause de cette situation, beaucoup moins de pèlerins étrangers se sont rendus en Terre sainte, et la procession est donc beaucoup plus petite que d’habitude. Un représentant de la police israélienne indiquait à Aide à l’Église en Détresse (AED) que le cortège qui, l’année dernière, se composait de 30 000 personnes, n’en compte peut-être même pas la moitié cette année. Mais, le plus déterminant, c’est aussi que les chrétiens de Cisjordanie en soient absents.

 

« L’année dernière, nous sommes venus à Bethléem avec sept autobus. Cette année, il n’y en avait que trois », raconte un catholique nommé Johnny, originaire de la ville natale de Jésus, Bethléem. Contrairement aux années précédentes, aucun chrétien n’est venu de villes de Cisjordanie comme Naplouse ou Jénine. Selon lui, c’est parce que les autorités israéliennes n’ont commencé que très tard cette année à délivrer des autorisations d’entrée à Jérusalem. « Nous n’avons appris que vendredi que nous pourrions venir ici dimanche. Pour beaucoup, le délai était beaucoup trop court ».

 

Mais, selon lui, la principale raison est tout autre. « Les gens craignent de venir à Jérusalem. Ils ont peur qu’il leur arrive quelque chose. Nous entendons sans cesse parler de Palestiniens qui sont abattus ici. » En effet, depuis l’automne, plus de 180 Palestiniens sont morts en Terre sainte lors d’affrontements avec les forces de l’ordre israéliennes. Beaucoup d’entre eux ont été tués parce qu’ils avaient attaqué des Israéliens, non seulement des soldats, mais aussi des civils. Ces actes ont été commis à coups de couteau, de ciseaux ou d’armes à feu. Plus de trente Juifs ont trouvé la mort. En évoquant leurs morts, les Israéliens les désignent comme des victimes du terrorisme et affirment leur droit à l’autodéfense. Quant aux Palestiniens, la plupart d’entre eux considèrent leurs morts comme des combattants résistants ayant été exécutés par les Israéliens sans jugement préalable. Deux points de vue absolument inconciliables. Ce qui fait augmenter la haine et la méfiance des deux côtés.

 

« L’Église s’oppose à toute forme de violence, qu’elle soit exercée par les Palestiniens ou par les soldats israéliens. Cependant, le fait qu’ils portent des uniformes ne justifie pas tous leurs actes. Nous sommes pour la justice. Il ne suffit simplement pas de dire : finissons-en avec la violence. Tant que l’injustice régnera, il n’y aura pas de paix », assure le Père Jamal Khader, recteur du séminaire du Patriarcat latin de Beit Jala, une ville voisine de Bethléem.

 

Jérusalem doit être une ville inclusive

 

Considérant le petit nombre de visiteurs qui se sont rendus cette année à la procession du dimanche des Rameaux, il explique dans un entretien accordé à l’AED que cela ne le surprend pas. « Je peux comprendre que les chrétiens palestiniens n’aient pas envie de venir à Jérusalem –, et cela, alors que c’est Pâques et que nous la célébrons traditionnellement à Jérusalem. »

La ville de Jérusalem
La ville de Jérusalem

 

Selon ce prêtre, tout aurait commencé vers la fin des années 1990 avec les points de contrôle. « Les gens étaient souvent obligés de patienter pendant des heures. Ensuite, ils parvenaient au Mur et attendaient leur permis. Avant, j’allais à Jérusalem pour y manger une glace. Aujourd’hui, j’évite autant que possible de venir ici. Je ne veux pas devoir traverser les points de contrôle. Et plus d’une personne a ressenti la même chose. » Le Père Khader croit que ce qui importe pour Israël, c’est de décourager les Palestiniens de se rendre à Jérusalem.

 

« L’autorisation d’entrer n’est pas accordée à chacun à l’occasion des grandes fêtes. Parfois, seuls les parents l’obtiennent, mais pas les enfants. Dans ce cas, évidemment, tout le monde reste à la maison. Parfois, chacun obtient une autorisation, mais les gens sont renvoyés quand même pour une raison ou pour une autre. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Jérusalem doit rester une ville ouverte. Elle appartient à tous, aux Juifs, aux chrétiens, aux musulmans. Elle ne pourra jamais être une ville exclusive. Sinon, il n’y aura jamais de paix. »

 

Le Père Khader dit que la situation politique marque aussi la manière dont les chrétiens palestiniens célèbrent la fête de Pâques. « Nous autres chrétiens de Palestine nous identifions plus avec le Vendredi saint avec la fête de Pâques. En tant que Palestiniens, nous nous sentons très proches des souffrances du Christ. En voyant souffrir Jésus-Christ, nous voyons nos propres souffrances. Les Évangiles de la Passion ne racontent pas seulement l’histoire de Jésus, mais aussi la nôtre. Cela ne signifie pas que nous ne croyons pas à la résurrection et à l’espérance qui lui est rattachée. Mais nous n’en sommes pas encore arrivés à ce point. »

 

Entrevues par Oliver Maksan
Adaptation française: Mario Bard, AED Canada


 

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