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Cap-Vert, Afrique

Continuer pour des femmes qui n’ont plus rien

Lors d’un voyage à l’archipel du Cap-Vert en février 2019, Robert Lalonde, collaborateur régulier de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), s’est entretenu avec Sœur Romualda Tavares, responsable provinciale de la Congrégation des Filles du Saint-Cœur de Marie pour le Cap-Vert, qui compte également en son territoire la Guinée Bissau. L’archipel du Cap-Vert est un petit pays situé au large de la côte nord-ouest de l’Afrique, constitué de dix îles, dont neuf sont habitées.

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Le pays comprend deux diocèses, celui de Santiago – le plus vieux de l’Afrique moderne – et celui de Mindelo, qui dessert une population de 535 000 habitants, dont plus de 90% sont chrétiens. Parmi les nombreuses congrégations présentent auprès de la population, celle des Filles du Saint-Cœur de Marie (FSCM) possède le plus grand nombre de communautés : neuf sur l’ensemble de l’archipel. C’est aussi la plus ancienne congrégation autochtone de l’Afrique.

En plus de me permettre d’apprécier le décor époustouflant de l’île de Santiago, ma visite en compagnie de sœur Romualda m’a fourni l’occasion de rencontrer presque la totalité de la quarantaine de religieuses faisant partie des six communautés sur l’île qui les englobent: Calcheta (2), Praia – la capitale –, Santiago, Somada et Tarrafal. À ces religieuses, toutes Cap-Verdiennes, s’ajoutent les aspirantes, les postulantes et les novices qui assureront l’avenir de la congrégation.

Pendant notre parcours, sœur Romualda m’a partagé les soucis qu’elle entretient pour chacune d’elles, sans jamais perdre de vue la gratitude qui l’anime envers celles qui l’ont précédée : « Je suis arrivée comme aspirante dans la communauté de Calcheta en 1976, la première fondée par les FSCM au Cap-Vert, et j’ai été accueillie par sœur Régina, une pionnière qui nous a tout donné. »

Cette religieuse visionnaire sait que, pour produire des fruits, il est essentiel de nourrir ses racines, mais aussi l’espoir d’un monde meilleur en se donnant corps et âme. Soucieuse de préserver l’unité exemplaire régnant au sein de ses communautés, c’est avec autant d’enthousiasme qu’elle m’a parlé de l’une que de l’autre. Et s’il y a plusieurs projets pressants à réaliser, quand il s’est agi d’en privilégier un, c’est sur celui de Terrafal, une petite localité située au bord de la mer, que son choix s’est arrêté.

Les conséquences

Il y a quelques années, les FSCM ont planifié construire un édifice qui devait inclure un centre social et une résidence d’hébergement pour les religieuses. Ce centre, dont la vocation est d’accueillir des enfants en garderie, ainsi que des femmes pour, d’une part leur apprendre diverses activités manuelles, et d’autre part pour les sortir d’un milieu de violence conjugale, est aujourd’hui partiellement en fonctionnement.
Par contre, bien que la communauté ait un terrain, le projet de construction d’une résidence d’hébergement n’a pu être réalisé. Ainsi les religieuses doivent-elles habiter dans le centre qui constitue leur lieu de travail. Cette situation devient problématique pour plusieurs raisons, dont certaines fondamentales, puisque la vie en communauté n’est pas vécue selon les règles même de la constitution par laquelle elles sont régies.

« Si occupées que nous soyons par des travaux professionnels ou apostoliques, prônait notre fondateur, nous préservons à tout prix des temps forts de prière, gage de notre force, de notre vitalité et de notre efficacité apostolique ». Cette vie de prière est la source où elles puisent leur dynamisme apostolique.

Or, en restant en permanence sur les lieux du travail, non seulement les religieuses ne prennent-elles pas de recul quant à leur apostolat quotidien, mais de plus, elles n’ont pas de lieu privilégié pour vivre ensemble l’essence même de leur spiritualité. Qui plus est, les locaux qui leur servent de chambres se situent au deuxième étage. Cela représente un inconvénient majeur pour les sœurs vieillissantes dont la santé physique est en régression.

De plus, elles doivent actuellement s’accommoder d’une chapelle de dépannage, puisque celle-ci est aménagée dans une petite pièce qui devrait tenir lieu de local pour l’une ou l’autre des activités liées à la vocation du centre. Cette situation n’est assurément pas propice à un recueillement de qualité.

Enfin, que penser des conséquences subies par les personnes visées par le projet? Les chambres utilisées par les religieuses enlèvent de l’espace pour les activités prévues pour les femmes. Par exemple, ces espaces devraient plutôt servir à des salles de couture et autres travaux manuels, ou encore à des lieux de transition lorsqu’elles sont victimes de violence conjugale. Cela signifie que des femmes, privées d’un tel lieu, vivent actuellement une situation précaire tant physiquement que psychologiquement. Conséquemment, elles sont donc empêchées de s’engager dans un processus de mieux-être.

Malgré les difficultés, les religieuses continuent d’assurer un travail formidable. Elles sont le moteur de tant de changements chez des femmes qui, autrement, se sentiraient totalement dépourvues et sans protection. Le courage des religieuses de Tarrafal est ancré dans la mise en action des valeurs de l’Évangile. Grâce à Dieu!

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