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RCA – L’évêque de Bangassou demande que l’on prie pour la paix et pour son peuple

L’évêque de Bangassou, Juan Aguirre Muñoz, lors d’une conférence au Brésil –
Photo : Rodrigo Arantes

Bonne Année ! Ce sont les mots qu’on entend le plus ces jours-ci. Ce sont aussi les trois premiers mots que Mgr Juan José Aguirre, évêque de Bangassou dans le sud-est de la République centrafricaine (RCA), adresse à l’œuvre Aide à l’Église en Détresse (AED). Cela n’aurait rien d’extraordinaire si ces paroles n’avaient été prononcées à peine un jour après la prise de sa ville par des groupes armés rebelles, les combats se poursuivant dans diverses parties de la ville.
(Entrevue réalisée le 4 janvier 2021)

Il souhaite aux autres ce que lui et son peuple n’ont pas eu. En effet, une coalition de rebelles, qui accuse le gouvernement d’avoir manipulé les élections du 27 décembre, a attaqué plusieurs villes ces dernières semaines et contrôle actuellement non seulement Bangassou, mais aussi une grande partie du pays.

Dieu : présent, mais silencieux.

Les soldats du gouvernement ont subi de multiples attaques le 3 janvier, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent sans munitions et s’enfuient. « Nous laissant seuls, moi et mes fidèles, Dieu restant silencieux à nos côtés ». Le missionnaire décrit les choses ainsi, lui qui affirme malgré tout ne pas se sentir seul, bien que beaucoup de gens aient dû fuir vers le Congo, pays voisin que seul un fleuve sépare de la République centrafricaine. « En cette nuit de noirceur, Tu étais là, mais Tu dormais », dit Mgr Aguirre à ce Dieu silencieux, mais présent.

« Nous avons passé une nuit tranquille ici, dans la mission, dans un calme tendu, mais un char de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) composé de soldats marocains se trouvait dans les environs », ajoute le religieux combonien d’origine espagnole. La MINUSCA tente de calmer les esprits en patrouillant. Elle déplace les forces armées, la police et les forces de sécurité du gouvernement vers sa base en attendant l’évacuation.

Mgr Juan José Aguirre Muñoz – Un groupe d’orphelins qui ont trouvé refuge dans les installations de l’Église, le 3 janvier 20201. (Photo : Fundacion Bangassou).

Inquiet pour les personnes âgées et les enfants

Mgr Aguirre est très inquiet pour les enfants et les personnes âgées : « Il y a eu des enfants blessés par des balles perdues ». Il s’agit d’enfants qui fuyaient vers le Congo, après les incendies et les attaques, mais qui ont été touchés par des « balles, tombées comme des épées de Damoclès, sans savoir d’où elles venaient. Même dans leur fuite, ils ont été frappés par la violence des agresseurs », dénonce l’évêque.

Mgr Aguirre espère que les nouveaux « maîtres et rois » du lieu ne s’acharneront pas sur la population. Il y a déjà eu de nombreuses années de violence, de mort et de destruction, ainsi que des changements de pouvoir et des intrigues pour dominer un pays très riche en minéraux et en ressources naturelles, mais avec une population totalement plongée dans la misère. Les nouveaux « rois » de Bangassou sont une coalition rebelle anti-gouvernementale appelée Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC). Elle se compose de cinq seigneurs de guerre qui pillent le pays depuis des années. Beaucoup d’entre eux sont des étrangers venus du Niger, du Tchad ou du Soudan. Fidèle à sa mission, le prêtre ne fait pas de politique, il souhaite juste pouvoir continuer à accomplir sa mission : « Comment porter un regard de tendresse parmi tant de violence ? »

Mgr Aguirre prend soin des malades. Son diocèse possède quatre installations dédiées aux personnes malades et aux personnes âgées, ces dernières étant souvent accusées de sorcelleries.

« Nos prêtres et nos religieuses sont toujours là … donnant tout »

Des orphelins ont été accueillis à la mission catholique, l’une des rares enclaves qui a tenu bon malgré les attaques et les violences de ces derniers jours : « Ils sont innocents, ils ne savent rien des rebelles, des mercenaires, des luttes de pouvoir… Ils ne font qu’entendre les coups de feu et les explosions, et ils ont très peur ». La mission dispose également d’un foyer d’accueil pour personnes âgées, dans une partie de la ville. Mgr Aguirre s’inquiète de la situation de ces 50 personnes âgées, dont beaucoup sont atteintes de démence sénile. « Les plus vulnérables paient les pots cassés. Nos prêtres et nos religieuses sont toujours là, chacun à leur place, donnant tout, vivant auprès des gens ces moments d’anxiété. Il y a beaucoup de traumatismes qui doivent être guéris. Le Christ souffrant est derrière chacun d’eux. Priez pour la paix et pour mon peuple ».

Après de terribles guerres et luttes entre le gouvernement et de multiples groupes de miliciens et mercenaires entre 2013 et 2019 avec des massacres, des viols et des pillages, la République centrafricaine semblait commencer à retrouver le calme : « Nous étions en train de travailler sur tant de beaux projets pour la reconstruction du pays… Maintenant, nous allons devoir recommencer beaucoup d’entre eux ». Mais il ne s’agit pas d’un simple regret, car Mgr Aguirre ajoute : « Le temps de l’homme n’est pas le temps de Dieu ! ».

En 2020, l’AED a soutenu 22 projets dans six diocèses de la République centrafricaine, principalement sous la forme d’aides à la subsistance pour des prêtres et des religieuses et un soutien à la formation des séminaristes.

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