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Pakistan – « POUR LA PREMIÈRE FOIS, LE GOUVERNEMENT A AGI À TEMPS »

mons. ShahPakistan

« POUR LA PREMIÈRE FOIS, LE GOUVERNEMENT A AGI À TEMPS »

Marta Petrosillo, AED Italie

Adaptation Robert Lalonde, AED Canada

« Quand une accusation de blasphème est adressée à un musulman, il est le seul à en payer les conséquences ; tandis que si c’est un chrétien qui est inculpé, l’ensemble de sa communauté est considérée responsable », a déclaré Mgr Sebastian Francis Shah, archevêque de Lahore,à l’Aide à l’Église en Détresse, après ce qui s’est passé le dimanche 24 mai à Sanda, un quartier à majorité chrétienne de la capitale pakistanaise.

Un jeune chrétien, Humayun Faisal Masih, a été accusé de blasphème pour avoir brûlé quelques feuilles de journal contenant des versets du Coran. Peu de temps après, une foule furieuse s’est déversée sur le quartier. « Selon certains témoins, le garçon était en train de ranger la maison – explique Mgr. Shah – mais le déroulement des faits n’est pas encore clair. Hier, nous nous sommes appliqués à protéger les habitants du quartier, et nous n’avons pas eu le temps de vérifier la validité de ces accusations. Cet après-midi, j’irai à Sanda et j’essayerai d’approfondir la question ». Le prélat a été averti dimanche à sept heures du soir, alors que dans le vieux quartier chrétien, la foule venait tout juste de bloquer la circulation, de brûler des pneus, et commençait à jeter des pierres sur les maisons. Les chrétiens ont immédiatement quitté leurs maisons, craignant une tragédie similaire à celles qui ont eu lieu à Gojra en 2009 et à Joseph Colony en 2013.

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« J’ai immédiatement appelé à l’aide quelques dirigeants musulmans et politiciens locaux. Grâce à leur intervention, la police a réussi à disperser la foule avant minuit. C’est la première fois que le gouvernement parvient à agir à temps pour sauver les hommes et les maisons. » Pour Mgr Shah, l’efficacité des autorités est attribuable au dramatique précédent des attaques contre deux églises de Lahore, qui ont eu lieu le 15 mars dernier. « Depuis lors, j’ai noué des relations étroites avec des politiciens et des représentants de la communauté musulmane locale. Leur soutien nous a permis d’éviter le pire. »

Restent à clarifier les accusations portées à l’encontre de Humayun, sur la base desquelles a été enregistrée une plainte pour blasphème, conformément à l’article 295 B du code civil pakistanais – connu, conjointement à l’alinéa C du même article, comme « loi anti-blasphème » – qui punit d’emprisonnement à perpétuité quiconque profane le Coran. Selon des sources locales, le jeune aurait un retard mental, mais cela ne constitue pas une circonstance atténuante pour la loi pakistanaise. Comment l’explique à l’AED le professeur Shahid Mobeen, professeur à l’Université pontificale du Latran et auteur du livre Loi sur le blasphème et liberté religieuse, « la règle ne prévoit pas que l’agissement de l’accusé soit volontaire. Pour être condamné, il suffit de laisser tomber un exemplaire du Coran ou de piétiner par inadvertance une page de journal sur laquelle sont rédigés des versets du Coran, livre sacré islamique. En outre, seuls 5 % des pakistanais comprennent l’arabe, et donc 95 % de la population pourraient commettre un tel blasphème sans même s’en apercevoir.»

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