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Pakistan : Des familles chrétiennes voient leurs maisons détruites


Destruction de bidonvilles au Pakistan

Récemment à Hyderabad et Karachi, les maisons de 450 familles catholiques ont été détruites dans le cadre d’une campagne de lutte contre les constructions déclarées illégales par le gouvernement provincial du Sindh– ciblant les maisons considérées comme telles.

L’année dernière, après de graves inondations urbaines, il a été décidé de nettoyer les boues se trouvant dans les trois égouts de la ville. Si ce plan est réalisé, il provoquera la destruction de 14 000 maisons et de 3000 magasins. Dans l’archidiocèse de Karachi, 600 familles chrétiennes du « Gujjar nullah » (l’égout de Gujjar) seront déplacées.

Anum Arif, une volontaire catholique de Caritas Pakistan Karachi (CPK) qui vit près du « nullah », s’est entretenue avec l’Aide à l’Église en Détresse (AED). D’abord, voici son histoire.

Anum Arif, une volontaire catholique de Caritas Pakistan Karachi (CPK)

« Cela fait quatre mois que la destruction a commencé dans 28 implantations situées de part et d’autre du nullah auquel je suis habitué depuis mon enfance. C’était autrefois un ruisseau qui se jetait dans la rivière Lyari avant d’atteindre la mer d’Arabie. Plus de 900 familles chrétiennes vivent dans les bidonvilles environnants.

Mon grand-père a émigré de la province du Pendjab et a acheté un terrain de 1,400 m², [situé tout près] à peine 10 mètres du nullah. Mes proches parents possèdent également plusieurs maisons ici. La zone, qui fait partie de la paroisse Saint-Jude, comprend deux églises, deux écoles et une madrassa (école islamique).

Les taux de destruction prévus sont indiqués sur les maisons. Lorsqu’il est indiqué 100 % sur la maison d’une personne, elle est priée de quitter sa demeure dans les sept jours. Il est marqué 85 % sur notre maison. Nous disposons de tous les documents locatifs, mais le gouvernement du Sindh refuse désormais d’en tenir compte. Le conseil municipal de Karachi prévoit un élargissement des routes pouvant aller jusqu’à 36 mètres des deux côtés du nullah.  

Le sous-préfet et les politiciens sont ambigus au sujet des montants d’indemnisation et des plans de réinstallation. Le ministre en chef affirme qu’il accordera 15 000 roupies (123 dollars) à chaque foyer affecté au cours des six prochains mois. La Cour suprême du Pakistan a ordonné que des indemnités soient accordées avant les évacuations, mais nous attendons toujours. Selon les rumeurs, les terres arides de la banlieue de Karachi nous sont réservées ».

« La loi se débarrasse des faibles pour le bien-être des puissants. Nos rêves ont été brisés »

La question de l’indemnisation fait l’objet de vifs débats car elle est d’une importance existentielle pour de nombreuses familles de cette zone. Ceux qui réfutent tout droit à une indemnisation soutiennent que les terres ont été occupées illégalement. Cependant, Anum Arif déclare :

« Nous payons régulièrement nos factures d’électricité et de gaz. Les services gouvernementaux ont accepté nos paiements pour ces services publics.Ils devraient également être considérés comme responsables. Le gouvernement n’a pas communiqué de détails sur son opération de nettoyage ou ses plans de réinstallation. Nous louons en ce moment un deux pièces, mais beaucoup n’ont nulle part où aller. Nous ne voulons ni argent ni terre, nous avons juste besoin d’une maison. »

Les chrétiens ne sont pas les seuls à souffrir des plans du gouvernement. Environ 60 % des personnes touchées font partie de la communauté musulmane, majoritaire au Pakistan. Dix mosquées seront rasées si les plans sont exécutés. Ce sont surtout les pauvres du Pakistan qui sont victimes des nouvelles infrastructures.

« Les bulldozers ont atteint un hôpital des environs où nous nous étions réunis pour faire une manifestation le mois dernier. Nous avons bloqué la circulation pendant quatre heures, mais aucun des représentants du gouvernement n’est venu entendre nos réclamations. Nous pensons que les inondations urbaines peuvent être évitées en nettoyant le canal ou en construisant des murs le long de celui-ci. Détruire des bidonvilles n’est pas la solution ».

Les travailleurs journaliers subiront des pertes totales ou partielles au cours du processus », explique Anum Arif. « Mon père, un agent sanitaire, a dépensé toutes ses économies pour construire sa maison qui comporte quatre pièces sur deux étages.J’y suis né. Beaucoup sont devenus grands-parents après s’être mariés au même endroit.

Avant sa victoire aux élections législatives de 2018, le Premier ministre Imran Khan avait promis de créer 10 millions d’emplois et de fournir cinq millions de maisons au cours de son quinquennat. Mais nous nous retrouvons sans abri. La loi se débarrasse des faibles pour le bien-être des puissants. Nos rêves ont été brisés »

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