fbpx
X
Faire un don

Pakistan
Découragement et espoir dans des cas d’enlevèments

Une jeune fille chrétienne de 15 ans, enlevée et victime de sévices sexuels, tombe enceinte

 « Huma est tombée enceinte à la suite de sévices sexuels et elle n’est pas autorisée à sortir », a déclaré l’avocate de la famille de la jeune fille à l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

Par John Pontifex et Massimiliano Tubani pour l’AED International
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Huma Younus

Maître abassum Yousaf, avocate à la Haute Cour du Sindh, province pakistanaise qui a pour capitale Karachi, est actuellement engagée dans la défense des parents de Huma Younus, une jeune catholique de 15 ans, kidnappée en octobre 2019 par Abdul Jabbar et contrainte de se convertir à l’islam. Dans un entretien avec l’AED, l’avocate,a révélé une nouvelle majeure sur la situation personnelle et judiciaire de l’adolescente.

« Huma a appelé ses parents et les a informés qu’elle était tombée enceinte à cause de sévices sexuels qu’elle a subis. À la suite de la demande de son père de quitter la maison du kidnappeur pour rentrer chez elle, la mineure a répondu qu’elle n’était pas autorisée à sortir et que sa vie devenait de plus en plus difficile car elle était enfermée dans une seule pièce », a rapporté Maître Tabassum Yousaf.

Dernièrement, le frère du ravisseur, un Mukhtiar Jabbar, employé d’une force de sécurité a menacé les parents de Huma  « Ce dernier a appelé les parents de Huma par visioconférence et, en leur montrant ses armes, les a menacés en disant qu’il les tuerait s’ils tentaient de retrouver leur fille. Mukhtiar a même ajouté, cette fois par messages audio, que si tous les chrétiens se réunissaient pour récupérer Huma, il tuerait à la fois les parents et tous ceux qui voudraient aider ces derniers. »

Une audience devait se tenir le 13 juillet

Sur le plan judiciaire, a expliqué l’avocate de la famille de Huma, le tribunal de première instance (Third Judicial Magistrate di Karachi East) a classé l’affaire faute de preuves. Un appel a été déposé auprès du même juge afin d’examiner de nouveau les preuves justificatives, et le magistrat s’est rapproché de l’autorité publique compétente, la NADRA, afin d’obtenir l’acte de naissance de l’adolescente. La prochaine audience était fixée au 13 juillet 2020. L’avocate des parents de la jeune fille avait cependant déjà fourni, lors d’une des auditions, deux documents officiels attestant de l’âge de la jeune fille mineure : un certificat scolaire et le certificat de baptême de la Paroisse catholique St James de Karachi. Les deux documents font état de la date de naissance de Huma : 22 mai 2005.

Quant à la Haute Cour du Sindh, elle est toujours fermée en raison de la pandémie de coronavirus et rouvrira probablement en août. Ce n’est que plus tard qu’une audience pourra être fixée auprès de la même Cour.

Une course contre la montre

L’avocat du kidnappeur Abdul Jabbar, explique l’avocate de Huma, vise à gagner du temps en profitant de toutes les chicanes juridiques car dans trois ans l’adolescente aura 18 ans et l’affaire, selon toute probabilité, sera définitivement close. La Cour suprême du Pakistan, la même qui a acquitté Asia Bibi, pourrait théoriquement examiner et juger l’affaire en très peu de temps, mais la société islamique radicale du Pakistan ne permet pas au système judiciaire d’être autonome. En outre, lorsque le droit des minorités religieuses est en jeu, il y a une tendance à faire traîner les choses car il n’est considéré ni comme prioritaire ni comme urgent. L’affaire Bibi déjà mentionnée représente un précédent éloquent de ce point de vue.

À propos du développement du type d’acte dont a été victime Huma, l’avocate Tabassum Yousaf rapporte que de nombreuses Organisations non gouvernementales donnent des estimations de cas enregistrés et divulgués au public, mais indiquent  que tous ne sont pas signalés, « donc selon ma lecture basée sur l’expérience, il y a 2000 cas similaires par an, enregistrés et non enregistrés », estime-t-elle.

Selon l’avocate de la famille de Huma, « une justice différée est une justice refusée, donc tout retard dans les décisions concernant les droits des minorités religieuses représente un déni de ces droits. Le tribunal a retardé et continue de retarder la justice en faveur de Huma simplement parce qu’elle est une mineure chrétienne. Si un cas similaire s’était produit contre un mineur musulman, toutes les autorités se seraient donné du mal. Je suis sûr, en tant qu’avocat, que le président de la Cour suprême du Pakistan pourra garantir la justice pour les parents de la jeune fille et de Huma elle-même. À tout autre niveau inférieur du système judiciaire, la justice pour les minorités ne sera pas possible », conclut amèrement l’avocat.

La Fatwa d’un grand Mufti donne de l’espoir

Finalement, l’AED a appris que Muhammad Asad Ali Rizvi Efi, grand Mufti,  a rendu un avis juridique islamique au nom de la mosquée sunnite Rizvi Jammah, à Jhung Bazar (ville de Faisalabad), jugeant comme faux (batil) un certificat de mariage soumis au tribunal par Mohamad Nakash, qui prétend être légalement marié à Maira Shahbaz, une jeune fille qu’il a kidnappée.

La maman de Maira, une autre victime de kidnapping­.

Le tribunal de première instance de Faisalabad avait tranché en faveur de M. Nakash en mai, mais la famille de Maira espère que l’intervention du Grand Mufti sera décisive lors d’une audience en appel qui se tiendra à la Haute Cour de Lahore.

S’exprimant depuis son domicile de Madina Town, près de Faisalabad, la mère de Maira, Nighat Shahbaz, a déclaré à l’AED) Œuvre de bienfaisance catholique qui aide les chrétiens persécutés, qu’elle aspirait ardemment au retour de sa fille.

(15-07-2020)

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles récents