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22 Juin 2020, by Mario Bard in Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Mozambique

Mozambique
des carmélites témoignent de la « barbarie »

Trois jours d’attaques djhadistes dans la ville de Macomia 

Propos recueillis 
Paulo Aido & Christophe Lafontaine, AED International
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 22 juin, 2020

À la fin du mois de mai, des groupes terroristes ont sévi dans la ville de Macomia dans la province gazière de Cabo Delgado au nord-est du Mozambique. Les Carmélites Thérèsiennes de saint Joseph, présentes dans la ville depuis 16 ans, y accomplissent un travail remarquable dans le domaine de l’éducation. Quelques jours après l’attaque, elles sont revenues sur les lieux et racontent ce qui s’est passé. L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) qui leur avait rendu visite en 2015 et les a soutenues au travers de plusieurs projets, exprime aujourd’hui sa consternation face à ce qui s’est passé.

 

L’attaque a commencé à l’aube du 28 mai.  « Elle a été violente, cruelle et a duré trois
jours », explique sur sa page Facebook, sœur Blanca Nubia Castaño, du carmel de Macomia.

Elle et les autres religieuses, conscientes « du risque » qu’elles prenaient, ont abandonné le siège de leur mission quelques jours avant l’attaque.Celui-ci comprend une école et un pensionnat.

« Depuis deux ans et demi », écrit sœur Blanca, la région de Macomia et toute la province de Cabo Delgado sont « terrifiées » par les attaques cruelles de groupes armés djihadistes. Leurs motivations, selon les experts, pourraient être liées à la découverte de riches gisements sous-marins de gaz au large des côtes de cette province. Leurs opérations se sont intensifiées depuis le début de l’année. Ils sèment la terreur parmi la population, brûlent les villages, s’attaquent aux civils le long des voies de communication et dans les transports publics.

 

Le jeudi 4 juin, « bien que les risques ne soient pas complètement écartés », les religieuses ont décidé de retourner à Macomia pour voir  l’ampleur des dégâts causés par les terroristes. Mais elles ont aussi voulu « visiter, encourager et aider au moins [les] employés et leurs familles. »

 

Selon les mots de sœur Blanca Nubia Castaño, la destruction a été violente. « À la suite de cette barbarie, la zone urbaine a été complètement démolie, la plupart des infrastructures de l’État ont été endommagées et la zone commerciale réduite en cendres. »

Outre la destruction matérielle, le bilan humain reste à déterminer. « Nous ne connaissons toujours pas le nombre de victimes civiles ni celles des forces [de sécurité]. Le 3 juin, les gens ont commencé à retourner lentement dans leurs maisons, qui pour certaines ont été brûlées, d’autres pillées… Souvenez-vous qu’il y a seulement un an, nous subissions le passage destructeur du cyclone Kenneth… » Cette dépression tropicale a en effet particulièrement touché la province de Cabo Delgado causant des dégâts considérables.

 

Lors de l’attaque de fin mai, la mission des Carmélites Thérèsiennes de saint Joseph a été épargnée, semble-t-il, uniquement parce qu’elle est située relativement en dehors de la zone attaquée par les terroristes. « Notre mission a été sauvée parce qu’elle se trouve dans les hauteurs, à côté d’une base militaire. » Pour des raisons de sécurité, elles ont dû retourner le jour même dans l’autre mission où elles avaient fui ne pouvant rester à Macomia.

 

Crise méconnue, ignorée par la communauté internationale

Depuis fin 2017, les violences dans la région ont fait plus de 1 100 morts, dont 700 civils, selon l’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled). Les violences ont provoqué le déplacement de 200 000 personnes, depuis fin 2017, selon l’Organisation des Nations unies. D’après les mêmes sources, la dernière opération contre la ville de Macomia, qui accueillait déjà 30 000 déplacés, a causé un nouvel exode.

Le pape a attiré l’attention du monde sur cette crise méconnue lors de son message Urbi et Orbi en avril dernier, pour le dimanche de Pâques.

En 2015, une délégation de l’Aide à l’Église en Détresse s’était rendue chez les carmélites de Macomia, à qui l’œuvre internationale de charité avait fourni une voiture pour soutenir leur travail pastoral. « Je suis profondément désolé de la situation à Macomia surtout que j’ai fait la connaissance personnellement des religieuses lors de mon dernier voyage au
Mozambique », a déclaré Rafael d’Aqui, responsable des projets au Mozambique à l’AED. Le travail des religieuses l’a particulièrement impressionné et il explique que « leur engagement ne s’étend pas seulement au pensionnat qu’elles dirigent, mais aussi à l’ensemble de la population environnante ». Outre les élèves dont elles s’occupent, elles sont attentives aux familles et aux professeurs. Il y a aussi un programme d’aide pour apprendre aux mères l’allaitement et pour procurer les soins de base à leurs bébés.