fbpx
X
Faire un don

Nigeria 

Priez pour des élections pacifiques! 

 

 « Si les élections sont entachées par des actes de violence, de nombreux Nigérians innocents en paieront le prix. Aide à l’Église en Détresse peut mobiliser son réseau mondial d’amis, de bienfaiteurs et de partisans pour prier, en particulier pour le Nigeria en cette période électorale critique. » Mgr Ignatius Kaigama.

***

*Cet article a été publié avant que la Commission électorale du Nigeria ne reporte la première ronde d’élections, du 16 au 23 février, ainsi que la seconde, prévue le 2 mars et reportée au neuf. 

Le 16 février et le 2 mars 2019, les citoyens nigérians éliront le président, le parlement fédéral et d’autres représentants du gouvernement. La violence exercée par des groupes d’extrémistes islamistes comme Boko Haram règne toujours dans de vastes zones du pays. Aide à l’Église en détresse (AED) s’est entretenue avec Mgr Ignatius Ayau Kaigama, archevêque catholique de Jos, au sujet de la situation actuelle, des élections parlementaires au Nigéria et de ses espérances pour le pays.  Enfin, rappelons que les évêques catholiques du Nigeria représentent toujours une autorité morale extrêmement forte et estimée par la population, dans un pays où règne une grande corruption et la violence contre les chrétiens, en particulier dans les régions du centre et du nord-est du pays.

Propos recueillis par Grace Attu.
Adaptation et révision pour le Canada français : Mario Bard, AED-CAnada

***

Lors de son voyage au Canada en juin 2018, Mgr Kaigama en pleine discussion avec Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED.

AED-Grace Attu : Quelle est la situation présentement au Nigeria alors que se tiendront les élections parlementaires ce samedi 16 février et puis le 2 mars ?

Mgr Kaigama : Comme partout dans le monde, les émotions politiques soulèvent de fortes vagues en période électorale. Beaucoup de personnalités politiques et leurs partisans développent une paranoïa politique. On entend parler de la facilité avec laquelle certains politiciens passent d’un parti à l’autre. Cela montre que leur motivation de s’engager en politique n’est pas fondée sur de bons principes politiques, une idéologie ou des programmes politiques électoraux favorables aux citoyens, mais qu’elle dépend en première ligne de leurs intérêts personnels. La plupart d’entre eux ne réfléchissent que très peu à la manière de garantir une gouvernance responsable ou bien une amélioration de la situation des gens simples, en particulier les pauvres, les marginalisés, les chômeurs, les victimes d’extrémismes religieux et les millions de personnes qui sont devenues victimes des dérivés toxiques de la corruption, véritablement pandémique.

Les campagnes électorales actuelles sont relativement modérées par rapport aux campagnes précédentes, bien qu’aujourd’hui, il y ait aussi eu des morts à déplorer. Par contre, ce qui saute à l’œil, ce sont les affirmations furieuses et infondées de certains hommes politiques, qui pourraient être considérées comme discours d’incitation à la haine ou d’invitation à la violence.

Il y a eu des incidents et quelques accidents mortels lors de quelques manifestations ; nous tenons cependant à saluer les campagnes électorales pacifiques de la plupart des partis. Néanmoins, il règne une tension et une inquiétude généralisées au sujet des futures réactions de ceux qui, dès à présent, ont l’impression que les élections pourraient être manipulées.

 

Ces derniers temps, les attentats commis par Boko Haram se sont intensifiés. Selon vous, est-ce qu’il pourrait y avoir un lien avec les élections ?

Mgr Kaigama : Le nombre d’attentats de Boko Haram s’était déjà intensifié auparavant. Plusieurs membres du personnel militaire ont été tués. Les rebelles ont même été suffisamment effrontés pour s’attaquer à des hommes armés en causant de graves pertes parmi leurs rangs. Ils n’épargnent même pas les collaborateurs d’œuvres de charité internationales. D’une manière insolente, ils mettent en garde la communauté internationale de ne pas se dresser en travers de leur chemin. Ils combattent pour s’emparer du pouvoir dans certaines régions du Nigeria et des pays voisins afin d’atteindre leur objectif d’édifier un État islamique d’Afrique de l’Ouest.

Récemment, les candidats au gouvernorat de l’État Plateau ont signé une déclaration dans laquelle ils se sont engagés à faire une campagne électorale pacifique. Le tout s’est tenu au Centre pour le dialogue, la réconciliation et la paix de Jos, la capitale de l’État. Les dirigeants religieux, dont Mgr Kaigama, ont été les témoins cet engagement.

Nous avons été surpris de voir que ces derniers jours, les attentats de Boko Haram se sont intensifiés dans les régions de Michika, Shuwa, Madagali et Mubi, dans les États fédéraux de Borno et d’Adamawa. Des gens qui disent que ces nouvelles attaques sont motivées et encouragées par des facteurs politiques pour collecter des points politiques, ou qu’elles pourraient être une tentative de priver une partie des électeurs de leurs droits de vote durant les élections. Ce qui est indubitable, c’est que ces attaques doivent clairement démontrer que Boko Haram n’est pas encore vaincu. La menace provenant de Boko Haram reste tout à fait réelle. Ils sont très loin reconnaître leur échec.

 

Est-ce que vous vous inquiétez ?

Mgr Kaigama : Je devrais le faire. Lorsque la paix est perturbée, les chefs de l’Église catholique comme moi souffrent plus que ceux qui ont été élus au gouvernement. En effet, c’est dans nos maisons et nos bureaux que les gens viennent en foule, parce qu’ils savent qu’ils n’en seront pas chassés par les policiers armés ou des soldats, ni agressés ou menacés par les aboiements des chiens policiers, alors qu’ils veulent venir demander de l’aide ou des biens de première nécessité. Nous devons réussir à aider ceux qui ont été expulsés de chez eux et qui ont perdu tous leurs moyens d’existence. À cause du surmenage et du stress auxquels nous, les chefs de l’église, sommes exposés en temps de crise, nous prions beaucoup, et nous travaillons très dur pour encourager de manière proactive une culture de la paix. Nous nous efforçons en commun d’assurer que nous aurons des élections libres et équitables qui aboutiront à la paix pour tous.

Si les élections sont entachées par des actes de violence, de nombreux Nigérians innocents en paieront le prix. J’espère que les élections seront équitables, pacifiques et crédibles, et que la victoire reviendra à des membres du gouvernement qui se distinguent par la bonté, le patriotisme, l’altruisme et la piété, et auxquels le bien de la communauté tiendra plus à cœur que leur ambition personnelle ou le luxe inhérent à leur fonction. Dehors, dans les rues, il y a beaucoup de jeunes gens avec une bonne formation et une bonne qualification, mais qui n’ont pas de travail. Nous espérons que ceux qui aspirent à des postes à tous les niveaux du gouvernement considéreront la situation critique des jeunes comme l’une de leurs priorités.

 

Quelle est la contribution que fournit l’Église pour que les élections se déroulent correctement ?

Mgr Kaigama : L’Église catholique du Nigéria joue le même rôle que lors de n’importe quelle autre élection. Notre comité pour la justice, le développement et la paix (Justice, Development and Peace Commission – JDPC) travaille de manière proactive et est tout à fait conscient que les élections doivent se dérouler impérativement de manière pacifique et équitable. Par le passé, le comité a honorablement assumé sa mission en matière de surveillance électorale et attiré l’attention sur les défauts, les points faibles et les points forts. Récemment, la conférence des évêques catholiques du Nigeria a publié une déclaration appelant à la prière et à une exécution correcte des élections ainsi qu’à développer une attitude convenable des citoyens lors de ces élections.

Dans l’archidiocèse de Jos, l’Église s’est fébrilement chargée de nombreuses missions pour contribuer à ce que les élections se déroulent dans la paix. Nous avons appelé nos membres à la prudence. Ils doivent respecter la loi, rester pacifiques et ne pas se laisser exploiter par des hommes politiques égoïstes. Ils doivent s’assurer de posséder une carte d’électeur et aller voter. En notre qualité de prêtres, nous encourageons nos concitoyens, et leur rappelons de rester vigilants en cette période. Nous nous remettons en mémoire que nous-mêmes, les membres du clergé, nous avons le devoir de rester impartiaux. Depuis deux ans, le comité pour la justice, le développement et la paix s’occupe, dans différentes communes particulièrement choisies, de projets pour favoriser des élections pacifiques. Différentes communes bénéficient de formations spéciales pour apprendre comment formuler des exigences sous forme de charte et définir ce qu’elles doivent exiger des hommes politiques qui briguent leurs suffrages.

Mgr Kaigama, lors de l’engagement des candidats à faire une campagne électorale pacifique pour l’élection générale des 16 février et 2 mars prochain.

Le comité organise dans les établissements scolaires et les communautés des formations axées sur la « Promotion de la paix » ainsi que des programmes dédiés aux « Alternatives à la violence ». Dans le cadre des activités qui se sont déroulées préalablement aux élections, notre Centre pour le dialogue, la réconciliation et la paix (Dialogue Reconciliation and Peace Centre) a récemment organisé une cérémonie de signature d’un accord de paix par tous les candidats au poste de gouverneur de l’État fédéral de Plateau, à laquelle ont assisté des chefs traditionnels, des chefs religieux, des groupes de la société civile, des dirigeants des forces de sécurité et différentes parties prenantes de la société. Par ailleurs, notre comité pour la justice, le développement et la paix a été officiellement accrédité comme observateur électoral. De plus, nous sommes préparés à intervenir pour redresser la situation en cas d’explosion de violence lors des élections. Nous prions que cela ne se produise pas.

 

Qu’espérez-vous pour le Nigeria ?

Mgr Kaigama : Je suis un grand optimiste. Je suis très fermement persuadé que le meilleur pour le Nigeria est à portée de nos mains. Je suis un patriote convaincu en ce qui touche mon pays, le Nigeria. Tant de choses négatives sont évoquées en rapport avec le Nigeria, mais je crois que malgré tous ses défauts et ses imperfections, le Nigeria surprendra un jour le monde et enchantera et stupéfiera tous ceux qui se moquent aujourd’hui du pays et le donnent pour perdu. Les Nigérians sont un peuple pacifique, joyeux, travaillant dur, croyant et coriace, qui a simplement la malchance d’avoir des dirigeants qui se réjouissent de pouvoir voler l’énorme richesse par laquelle Dieu nous a béni, au lieu d’être des chefs de gouvernement altruistes et dotés d’une vision. Ils commettent ces larcins en coopération avec d’autres pays, des entreprises, des organisations et des particuliers étrangers.

Beaucoup de gens croient comme moi que le Nigeria survivra en tant que nation unique et peuple unique. Les temps sont proches où surviendra une révolution morale de la jeunesse, qui surmontera les catégories – comme l’appartenance à une tribu ou une religion –, et n’engendrera comme dirigeants que des personnalités sérieuses prêtes à souffrir et même à donner leur vie pour le Nigeria et les Nigérians, au lieu d’exhorter les pauvres gens à mourir pour eux (les dirigeants politiques). Tôt ou tard, ceux qui manipulent les élections, achètent des votes, exploitent les structures gouvernementales pour accéder à la victoire électorale et déclarent que les perdants sont vainqueurs, ne pourront plus se cacher nulle part.

 

Comment l’AED et ses bienfaiteurs peuvent-ils soutenir le Nigeria pendant cette période ?

Mgr Kaigama : L’AED peut mobiliser son réseau mondial d’amis, de bienfaiteurs et de partisans pour prier en particulier pour le Nigeria en cette période électorale critique. Nous avons besoin de soutien pour nos nombreuses initiatives de maintien de la paix et de la sensibilisation ainsi que pour différents programmes proactifs de formation à la paix, pendant et après les élections. De plus, nous avons besoin de soutien pour la réalisation d’offres éducatives et de programmes de promotion et d’autonomisation des jeunes gens, de jeunes filles adolescentes et de veuves, pour leur rendre espoir et leur éviter des problèmes.

Mais avant toute chose, prions ensemble pour des élections pacifiques et une stabilité générale, en espérant que par la grâce de Dieu, les futures élections permettent l’émergence de dirigeants visionnaires capables d’élever ce pays tellement prometteur de « l’insignifiance à la dignité ».


Merci de donner pour soutenir le travail de l’Église catholique au Nigeria.

Pour en apprendre plus sur notre soutien et les projets au Nigeria, visitez la page acn-canada.org/fr/2018nigeria

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles récents