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Nigeria

 « N’attendez pas qu’un génocide ait eu lieu
pour intervenir ! »

Ne faites pas comme au Rwanda

 « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ». C’est ce qu’à déclaré il y a quelques jours à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) Mgr Amove Avenya, évêque de Gboko, un diocèse qui se situe dans l’État à majorité chrétienne de Benue.

Cet appel est déjà le neuvième provenant d’un évêque de la région centrale du Nigeria surnommée Middle Belt (ceinture du milieu), pour dénoncer les tensions préoccupantes qui existent avec les bergers islamistes peuls. Ces derniers jours, ils ont à nouveau attaqué la région de Jos – capitale de l’État de Plateau – où plus de 100 personnes sont mortes.

Il y a toujours eu des conflits, car cela fait des siècles que le bétail des bergers peuls vient paître dans la région nigériane de la Middle Belt, et que les paysans locaux – pour la plupart des chrétiens – se plaignent que leurs récoltes sont sans cesse endommagées par les troupeaux.

Le 22 mai dernier, des milliers de personnes ont manifesté contre un phénomène qui s’apparente à l’élimination préparée des chrétiens de la Middle Belt du Nigeria.

 

 

492 personnes tuées en six mois

Autrefois, ce problème était plutôt de nature économique ou ethnique. Mais celui-ci commence à se transformer également en un conflit religieux. Selon les données officielles, il y a eu 492 victimes dans l’État de Benue depuis le début de l’année. Mgr Avenya ajoute : « Ce sont des criminels et des terroristes. Ils ne font pas la même chose dans les territoires à majorité musulmane. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un acte de purification ethnique contre les chrétiens ».

Mgr Peter Iornzuul Adoboh, évêque de Katsina Ala (État de Benue), ainsi que Mgr Matthew Ishaya Audu, évêque de Lafia (capitale de l’État de Nassarawa), pensent aussi qu’il existe un objectif clair d’islamisation de la « Middle Belt ». Et les bergers peuls font partie de ce plan. « Ils veulent nuire aux chrétiens », explique Mgr Audu, « et le gouvernement ne fait rien pour les arrêter, parce que le président Buhari fait également partie du groupe ethnique des Peuls ».

Ces doutes quant à une possible protection du gouvernement sont apparus non seulement parce que la police fédérale ne fait rien pour s’attaquer au problème, mais parce que les éleveurs peuls disposent désormais d’armes de plus en plus sophistiquées. « Il fut un temps où ces bergers n’étaient armés que de bâtons », explique Mgr Avenya, « mais maintenant ils ont des fusils AK 47. Ces armes sont trop coûteuses pour qu’ils puissent se les payer. Qui les fournit ? De plus, dans cette région il y a des points de contrôle tous les deux kilomètres. Comment est-il possible que ces hommes armés, avec leurs troupeaux, deviennent invisibles ? »

Le 22 mai dernier, tous les diocèses du Nigeria se sont joints à une manifestation pour demander au gouvernement de protéger les chrétiens. « Nos fidèles sont assassinés ou sont contraints de se déplacer continuellement à cause de la violence », ont affirmé les évêques de Lafia et Katsina Ala. « En occident, on continue de considérer le problème des bergers peuls comme une affaire interne. Ne faites pas la même chose qu’avec le Rwanda, n’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

Mgr William Amove Avenya, évêque de Gboko. « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ». 

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