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Nigeria :

massacre d’autres groupes que Boko Haram

En décembre dernier, Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est entretenu avec Mgr Joseph D. Bagobiri du Nigeria. Voici ce qu’il révélait à nos collègues italiens.

De 2006 à 2014, plus de 12 000 chrétiens ont été assassinés, et 2 000 églises ont été détruites par des actes terroristes au Nigeria. Il s’agit là des chiffres cités par Mgr Joseph D. Bagobiri, évêque du diocèse de Kafanchan, dans l’État de Kaduna, au cours de sa visite au siège italien d’Aide à l’Église en Détresse (AED). C’est surtout à cause des intégristes islamistes du groupe Boko Haram que le Nigeria se tient à la troisième place du classement de « l’indice mondial du terrorisme de 2016 ».

Mgr Joseph Danlami Bagobiri de Kafanchan, Nigeria – en visite à ACN International à Königstein, Allemagne, le 19 avril dernier.

Cependant, Mgr Bagobiri révèle qu’ils ne sont pas seuls à répandre la terreur dans le pays le plus peuplé d’Afrique. « Au cours des trois derniers mois, plus de la moitié du territoire de la partie sud de l’État de Kaduna a enregistré une intensification des attaques commises par le groupe terroriste des éleveurs peuls musulmans (FHT), des bergers nomades de l’ethnie peule », indique-t-il. « En occident, ce groupe est presque inconnu, ajoute le prélat, mais l’évêque nigérian présente les chiffres sur les crimes qui ont été commis depuis septembre : 53 villages brûlés, 808 vies annihilées, 57 blessés, 1 422 maisons et 16 églises détruites ».

Les Peuls sont une ethnie nomade qui se consacre au pâturage, ce qui cause depuis longtemps des conflits avec les agriculteurs de la région. Cependant, ces derniers temps, les attaques sont devenues d’une ampleur complètement différente de celle des anciens conflits entre agriculteurs et éleveurs. Ces derniers utilisent désormais « des armes sophistiquées qui n’existaient pas auparavant, comme des AK-47, dont nous ne connaissons pas la provenance », déclare Mgr Bagobiri.

Par ailleurs, les causes de ce phénomène ne sont plus uniquement les mêmes qu’autrefois explique l’évêque de Kafanchan : « En plus des raisons sociales ou économiques qui existaient depuis longtemps, comme la répartition des terres et le manque de pâturages, la dimension du problème a changé parce que les Peuls sont musulmans et les terres appartiennent à des groupes ethniques chrétiens. Il est donc clair que le caractère religieux s’y ajoute désormais. Les deux motifs sont toujours présents, mais ces derniers temps, le facteur religieux est devenu prépondérant : le conflit s’est transformé en persécution religieuse ».

 

Nigeria : indifférence générale

Ce sont surtout les petits commerces tenus par des chrétiens ainsi que les églises qui sont attaqués. Un indicateur clair qu’il y a de la persécution religieuse, affirme Mgr. Bagobiri. « Il n’est pas non plus possible d’estimer que la violence soit dirigée contre un groupe ethnique en particulier, étant donné que les chrétiens appartiennent à divers groupes ethniques », dit l’évêque.

Reconstruction de la maison paroissiale de Saint Augustin, Tudun Wada (incendié en 2011 dans les violences qui ont suivi l’élection): Enterrement de trois des victimes.

Malgré la forte menace pour les chrétiens, ajoute le prélat, « la persécution au Nigeria ne bénéficie pas d’un degré semblable d’attention internationale que, par exemple, celle accordée au Moyen-Orient ». Et ce qui est pire pour l’évêque : même le gouvernement ne lui accorde pas une attention suffisante. « Ces attaques se produisent dans l’indifférence d’un gouvernement qui se limite à observer, tandis que la population est exposée à des terroristes armés ». Mgr ajoute : « les forces de police ne disposent pas des armes adéquates pour intervenir, ou n’ont pas reçu l’ordre d’intervenir ».

Mgr Bagobiri estime que cette menace terroriste est aussi liée à l’augmentation de l’intégrisme islamique dans le pays, et au problème de la charia, introduite dans 12 des 36 États nigérians, entre autres dans l’État de Kaduna. La loi islamique est une cause « d’inégalité et de discrimination. Par exemple, les tribunaux islamiques ont tendance à libérer [facilement] les musulmans coupables de crimes tels que l’assassinat de chrétiens accusés de blasphème », conclut Mgr. Bagobiri.

 

Pour plus d’informations sur le Nigeria, voir le Rapport sur la liberté religieuse d’Aide à l’Église en Détresse, sorti le 15 novembre 2016.

www.acn-aed-ca.org/fr/rapport-liberte-religieuse.

 

par ACN Italie

Adaptation par Mario Bard, AED Canada

 


 

 

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