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Nigeria – Maiduguri

Malgré une certaine amélioration, la vie est encore difficile

 

Père Tobias Bature, prêtre du diocèse de Maiduguri dans l’état de Borno, Nigeria.  En visite au siège social de l’AED. Koenigstein im Taunus, 23 April 2018

Le père Tobias Bature, du diocèse de Maiduguri situé dans l’État fédéral de Borno au Nigeria, était de passage au siège international de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED). Présentement, l’AED soutient la reconstruction matérielle et spirituelle du diocèse qui, de longues années durant, a souffert de la violence et de la terreur du groupe islamiste Boko Haram.

 

AED : Quelle est la situation actuelle dans l’État fédéral de Borno ?

Père Tobias Bature : Nous pouvons constater une petite amélioration de la situation dans l’État fédéral de Borno. Les gens qui s’étaient enfuis pour échapper à la terreur retournent dans leurs maisons et à leur travail. Cependant, la situation ne s’est pas améliorée sur le marché de l’emploi. Le taux de chômage reste très élevé, mais les gens retournent à leurs anciens postes de travail. Durant le conflit, même ceux qui avaient un emploi n’allaient pas travailler.

Certains d’entre eux ont trouvé leurs maisons détruites. Dans d’autres cas, les habitations ont été vandalisées. Voilà pourquoi les victimes de ces actes doivent reconstruire leurs vies. C’est difficile, mais à Maiduguri, il y a des organisations qui aident ces personnes afin qu’elles puissent démarrer une nouvelle vie. Certains sont déjà rentrés chez eux. Ils tentent de réparer leurs maisons et de mener une vie normale. En général, on peut dire que la situation s’améliore.

Y a-t-il encore beaucoup de personnes déplacées ?

Oui, il y a encore beaucoup de réfugiés, mais plus autant. Leur nombre a diminué parce que beaucoup d’entre eux ont été renvoyés dans leurs localités d’origine. D’autres, originaires de régions rurales, sont repartis chez eux. À Maiduguri même, il y a toujours des camps de réfugiés, mais le nombre de personnes réfugiées a diminué.

Refuge pour les familles catholique à l’Église   St. Hilaire, tout ont fuit à cause de Boko Haram. 

On pensait que le groupe terroriste Boko Haram était affaibli. Cependant, des enlèvements et des attentats continuent. Comment les habitants de Maiduguri perçoivent-ils la situation ?

Les habitants de Maiduguri perçoivent un manque de transparence et de véracité de la part du gouvernement. Les citoyens pensent qu’ils ne sont pas correctement informés. Le gouvernement dit qu’il a vaincu le groupe des rebelles, que tout va mieux… Certes ! nous allons mieux. Mais nous sommes encore très loin de vivre normalement et de plus, la situation ne correspond pas à ce que les gens avaient espéré. Il se produit toujours des enlèvements. Il y en a eu récemment à Dapchi, dans l’État fédéral de Yobe, qui est à proximité de Maiduguri.

Immédiatement après, Boko Haram a envoyé un message déclarant que Boko Haram avait libéré toutes les jeunes filles, à l’exception d’une seule, toujours entre les mains de ses ravisseurs parce qu’elle est chrétienne. En savez-vous quelque chose ?

Mains de femmes veuves, leurs maris ont été tué par Boko Haram.

Ce sont 166 jeunes filles qui ont été enlevées. C’étaient des élèves de 14 à 15 ans. L’école secondaire qu’elles fréquentaient est située à côté de la zone pastorale de Saint Mary Damatro. J’y ai souvent célébré la messe. L’une des élèves libérées a dit que cette jeune fille n’a pas été relâchée parce qu’elle ne voulait pas renier sa foi chrétienne. Elle refusait de renier le christianisme et de se convertir à l’islam. C’est la raison pour laquelle elle n’a pas été libérée, et elle est toujours entre les mains des terroristes. Certaines des autres jeunes filles étaient musulmanes. D’autres ont renié leur foi. Nous n’avons aucune nouvelle au sujet de la jeune fille qui a refusé de se convertir à l’Islam. La dernière chose que j’ai entendu dire est que l’on priait pour elle afin qu’elle ne soit pas tuée. Elle se trouve dans l’un des camps de Boko Haram. Les filles relâchées ont pu retourner chez elles.

Que fait l’Église locale pour aider tous ceux qui, des années durant, ont souffert de la violence et de la persécution ?

Nigeria, mars 2017
Oliver Dashe Doeme au camp des déplacés 

L’Église locale du diocèse de Maiduguri a travaillé très dur pour leur apporter son soutien. Elle leur a fourni des petites choses, comme des denrées alimentaires. Je sais que Mgr Doeme, l’évêque de Maiduguri, leur a fait parvenir plus de cinq fois des aides alimentaires. Il a procuré de la nourriture et nous a demandé, c’est-à-dire à tous les prêtres de la métropole, de l’accompagner lors de la distribution des denrées alimentaires. Grâce au soutien de l’AED, il a aussi été possible de soutenir des veuves. Un fonds a été créé afin qu’elles puissent entamer une nouvelle vie grâce à de petites initiatives commerciales. Les orphelins également ont bénéficié d’aide sous forme de bourses scolaires.

En plus du soutien matériel, existe-t-il aussi un besoin de soutien psychologique pour surmonter les traumatismes ?

Oui, le besoin est bien réel, Mgr Doeme a désigné quelques prêtres qui organisent des stages ou des ateliers pour la guérison de traumatismes. Là, on écoute les personnes. On tente également de les sortir de cette situation. Les membres du clergé ont bénéficié d’une formation psychologique spéciale, donnée par des experts venus d’Abuja. Un stage d’au moins six mois a été organisé, pour des prêtres, à Maiduguri. Maintenant, des cours spéciaux sont donnés dans des institutions de l’Église. Pour cela, on invite des personnes concernées. On leur parle. On leur explique leur situation. Tous les prêtres qui vivent dans la capitale y ont participé. Ils s’engagent. En revanche, la participation est plus difficile pour le clergé qui vit dans les zones de mission.

Nigeria, mars 2017
Des visages souriants d’enfants qui acceuille la délégation de l’AED à la maison de l’évêque. 

L’AED soutient la reconstruction d’un Petit séminaire qui avait été attaqué et détruit par Boko Haram. Pouvez-vous nous dire quelque chose au sujet de ce projet ?

Le projet a déjà été commencé. Le directeur de l’établissement, le Père Alex Misquita, ainsi que trois autres prêtres, sont actuellement de retour au Petit séminaire. Les bâtiments ne sont pas encore tout à fait remis en état, mais les élèves et les enseignants y habitent de nouveau. Cinq élèves sont originaires de ma paroisse. L’école biblique a également repris. Deux prêtres lui ont été affectés.


 

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