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Un évêque du Nicaragua en grève de la faim pour protester contre le harcèlement policier

De nombreux membres du clergé ont souffert à cause de leur opposition au gouvernement et à sa politique. En mars, le Président Daniel Ortega a expulsé du pays l’ambassadeur du Saint-Siège.

Le jeudi 19 mai, un évêque nicaraguayen a entamé une grève de la faim illimitée pour protester contre le harcèlement policier. Ce cas n’est que le dernier d’une série de cas de persécution de l’Église dans ce pays latino-américain par le régime, dirigé par Daniel Ortega.

L’Église catholique du Nicaragua est dans la mire du régime de Daniel Ortega depuis un moment. En 2018, des partisans du président ont brûlé des installations de Caritas.

Dans une vidéo envoyée à l’œuvre de charité Aide à l’Église en Détresse (AED), Mgr Rolando José Álvarez Lagos, évêque du diocèse de Matagalpa, explique que jeudi dernier, la police l’a suivi tout au long de la journée, y compris en soirée alors qu’il se rendait chez sa nièce.

Le fait que ce harcèlement affecte également les membres de sa famille, dit-il, est ce qui l’a finalement amené à prendre position contre cela, et à annoncer sa grève de la faim. « Je suis allé demander aux policiers pourquoi ils me poursuivaient, et ils m’ont informé que c’était pour ma propre sécurité. Mais, nous savons que dans ce pays, l’insécurité vient précisément de la police. Les policiers étaient les seuls à me faire sentir en insécurité », explique Mgr Alvarez, qui est également administrateur apostolique du diocèse d’Estelí.

« Je commence un jeûne à l’eau et au sérum jusqu’à ce que la police m’informe, uniquement par l’intermédiaire du président ou du vice-président de la conférence épiscopale, qu’elle commencera à respecter la vie privée de mon cercle familial », a déclaré Mgr Álvarez dans la vidéo envoyée à l’AED.

Cependant, loin de s’atténuer, le harcèlement s’est intensifié. Le samedi 21 mai, le gouvernement a ordonné au fournisseur de télévision nicaraguayen de suspendre la diffusion du canal 51, chaîne catholique gérée par l’Église catholique. En outre, le dimanche 22 mai, dans une autre vidéo envoyée à l’AED, Mgr Álvarez  a dénoncé le fait que les forces de l’ordre aient bloqué la route d’accès aux prêtres qui allaient célébrer la messe avec lui dans la paroisse dans la paroisse de Santo Cristo de las Colinas, à Managua, et aient ainsi empêché les fidèles d’assister à la messe dominicale.

« Je commence un jeûne à l’eau et au sérum jusqu’à ce que la police m’informe, uniquement par l’intermédiaire du président ou du vice-président de la conférence épiscopale, qu’elle commencera à respecter la vie privée de mon cercle familial », a déclaré Mgr Álvarez dans la vidéo envoyée à l’AED.

Les catholiques nicaraguayens de même que ceux de l’étranger ont défendu l’Église locale et en particulier ses évêques. Les conférences épiscopales du Panama et du Costa Rica ont ainsi publié des déclarations de soutien envers Mgr Rolando Álvarez et envers un autre prêtre, le Père Harvy Padilla, qui avait également été harcelé par les autorités.

Des évêques menacés de mort et incendies criminels

Mgr Rolando Álvarez est responsable du domaine des communications de la Conférence épiscopale du Nicaragua et n’a pas hésité à s’exprimer publiquement sur la situation dans son pays.

L’évêque auxiliaire de Managua, Mgr Silvio José Báez Ortega, a dû quitter le pays en 2018 après avoir reçu des menaces de mort, et de nombreux autres membres du clergé se sont également plaints de harcèlement de la part de la police. La tension entre l’État et l’Église a également conduit à l’expulsion du nonce apostolique, représentant diplomatique du Saint-Siège, en mars – une décision que le Vatican a qualifiée de « douloureuse. »

En 2020, la cathédrale de Managua a subi un incendie criminel, dans ce qui a été considéré comme des représailles pour le rôle que l’Église avait joué dans la promotion de la paix, au milieu d’une atmosphère de persécution sociale et politique.  À l’époque, l’AED a fermement condamné l’attaque.

Au cours des années précédentes, l’Église avait déjà fait sensation dans le pays en faisant preuve de solidarité avec les manifestations populaires contre le régime dictatorial. Comme l’a déclaré un prêtre à l’AED lors d’une visite de l’oeuvre dans le pays en 2018 : « Je suis l’un des chanceux. Beaucoup de prêtres ont dû fuir », a-t-il déclaré. « Mais vous ne pouvez pas rester les bras croisés quand des gens font irruption dans une église pendant la messe parce qu’on est en train de les tuer. En effet, l’armée et la police tirent pour les tuer, visant leur tête, leur dos et leur poitrine ».

« L’Évangile nous enseigne que nous devons ouvrir nos portes aux persécutés, et c’est ce que nous avons fait. Nos églises sont devenues des abris, pas des centres de planification de l’opposition, comme le gouvernement le prétend », a ajouté le prêtre.

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