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Mexique : crise migratoire à la suite de l’afflux massif de migrants haïtiens

Le diocèse de Tapachula dénonce les mauvais traitements et lance un programme d’aide aux migrants qui subissent un « calvaire ».

Ces dernières semaines, la ville mexicaine de Tapachula, à la frontière avec le Guatemala, est devenue le théâtre d’un drame pour des milliers de migrants qui y arrivent en route vers les États-Unis. Ces hommes et ces femmes qui, ces derniers mois, sont surtout des Haïtiens, fuient la pauvreté, la violence et la crise politique dans leur pays.

Mgr Jaime Calderón, évêque de Tapachula, diocèse situé sur la côte sud de l’État du Chiapas, a signalé dans un communiqué de presse reçu par l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) que depuis 2018, son diocèse avait assisté à l’arrivée de migrants. Ils le considèrent comme « un point de ralliement pour obtenir un document de transit sûr à travers le Mexique » vers les États-Unis.

Selon les déclarations de l’évêque, « jusqu’à présent, les frontières étaient ouvertes et les migrants étaient traités avec respect par le gouvernement fédéral ». Malheureusement, en raison de leur longue et interminable attente dans son diocèse et de la crise suscitée par la pandémie de la COVID-19, les migrants « ont fini par dépenser tout ce qu’ils avaient apporté avec eux et vivent maintenant un terrible calvaire dû à la faim, à la surpopulation, aux drogues, à une mauvaise santé et au désespoir en général ». De plus, ils font l’objet d’une « véritable chasse à l’homme », affirme Mgr Calderón.

Avril 2010, Une petite fille se nourrit- Haïti

Des migrants délogés d’une église

L’une des raisons de l’aggravation de la situation est l’arrivée massive de migrants haïtiens, qui viennent non seulement de leur pays d’origine, mais aussi d’autres pays d’Amérique latine où ils avaient émigré auparavant. Ils proviennent notamment du Chili, du Brésil et de la Colombie, où la situation des migrants et de l’emploi s’est fortement détériorée ces derniers mois en raison de la pandémie.

Depuis la fin d’août et le début du mois de septembre, en raison de la terrible situation à Tapachula, une partie des migrants a commencé à avancer en grands groupes (caravanes) vers l’intérieur du pays. Le communiqué dénonce le comportement de certains agents de la Garde nationale. Selon l’évêque, ils auraient effectué « une véritable chasse à l’homme, terrorisant, tendant des embuscades et dispersant les caravanes de migrants, avec un usage disproportionné de la force. En utilisant une force excessive, indiscriminée et inutile, ils ont harcelé et intimidé nos frères et sœurs migrants, et en particulier les femmes et les enfants ».

Le prélat mexicain dénonce également la violence avec laquelle les forces de l’ordre ont pénétré dans l’entrée de l’église paroissiale de la ville voisine de Mapastepec. Ils en ont fait sortir quelque 56 migrants qui s’étaient réfugiés à l’intérieur.

Mgr Calderon déclare dans son communiqué que le diocèse de Tapachula est conscient que « derrière ces caravanes se cache une infinité d’intérêts privés, d’institutions et d’organisations non gouvernementales qui ont fait des migrants une industrie pour en tirer un profit personnel ». Mais il insiste sur le fait que « nous ne serons jamais d’accord avec le recours excessif à la force, avec la violence et les outrages qui sont utilisés pour intimider et détenir nos frères migrants ».

Il a également indiqué que le diocèse s’était mobilisé pour offrir une aide dans les paroisses, afin d’atténuer les difficultés vécues au quotidien à Tapachula — « leur pain quotidien » — en raison du nombre massif de migrants, de la surpopulation, du chômage, de la faim, de la toxicomanie, des problèmes de santé et du stress collectif. Avec ces programmes d’aide, l’Église souhaite « alléger le poids de la croix qui pèse sur nos frères, frappés par la pauvreté, la violence et l’impuissance ». Face à l’ampleur de la détresse, le diocèse se sent dépassé. Mgr Calderon nous demande nos encouragements et nos prières « afin que notre courage dans cet effort ne faiblisse pas et que nous puissions offrir à nos frères un rayon de lumière en cette période sombre de l’Histoire ».

Un temps très dur pour le peuple haïtien

Tapachula n’était en fait que le début d’une terrible situation qui s’est depuis étendue à d’autres régions du Mexique. On a vu, à la frontière américaine, des images très dures de milliers de migrants haïtiens rejetés et expulsés. Certains sont retournés au Mexique et sont maintenant surtout accueillis dans le diocèse de Monterrey. Lors d’une visite à la CASA INDI (Institución Normativa de los Indigentes – centre d’accueil pour les personnes vulnérables), où se trouvent plus de 1500 réfugiés haïtiens, l’archevêque de Monterrey et président de la Conférence épiscopale mexicaine a déclaré : « Je veux vous souhaiter la bienvenue, ici, au nom de l’Église de Monterrey […]. Nous voudrions qu’au milieu des problèmes que vous rencontrez dans votre voyage vers le nord, ce lieu puisse être pour vous une oasis ».

Selon l’Organisation des Nations Unies, sur les quelque 11,5 millions d’Haïtiens, environ quatre millions souffrent d’insécurité alimentaire. Haïti, considérée comme la nation la plus pauvre d’Amérique latine, a subi une accumulation de catastrophes naturelles, de crises sanitaires, économiques et structurelles. Celles-ci ont été aggravées par l’assassinat du Président Jovenel Moïse, perpétré en juillet de cette année, qui a plongé le pays dans une instabilité politique. Enfin, le tremblement de terre d’août dernier a causé d’importants dégâts dans trois régions de l’île.

Aide à l’Église en Détresse a présentement plus de trente projets pour soutenir le travail de l’Église en Haïti. Elle vient notamment d’approuver une aide d’urgence pour la distribution de tentes, de nourriture, d’eau potable et de médicaments. L’AED va aussi aider pour les travaux de réparation les plus urgents sur dix maisons paroissiales du diocèse de Jérémie. Dans ces lieux, on assure la coordination du travail social et pastoral des paroisses.

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