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Foi, espérance et charité

Chers lecteurs,

Nous sommes heureux de vous présenter notre magazine d’automne. Pour ce nouveau voyage en images et en récits, nous visitons différentes régions des Amériques. Des Caraïbes en passant par des terres montagneuses, nous plongeons ensuite plein sud, à la découverte de nos partenaires de projets, des personnes extraordinaires, porteuses des valeurs de l’Évangile dans leurs milieux. Leurs histoires sont remplies d’espoir et de courage bien qu’ils se trouvent parmi les plus pauvres de la planète. Au psaume 103 (v 30), il est écrit : Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. Ce verset me semble tout à fait correspondre aux travaux porteurs d’espérance, de foi et de charité de nos partenaires d’Argentine, du Brésil, d’Haïti et du Mexique. En effet, grâce à leur persévérance constante et la passion qu’ils mettent dans leurs missions, le monde dans lequel ils servent est renouvelé. Les défis liés à la violence, les injustices sociales criantes et les désastres naturels sont importants. Que pouvons-nous faire sans invoquer l’Esprit saint ? Bien peu de choses. Heureusement, les personnes que nous vous présentons sont porteuses de son Souffle, là où elles se trouvent. Bonne lecture et que votre rencontre avec ceux que vous aidez dans les Amériques, apporte à votre cœur la joie qu’elle donne au mien.

Marie-Claude Lalonde
Directrice nationale

Un bateau fait de générosité glisse au cœur de l’Amazone tel une prière

Par Rodrigo Arantes, AED Brésil
Traduction et adaptation Evellyne Lemos et Amanda Bridget Griffin, ACN Canada

L’Amazone : le plus vaste fleuve au monde, qui s’étend en aval à travers la forêt tropicale, sur des centaines de kilomètres. Un frère, qui vit pratiquement sur le Haut-Amazone, entretient son précieux bateau avec grand soin, car il sait que dans la structure du bateau se trouvent les dons de chaque bienfaiteur qui a cru en son travail et l’a soutenu.

Le frère capucin Gino Alberati, un missionnaire italien qui vit en Amazonie brésilienne depuis 1970, nous raconte une histoire : « Un enfant, qui était déjà en train de mourir d’une morsure de serpent, souffrait d’une fièvre de près de 42 degrés Celsius. Le père a mis un jour et demi pour l’emmener à la clinique, mais celle-ci ne possédait pas d’antivenin, car elle n’avait pas d’électricité pour le maintenir au frais. L’autre clinique se trouvait à 70 kilomètres. Nous sommes montés dans le bateau, avons traversé la rivière à grande vitesse et sommes arrivés à temps pour qu’il prenne l’antivenin. Il était déjà près de minuit. »

« Nous sauvons des vies »

Au cours des 50 dernières années, il a servi des dizaines de communautés sur le Rio Solimões (une section du cours supérieur de l’Amazone), qui coule vers l’ouest depuis la frontière brésilienne et péruvienne jusqu’à l’endroit où il rejoint le fleuve Negro près de Manaus. Il n’aurait pu venir en aide au garçon ni faire face à tant d’autres urgences si l’AED n’avait pas permis à Frère Gino de se procurer un solide bateau en aluminium. « Mon bateau était très précaire. Je savais quand je partais, mais je ne savais jamais quand je reviendrais ou même si je reviendrais. Avec ce bateau, et avec tout le travail pastoral que nous effectuons, nous sauvons des vies. »

Ceux qui vivent dans les grandes villes trouvent généralement qu’il est facile de participer à la célébration de la messe. Pour cette raison, il peut être difficile d’imaginer qu’en Amazonie, de nombreux catholiques ne reçoivent la visite d’un prêtre qu’une fois par an. Là-bas, un prêtre comme le père Gino a souvent jusqu’à 80 communautés à visiter et beaucoup d’entre elles se trouvent à plusieurs jours de bateau de la paroisse, le long du long fleuve. Les personnes qui peuplent les villages le long du Rio Solimões sont les Ticunan, peuple autochtone de cette terre originaires du Brésil, du Pérou et de la Colombie.

Le projet de la Bible de l’enfant : un premier contact

Depuis la première visite de l’AED au Brésil dans les années 1960, l’Amazonie est au cœur du travail de l’œuvre de charité pontificale. C’est dans cette région que s’est déroulé l’un des projets les plus significatifs de l’histoire de l’œuvre. En 1973, consciente des difficultés rencontrées par les missionnaires pour apporter l’Évangile en Amazonie, l’AED a envoyé 320 camions au Brésil.

L’Évangile était désormais doté des roues ! Le clergé local avait du mal à y croire quand il voyait les camions arriver au port de Belém do Pará, également en Amazonie, et partir de là pour les différents diocèses de l’Amazonie. Et à cette époque, Frère Gino était déjà en Amazonie, aidant à décharger les camions. Il était également l’un des rares de la région à posséder un permis de conduire. Ce projet était crucial pour renforcer la présence de l’Église en Amazonie brésilienne. C’est à partir de ce moment-là que de nombreuses personnes ont reçu la visite d’un prêtre pour la toute première fois.

« Quand je suis arrivé au Brésil, peu m’importait qui j’étais, parce que l’autre était le Christ. Peu importait ce qui s’était passé dans le passé ou ce que j’allais faire à l’avenir, puisque l’important était de vivre au jour le jour, dans le moment présent. Après tout, c’est là la seule façon d’aimer concrètement. Aussi, dans les moments difficiles, j’ai vu le Christ crucifié », dit le capucin qui a récemment célébré ses 80 ans, dont 50 vécus en Amazonie.

Sa façon de faire face aux difficultés a aidé Frère Gino à surmonter les défis de la forêt amazonienne : les températures chaudes et humides, les insectes, les distances et le manque de communication. Avoir un bateau en panne au milieu d’une rivière en Amazonie peut souvent être fatal. Il n’est pas rare que des bateaux se perdent, coulent ou manquent de provisions pendant des jours. Le paysage paradisiaque cache également en son sein les dangers des animaux venimeux et sauvages.

Cependant, au-delà de sa propre difficulté, le frère Gino reportait toujours son attention sur le problème de son voisin. De nombreux autochtones de ce groupe ethnique avaient été victimes de l’alcoolisme. Malheureusement, il y avait aussi beaucoup de suicides parmi les jeunes de la communauté. C’est ainsi que lui est venue l’idée de traduire la Bible des enfants, un autre projet de l’AED, dans la langue autochtone des Ticunas. « Les bienfaiteurs de l’AED rendent possible la réalisation de nombreuses missions. » Les catéchistes eux-mêmes ont collaboré à la traduction avec des prêtres qui connaissaient la langue ticuna.

Le projet s’est achevé en 2019 en ayant engendré d’énormes bénéfices pour ces personnes. La Bible de l’enfant est arrivée comme la graine de l’Évangile semée dans le cœur des nouvelles générations. Le résultat de cette grande initiative est déjà évident. En mars 2020, le premier diacre de l’ethnie ticuna a été ordonné. Dans ses mains, il tenait la petite Bible de l’enfant.

Père Gino : « Je suis heureux ».

Lorsque Friar Gino comme on l’appelle au Brésil a ressenti l’éveil de sa vocation à l’âge de 15 ans, il croyait que devenir prêtre était impossible, car il venait d’une famille à faible revenu. Lorsqu’il a découvert que son statut social n’était pas un obstacle, il a ressenti une telle joie qu’il en a même oublié de dire au revoir à ses parents au moment d’entrer au séminaire.

Aujourd’hui, il se souvient de ses origines et utilise ce lien pour aider ceux qui en ont le plus besoin. Tout en remerciant ceux qui le soutiennent : « Je suis le fils d’un paysan, le fils de quelqu’un qui n’avait rien, ni maison ni champ. J’ai donc toujours regardé avec affection les personnes dans le besoin. Je me suis toujours senti plus à l’aise avec les personnes dans le besoin et, aux bienfaiteurs de l’AED, je voudrais adresser mes remerciements. Je suis heureux parce que je vois derrière ces bienfaiteurs un peuple qui est l’Église, avec ceux qui sont éloignés. Cette union dans le corps mystique du Christ, cette communion est merveilleuse, elle va au-delà de la race et de la couleur. Alors, à travers ma gratitude, je souhaite également mentionner la gratitude des personnes qui bénéficient de ce bateau et des autres projets financés par l’AED. Quand je pars en voyage, je visite des foyers qui ne possèdent rien, pas même des larmes pour pleurer, alors j’aide aussi ces gens parce que je peux m’y rendre avec le bateau. Que Dieu bénisse tous les bienfaiteurs de l’AED et leurs familles. Merci beaucoup. »

Le Frère Gino Alberati est un partenaire de projet de l’Aide à l’Église en Détresse depuis très longtemps et est connu par un grand nombre de personnes, dont le personnel de l’AED, comme « le prêtre chanteur de l’Amazonie ». Un homme de cœur, qui soutient la communauté amazonnienne de façon significative.

Une voix couleur soleil au milieu des ténèbres

Quand on parle d’Haïti, c’est souvent à propos des malheurs qui y surviennent. Pourtant, on devrait aussi présenter la résilience, la persévérance et le goût de vivre qui sont profondément ancrés dans le cœur du peuple haïtien. Nous vous proposons une histoire haïtienne de bonheur, qui s’est développée dans les ténèbres du séisme du 12 janvier 2010.

L’île d’Hispaniola est située dans une des plus importantes régions sismiques du monde. D’ailleurs, le plus récent désastre naturel date du 14 août dernier, avec un tremblement de terre d’une magnitude de 7,3 sur l’échelle de Richter qui a touché le sud du pays.

Dans cette région, l’heure est toujours au bilan. Pour l’Église catholique, le prix est très lourd : les toits de nombreuses églises se sont écroulés, ainsi que la devanture de la cathédrale Saint-Louis de Jérémie, sans compter les centaines de bâtiments ecclésiastiques détruits ou endommagés. Les dégâts causés par le passage de l’ouragan Matthew en 2016 étaient encore visibles, et voilà que ce diocèse est de nouveau en crise. Néanmoins, au cœur de ces malheurs, peuvent également naître des récits de courage, de solidarité et de détermination inoubliables.

En 2010, Radio Soleil, la radio catholique de Port-au-Prince se retrouve au cœur d’une histoire semblable. « Personnellement, j’étais au cœur de cette expérience et j’ai considéré cette réussite comme une lumière au milieu des ténèbres que nous avons vécues », a raconté au téléphone Mgr Désinord Jean. À l’époque, l’actuel évêque de Hinche était directeur de Radio Soleil « La station s’est effondrée. Nous étions dans un bâtiment qui était tout près de l’archevêché de Port-au-Prince où l’archevêque, Mgr Serge Miot, a été tué », explique-t-il.

« La station a tout perdu, raconte-t-il. Grâce à un ingénieur qui a bricolé quelque chose, nous avons pu revenir sur les ondes reprendre les activités, mais il fallait voir comment ! À ce moment-là, beaucoup d’autres stations de radio s’étaient aussi effondrées. » Le personnel se retrousse les manches et continue à travailler, fournissant des informations essentielles à la population. « Avec un minimum, nous avons pu soutenir le peuple, son espérance et sa foi, pendant ces moments difficiles. Et rapidement, très, très rapidement, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) est venue nous rejoindre », relate Mgr Jean.

 « Je me souviens de Regina Lynch, directrice de projets de l’AED, à qui nous avons expliqué la situation. À ce moment-là, nous diffusions à partir d’un minibus qui était en panne ; c’était ça notre studio », raconte Mgr Jean. « Ce qui nous a permis de constater que la force de la radio, ce ne sont pas les grandes infrastructures, mais plutôt — avec un minimum de techniques —, le contenu permettant d’aider vraiment les gens. Nous sommes donc entrés en contact avec la population en désarroi. Pour moi, c’était fondamental. Plus tard, nous avons reçu des témoignages [de grande satisfaction]. Et, tenez-vous bien : après le retour à des conditions de vie plus normale, la population a beaucoup soutenu Radio-Soleil. »

Radio Soleil devenue point de rencontre

Mgr Jean raconte qu’à un moment, il ne voyait plus d’autre choix que de fermer la station. « Nous nous sommes demandé : comment continuer ? Il fallait continuer ! Vous savez, ma première réaction au lendemain du tremblement de terre était de renvoyer tout le personnel, car nous n’avions pas les moyens de les garder. J’ai partagé ceci avec Mme Lynch qui a répondu “Mais non ! Ces gens, ils ont une famille aussi. Et nous avons besoin d’eux pour réaliser du contenu.” Elle nous a dit : “Nous allons soutenir Radio-Soleil pendant une année.” »

Pour Mgr Jean, l’année 2010 fait paradoxalement partie des plus belles de sa vie. « Qu’est-ce qu’on a vécu comme expérience avec les auditeurs ! » On faisait appel à la station pour retrouver des personnes disparues. « Radio-Soleil était ce point de rencontre. Ainsi, des messages arrivaient et nous les diffusions. Des parents et des gens qui cherchaient [des proches], et qui ont pu finalement être réunis à nouveau. »

Sur le plan spirituel, Radio Soleil a pu remettre les pendules à l’heure concernant des rumeurs sur Dieu. « Au lendemain du tremblement de terre, le bruit courait que Dieu était en train de nous punir. Il fallait casser cette fausse théologie. Alors, nous avons invité des théologiens sur des émissions vraiment bien réalisées et qui répondaient réellement aux préoccupations de la population à ce moment-là. »

Les médias catholiques jouent un rôle qui dépasse souvent les frontières de l’Église. Plusieurs sont capables d’aller en périphérie et de servir les intérêts communs de toute une société.
« N’eût été l’AED à nos côtés, Radio Soleil aurait peut-être disparue », estime Mgr Jean. « La population d’Haïti aurait perdu cet instrument. Et attention : c’était toute la population qui bénéficiait de Radio Soleil, et pas seulement les catholiques », insiste-t-il. « Cette expérience a été une lumière dans nos moments de ténèbres », ajoute-t-il encore.

Au cœur des ténèbres se cache toujours un rayon de lumière, si petit soit-il. À travers des histoires d’horreurs se cachent quelques histoires de bonheur. Celle de Radio Soleil, média catholique de Port-au-Prince, fait partie de celles-ci.

L’étreinte spirituelle des peuples autochtones du Mexique

Texte original par Guadalupe Esquivias, ACN Mexique
Traduit par Gustavo Sequeira Aguilar, adapté par Amanda Bridget Griffin, ACN Canada

Oaxaca : cet État mexicain s’étend de l’époustouflante côte Pacifique jusqu’au cœur du Mexique où l’on peut s’émerveiller devant des structures et des pyramides construites il y a longtemps par les peuples qui habitaient jadis le pays. Il est situé dans la partie sud du Mexique, là où se rejoignent les superbes chaînes de montagnes de la Sierra Madre orientale et méridionale. C’est un endroit qui regorge de vie, tant dans l’océan que sur la terre ferme. Ses peuples représentent également une diversité étonnante.

Parmi les habitants les plus anciens et les plus tenaces de cette terre figurent les Zapotèques et les Chinantèques, qui ont habité la vallée centrale de l’Oaxaca probablement dès 500 à 300 avant Jésus-Christ.  Ils sont les gardiens autochtones de ces terres, y habitant et s’en émerveillant encore aujourd’hui.

D’une certaine manière, les gens sont devenus une famille pour le père Rodrigo Castro, qui commence son travail pastoral très tôt tous les jours. Il commence par la prière du matin et le petit-déjeuner, puis il visite l’une des 13 communautés autochtones zapotèques et chinantèques qui font partie de l’archidiocèse d’Antequera, plus précisément de la prélature territoriale de Mixes, qui s’étend sur 10 000 kilomètres carrés dans la partie supérieure et intérieure de l’État d’Oaxaca. La région compte 134 501 catholiques, soit 81,7 % de sa population. Il s’agit d’une très grande famille catholique !

Selon les données de la Conférence épiscopale  mexicaine, la prélature de Mixes dessert 165 000 habitants dans 21 paroisses, avec 33 prêtres, 15 diacres permanents et 45 religieux profès. Dans cette région, 85 % des habitants sont chrétiens et le reste appartient à des groupes sectaires. Malheureusement, ces groupes  déracinent souvent les gens de leurs coutumes et traditions, ce qui pousse donc fréquemment  des autochtones à revenir vers l’Église catholique.

Les routes spectaculaires et difficiles que le père Rodrigo doit emprunter sont les moins fréquentées et loin d’être facilement praticables, mais le père Rodrigo est galvanisé par sa mission qui consiste à apporter la joie de l’Évangile au peuple, par la célébration des sacrements, en offrant la sanctification et en conduisant le peuple vers Dieu. Le bon père est un homme très occupé. Au total, plus de six mille personnes bénéficient de son travail.

Leçons des peuples zapotèques et chinantèques de Dieu

Les communautés autochtones avec lesquelles il travaille dans l’État d’Oaxaca parlent l’une des quelques langues maternelles qui coexistent : le zapotèque, le chinantèque, et le mixtèque,. Les gens, bien qu’extrêmement généreux d’esprit, sont très démunis. Il s’agit en grande partie de communautés marginalisées, pauvres et isolées. Malgré cela, le père Rodrigo constate qu’ils aiment Dieu par-dessus tout. Ils possèdent leurs propres rites et appliquent leur propre sagesse pour faire face à tous les obstacles que la vie met sur leur chemin.

 « Ils aiment la proximité, l’imposition des mains est une façon de sentir qu’à travers le prêtre, ils sont proches de Dieu. L’évangélisation est basée sur des actions chrétiennes et les célébrations liturgiques sont extrêmement solennelles. Elles sont des rencontres entre le Seigneur et l’âme », explique le prêtre, qui est également curé de l’église Saint-Jean-Baptiste à San Juan del Río Choápam, Oaxaca.

Les fleurs et les bougies, associées à des images religieuses, sont une démonstration d’étreinte spirituelle et de proximité avec Dieu. Et chaque dimanche, le prêtre célèbre entre huit et neuf messes, se déplaçant d’une communauté à l’autre. « Notre Sainte Messe est toujours très émouvante. Les gens participent avec beaucoup de plaisir et c’est un honneur pour eux de recevoir Jésus à travers l’Eucharistie. »

Le père Rodrigo est captivé par sa mission auprès des populations autochtones. « Gagner leur affection est un défi. Cependant, je pense que je suis sur la bonne voie pour y parvenir. Un jour, j’ai subi une intervention chirurgicale d’urgence et lorsque je suis retourné dans ma paroisse, les gens m’ont reçu chaleureusement et ont pris soin de ma santé, comme le ferait une vraie famille. J’ai également reçu une autre preuve de confiance et de proximité lorsqu’ils m’ont envoyé un document qui stipulait que j’étais accepté comme citoyen du peuple autochtone avec toutes les obligations et tous les droits que ce statut confère. »

La mission du père Rodrigo nécessite de nombreux déplacements et la prise en charge des frais de subsistance. Grâce aux personnes de bonne volonté, il reçoit des offrandes de messe qui l’aident à se rendre là où il doit aller pour vivre l’Évangile. Nous sommes très reconnaissants envers le père Rodrigo pour tout le bien qu’il fait dans sa communauté!

Argentine — former des policiers en tenue de service

En décembre 2020, le pape François s’adressait aux membres du service de sécurité du Vatican qui fêtait ses 75 ans d’existence. «Chers fonctionnaires et agents, je vous remercie beaucoup pour votre précieux service, qui se caractérise par le zèle, le professionnalisme et l’esprit de sacrifice», a-t-il déclaré.

En Argentine, là où il est né, le premier pape venant des Amériques aurait peut-être aussi eu ces bons mots pour le corps policier de la province de Córdoba. À l’heure où de nombreux services de l’ordre sont touchés par une crise de confiance sans précédent partout dans le monde, le père Nicolás Daniel Julián développe un nouveau concept d’accompagnement pastoral.

Dans ce métier qui est méconnu, mal compris et peu apprécié, les policiers que le père Julián côtoie tous les jours vivent sous haute tension. Il faut donc un accompagnement spécifique, différent d’une paroisse. C’est d’ailleurs devenu la devise de l’aumônerie : assurer un accompagnement spécifique. « Très souvent, quand ils reçoivent un appel d’urgence, ils ne savent pas ce qu’ils vont trouver. Il peut s’agir d’une situation où une vieille dame a perdu son chat qui a grimpé dans un arbre, ou bien d’une maison où le père a tué sa femme, retient ses enfants en otage et finit par se suicider dans son désespoir. Telle est la vie d’un policier ; parfois, ils sont deux quand ils partent et un seul revient vivant. Ils sont soumis en permanence à une très forte tension », raconte le père Julián.

Pour aider et soutenir chacun d’entre eux, l’aumônerie accorde une grande attention à la formation. « Nous avons constaté qu’un policier ayant bénéficié d’une bonne formation sait toujours quoi faire. Nous travaillons sur la base de la doctrine sociale et des principes éthiques catholiques », explique-t-il.

Servir l’humain d’abord

D’abord éduqués pour faire respecter la loi et l’ordre, les apprentis policiers pourraient aussi recevoir une formation dont « l’accent devrait être mis sur le service. Il s’agit d’une orientation très positive, car elle contribue à la vie. », estime le père Julián. L’éthique et la morale professionnelles qu’il veut développer sont même proposées dans une prière : Seigneur, aide-moi à accomplir les tâches les plus difficiles sans m’endurcir, les services les plus nobles sans vanité. « C’est le point fondamental », estime-t-il. « Nous parlons de “servir”, et jamais de “de se servir”. Finalement, il est question de ce qu’a dit Jésus-Christ : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. C’est le cas des policiers. Quand il n’y a pas d’amour et de principes, il est facile d’être un simple fonctionnaire public ; il est très facile pour un policier de succomber à toutes sortes de tentations, car il a l’autorité, une arme et le pouvoir de décider de la vie et de la liberté d’autrui. Dans notre travail d’accompagnement, nous misons beaucoup sur la formation : intellectuelle, professionnelle. Nous mettons aussi beaucoup d’accent sur l’accompagnement spirituel. »

Là où œuvre le père Daniel, un policier va passer le tiers de sa vie en uniforme. « Il commence son activité à une certaine heure et ne sait pas quand il pourra retourner auprès de sa famille. » Il y a aussi les problèmes économiques que traversent les Argentins. Cela oblige les policiers à travailler beaucoup plus longtemps. « Nous tentons tout de même de les former à ne pas négliger ce qui compte tant pour eux. Un jour, j’ai vu un policier toucher l’image de la Vierge à l’entrée du poste de police et je lui ai demandé : “Que lui dites-vous ?” Il m’a répondu :
“Seigneur, occupe-toi des miens, car je dois m’occuper des autres.” Une requête formidable ! Nous l’avons intégrée dans notre prière du policier. »

La famille est le « grand bouclier de protection dont disposent les policiers », estime-t-il. On pourrait dire avec certitude que l’accompagnement du père Daniel est aussi un grand bouclier. Il permet à ces hommes et ces femmes de trouver l’accueil et le respect dont ils ont besoin pour continuer ce métier si difficile, et ce, dans les valeurs de l’Évangile.

Vous pourrez lire l’entrevue complète réalisée par Maria Lozano de l’AED Internationale ainsi que d’autres récits sur l’Argentine à l’adresse suivante :