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Liban – « Ce ne sont pas des chiffres, ce sont des êtres humains »

Le Liban ploie sous la charge des réfugiés syriens – l’Église catholique vient en aide aux chrétiens et aux musulmans.

Oliver Maksan, AED International

Adaptation Robert Lalonde, AED CanadaPÈRE FADDOUL

Selon les informations du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) datant de fin février, 305 000 réfugiés syriens seraient officiellement enregistrés au Liban ou demanderaient de l’être. Le véritable chiffre devrait toutefois être nettement plus élevé.

Le Père Simon Faddoul, un prêtre maronite qui est président de Caritas Liban et qui coordonne l’aide des Églises aux réfugiés, en est tout à fait convaincu. Dans une interview accordée récemment à Beyrouth à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), il a affirmé : « Tous les jours, un millier de réfugiés entrent au Liban par la frontière qui est devenue incontrôlable. Le pays devrait donc héberger actuellement plus de 500 000 réfugiés syriens. Certainement pas moins. »

Selon le père Faddoul, des êtres humains aux destins souvent tragiques se cachent derrière ces chiffres. « Nous nous occupons d’environ 55 000 d’entre eux, chrétiens et musulmans confondus. Nous avons commencé dès le début de la crise en mars 2011. » Le Père Faddoul prétend qu’il faut ajouter à ces chiffres globaux les quelque 300 000 travailleurs immigrés syriens qui vivaient déjà au Liban avant que la guerre n’éclate en Syrie. Ces derniers ne pourraient pas obtenir le statut de réfugiés auprès des Nations Unies, mais souvent, ils auraient déjà fait venir leurs familles de Syrie.

Pour le prêtre maronite, une fin du conflit, et donc aussi du flux de réfugiés, est loin d’être en vue. C’est surtout l’avenir qui lui fait peur. « Dès à présent, il y a plus de quatre millions de réfugiés en Syrie même, qui ont été obligés de fuir les combats et de partir dans des zones plus sûres à l’intérieur de leur pays. Une fois que commencera la lutte pour Damas, chacun viendra chez nous pour fuir cette ville de 2,5 millions d’habitants. Le Liban n’est qu’à une demi-heure de route de la capitale syrienne. Et n’oubliez pas que notre population ne compte que quatre millions d’individus. »

En fait, l’ampleur du phénomène dépasse déjà maintenant les capacités financières de Caritas. « Nous ne pouvons pas pratiquer de coupes claires dans les programmes que nous gérons pour les pauvres du Liban. Ce serait injuste. Mais nous ne disposons que de peu d’autres ressources. Nos partenaires d’Occident ne répondent pas toujours par l’affirmative à toutes nos requêtes, puisque l’Europe aussi est sujette à une crise. »

Un soutien absolument décisif

 FACEBOOK SYRIE 11C’est pourquoi le président de Caritas remercie expressément les bienfaiteurs de l’AED pour les dons accordés. « Le soutien au village chrétien de Rableh, proche de la frontière libanaise, est absolument décisif. Ses habitants qui, à l’origine, étaient environ 12 000, y sont cernés depuis juillet 2012. Les donateurs de l’AED nous aident à approvisionner les gens en vivres et en médicaments, par exemple pour les bébés. Chaque semaine, un camion chargé part pour Rableh, qui est pris entre les fronts des troupes du gouvernement et celles des opposants. » À la demande du patriarche maronite Mgr Rahi, l’AED avait alloué d’urgence $66 000.

À cause de la situation financière précaire de Caritas, le Père Faddoul encourage les réfugiés à s’enregistrer auprès des Nations Unies. « Ils auraient alors droit à des soins médicaux gratuits, ce qui nous soulagerait. Jusqu’à présent, seulement 25% des réfugiés l’ont fait ». Selon le Père Faddoul, la raison de ce faible taux résiderait dans la crainte principalement répandue parmi les chrétiens que leur enregistrement auprès du HCR, identifié à l’Occident, puisse se savoir et leur causer des problèmes après leur retour en Syrie.

Mgr Issam John Darwish, l’archevêque melkite de Zahlé, perçoit toutefois encore d’autres difficultés. Dans un entretien avec MGR ISAAMl’AED, le prélat a souligné : « Je partage l’opinion des réfugiés en ce qui concerne les Nations Unies. Ils n’ont pas cessé d’attirer l’attention sur les problèmes. Jusqu’à présent, il n’y a pas d’agence du HCR à Zahlé. Les réfugiés doivent entreprendre un voyage long et coûteux pour se faire enregistrer, et s’ils le font, cela dure au moins cinq mois avant qu’ils ne reçoivent de l’aide. »

Selon les informations de l’archevêque Darwish, l’organisation Caritas de Zahlé s’occupe actuellement de 600 familles chrétiennes et de 400 familles musulmanes. Le coût de la vie pour une famille de cinq personnes revient à environ $940 par mois. L’assistance est allouée sous forme de bons. L’AED a accordé un soutien de $66 000 à l’archevêque.

« …les gens pensent à l’avenir »

Comme la plaine de la Bekaa et Zahlé sont proches de la frontière syrienne, de très nombreux réfugiés se rendent d’abord dans cette région et la plupart d’entre eux sont hébergés par des proches ou louent une habitation. Les locations des logements sont donc montées en flèche. Beaucoup de gens doivent d’ailleurs se satisfaire de tentes souvent dressées à proximité des localités. Contrairement à la Jordanie ou à la Turquie, il n’existe pas de grands camps de réfugiés au Liban. Le gouvernement libanais l’a empêché.

Eu égard aux mauvaises expériences historiques faites avec les réfugiés palestiniens entre 1948 et 1967, considérés comme la cause de la guerre civile du Liban, on veut éviter à la source de créer d’éventuels viviers de violence. Mgr Simon Attalah, l’archevêque maronite de Baalbek, dans la plaine de la Bekaa, craint malgré tout le potentiel déstabilisant inhérent aux masses incontrôlables de réfugiés.

Dans un entretien avec l’AED, mené dans sa résidence de Deir al-Ahmar, il a déclaré : «  La plupart des réfugiés sont sunnites. Pour l’instant, il n’y a pas de tensions ici, au nord de la plaine de la Bekaa dominée par le Hezbollah chiite. Mais les gens pensent à l’avenir. »

Actuellement, l’évêque perçoit surtout des difficultés à l’échelon local : « Notre infrastructure n’est pas propice pour accueillir autant de gens. Ici, à Deir al-Ahmar, nous avons environ vingt générateurs de courant. Comme les réfugiés veulent tout de suite être connectés au réseau électrique, l’énergie ne suffit pas et les machines tombent en panne. Cela prend un certain temps avant qu’elles ne puissent être réparées. Beaucoup de gens sont énervés à cause de ça. C’est pareil pour l’approvisionnement en eau. Certains réfugiés piratent les conduites d’eau, ce qui crée aussi des tensions. Et n’oubliez pas que la Syrie a occupé et contrôlé le Liban pendant trente ans. Beaucoup de Libanais ne l’ont pas oublié. »

Mgr Attalah craint par ailleurs que les réfugiés n’importent au Liban leurs problèmes politiques internes syriens. « Mais à part cela, poursuit-il, beaucoup d’habitants de la plaine sont inquiets parce que de nombreuses armes ont été introduites dans le pays à l’arrivée des réfugiés. Qu’en feront-ils ? »

Demain : « Quelque chose s’est brisé en nous »

Extrait:  « Les ravisseurs lui ont injecté de l’essence dans les vaisseaux sanguins et l’ont frappé sur la tête. Il a survécu, mais depuis, il est gravement malade », raconte Élia, les larmes aux yeux.


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