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Lettre de Mgr Emil Nona – Archevêque de Mossoul (IRAK)

Irak lettre 1

L’archevêque catholique chaldéen Mgr Emil Nona est à la tête du diocèse de Mossoul , en Irak. Sa lettre a été rendue publique le 29 octobre 2013, par l’Aide à l’Église en Détresse, une organisation caritative catholique internationale sous la direction du Saint-Siège, qui aide l’église persécutée dans plus de 140 pays. 

Comment pouvons-nous vivre notre foi dans un moment de grande difficulté? Que pouvons-nous faire pour ceux qui sont persécutés à cause de leur foi ? Poser cette question, c’est avant tout nous interroger sur le sens de notre foi. Afin d’être en mesure de parler en des temps de persécution, les chrétiens doivent vraiment connaître leur propre foi.

En 2010, lorsque j’ai été nommé évêque de Mossoul, je savais que je venais dans une ville qui faisait face à une situation extrêmement critique quant à la sécurité étant donné que de nombreux chrétiens avaient déjà été tués, et plusieurs avaient été forcés de quitter le diocèse. La violence brutale a coûté la vie d’un prêtre, ainsi que celle d’un évêque, mon prédécesseur. Les deux ont été assassinés d’une horrible façon.

Je suis venu à Mossoul le 16 janvier 2010. Le lendemain, une série de meurtres de chrétiens a commencé, en commençant par le meurtre du père d’un jeune homme qui priait avec moi à l’église. Pendant plus de 10 jours, les extrémistes ont continué leurs tueries, à raison d’une ou deux personnes chaque jour. Les fidèles ont quitté la ville pour se réfugier dans les petites villes et les villages avoisinants ou dans les monastères.

Depuis, près de la moitié des fidèles sont revenus. Que pouvons-nous faire pour ces gens? Que peut-on faire pour ceux qui vivent dans la persécution ?

Ces questions me tourmentaient, me forçant à réfléchir quant à la bonne voie à suivre pour que je puisse accomplir ma mission de service. J’ai trouvé la réponse dans la devise de mon épiscopat, à savoir l’espoir. J’en suis venu à la conclusion qu’au cours d’une période de crise et de persécution, nous devons rester pleins d’espoir. Aussi, je suis resté dans la ville en renforçant mon espérance, afin de la transmettre aux nombreux fidèles persécutés qui continuent également de vivre ici.

Est-ce suffisant ? Rester avec les fidèles dans l’espérance est un début important, mais ce n’est pas suffisant. Il doit y avoir quelque chose de plus. Saint-Paul nous rappelle que l’espoir est lié à l’amour  et vice versa. Rester avec ceux qui sont persécutés, c’est leur donner un espoir fondé dans l’amour et la foi. Que pouvons-nous faire pour renforcer cette foi? J’ai commencé à me demander comment nos fidèles vivaient leur foi et comment ils la pratiquaient dans les circonstances difficiles de tous les jours. J’ai réalisé que, par-dessus tout, il y a dans le visage de la souffrance et la persécution une vraie connaissance de notre propre foi et que la cause de notre persécution est d’une importance fondamentale.

En approfondissant le sens de ce que signifie être Chrétien, nous découvrons des façons de donner un sens à cette vie de persécution et trouvons la force nécessaire pour la supporter. Le véritable défi consiste à conserver une foi vivante et active même si nous savons que nous pouvons être tués à tout moment, à la maison, dans la rue ou au travail.

Dès le moment où nous attendons la mort, sous la menace d’une personne qui peut nous tirer dessus à tout moment, nous devons savoir comment bien vivre. Le plus grand défi face à la mort est de continuer à connaître notre foi de manière à la vivre constamment et entièrement, même dans ce bref moment qui nous sépare de la mort.

Mon but dans tout cela est de renforcer le fait que la foi chrétienne n’est pas une théorie abstraite ou rationnelle, éloignée de la réalité quotidienne, mais un moyen de découvrir son sens le plus profond et sa plus haute expression telle qu’elle est révélée par l’Incarnation. Lorsqu’un individu découvre cette possibilité où il ou elle sera prête(e) à endurer n’importe quoi et va tout faire pour préserver cette découverte, même si cela signifie de devoir mourir pour cette cause.

Irak lettre 3Beaucoup de gens, qui ne vivent pas dans la persécution et qui n’ont pas nos problèmes, me demandent ce qu’ils peuvent faire pour nous et comment ils peuvent nous aider dans notre situation. Tout d’abord, tous ceux qui veulent faire quelque chose pour nous doivent faire un effort pour vivre leur propre foi d’une manière plus profonde, en pratiquant leur foi dans leur quotidien. Pour nous, le plus beau cadeau, c’est de savoir que notre situation aide les autres à vivre leur propre foi avec plus de force, de joie et de fidélité.

La force dans la vie quotidienne, la joie dans tout ce que nous rencontrons sur le chemin de la vie et la confiance que la foi chrétienne détient la réponse à toutes les questions fondamentales de la vie sont autant d’éléments qui nous aident à faire face à tous les incidents auxquels nous sommes confrontés tout au long de notre route. Ce doit être l’objectif primordial pour nous tous. De savoir qu’il y a des gens dans ce monde qui sont persécutés à cause de leur foi devrait être un avertissement à vous qui vivez en toute liberté à devenir meilleurs et des chrétiens plus forts, une incitation à manifester votre propre foi lorsque confrontés aux difficultés de votre propre société ainsi que la reconnaissance que vous êtes, vous aussi en Occident, confrontés à un certain degré de persécution à cause de votre foi.

Toute personne qui désire répondre à cette urgence peut aider ceux qui sont persécutés à la fois matériellement et spirituellement. Aidez à faire connaître notre situation au monde. Vous êtes notre voix. Spirituellement, vous pouvez nous aider en faisant de notre vie et de notre souffrance le stimulus pour la promotion de l’unité entre tous les chrétiens. La chose la plus puissante que vous pouvez faire en réponse à notre situation, c’est que vous devriez redécouvrir et forger l’unité – personnellement et en tant que communauté – et de travailler pour le bien de vos propres sociétés. Elles ont un grand besoin du témoignage des chrétiens qui vivent leur foi avec une force et une joie qui peut donner aux autres le courage de la foi .

Nous sommes des victimes  et nous souffrons à cause des fondamentalistes qui viennent de pays lointains pour lutter contre ce qu’ils considèrent des infidèles (nous les chrétiens ) , en utilisant comme prétexte que leurs frères sont persécutés dans divers pays. Leur réaction est  d’en tuer d’autres. Notre réaction, quant à nous, face à la persécution, doit être celle de devenir plus aimants, plus unie, toujours plus forts en montrant au monde le véritable visage de la vie, comme nous l’a enseigné Jésus-Christ .

Le monde chrétien défend ses fidèles persécutés par la révélation, la réalisation et la force de l’amour qui est le fondement de la foi et qui embrasse tout le monde, même nos persécuteurs. Je ne me lasserai jamais de mettre en garde les chrétiens victimes de persécution contre la tentation de devenir eux-mêmes persécuteurs et de devenir violent dans notre façon de penser, dans la manière de traiter notre prochain ou dans notre façon de vivre.

Cette tentation est très puissante et les sentiments que nous développons dans un climat de persécution peuvent changer notre façon de vivre, rejetant la voie chrétienne qui est imprégnée d’amour, d’une manière similaire à celle de ceux qui demandent et parlent uniquement de justice, mais jamais d’amour. Soyons très attentifs pour ne pas vivre notre foi faiblement parce que d’autres chrétiens souffrent. Les difficultés des chrétiens devraient être une incitation à manifester sa vraie foi.Irak lettre 2

Quand les chrétiens sont persécutés, nous devrions prendre plus fermement la responsabilité de notre propre foi afin d’exprimer plus joyeusement l’amour, la fidélité et la justice. S’il y a des chrétiens en difficulté, je devrais aimer mon prochain encore plus, je devrais être plus positif dans ma façon de voir les choses de la vie, afin de montrer à ceux qui souffrent la force de ma propre foi.

Vous, en Occident, vivez d’une façon que les chrétiens persécutés ne peuvent pas, car ils n’ont pas la liberté. Vous devez donc vivre la liberté dans ce qu’elle a de plus vrai, car eux ne peuvent célébrer publiquement leur foi. Vous devez donner un témoignage public de votre foi dans vos propres sociétés, puisque les femmes dans nos pays n’ont pas la possibilité d’aller librement à l’extérieur de leurs maisons. Les femmes de l’Occident devraient donc devenir des témoins de la vraie liberté chrétienne.

Pourtant, nous sommes heureux, parce que nous avons la chance de réfléchir sur notre choix d’être chrétiens. Nous sommes heureux parce que nous avons la possibilité de rendre notre liberté concrète en défendant avec amour celui qui nous attaque avec rancœur et haine. En fin de compte, la persécution ne peut pas nous rendre tristes ou désespérés, parce que nous croyons que la vie humaine mérite d’être toujours embrassée d’une manière parfaite comme Jésus nous l’a montré, même si la mort nous regarde en face et qu’il ne nous reste pas plus d’une minute à vivre dans ce monde .

Saint-Paul dit que « là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé » (Rm 5,20). Avec lui, nous pouvons aussi dire que là où il y a la persécution, il y aura aussi la grâce d’une foi forte et c’est là que réside notre salut.

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