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Les Égyptiens aiment leur équipe nationale de soccer…

… mais certains se sentent exclus.

Coupe des Nations – Égypte – Les chrétiens représentent environ 15 % de la population égyptienne (ce qui représente plus de 15 millions de personnes), et sont aussi passionnés de soccer que leurs voisins musulmans, mais il n’y a pas un seul copte dans l’équipe nationale.

Musulmans et chrétiens regardant, ensemble, dans un café, les matchs de la Coupe des Nations d’Afrique, 2022.

Alors que l’équipe nationale égyptienne de soccer progressait dans la Coupe d’Afrique des Nations, la fièvre du football s’est à nouveau emparée de la nation.

« Les Égyptiens sont complètement fous de soccer. Ils adorent ça », déclare Manuel José, un entraîneur portugais qui a entraîné le plus grand club égyptien, Al-Ahly, pendant huit ans, témoignant à titre personnel de la passion des supporters. « Quand j’étais entraîneur en Égypte, le stade international du Caire avait une capacité de 100 000 places, et il se remplissait trois heures avant les matchs ».

Rares sont les joueurs chrétiens

Tony Ghali a quitté l’Égypte il y a des années. Il vit et travaille maintenant en Allemagne, d’où il a suivi de près les progrès de l’équipe égyptienne dans le tournoi africain. Avant chaque match, lui et ses filles ont enfilé leur maillot égyptien, imprimé avec le nom du héros national et joueur vedette Mohamed Salah. Comme tous les Égyptiens, ils ont prié pour une victoire, mais Tony, comme beaucoup d’autres chrétiens coptes, sait que personne dans cette équipe ne prie de la même manière qu’eux. « On voit rarement un joueur chrétien en Égypte », dit-il à Aide à l’Église en Détresse (AED).

Il n’existe pas de statistiques officielles sur le nombre de Coptes en Égypte, mais selon les estimations, ils seraient de 10 à 20 %. La grande majorité appartient à l’Église copte orthodoxe, mais il y a aussi un petit nombre de fidèles de l’Église copte catholique. Le fait qu’aucun copte, quelle que soit sa dénomination, ne soit représenté dans le soccer de haut niveau, et donc dans l’équipe nationale, est douloureux.

« Je serai toujours enthousiasmé par l’équipe nationale, parce que les joueurs représentent le pays. Mais nous regrettons qu’ils n’aient pas recours à tout le potentiel de la population. Je suis sûr qu’il y a beaucoup de talents parmi les coptes », dit Tony. « Il n’est pas possible que parmi 20 % de la population, il n’y ait personne qui sache jouer au soccer », ajoute-t-il.

Photo d’archive : printemps 2013, des manifestants lors d’une cérémonie funéraire pour les victimes de la violence à la cathédrale Saint-Marc du Caire. Selon le rapport sur la liberté religieuse 2021 de l’AED, qui couvre la période comprise entre juin 2018 et décembre 2020, À certains égards, la situation de la liberté religieuse s’est quelque peu améliorée au cours des dernières années.

Son sentiment est partagé par Andrew Youssef, conférencier copte et doctorant en théologie, basé au Canada. « Dans l’ensemble, je dirais que le copte moyen aime le soccer et est heureux de voir l’équipe nationale gagner bien qu’il soit en même temps contrarié qu’il y ait une discrimination contre les coptes à cet égard », déclare-t-il à l’AED.

Mais existe-t-il une véritable discrimination ? D’un côté, certains affirment que c’est le cas, et que cela va au-delà du football. Ils soulignent le fait qu’il n’y avait pas non plus de coptes dans les récentes équipes olympiques égyptiennes. Même le chef de l’Église copte orthodoxe, Tawadros II, a fait remarquer dans une interview au journal égyptien Al-Youm Al-Saba, en 2018, qu’il « est extraordinaire qu’aucune équipe de soccer égyptienne n’ait un seul joueur copte avec de bonnes jambes après avoir tapé dans un ballon dans la rue quand il était petit ».

Certains musulmans sont également d’accord. L’ancien joueur Ahmed Hossam, connu sous le nom de Mido, qui a joué pour de nombreux clubs internationaux, a déclaré dans une entretien accordé à la chaîne de télévision égyptienne DMC, en avril 2018, que « malheureusement, il y a beaucoup de gens en Égypte qui sont intolérants en matière de couleur, de religion et d’ethnicité. Nous devons les affronter et ne pas nous enfouir la tête dans le sable. Pouvez-vous croire que dans l’histoire du soccer en Égypte, il n’y ait eu que cinq chrétiens à jouer au plus haut niveau ? »

Un tatouage révélateur

Au moment où les arabo-musulmans ont envahi l’Égypte, les chrétiens étaient marqués au feu, comme le bétail. Les Coptes ont donc décidé de se marquer comme ils l’entendaient. C’est pourquoi tous les Coptes, jeunes et vieux, ont une croix tatouée sur le poignet, là où Jésus avait les empreintes des clous.

Parmi les coptes, il existe de nombreuses histoires de jeunes garçons qui ont été refoulés de grands clubs, à l’occasion d’une sélection ayant révélé qu’ils étaient chrétiens, soit en raison de leur nom, soit, dans un cas, en raison du tatouage d’une croix que beaucoup de jeunes ont sur leurs poignets. Il est impossible de dire combien d’entre eux ont été réellement des cas de discrimination et combien ont été interprétés de cette manière par un peuple qui a appris à voir la vie à travers le prisme de la persécution. C’est « peut-être que les clubs craignent d’élever un Égyptien chrétien au rang de héros », se questionne Tony Ghalil.

Un jeune joueur appelé Mina Bindari, un nom indéniablement chrétien, s’est vu demander par un club de jouer sous le nom d’Ibrahim. Au début, il avait accepté, mais ensuite il a préféré abandonner le soccer professionnel et créer une académie pour donner aux jeunes joueurs chrétiens une chance de s’améliorer. Comme il a refusé de remplacer une forme de discrimination par une autre, l’académie « Je Suis » [NdT:  en français] est également ouverte aux musulmans, qui représentent environ 10 % des joueurs.

Tony Ghalil avec ses deux filles, des adeptes de football : « On voit rarement un joueur chrétien en Égypte », dit-il à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

Et si c’était autre chose?

D’autres, cependant, affirment que le problème n’est pas la discrimination. Ils disent que les parents chrétiens découragent leurs enfants de jouer au soccer et que le sentiment que la discrimination est répandue donne aux jeunes joueurs coptes une excuse pour abandonner dès qu’ils échouent aux essais, au lieu de se battre pour leurs rêves.

Lorsqu’il a parlé avec Aide à l’Église en Détresse, Manuel José ne semblait pas conscient de l’idée que les chrétiens souffraient de discrimination dans le soccer. « J’étais là pendant le printemps arabe. J’ai vu comment les supporters de soccer, tant coptes que musulmans, côte à côte, protégeaient les manifestants de la police. J’ai encore à la maison deux maillots qui appartenaient à deux supporters qui ont été tués. Après la révolution, il y a eu des problèmes, certaines églises ont été incendiées, mais ensuite les choses se sont calmées et les deux communautés s’entendent bien », dit-il.

Les détracteurs de la théorie de la discrimination citent généralement Hany Ramzy, capitaine de l’équipe nationale. Ramzy lui-même, ancien joueur et entraîneur qui a connu de grands succès en Égypte et à l’étranger, affirme qu’il n’a jamais été victime de discrimination. Toutefois, son nom n’est pas clairement chrétien et il admet lui-même que pendant des années, personne dans le milieu du soccer ne savait qu’il était copte.

Une foi impressionnante qui survit encore aujourd’hui, après tant d’années. En 2016, les mains d’un évêque bénissent le pain de l’Eucharistie célébrant l’ouverture d’une église.

La défaite finale de l’Égypte au Cameroun a empêché les célébrations au pays, mais les supporters auront bientôt une autre occasion, puisque leurs joueurs affronteront le Sénégal lors d’un match difficile en mars, pour tenter de se qualifier pour la Coupe du monde au Qatar, cette année. Que ce soit dans la victoire ou dans la défaite, le soccer continue de montrer qu’il a le pouvoir d’unir les gens malgré leurs différences. Néanmoins, pour les coptes, il semble que ce facteur d’unification pourrait être exploré plus profondément, et ce, au bénéfice du pays dans son ensemble.

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