fbpx
X
Faire un don

Les chrétiens d’Irak abordent la nouvelle année avec espoir et inquiétude

 La situation des chrétiens dans la plaine de Ninive en Irak reste précaire, même si, à la suite de l’expulsion de l’État islamique (ÉI), de nombreux progrès ont été réalisés dans la région pour rénover et reconstruire les maisons chrétiennes, ainsi que les églises et autres biens de l’Église. Quatre chrétiens de Qaraqosh, qui retrouve son statut de ville chrétienne la plus importante du pays, partagent leurs espoirs et leurs rêves pour la nouvelle année avec Aide à l’Église en Détresse (AED). 

Le pape François en visite à Qaraqosh en mars 2021

Il y a d’abord eu la défaite militaire de l’État islamique et les chrétiens ont commencé à rentrer chez eux. Puis le pape François est venu, bravant les menaces du terrorisme et de la COVID-19, pour bénir le pays qui a connu tant de souffrances au cours de la dernière décennie. Pendant sa visite, le pape François s’est arrêté à Qaraqosh, autrefois la plus importante ville chrétienne d’Irak. Aujourd’hui, la ville aspire à retrouver ce statut, car nombre de ses anciens résidents reviennent pour refaire leur vie sur leur terre ancestrale. 

En ce début d’année, les chrétiens de Qaraqosh ont partagé leurs espoirs et leurs rêves, mais aussi leurs craintes et leurs inquiétudes, avec l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) qui a développé de nombreux projets pour soutenir ces aspirations. 

2018 : les rues de Qaraqosh après le départ de l’État islamique (ÉI).

La «poussière noire qui recouvrait nos villes a été balayée» 

Le poète et journaliste Namroud Kasha se souvient que, malgré toutes les difficultés, les choses se sont améliorées. « L’atmosphère des fêtes de fin d’année était très différente de celles de la dernière décennie. Il y a dix ans, les célébrations étaient annulées en raison de la situation sécuritaire en Irak, et dans le gouvernorat de Ninive en particulier, où les groupes terroristes tuaient et poussaient les chrétiens à se déplacer. » 

Malgré les difficultés, dit-il, « nous sommes retournés dans nos villes, qui étaient détruites et sans vie. L’accent a été mis sur la reconstruction des infrastructures et des bâtiments. Au cours des trois dernières années, cette poussière noire qui recouvrait nos villes a été balayée ». 

Le poète et journaliste Namroud Kasha

Amer Shamoun est un fonctionnaire à la retraite qui place un certain espoir dans la sphère politique pour la survie du christianisme en Irak. « L’espoir est renouvelé au début de chaque année pour un avenir dans lequel nous surmonterons les défis qui menacent notre identité religieuse et nationale ainsi que l’identité de notre terre. Ainsi, nous pourrons assurer la continuité de la présence chrétienne dans notre pays », dit-il. 

« Cet espoir renouvelé vise à renforcer les chrétiens sur le plan politique, conformément à nos droits établis dans la Constitution, et à les activer sur le terrain. Nous devons également travailler à légiférer sur d’autres droits qui ne sont pas, à ce jour, prévus par la Constitution ». 

Pour que tout cela devienne réalité, il faut toutefois que les « conditions politiques et sécuritaires turbulentes en Irak » commencent à se pacifier et que, grâce à un effort commun, la vague de l’émigration soit endiguée. « De nombreux chrétiens ont quitté l’Irak en raison de l’incertitude de la situation et de la perte de confiance en l’avenir. Les racines et les graines du christianisme se trouvent en Orient. Nos prières et notre espoir sont qu’elles soient arrosées et entretenues. » 

Les milices, les esprits puritains et le fanatisme menacent la paix 

Le père Istephanos al-Katib, curé de l’église catholique syriaque Saint-Joseph à Qaraqosh, partage cette préoccupation concernant la stabilité et souligne la menace particulière que représentent les milices. « La présence continue de milices non étatiques qui ignorent la loi et nuisent à l’État, signifie la poursuite des meurtres, des enlèvements, des pillages, des vols et de la corruption. À cela s’ajoutent la détérioration continue de la situation économique, la propagation du chômage qui balaie le pays et l’instabilité politique, sociale et économique persistante dans le pays. Le fanatisme islamique, les croyances puritaines qui rejettent le développement, la culture et le progrès, ainsi que l’exclusion de l’autre, le retour de la société à des époques arriérées et la poursuite de l’implication inappropriée de la religion dans la politique et le commerce sont également toujours présents ». 

Le père Istephanos al-Katib, curé de l’église catholique syriaque Saint-Joseph à Qaraqosh

La défenseure des droits de l’homme Amr Yalda a consacré beaucoup d’efforts aux préparatifs de Noël dernier et constate que toute la ville en a fait de même. « Tout le monde était prêt à recevoir l’Enfant Jésus, et l’atmosphère de célébration était merveilleuse et belle. Les croyants ont partagé la joie à travers l’expression de diverses traditions, telles que la décoration des rues, des églises et des maisons, et la préparation de mets traditionnels. Ils ont distribué des cadeaux, sans oublier les rituels religieux et les hymnes qui remplissent nos cœurs de joie et de foi ». 

Ses vœux pour la nouvelle année sont nombreux, mais ils commencent tous par la paix. « À chaque célébration de la naissance du Christ, nous espérons que la paix régnera dans nos villes. Avec la paix, la plupart des vœux se réalisent, notamment la sécurité, l’amour du prochain et de l’ami, ainsi que la justice sous toutes ses formes. “Il y a ceux qui sont prêts à annihiler la joie de nos aînés et de nos jeunes avec leurs idées extrémistes et incendiaires. Cependant, notre foi en Jésus et sa grâce illimitée fait disparaître les maux des extrémistes qui nous entourent”, ajoute-t-elle. Pour l’instant, le fait qu’il y ait des chrétiens à Qaraqosh et qu’ils aient pu célébrer librement Noël et le Nouvel An est quelque chose qu’il faut chérir. Cependant, la crainte d’un retour de la haine et de la destruction qui dominaient il y a seulement quelques années est au premier plan dans l’esprit de chacun. 

La défenseure des droits de l’homme Amr Yalda

« J’ai peur pour l’avenir proche, surtout parce que Noël dernier a coïncidé avec les appels au retrait des forces américaines d’Irak, et qu’il y a des signes de crise économique », dit Amr Yalda. « Nous prions Dieu qu’aucune tempête destructrice ne se lève pour détruire ce que des mains bienveillantes et des chercheurs de paix ont aidé à construire ». 

« J’espère seulement que Dieu protège notre pays et notre peuple de tous les maux, en éloignant de lui les conflits extérieurs, et en nous accordant la force et la foi pour faire face à tous les défis futurs. » 

Articles récents