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Irak

Le sort des chrétiens lié à des manifestations meurtrières

Par Xavier Bisits, ACN-International
Adaptation française : Mario Bard, AED-Canada

 

 Bien que les chrétiens irakiens, concentrés dans le nord du pays, se trouvent loin de l’épicentre des manifestations meurtrières de Bagdad, leur sort pourrait être lié à ce que les manifestants appellent une « révolution » en Irak.

 

Alors que les manifestants à Bagdad ont mis l’accent sur l’unité interconfessionnelle, les manifestations ont été surtout concentrées dans les neuf provinces chiites de l’Irak, avec une participation limitée des musulmans sunnites et des minorités concentrées dans le nord du pays.

La plupart des chrétiens vivent près de Mossoul, la plus grande ville arabe sunnite d’Irak, où les rues sont restées calmes. Les habitants de Mossoul ont déclaré à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qu’après trois années de guerre, les gens étaient fatigués de la violence et « ne voulaient plus la guerre ». Protester, craignent-ils, pourrait avoir pour conséquence l’accusation de sympathiser avec l’État islamique (Daech), ce dernier cherchant à faire tomber le régime soutenu par l’Iran. Une situation qui mènerait à une réaction encore plus violente des milices et des services de sécurité qui contrôlent la ville.

Les chrétiens, quant à eux, vivent en grande partie dans des villes où, en raison des graves problèmes de sécurité, les manifestations sont interdites par les forces de l’odre et le Conseil provincial de Ninive. Certaines églises ont tout de même tenu des offices appelant à la paix. Dans l’église Sts Behnam et Sarah de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d’Irak, les catholiques se sont rassemblés pour prier pour la paix dans leur pays, les servants d’autel portant des drapeaux irakiens pour l’occasion.

Mgr.-Yohanna-Petros-Mouche

Les chrétiens et les autres minorités religieuses, victimes de querelles politiques


Bon nombre des problèmes soulignés par les manifestants à Bagdad sont les mêmes que ceux auxquels sont confrontés les jeunes chrétiens : chômage, corruption et un gouvernement qui défend les intérêts iraniens. Dans la plaine de Ninive, de nombreux chrétiens vivent sous le contrôle de milices soutenues par l’Iran, accusées de racketter la population locale, d’entraver l’économie et d’intimider les minorités. Ces facteurs expliquent pourquoi certains chrétiens de la plaine de Ninive, jeunes pour la plupart, ont exprimé leur solidarité avec les manifestants, certains d’entre eux s’excusant dans les médias sociaux de ne pas pouvoir descendre dans la rue. Le 27 octobre, un groupe d’activistes chrétiens a lancé une campagne de solidarité dont le slogan est : « Nous sommes des chrétiens de la plaine de Ninive, solidaires avec nos camarades manifestants. Nous nous excusons de ne pouvoir manifester, parce que dans nos villes, nous ne sommes pas autorisés à le faire ». D’autres chrétiens expriment leur scepticisme quant à la portée des manifestations, et sont préoccupés par la violence. Depuis le début des manifestations, le 1er octobre, au moins 200 manifestants ont été tués par la police irakienne. Si la situation se détériore, ce ne sera pas la première fois que les chrétiens et les autres minorités religieuses auront été victimes des conflits politiques qui caractérisent l’Irak depuis 2003. Entre 2003 et 2017, au moins 1 357 chrétiens ont été assassinés par des groupes de militants sectaires hostiles — selon l’Organisation Shlomo pour la Documentation – témoins d’une guerre civile qui a affecté de manière disproportionnée les minorités religieuses irakiennes anciennes. L’archevêque syro-catholique de Mossoul, Mgr Yohanna Petros Mouche, a déclaré à l’AED : « Il est bon et juste que les opprimés et autres personnes privées de leurs droits manifestent — à condition qu’ils soient écoutés et respectés. »
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Manifestations non violentes


« Ce n’est pas le cas en Irak », affirme-t-il. « Il n’y a pas de gouvernement, pas de respect pour la personne humaine, et les gens peuvent profiter de ces circonstances pour se venger d’autrui. De plus, dans la plaine de Ninive, nous en avons assez. J’espère d’une certaine manière que la prière jouera un rôle, parallèlement à une intervention qui rendra la situation plus calme et rassemblera les différentes idées. En fin de compte, ce sont les gens qui seront les victimes », a-t-il conclu. Dans un communiqué, le patriarche catholique chaldéen de Bagdad, Mgr Raphaël Sako, qui a annulé le 28 octobre un voyage prévu en Hongrie et rendu visite à des manifestants blessés dans un hôpital de Bagdad, a appelé le gouvernement à écouter les manifestants : « Nous en appelons à la conscience des responsables irakiens, pour qu’ils écoutent sérieusement leur peuple qui se plaint de la situation misérable actuelle, de la détérioration des services et de la propagation de la corruption, conduisant à une telle crise ». « C’est la première fois, depuis 2003, que le peuple irakien s’exprime de façon non violente, à l’écart de toute politisation, en brisant les barrières sectaires et en mettant l’accent sur son identité nationale irakienne. »