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Récit de l’AED — Sénégal
Souvenirs et vision de trois évêques

Texte écrit par Robert Lalonde en collaboration spéciale avec l’AED Canada
Publié sur le web le 12 mars, 2020

En voyage au Sénégal, Robert Lalonde, collaborateur régulier de l’Aide à l’Église en Détresse, s’est entretenu avec trois évêques qui se sont succédé dans le diocèse de Kaolack, de 1974 à 2020. Riches de 46 ans d’épiscopat dans ce diocèse, Mgr Martin Boucar Tine, actuel pasteur du diocèse, Mgr Benjamin Ndiaye, actuel archevêque de Dakar et pasteur de Kaolack de 2001 à 2015 et Mgr Théodore Adrien Sarr, cardinal à la retraite et pasteur du même diocèse de 1974 à 2001 ont partagé leurs expériences eu égard à ce diocèse, mais aussi leur vision de l’Église sénégalaise.  

 

Mgr Théodore Adrien Sarr

«Au bout du compte, c’est Dieu qui décide» 

Créé en 1965, le diocèse de Kaolack est situé au centre-ouest du Sénégal. Parmi ses deux millions d’habitants, il compte 17 000 catholiques et 200 catéchumènes. Le nombre de fidèles est en croissance constante depuis 1860, année de l’arrivée des premiers missionnaires.

 

En 1974, Mgr Sarr prend la relève, en continuité avec le travail missionnaire accompli. Son épiscopat est voué à l’approfondissement de la foi et au développement des œuvres sociales, pour une Église diocésaine « au service de tout homme et de tout l’homme », indique-t-il. En 2001, son successeur, Mgr Ndiaye consolide tout ce qui concerne le domaine de la foi par, entre autres, le biais du renforcement de la pastorale de proximité avec l’installation de nouvelles communautés religieuses et l’organisation d’un congrès eucharistique et marial.

 

«Je me suis fait tout à tous» 1 Corinthiens 9,22

Ces premières années de labeurs ont établi une pastorale diocésaine dans 18 paroisses réparties dans quatre doyennés1   Il convient de noter que certaines structures soutiennent l’œuvre d’évangélisation des paroisses, en assurant les objectifs humanitaire et spirituel poursuivis par l’Église sénégalaise.

 

D’abord, en termes d’humanitaire, la Direction des Œuvres est la plaque tournante de l’apostolat des laïcs. Elle accueille périodiquement plusieurs organisations dont l’Union diocésaine des femmes catholiques, la Jeunesse ouvrière catholique, la Jeunesse étudiante catholique, le Mouvement des adultes ruraux catholiques et quelques autres.

 

Elle coordonne également le Royaume de l’Enfance, né d’une initiative pastorale de Mgr Ndiaye. Ce centre diocésain vise à offrir aux enfants, dont plusieurs issus de la rue, un cadre sain pour qu’ils s’épanouissent et se développent, dans le respect de leurs facultés. La pastorale sociale est aussi animée par l’Association des Postes de Santé catholiques, un centre d’enfants handicapés administré par les sœurs de la Communauté de la Providence de Lisieux, l’Association pour la Promotion de la Femme et la Direction de l’Enseignement catholique. L’Église a toujours porté une attention particulière à cette association, convaincue que l’éducation est le socle de la sociabilisation de l’homme.

 

 

Vient ensuite le « pôle spirituel » diocésain qui s’appelle « Keur Mariama ». Celui-ci est constitué de plusieurs structures qui ne cessent de prendre de l’ampleur. À travers ces dernières, nous voyons quatre réalités d’église qui donnent vie à Keur Mariama, selon le charisme de chacune et dans le cadre d’une collaboration dictée par les besoins des diverses missions pastorales. On retrouve donc les Missionnaires du Sacré-Cœur au Sanctuaire, les prêtres diocésains à la formation au sacerdoce au séminaire de propédeutique Saint-Paul, les frères carmes dans la formation spirituelle et l’animation pastorale, pour terminer avec les religieuses carmélites missionnaires thérésiennes pour le dispensaire et la promotion féminine.

 

Le Sanctuaire Notre-Dame du Sacré-Cœur est un lieu de pèlerinage et de ressourcement avec Marie qui accueille chaque année le pèlerinage des enfants pour l’Épiphanie et le pèlerinage marial diocésain en mai. En janvier dernier, on y a accueilli la première édition du pèlerinage des catéchistes du Sénégal : ils étaient environ 4 500 à répondre à l’appel !

 

L’engagement que démontrent la mise en place de ces structures, en assurant des objectifs également humanitaires, et la proximité qu’ont les laïcs envers les différentes institutions de l’Église démontrent l’importance qu’accorde le clergé aux projets qui touchent non seulement les catholiques, mais aussi la société civile.

 

À cet égard, les trois évêques rappellent à l’unisson que, lorsque vient le temps de justifier le fait que l’Église est engagée dans des projets qui touchent non seulement les catholiques, mais aussi la société civile, les trois évêques rappellent à l’unisson les paroles du Christ quand Il jugera les hommes sur leur amour pour les malheureux : « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!» Matthieu 25, 35-36

 

Mgr Benjamin Ndiaye

Le prochain n’est-il pas le lieu de vérification de l’incarnation et de l’enracinement de la charité ? Tout souriant, Mgr Ndiaye raconte qu’il dit parfois aux chrétiens qui l’entourent que « la charité est le passeport pour entrer au ciel ». Or, comme la foi sans les œuvres est une foi morte, c’est souvent à travers les défis à relever que l’on peut mesurer l’intensité de cette foi. Mais quels sont ces défis ?

 

Des défis à relever

« Comme la progression démographique est plutôt importante et qu’elle se reflète dans la physionomie de notre communauté, le premier défi à relever, soutient Mgr Ndiaye, est celui de construire des lieux de cultes et même de créer de nouvelles paroisses. Or, par nous-mêmes, nous sommes malheureusement incapables d’y répondre. »

 

 

Le second est celui de la jeunesse qui manque de perspectives d’avenir : « Même si certains ont obtenu une formation, ils n’arrivent pas forcément à trouver du travail », explique encore l’archevêque de Dakar. « Le chrétien sénégalais est un homme de devoir, mais il ne se bat pas dans l’arène pour occuper sa place. Parfois, je me demande s’il ne prêche pas une fausse conception de l’humilité. Jésus nous demande de l’ambition. Ne nous a-t-il pas donné des talents à mettre en valeur ? Je m’interroge sur la stratégie à employer pour débloquer cette situation. Il y a certes une catéchèse à transmettre sur l’engagement pour mieux prendre en charge sa vie. »

 

 

L’archevêque a tenu à exprimer sa reconnaissance envers les bienfaiteurs de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) en rappelant certains projets pour lesquels le diocèse a été soutenu : la formation de prêtres, un véhicule pour une paroisse et plus récemment des intentions de messe qui permettent de prendre en charge les prêtres qui sont dans la brousse.

 

Mgr Martin Boucar Tine

« Mais vous savez, malgré toutes nos expectatives et avec l’expérience que j’ai vécue dans le diocèse de Kaolack qu’on a bâti avec peu de moyens, il y a des gens qui m’ont aidé tout au long de mon épiscopat. Cela a l’avantage de démontrer qu’au bout du compte, c’est Dieu qui décide de le faire de toute façon, et à Sa façon. »

 

De son côté, l’évêque actuel, Mgr Tine, après avoir d’abord manifesté sa gratitude auprès des bienfaiteurs de l’AED pour les livrets sur le Rosaire obtenu en fin d’année, a ensuite conclu en ces termes : «Maintenant âgé de 55 ans, le diocèse a atteint une certaine maturité et avec l’aide des piliers qui m’entourent, nous poursuivrons notre mission de serviteurs à la suite du Christ.»

 

1.Un doyenné est une circonscription administrative qui regroupe plusieurs paroisses.