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Irak – Visite de Mossoul, 2e et dernière partie

L’espoir fragile des chrétiens

La semaine dernière, nous avons présentés Nadia et Yohanna, deux habitants de Mossoul qui reviennent à Mossoul après un exil forcé, provoqué par les djihadistes de Daech en juillet 2014. Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir la maison de Nadia trois ans après son départ, ainsi que d’autres personnes qui ont été victimes de la barbarie et de la violence de Daech. Mossoul, la capitale administrative de la province de Ninive et la plus grande ville chrétienne de cette région. Notre collaborateur Jaco Klamer a eu la chance d’être témoin de ce retour.

Nadia et Yohanna roulent à travers la ville détruite de Mossoul. Ils se rendent à la maison de Nadia. Ils passent devant un entrepôt de l’ONU, dont il ne reste que les murs extérieurs. « Jusqu’en 1996, je travaillais à Mossoul pour l’ONU, pour le Programme alimentaire mondial », raconte Nadia. « Le monde a adopté des sanctions contre l’Irak, mais nous avions le droit d’échanger du pétrole contre des denrées alimentaires et des médicaments. À l’époque, j’étais responsable de l’approvisionnement alimentaire de Mossoul. »

 

En entrant dans le jardin de sa maison, Nadia a du mal à contenir son émotion. Sous une chaleur de 48c, le figuier sec semble réclamer à grand cri de l’eau et les rosiers manquent cruellement de soins. « Tu voulais t’occuper du jardin », reproche-t-elle à Mothes. « Tu me l’avais promis. »

 

Mothes est l’homme à qui Nadia loue présentement sa maison. Ils inspectent les dommages : certains des rosiers n’ont pas survécu à son absence. Elle nous raconte que, lorsqu’elle est revenue à Mossoul, elle et sa mère n’ont pas reconnu la maison en la revoyant pour la première fois, après la libération de la ville du joug de Daech. « Notre maison était endommagée et sale : tous nos biens étaient éparpillés partout. Un magnifique tableau de Joseph, Marie et Jésus a été détruit. Comme nous ne voulions pas rester longtemps à Mossoul, nous avons convenus avec nos voisins qu’ils rangeraient la maison. Dès que je pourrai, je la vendrai. Ma mère et moi déciderons en décembre de ce que nous en ferons. »

Irak : une famille hébergée dans l’église. 

 

Actuellement, c’est une famille musulmane qui loue la maison. Elle est composée de Mothes (40 ans) et de son épouse Zahra (33 ans) et de leurs enfants Ufram (18 ans), Razak (15 ans) et Ibrahim (10 ans). Durant l’occupation par Daech, la famille s’était enfuie à Basra. Ils ne peuvent pas retourner dans leur propre maison, qui a été détruite.

 

Mothes était officier dans l’armée irakienne. Il nous raconte comment il a déserté après une attaque d’Al Qaïda. « J’ai quitté l’Irak et j’ai finalement atterri en Suède, après un périple par Samos, en Grèce, par l’Allemagne et le Danemark. Ma femme est restée en Irak. Je n’ai pas obtenu l’autorisation de la faire venir en Suède. Après avoir vécu un an là-bas, je suis revenu en Irak. Je souhaite vivre à Mossoul. Mais dès que les troubles recommenceront ici, je partirai à l’étranger. »

Une « Arche de Noé » comme logement

 

Nadia et Yohanna se rendent aussi à l’impressionnante église du Saint-Esprit. Depuis la libération en avril, l’église dont la forme évoque l’Arche de Noé, sert de logement pour quatre familles originaires de Zummar, une localité située au nord de l’Irak. Chaque famille vivait dans une pièce séparée de l’église, qui a fait la une des médias en 2010 lorsque l’évêque a été enlevé et des prêtres et leurs gardes du corps assassinés. Un troisième prêtre avait pu s’échapper, et pendant des années, il s’est rendu sur les tombes de ses collègues, de son père et de ses frères. Il s’en est occupé jusqu’à ce qu’il émigre en Australie. Les murs de l’église portent encore le slogan de Daech : « Vive le califat ! » On dirait un grand cri menaçant qui résonne encore dans ces murs.

 

Les nouveaux habitants de l’église ont abandonné leurs maisons il y a trois ans, lorsque la violence exercée par Daech s’est accrue, même contre les musulmans. Abdullah, Mohammed, Muntaha, Nawaf, Raha, Raeid, Saher Yassur et Wassif courent tout excités à travers la grande nef vide de l’église. « À cause de la guerre, nos enfants n’ont pas pu aller à l’école pendant trois ans », soupire Khalil Hassan Mahammed (36 ans). « Nous ne savons pas combien de temps cette situation sans avenir durera encore. »

 

Alors que son épouse Helala Ali Saleh, 35 ans, prépare le repas, Khalil nous explique qu’ils sont musulmans et qu’ils ont dû survivre longtemps sous le régime imposé par Daech. « Nous ne pouvions plus rester dans nos propres maisons, et nous avons dû passer un an et demi dans un camp de réfugiés. Depuis janvier, il n’y a plus de distribution de denrées alimentaires : au cours des derniers mois, il n’y a eu qu’une seule livraison de nourriture. »

Une « Arche de Noé » vandalisée par Daech

 

Maintenant, les hommes tentent de pourvoir aux besoins de leurs familles.
« Quelquefois, je vends des bouteilles d’eau, mais j’ai du mal à travailler parce que ma jambe est paralysée », dit Khalil. « Parfois, je peux aider à la reconstruction de maisons détruites. Cela me permet de gagner un peu d’argent pour ma famille. »

 

Khalil et Helala n’ont aucune idée du moment où ils pourront quitter l’église et retourner dans leurs villages. « Les Kurdes ont conquis notre région, mais nous avons entendu dire qu’ils ont pillé nos maisons et les ont détruites au bulldozer. La guerre contre Daech est terminée, mais nos libérateurs ne nous ont pas encore donné la permission de retourner dans notre région. Nous ne savons même pas si nous pourrons à nouveau vivre un jour à Zummar. »

 

« Se faire extorquer ou payer de sa vie »

 

« Je n’en crois pas mes yeux quand je vois ce que Daech a infligé à mon église », murmure Nadia, qui refoule ses larmes en entrant dans l’église syriaque orthodoxe de Mor Afraïm. « Je me rappelle encore très bien comment j’étais assise ici, au milieu de mes amis, alors que le prêtre présidait la messe. Je me rappelle des moments où j’étais dehors sur le parvis, avec tous les membres de l’Église, et comment nous étions rassemblés dans les pièces : les femmes dans les pièces à gauche, et les hommes à droite. En y repensant, je suis profondément triste. »

 

« Après le tournant du millénaire, la situation s’était déjà détériorée pour les chrétiens de Mossoul », se souvient Nadia. « En 2008 et en 2009, des chrétiens ont été menacés, enlevés et tués à cause de leur croyance. Une fois, j’ai reçu une lettre d’extorsion me disant que je devais payer, ou que je paierai de ma vie. Un prêtre connu a été enlevé et massacré. On a retrouvé son cadavre démembré. »

 

« À présent, les combattants de Daech ont pillé toutes les églises, les ont détruites et les ont vandalisées avec leurs inscriptions. Les plaques de marbre ont été arrachées du sol, les murs et les arcs sont détruits, le matériel emporté. Pour accéder aux armatures en métal, ils ont même démantelé les différents sols. Je ne suis pas certaine que mon église sera complètement restaurée », soupire Nadia. « Même dans les installations sanitaires, des objets ont été arrachés et sortis du bâtiment pour être vendus. La reconstruction de cette église coûtera beaucoup d’argent et d’énergie. Et pour qui allons-nous la reconstruire ? Tous les chrétiens ont quitté Mossoul. »

 

« Tout à l’heure, en levant les yeux, j’ai soudain ressenti une impression de bonheur immense. J’ai vu que la coupole bleue avec l’image de Jésus avait à peu près bien résisté à l’occupation par Daech. Et même s’il ne reste plus grand-chose de son ancienne beauté, cette image montre malgré tout comment mon église était belle. Les djihadistes ne sont parvenus qu’à détruire les bords de l’image. Apercevoir Jésus au-dessus de moi, dans cette église détruite, m’emplit d’une immense joie. »

 

Comme œuvre de bienfaisance catholique internationale et œuvre pontificale, Aide à l’Église en Détresse (AED) s’engage actuellement en faveur du retour des chrétiens dans leur ancienne patrie en Irak. À travers la campagne Retour aux terres ancestrales, l’AED contribue à la reconstruction des maisons et des églises de chrétiens déracinés originaires de la plaine de Ninive, non loin de Mossoul. La campagne récolte d’ailleurs un certain succès – déjà, un peu plus d’un tiers des chrétiens de cette région vivant en exil sont retournés dans leurs maisons de la plaine de Ninive (environ 35 000 personnes).

Merci de donner pour la reconstruction en Irak


 

 

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